Skip to main content

Full text of "Description géographique, historique et archéologique de la Palestine"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



DESCRIPTIOrS 

OÉOliKAPnK.ll E. msTOHIlJliH KT » IIDIlKllLllliU.U E 

DE LA P\LESTI\K, 

l<:(ltllP4CKIÏK UK r.kATKS »li rit I t.l.KKS, 

l'Ait W. V. (jllÉniN, 
.11 OÉE. 

T(»IK IIEIMRMK. 




PARIS. 



A LIMI'RlMliRIK IMI'KUIAI.i:. 
M in;r,t: i\\\ 



DESCRIPTION 



GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 



DE LA PALESTINE. 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR: 



Description de Tile de Patmos et de l'ile de SanuM, aceompagoée de deux Caries. 
Un voitime in-S". Chez Â. Dubarv, libraire, rue Cujas. 

Ëtade sur l'Ile de Rhodes 9 accompagnée d*uoe Carte. Un volume in-S*. Ches le m&mb. 



De Ora PalaestliiaD a promontorlo C^nnelo usqne ad uHieni Joppen perti- 
nente 9 ouvrage accompagné d*une Carte. Un voinme in-S*. Chez le mAbe. 

Voyaf;e arciiéolftglqne dans la Régence de Tunis 9 ouvrage accompagné d'une 
grande Carte de la Régence. Deux volumes grand in -8°. Chez H. Ploh, imprimeur- éditeur, 
8, rue Garanciére. 



PARIS. 



» _ » 



CHALLAMEL AINE, LIBR AIR E - EDITE U B, 

3o, RUE DES BOULAISCERS, ET ti'j, RLE DE BKLLECHASSE. 



Tous droits réserves. 



DESCRIPTION 

GÉOtiRÂPHIQlJE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 

DE LA PALESTINE, 



ICOHPIGN^E D8 CARTES D^TAlLLiltS, 



PAR M. V. GUERIN, 

itti iT wKiuii i» Lnrats, ntam n ii loatti »t eianiiiraii ni rmit 

Hsiiii iiuHniA DU timiivtlu* di nincl. miioi d'dw muioii >cinTirir}DC. 



JUDEE. • 

TOME DEUXIÈME. 




PARIS, 



l.UI'IIIMIi PAH AIITOIIISATION DE L'EMPBHEdR 

A L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. 




4 3. 33/ 



DESCRIPTION 

GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 

DE LA PALESTINE. 



DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE DIX-NEUVIEME. 

DEPART DE JERUSALEM. DEIR EL-MO(JSALLABEH. KHIRBET EL-a'kOUD. 

a'ÎÎN KARIM. SATHAF. KHIRBET BOUKTIARI. KHIRBET EL- 

LOUZ. a'ÏN DJOURA. OUELEDJEH. KHIRBET E8-Sa'ÏDEH. ER- 
RAS. KHIRBET BEIT-SAKAÏA. a'kKOUR. 



DÉPART DE JÉRUSALEM. DEIR EL-MOUSALLABEH. 

Après avoir pris quelque repos à Jérusalem et achevé les prépa- 
ratifs de la nouvelle exploration que je méditais , et qui devait être 
beaucoup plus longue que la précédente, je me remets en marche, 
avec le même drogman et les mêmes bachibouzouks , le 1 1 mai, à 
quatre heures vingt minutes du soir. Cette vaste tournée devait em- 
brasser à la fois l'immense plaine des anciens Philistins, jusqu'à la 
frontière d'Egypte , et toute la partie occidentale des monts de la Judée. 

La direction que je suis d'abord, en quittant la porte de Jaffa, 
est celle de l'ouest-sud-ouest. Je passe devant le cimetière musul- 
man qui touche au Birket Mamillah^ l'ancienne piscine supérieure 
de Gihon, et, descendant ensuite à travers des champs accidentés et 
assez bien cultivés, tout pierreux qu'ils sont, j'arrive, vers quatre 
heures quarante-cinq minutes, au couvent de Sainte-Croix, en 
arabe Deir el-Mousallabeh^ iud*ai\ j^,:> , que j'ai déjà décrit. 



2 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Je traverse la vallée fertile et plantée d'oliviers où il s'élève, et 
je poursuis ma route vers l'ouest. 



klHHBET KL-a'kOUD. 



A cinq heures quarante-cinq minutes, je. parviens à une ruine 
qui m'est signalée sous le nom de Kliirbelel'.Vkmid, i^yUJl i^^ (la 
ruine des VoAtes, des Arcades). Elle couronne une colline élevée , 
dont le sommet est cultivé en vignes. On y remarque un puits 
antique creusé dans le roc, et dont l'eau était amenée plus bas au 
moyen d'un aqueduc porté sur des arcades; celles-ci, à moitié 
écroulées, couvrent de leurs débris les pentes de la colline. Autour 
du puits quelques arasements d'habitations presque entièrement 
démolies se montrent au milieu de vieux ceps de vigne. 

A une faible distance à lest du Khirbet el-A'koud sont les ruines 
de Beil-Mezmir^^^y ^^^^^, que les franciscains désignent sous la dé- 
nomination iïOhed'Edoni. J'en ai parlé ailleui's. 



A^ÏIV KARIM. 



A six heures, je descends de la colline d'El-A'koud jwir un sen- 
tier très-rapide, et, à six heures vingt-cinq minutes, j'atteins A'tn 
Karim. Dans le premier volume de cet ouvrage, il a été suffisam- 
ment question de cette localité, de son beau couvent et de ses di- 
vers sanctuaires. C'est très-probablement l'ancienne ville de Karem, 
signalée par les Septante comme existant déjà du temps de Josué, 
et qui fut plus tard la patrie de saint Jean-Baptiste. Je ne fais que 
traverser le village actuel, et, descendant dans Xoued du même 
nom, vulgairement appelé par les chrétiens vallée du Térébinlhe, et 
qui n'est que la prolongation méridionale de YOued Beti-Haninaj 
je franchis, à six heures quarante-cinq minutes, cette vallée pier- 
reuse, que couvrent néanmoins de belles plantations d'oliviers. 
La partie centrale de la vallée est sillonnée par un torrent qui, à 
l'époque des grandes pluies, roule quelquefois des blocs assez* con- 



CHAPITRE XIX. — SATHAF. 3 

sidérabies, détachés des montagnes dont il est bordé; mais, tout 
le reste de Tannée, il est complètement à sec. 



SATHAF. 



Je prends ensuite, dans la direction du sud-ouest, sur les flancs 
de la hauteur qui fait face vers l'ouest à celle d'A'ïn Karini. un 
sentier étroit et difficile, taillé par intervalle dans le roc vif, et qui 
doit être fort ancien. Il est, en certains endroits, si glissant, que les 
mulets mêmes ont souvent beaucoup de peine à s y maintenir sans 
trébucher. 

A sept heures vingt minutes, je fais halte à Sathaf, où ma tente 
est dressée pour la nuit. 

Sathaf^ en arabe gUdU», est un village de cent quati^e-vingts 
habitants, dont les humbles demeures s'élèvent sur les pentes d'une 
montagne cultivée en étage par terrasses successives. Sur le point 
culminant de l'emplacement qu'il occupe, on observe d'antiques 
carrières. Plusieurs gros blocs détachés sont encore là qui attendent, 
depuis de longs siècles sans doute , qu'on les emporte. 

Deux sources très-abondantes alimentent Sathaf. Jaillissant au 
bas du village, elles s'écoulent par un conduit souterrain dans deux 
bassins construits, qui mesurent environ douze pas sur chaque face 
et qui, selon toute apparence, datent de l'antiquité. Delà l'eau, 
par d'autres conduits, se répand dans de beaux jardins, qu'elle fer- 
tilise et qui descendent , soutenus et séparés les uns des autres par 
de puissants murs d'appui, presque jusqu'au pied de la montagne. 
Outre les deux sources que je viens de mentionner, deux autres, 
sourdant du sol bien au-dessous des premières, sont également re- 
cueillies dans des bassins distincts, qui, d'âge en âge, servent aux 
mêmes usages et permettent, par une irrigation souvent renou- 
velée et facile, d'entretenir sur pes pentes de magnifiques vergers, 
où abondent les orangers, les citronniers, les poiriers et les nirt- 
riers. 

Vis-à-vis de Sathaf, el de l'autre coté de la vallée, vers lest, on 



1 . 



4 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

aperçoit la grotte et la fontaine connues parmi les chrétiens sous 
le nom de grotte et de fontaine de Saint-Jean; les musulmans 
désignent cette dernière, comme je l'ai dit en la décrivant, sous 
le nom d'A'în elr-Habis. 

KHIRBET BOUKTIARI. 

Le 12 mai, à cinq heures quarante-cinq minutes du matin, con- 
duit par un guide que j'ai pris à Sathaf , je me dirige d'abord vers 
le sud. 

A six heures quinze minutes, nous laissons à notre gauche, dans 
un vallon, des ruines fort peu importantes, restes d'un faible ha- 
meau, et appelées Khirbet Bauktiari , cf^Uxi^ ^j>^. 

Tournant alors vers l'ouest, nous passons, à six heures quarante- 
cinq minutes, près d'un tombeau antique, creusé dans le roc et 
précédé d'un petit vestibule au milieu duquel a été pratiquée une 
ouverture rectangulaire, par laquelle on pénètre dans la chambre 
sépulcrale. 

KHIRBET EL-LOUZ. 

Bientôt après nous parvenons à un hameau de quatre-vingts 
habitants, la plupart bergers. Un certain nombre de maisons étant 
renversées, on l'appelle Khirbet el-LouZj j^\ i^^^ comme s'il était 
entièrement ruiné. Le nom de Louz est-il l'appellation antique de 
ce lieu, ou bien date-t-il seulement de l'invasion arabe? Je l'ignore, 
car il appartient à la fois à la langue hébraïque et à la langue 
arabe, et signifie a amandiers et tr amande. *» Nous savons par les 
Livres saints, ainsi que j'aurai occasion de le montrer ailleurs, que 
Belhel s'appelait primitivement Louza. Nous apprenons aussi par 
YOnomastican d'Eusèbe qu'il y avait près de Sichem une autre ville 
du même nom dont les ruines, sur le sommet du mont Garizim, 
portent encore aujourd'hui la désignation de Khirbet Louza. Il ne 
serait donc nullement étonnant que le hameau qui nous occupe 
en ce moment eût gardé purement et simplement sa dénomination 
antique. Quoi qu'il en soit, il renferme plusieurs citernes creu- 



CHAPITRE XIX. — AMN DJOURA. — OUELEDJEH. 5 
sées dans le roc et un petit birket^ en partie également pratiqué 
dans le roc et en partie construit; ces citernes et ce birket sont 
probaUement antiques. 

a'ÏN DJOURA. 

De retour à Sathaf à huit heures, je quitte de nouveau ce vil- 
lage à huit heures quinze minutes, pour continuer mon itinéraire. 
Descendu des hauteurs où il s'élève, je franchis ÏOued Sathaf y puis 
je suis, dans la direction du sud-est, un sentier assez roide. Les 
pentes que je gravis sont plantées de vignes. Le vin que l'on ré- 
colte dans cette partie de la Judée jouit d'une juste renommée. 
Il est d'un beau blanc doré, comme dans plusieurs autres districts 
de la Palestine. 

A huit heures quarante-cinq minutes, je traverse A'ïn Djauray 
[)y=r cj^» petit village d'une centaine d'habitants, qu'alimente une 
source assez abondante, dont l'eau s'écoule dans un bassin. J'y ob- 
serve plusieurs grottes taillées dans le roc. La vallée qui s'étend au 
bas du village est couverte de figuiers, d'oliviers et de vignes. 

OUELBDJEH. 

Poursuivant ma route dans la même direction, j'atteins, à neuf 
heures quarante-cinq minutes, Ouekdjeky xi^, situé sur les der- 
nières pentes de la montagne du même nom. Ce village contient 
six cents habitants. Les rues, ou plutôt les ruelles, sont bordées 
de maisons très-grossièrement construites et comme étagées con- 
fusément les unes au-dessus des autres. Une partie de celles-ci vsont 
à moitié en ruine ; d'autres sont complètement écroulées. Vers le 
bas du village coule une fontaine dont l'eau sort d'un petit canal 
qui parait antique. 

KHIRBET ES-SA^ÏDEH. 

Un habitant d'Oueledjeh m'ayant appris l'existence d'une ruine 
assez considérable située à l'ouest de cette localité, à la distance 
de trois quarts d'heure de marche , je le prends aussitôt pour guide 



6 DESCUIPTION DE LA JUDKE. 

et, après avoir franchi successivement plusieurs hautes collines, 
nous atteignons, à dix heures quarante-cinq minutes, un plateau 
élevé. Les ruines qui le couvrent portent le nom de Khirbet es- 
Saîdehy iljyuuâit i^/^. Elles consistent en une quarantaine de mai- 
sons voûtées intérieurement, et presque toutes renversées, qui ne 
paraissent pas antérieures au moyen âge. Quelques citernes seules 
sont plus ancieimes. Il en est de môme d'un certain nombre de 
pierres de taille à bossage, que Ton remarque à l'angle d'un édi- 
fice, mal bâti, du reste, et qui semble avoir été construit avec les 
débris d'une église byzantine; car, sur l'une de ces pierres, placée 
sens dessus dessous , je distingue une croix et un fragment d'ins- 
cription grecque, dont les caractères sont hauts de quinze centi- 
mètres et accusent par leur forme les premiers siècles de l'époque 
chrétienne. Voici c(» fragment : 

t I^TôTOKTHIM 

Je lis ainsi : Koi tovto XT7f(|x[aj, sans doute pour xtvim^ que 

je traduis : cr Et celle acquisition -n Le reste de l'inscription 

manque malheureusement, et il m'est impossible avec ces trois seuls 
mois d'essayer de donner une restitution, même approximative. 

Après être descendus de ce plateau, nous faisons halte, à onze 
heures quinze minutes, près d'une source appelée Aïn Helaly (^jv^ 
Ji*^-; elle sort d'un rocher et se répand dans un petit réservoir, 
d'où elle s'écoule ensuite par un conduit souterrain dans des plan- 
talions voisines, qu'elle fertilise. 

KR-BAS. kHIRBËT BErT-S\KAÏA. 

A midi trente minutes, nous poursuivons notre marche dans la 
direction de l'ouest et, par intervalle, dans celle du sud-ouest. 

A une heure trente minutes, au delà de \Oued Ueil-Sakaïa^ cajo ^I^ 
LUU, on me signale sur une montagne un petit village, auquel sa 
position élevée a fait donner le nom iVEr-Rm, ^\ji\ (la Tôle, le 
Sommet). 






CHAPITRE XIX. — A^KKOUR. 7 

A notre droilc, sur les pentes d'une colline, s'étendent des ruines 
appelées Khirhei Beit-Sakaiay UULm o^ is>;^. Elles se composent 
d'une cinquantaine de maisons , dont les trois quarts sont écroulées 
et qui consistaient en une seule chambre intérieurement voûtée. 
Autrefois quelques citernes alimentaient d'eau ce village. 



A'kkOUR. 



A deux heures , nous nous remettons en route vers le nord-ouest. 

A trois heures quinze minutes, nous faisons halte à A'kkouVj 
j^yi^, où nous devons passer la nuit. 

Ce village de deux cents habitants est pitué dans une vallée, sur 
les pentes d'une faible érainence. Les maisons sont très-grossière- 
ment bâties. Plusieurs d'entre elles renferment dans leur construc- 
tion quelques pierres de taille provenant d'une ancienne église, au- 
jourd'hui complètement détruite, mais dont l'emplacement garde 
encore parmi les habitants le nom de Kniseh (église). Un puits, qui 
passe pour antique bien ({u'il soit mal construit, sudil à tous les 
besoins de celte petite localité. 



8 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE VINGTIÈME. 



KHIBBBT DEIK AMER. KHIRBET DJEBA^H. KHIRBET BEIT EN-NIS. 

KHIRBBT BEIT-FADJOUS. KESLA (cHESALOn). KHIRBET AHMED. 



ACHOUA^ (eCHTHAOl). 






KHIRBET DEIR AMER. 



Le i3 mai, à six heures dix minutes du matin, je donne le si- 
gnal du départ. Notre direction est d'abord celle de l'est-nord-esl. 

Après une ascension assez longue et pénible, nous parvenons 
au sommet d'un plateau que couronne un oualy consacré au Cheikh 
Amer, jjA ^. Cet oualy a donné son nom à une ruine voisine, 
appelée Khirbet Deir Amer,j^\jj^ *j^' ^"^ consiste en une ving- 
taine de petites chambres à moitié écroulées et renfermées dans 
une même enceinte : elles sont construites avec des matériaux de 
toutes sortes et datent peut-être du moyen âge. Alentour, cinq 
citernes ont été creusées dans le roc et paraissent plus anciennes. 

Du haut de ce plateau, le regard embrasse une grande partie 
des montagnes de Juda et de l'immense plaine des Philistins; la 
Méditerranée aussi se déroule au loin devant les yeux. 



KHIRBET DJEBA^H. 



A sept heures trente minutes, nous descendons les pentes orien- 
tales de la montagne de Deir Amer, et, au bout de dix minutes, 
nous arrivons à un second plateau, situé quelques centaines de 
pieds au-dessous du précédent, mais néanmoins dominant encore de 
beaucoup la plaine. On y rencontre des ruines, qui me sont dési- 
gnées sous le nom de Khirbet Djebah, MtA> aj^. C'était un petit 
village d'une trentaine de maisons, bâties avec des pierres mal 
taillées et d'un très-médiocre appareil. Malgré le nom antique atta- 



CHAPITRE XX. — KHIRBET BEIT EN-NIS. 9 

ché à cette localité, elle n'offre aucun débris qui rappelle Tanti- 
quité. Vers le milieu de remplacement qu'elle occupait, on observe 
les restes, d'un sanctuaire musulman, en partie renversé, et que 
recouvrait une voûte ogivale. Les habitants de ce village n'avaient 
ni puits, ni citernes; ils étaient obligés 'd'aller chercher de l'eau à 
une source assez éloignée , qui coule dans une vallée. 

L'Ecriture sainte nous révèle l'existence en Palestine de plu- 
sieurs villes ou bourgades du nom de Gibeah^ Gabaa^ Geba^ Gibeath 
ou Gabaath. La racine de ce mot signifie cr colline , éminence : n 
toutes ces villes étaient effectivement situées sur des hauteurs. 
Comme le Khirbet Djeba'h dont il est question en ce moment se 
trouve dans le massif des monts de la Judée, on pourrait d'abord 
être tenté de l'identifier avec la ville de Gabaa, en hébreu G^eah^ 
qui est mentionnée dans le livre de Josué parmi celles de la mon- 
tagne de Juda. 

Accain, Gabaa et Thamna, civitates decem, et villse earum^ 

Mais, attendu que la ruine de Djeba'h n'a jamais pu être celle 
que d'un simple village et que, en outre, elle est plus éloignée des 
villes avec lesquelles Gabaa est associée dans ce verset de la Bible 
qu'une autre localité appelée pareillement Djebahy et dont je par- 
lerai ailleurs, j'incline à reconnaître de préférence dans cette der- 
nière la Gabaa de Juda que mentionne le passage précédent. 

KHIRBET BKIT EN-NIS. 

A sept heures cinquante-cinq minutes, nous descendons dans 
la direction de l'ouest. 

A huit heures, parvenus dans une vallée semée d'orge, nous la 
suivons vers le nord-ouest, puis vers l'ouest. La culture disparaît 
bientôt et fait place à des genêts épineux , à des arbousiers et à des 
chênes verts, qui. ne dépassent pas la hauteur de simples brous- 
sailles. 

* Jomté, c. XV, V. 57. 



10 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

A huit heures vingt minutes, nous gravissons une nouvelle 
montagne vers le sud-ouest 

A huit heures trente minutes, j'examine sur un petit plateau, 
en partie hérissé de broussailles et en partie planté de lentilles , 
les vestiges d un village qui sont désignés sous le nom de Khirhet 
Beit m-Nisy ja^âII cx^ îbj^ 

Plusieurs maisons renversées, les ruines d'une petite mosquée, 
quelques puits et silos à moitié comblés, tels sont les principaux 
débris de ce hameau , près duquel on observe d'anciennes carrières 
pratiquées dans les flancs rocheux de la montagne. Deux blocs 
énormes, qui ont été taillés là sur place et qui paraissent avoir été 
laissés, sans avoir jamais été employés, me sont signalés par mon 
guide sous la désignation de alamet kenz tnaly JU jiS^iU^ (signe 
d'un trésor), l'idée de trésor se rattachant toujours, chez les 
Arabes, à tout ce qui pour eux porte le caractère du mystérieux 
et de l'inconnu. En réalité, ces blocs ont été, vraisemblablement, 
équarris, puis façonnés comme ils le sont, avec leurs rainures lon- 
gitudinales et le trou rond dont ils sont l'un et l'autre percés e^ 
leur centre, pour servir soit à un moulin, soit à un pressoir. 

KIURBET BEIT-FADJOIJS. 

A- neuf heures dix minutes, je me remets en marche vers l'ouest- 
sud-ouest. 

A neuf heures vingt-cinq minutes, nous rencontrons dans une 
vallée un ancien puits, abandonné et à moitié comblé; il est entouré 
d'épaisses broussailles, et un térébinthe a pris racine dans l'inlé- 
ricur. On l'appelle Dir ech-Chahm, ^,^^\jj^ (le puits de la Graisse). 
Quelle est l'origine de cette dénominaition singulière? Je l'ignore. 

Une montée nouvelle, vers l'ouest, nous conduit à une source où 
])lusieurs jounes pAlres abreuvent leurs troupeaux ; elle se nomme 
A'ïn Charkieh, S^jm (jv^ (la source du Levant), à cause de sa posi- 
tion par rapport à une autre source, qui coule plus à Toccident, 
ol qui, pour celte raison, s'appelle A'ïnGliarbieh, iô^j^ (jy*. 



CHAPITRE XX. — KESLA. 11 

A dix heures, je gravis les pentes d'un monticule que couvrent 
les ruines du Khirbet Beit-Fadjaus ^ (j^Jl 4;^^^ iî^j^. Au milieu des dé- 
bris dun certain nombre de maisons renversées, on distingue ceux 
d'un ancien khan voûté. Un sanctuaire musulman abandonné y 
était consacré au Cheikh Sidi Ibrahim, dont il garde encore le nom. 
Ce village était jadis alimenté d'eau par une source excellente. 



KKSLA. 



A dix heures trente minutes, nous poursuivons notre marche 
versTouest, et, à dix heures quarante-huit minutes , nous parvenons 
à Kesk, '^kmS'. 

Ce village est situé sur le sommet d'une montagne qui s'élève à 
deux cents mètres au-dessus des vallées environnantes et à une 
beaucoup plus grande hauteur au-dessus de la mer. Une de ces 
vallées est sillonnée par YOued Keshy ^luS^^I^. Je n'ai trouvé dans 
cette localité aucune ruine antique proprement dite, mais seule- 
ment d'anciennes pierres de taille d'assez grande dimension, mêlées 
avec d'autres matériaux d'un appareil bien moindre dans la construc- 
tion de plusieurs maisons particulières. 

Au-dessous du village, vers le sud, s'étendent des vergei's sur 
les pentes de la montagne qu'il couronne. Tout au bas coule une 
source, VA'ïn Kesla, qui sort d'un rocher taillé comme une sorte 
de mur vertical, soit par la nature, soit par la main de l'homme. 

On a identifié , non sans raison , le village de Kesla avec l'antique 
Chesalon, en hébreu p^ç?, en grec XaorX^i;, en latin Chesbtiy ville 
dont il n'est question qu'une seule fois dans les Livres saints, à 
propos des limites de la tribu de Juda vers le nord-ouest. 

Et circuit [terminus] de Baala contra occidcntem usquc ad montem Seir, 
transi tque juxta latus inonlis larim, ad aquiloncm inChesIon, et descendit in 
Bethsames, trausitque in Thamna^ 

La position et le nom de Kesla répondent, en ellel, très-bien 
aux données de ce verset. 

' JOSUC, C. XV , V. 10. 



12 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



KHIBBET AHMED. 



A midi vingt minutes, je quitte ce village pour gagner Achoua\ 
dans la direction de l'ouest-sud-ouest. 

A midi trente-cinq minutes, nous passons auprès d'une source 
appelée A'in eM s^,j^UôjJ| (^^ (source des Passereaux). Ombra- 
gée par de gigantesques figuiers , elle coule à l'entrée d'une vallée 
qui devient bientôt fort étroite et dont l'aspect est des plus sauvages. 
La gorge où nous nous engageons se resserre, en effet, de plus en 
plus entre deux murs de rochers grisâtres, soit nus, soit hérissés 
de broussailles, et au milieu serpente le lit d'un torrent. Nous grim- 
pons péniblement, en tenant nos chevaux par la bride, le sentier 
que nous suivons étant très-roide et, par intervalle, taillé dans le 
roc en forme d'escalier. 

A une heure trente-cinq minutes, arrivés au terme de la mon- 
tée, nous commençons à redescendre vers l'ouest, et presque aussi- 
tôt nous traversons des ruines peu considérables , du nom de Khirbel 
Ahmedy «x^l ib^ , qui se réduisent aux arasements de quelques 
habitations détruites. 



AGHOUA . 



A une heure cinquante-cinq minutes, nous franchissons Y Oued 
Achoua, et, à deux heures, nous faisons halte dans un bois d'oli- 
viers, où nous dressons nos tentes pour la nuit. Ce bois avoisine le 
village à'Achoua\ ^ym\ , situé sur une faible éminence et renfermant 
à peine trois cents habitants. Je n'y ai remarqué aucun débris an- 
tique, à l'exception d'une arcade ruinée, qui remonte peut-être à 
l'époque romaine et qui se voit près d'un puits, lequel est proba- 
blement plus ancien encore. 

Dans le livre II d'Esdras il est question d'une ville de Jesue, 
en hébreu lechoudy yitf>, comme ayant été réhabitée, après la cap- 
tivité, par des enfants de Juda. ' 

Et in Jesue, et in Molada, et in Bethphalet^ 
' EsdraSylAl, c. xi, v. 36. 



CHAPITRE XX. — ACHOUA'. 13 

. Ce nom à'Iechoua' offre un rapport frappant avec celui à'Achoua'; 
mais, d'un autre côté, la ville ainsi appelée étant mentionnée avec 
Molada , qui se trouvait dans l'extrême sud de la Judée , il semble 
plus naturel de la chercher elle-même dans ce même district et non 
dans celui qui nous occupe en ce moment. 

Je préfère donc une autre identification, et je reconnais dans 
Achoua' l'antique Echûiaoly en hébreu ^iKnef^e ou bHï^pH, en grec 
k&laeHk et ÈadaàX, en latin Asthaoly Esthaol et Estaol^ ville citée 
dans la Bible parmi celles de la Ghéphélah ou de la plaine de 
Juda. 

In campestribus vero : Estaol , et Sarea, et Asena^ 

Cette identification, que je propose, se fonde sur les preuves 
suivantes : 

1** Echthaol ou Esthaol est toujours mentionnée, dans les Livres 
saints , avec Sara a , en hébreu n^ns , Tsora'h , sa voisine^. Or on con- 
naît parfaitement la position de cette dernière ville, qui existe 
encore, avec le nom qu elle portait du temps de Josué, dans le vil- 
lage de SaraUy U^; et celui-ci n'étant séparé d'Achoua^ que par un 
intervalle de quatre kilomètres au plus, cette proximité est déjà 
une présomption favorable à l'appui de ma conjecture. 

2® Une ancienne tradition, que j'ai recueillie à Beit-Athab de la 
bouche de plusieurs vieillards de l'endroit, veut qu'Achoua' se soit 
primitivement appelée Achoual ou Achthoual, nom dans lequel il 
est facile de reconnaître celui d'Echthaol ou Esthaol. 

3° La dénomination actuelle, sauf la terminaison, qui a été 
abrégée, se rapproche elle-même beaucoup de la dénomination 
antique. 

U^ La Bible nous apprend que Samson fut enterré par ses frères 
entre Sara'a et Esthaol , dans le tombeau de son père Manué. 

Descendentes autem fratres ejus et universa cognatio tulerunt corpus ejus, 
et sepelierunt inter Saraa et Esthaol, ia sepulcro patris sui Manuel 

' Jotuéf c. IV, V. 33. — ' lUd, — ' Jvges, (î. xvi, v. 3i. 






14 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Or, chose singulière, entre Achoua' et Sara a, l'ancienne Saraa, 
les musulmans vénèrent depuis des siècles un otialy qui porte, il 
est vrai, vulgairement le nom îïoualy Cheikh Ghenb, i^^jà^ ^ J^, 
mais qui ma été désigné pareillement sous celui de Kabr Clmnichaun , 
^j^Sk^jÀi (tombeau de Samson). 

Ces quatre preuves meparaissentsuOisantespourfixerà Achoua' 
la ville d'Ëchthaol ou Esthaol. 

C'est entre Saraa et Esthaol que l'Esprit du Seigneur, dit le livre 
des Juges, commença à résider dans Samson au milieu du camp 
de Dan, en hébreu Mahaneh-Dan, p-mno 

Cœpitque Spiritus Domini esse cum eo [Samson] in caslris Dan , inler Saraa 
et Esthaol ^ 

Cet endroit tirait ce nom du campement des six cents guerriers 
de la tribu de Dan, lorsqu'ils quittèrent Saraa et Esthaol pour 
aller s'emparer de la ville de Laïs , à laquelle, après l'avoir con- 
quise, ils donnèrent le nom de Dan. 

* Juges, c. xm , v. «j5. 



CHAPITRE XXI. — A'RTOUF. — SARA'A. 15 



CHAPITRE VINGT ET LNIËME, 

A RTODF. SARa'a (îSOnA'll). RAFAT. — KIHRBET a'ÏN CIIKMS (bET4I- 

ClIEMECII OU IR-CIIEMECIl). — DEIR AB\N. killRBET ZANOIh' (zANOUi). 

BEIT EL-DJEMAL (KN-(iANNIM?). 



A RTOUF. 



Le 16 mai, à six heures du malin, nous quittons Aciioua' pour 
nous diriger v«rs le sud-ouest. 

A six heures dix minutes, nous franchissons une petite vallée; 
elle est couverte de belles moissons d'orge. 

A six heures seize minutes, nous arrivons î\ AWioxif, ô>»>ft, vil- 
la^je de cent cinquante habitants, sur un monticule. Sur les pentes 
rocheuses de cette colline coule, au fond d'une grotte, une source 
appelée .4 m Katames^ ^j0^\j^ ^v^. L'eau en est peu abondante. 



SARA A. 



Redescendus dans la vallée, nous la traversons de nou^reau vers 
l'oucst-sud-ouest, et, à six heures quarante-cinq minutes, nous 
parvenons à Saraa, U^. Ce village compte trois cents habitants. 
Il couronne une colline dont les flancs rocheux sont percés de 
plusieurs grottes sépulcrales. 

Une source y porte la désignation à'A'ïn Merdhmim^ ^y^j^ (:J2^' 
Sara a, tant à cause de son nom que de sa position, a été justement 
identifié avec l'ancienne Tsorahy en hébreu ny")?, en grec ILapiO, 
Sapoa et Dapoa, en latin Sarcui et Sarea, ville mentionnée pour 
la première fois dans le livre de Josué, parmi celles de la Chéphélah 
ou de la plaine de Juda, et associée avec Esthaol. 



16 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

In campestribus vero: Estaol, et Sarea, et Asena^ 

Bien que situé sur une colline assez élevée , le village actuel de 
Sara^a est effectivement en dehore du massif proprement dit des 
monts de la Judée. 

Ailleurs, le même livre de Josué nous apprend que Tsora'h ou 
Sàra^a avait été assignée à la tribu de Dan. 

/lo. Tribui filiorum Dan per familias suas egressa est sors septima. 
/il . Et fuit terminus possessionis ejus Saraa et Esthaol , et Hirsemes, id est 
civitas solis^. 

Nous savons par le livre des Juges quelle fut la patrie de Ma- 
nué, père de Samson. Ce fut là qu'il naquit lui-même, annoncé 
d'avance à ses parents par l'apparition d'un ange , qui leur avait 
prédit sa grandeur future, s'il observait les prescriptions qui lui 
étaient faites. Après sa mort, Samson fut rapporté de Gaza par ses 
frères et ses proches et enseveli par eux , entre Sara'a et Esthaol , 
dans le sépulcre de son père Manu^'. 

Ce sépulcre de famille se trouvait très-certainement dans le 
champ que possédait Manué entre Sara'a et Esthaol. J'ai eu déjà 
l'occasion d'en parler. Je décrirai plus tard l'emplacement qu'il 
occupait et Youaly musulman qui lui a succédé, car je ne l'ai visité 
que dans une tournée postérieure, d'après les indications que 
m'ont fournies plusieurs Arabes de Beit-Athab. La position de cet 
oudy à moitié route de Sara^a et d'Achoua' est devenue pour moi 
l'une des'preuves les plus fortes en faveur de l'identité de ce der- 
nier village avec l'ancienne Esthaol. 

Ce qui me paraît démontrer que ce tombeau avait été creusé au 
milieu du patrimoine héréditaire de Manué, c'est le passage suivant 
du livre des Juges : 

ùU. Peperit itaque filium, et vocavit nomen ejus Samson; crevitque puer 
et benedixit ei Dominus. 

3 5. Cœpitque Spiritus Domini esse cum eo in castris Dan, inter Saraa et 
Esthaol ^ 

* Joxue, c. XV, V. 33. ^ J^es, c. xvi, v. '3i. 

* /6iW. c. XIX , V. lio-lii, * Ib^. c. xni, v.îi&-a5. 



CHAPITRE XXI. — SAR.VA. 17 

Samson ii*a pu grandir et croître que dans le patrimoine de son 
père : or, pour le lieu où se passa son enfance comme pour celui 
où son corps fut déposé après sa mort, la Bible se sert des mêmes 
expressions : inter Saraa et EsthaoL Seulement dans ce dernier verset 
elle ajoute une particularité nouvelle : in castn$ Dan. 

D'ailleurs, quand même nous ne le saurions pas par la Bible, tout 
porte à croire que Manué, ainsi que beaucoup de Juifs, avait son 
tombeau de famille dans son propre héritage. 

Nous lisons dans les Paralipomènes que Roboam fortifia Sara'a, 
de même que plusieurs autres places de Juda et de Benjamin. 

10. Saraa quoque, et Aialon, et Hebron [cxstruxil], quas eranl in Juda cl 
Benjamin, civitates munitissimas. 

11. Cumque clausisset cas mûris, posuit in cis principes ciborumque hor- 
rea, hoc est oiei et vini^ 

Un passage d'Esdras nous fait connaître que cette ville fut 
réhabitée, au retour de la captivité, par des enfants de la tribu 
de Juda. 

Dans YOnomasticon d'Eusèbe, Sara'a est, par erreur, écrite 
l^apSd et marquée à dix milles au nord d'Ëleuthéropolis, sur la 
route conduisant à Nicopolis. 

Sop^, xûifin éaltv iv àplots £Xet;0epo?r^Xeû>$ tvpà; ^oppiv httàtnùfv ek 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, corrige le nom dc^apSi 
en celui de Saara. 

Saara , vicus in finibus Eleutheropoleos contra septenlrionem pergentibus 
Nicopolim quasi in decimo milliario , in tribu Dan sive Juda. 

Sara a est, en effet, sur la route de Beit-Djibrin (Eleuthéropolis) 
à Â mouas (Nicopolis). Seulement le chiffre de dix railles indiqué 
parEusèbe et reproduit par saint Jérôme, comme séparant Sapi^à 
ou Saara, notre Saraa, d'Eleuthéropolis, est trop faible d'environ 
cinq milles. 

' Paralipomènes, 1. Il, c. xi, y. lo-ii. 



11. 



18 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



RAFAT. 



De Sara a, poursuivant notre marche vers l'ouest, nous attei- 
gnons, à sept heures trente minutes. Rafaty c:>là; , village ruiné, sur 
une colline, où habitent quelques familles de laboureurs, à Tépoque 
des semailles et de la moisson. Ils vivent alors dans de misérables 
masures à' moitié détruites. Un sanctuaire musulman y est consacré 
au Cheikh Hassan. Deux puits, qui paraissent antiques, s'appellent, 
l'un Bir Rafaty l'autre Bir Keha. 



KHIBBET a'ÏN CHEtfS. 



A sept heures trente-cinq minutes , nous descendons de Rafat dans 
la direction de l'est-sud-est. 

A sept heures cinquante minutes, nous traversons vers l'est une 
belle et riche plaine, puis, à sept heures cinquante-cinq minutes, 
nous franchissons Y Oued es-Serar^ j\j^\ :>\^ , près d'un puits antique 
appelé Bir ech^Chems ou A'în ech-Chems. 

A huit heures dix minutes, nous arrivons au Khirbet A'ïn ChemSy 

Ces ruines sont éparses sur deux collines peu élevées, en partie 
semées d'orge ou plantées de tabac , en partie couvertes de brous- 
sailles et de hautes herbes. Des amas de pierres mal taillées, de 
dimensions diverses, mais la plupart de moyenne grandeur, sont 
disséminés pêle-mêle sur le sol. 

On observe aussi les arasements de plusieurs vieux murs et les 
assises inférieures de nombreux compartiments, qui constituaient 
les enceintes d'autant de petites maisons, depuis longtemps, sans 
doute , renversées. Cinq ou six pauvres familles arabes y habitent 
au moment de la récolte. 

Entre les deux collines que j'ai signalées est une petite mosquée, 
appelée Djama Ahou Mizar. 

Khirbet A'ïn-Chems, comme cela est reconnu depuis longtemps, 
est l'ancienne Beth-Chemech , en hébreu e^p5^ rr"?, en grec Bouderajxu?, 



CHAPITRE XXI. — KHIRBET A^ÏN CHEMS. 19 

en latin Bethêomes, mentionnée dans le livre de Josué, comme 
située entre Ghesalon et Thamna, sur la frontière septentrionale de 
la tribu de Juda. 

Et circuit [terminus] de Baaia contra occidentem usque ad inontem Seir, 
transiique juxta latus montis larim, ad aquilonem in Cheslon, et descendit in 
Bethsames, transitque in Thamna ^ 

La dénomination de Beth-Chemech (maison du Soleil), en arabe 
A'tn Chems (source du Soleil), indique que, dans l'antiquité, on 
rendait en cet endroit un culte spécial à l'astre du jour. 

Ailleurs, dans le même livre de Josué, Ir-Chemech, en hébreu 
e^Dttf T'y, en grec '&6\ets SajXftau? et "déhs Sa/x^5, en latin Htrse- 
mes, est signalé, avec Saraa, et Esthaol comme appartenant à la 
tribu de Dan. 

Et fuit terminus possession is ejus Saraa , et Esthaol , et Hirsemes, id est civitas 
solis^. . 

Tout semble prouver que cette ville était identique avec celle de 
Beth-Ghemech , la forme Ir-Chemech (ville du Soleil) étant pro- 
bablement la forme primitive ou kananéenne, et ayant été rem- 
placée plus tard par la forme hébraïque BethrCheniech (maison du 
Soleil). Les deux formes ont pu aussi subsister en même temps, 
bien que la seconde semble plus spécialement hébraïque. 

C'est sur la route conduisant d'E'kron à Beth-Chemech que les 
génisses attelées par les Philistins au chariot neuf qui portait l'arche 
d'alliance s'avancèrent d'elles-mêmes jusqu'aux confins de cette 
dernière ville. Les Bethsamites moissonnaient alors leurs orges dans 
la vallée, Y Oued Serar d'aujourd'hui. Le chariot s'arrêta dans le 
champ de Josué, de Beth-Ghemech. Les Bethsamites manifestèrent 
la joie la plus vive à la vue de l'arche, qui leur était rendue par les 
Philistins, et comme il y avait là une grande pierre, ils y placèrent 
les génisses et les offrirent en holocauste au Seigneur; mais, ayant 
jeté un regard indiscret dans l'arche, ils furent frappés par Dieu 
d'une plaie terrible, qui en fit périr un très-grand nombre. 

' Jofué, c. XV, V. 10. — ' fbid, c. xi\, v. 4i. 



I 



20 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Pcrcussit autem | Dominus] du viris Bcthsamitibus, coquod vidissent arcam 
Domini, cL pereussit de populo scpluaglnta viros et quinquaginta miilia plebis. 
Luxilque populus, eo quod Dominus pcrcussisset plebem plaga magnat 

Ce chiffre de cinquante mille soixante et dix Bethsamîtes qui pé- 
rirent en punition de leur curiosité sacrilège a de quoi surprendre; 
aussi a-t-il paru exagéré à plusieurs critiques. 

ffll n'est rien moins que certain, dit le docte abbé Guénée, qu'il 
y ait eu cinquante mille soixante et dix hommes frappés de mort en 
cette rencontre. En effet, est-il bien probable que cinquante mille 
soixante et dix hommes aient été regarder dans l'arche? Et conçoit-on 
aisément que tant de personnes se soient permis une curiosité si pu- 
nissable ? Aussi les auteurs des versions arabes et syriaques paraissent 
n'avoir lu dans leurs manuscrits que cinq mille hommes du peuple. 
Josèphe va plus loin : ce prêtre historien, qui, sans doute, avait des 
manuscrits exacts, ne compte que soixante et dix personnes punies de 
mort-. Et le savant Kennicott vient d'apprendre au public^qu'il n'en 
a pas trouvé davantage dans deux manuscrits anciens qu'il a colla- 
tionnés. Ces variations dans les nombres portent déjà naturellement 
à soupçonner quelque altération dans le texte. Le soupçon se con- 
firme quand on considère que le texte hébreu , tel qu'il est dans les 
Bibles imprimées et dans la plupart des manuscrits, étant pris à la 
rigueur de la lettre , signifierait que Dieu frappa soixante et dix hommes y 
cinquante mille hommes. Enfin l'altération faite dans ce passage, sup- 
posé qu'il y en ait une, ne serait pas du nombre de ces méprises qui 
n'échappent que difficilement à des copistes habiles; il ne s'agirait 
que d'une particule, d'une seule lettre omise (l'm des Hébreux, par- 
ticule qui répond à l'a, ou e, exy de des Latins). Mais que dis-je? H 
n'est pas nécessaire d'admettre ici une altération dans le texte. Qu on 
suppose seulement avec les savants Bochart, Le Clerc, etc. cette par- 
ticule sous-entendue , ce que permet le génie de la langue hébraïque 
et ce que font tous les interprètes dans un grand nombre d'autres 
passages, on pourra traduire d'une manière très-simple et très- 

* Rois, 1. I, c. VI, V. 19. — ^ Anliquitcs judaïques , VI, i, S 4. 



CHAPITUE XXI. — KHIRBET A^ÏN CHEMS. 



21 



nalurclle : crDieu frappa soixante et dix hommes de ou 8ur cinquante 
(T mille hommes,!) traduction qui les réduit au même nomhre que 
Josèphe et les deux manuscrits du docteur Kennicott^<» 

Cette interprétation de Tahhé Guénée me semble très-plausible, 
quoique contraire k la version des Septante et à celle de la Y ulgate. 
Mais, d'un autre côté, pour admettre le chiflre de cinquante mille 
soixante et dix Beihsamites succombant aux atteintes du fléau , il faut 
supposer dans cette localité une population extrêmement considé- 
rable, et c'est même déjà un chifl're très-élevé que celui de cin- 
quante mille hommes, comme composant la population totale de 
Beth-Ghemech et des hameaux qui en dépendaient; celte ville, en 
effet, à en juger par le périmètre des deux collines qu elle occupait, 
n a jamais eu qu'une médiocre étendue. 

Beth-Ghemech avait été assignée aux Lévites et aux prêtres ^. 

Sous Salomon, elle eut pour gouverneur un nommé Ben-Dekar '. 

Plus tard, ce fut là que Joas, roi d'Israël, eut une entrevue avec 
Amasias, roi de Juda, et qu'il s'empara de sa personne après la 
défaite de son armée (833 avant J. G.). 

1 1. Et non acquievit Amasias; ascenditque Joas, rex Israël, et viderunt se 
ipse et Amasias, rex Juda, in Bethsames, oppido Judœ. 

19. Percussusque est Juda coraiu Israël, et fugerunt unusquisque in taber- 
nacula sua. 

i3. Amasiam vero, rcgem Juda, filium Joas filii Ochozise, cepit Joas, rex 
Israël, in Bethsames, et adduxit eum in Jérusalem; et interrupit murum Jéru- 
salem a porta Ephraim usque ad portam anguli, quadringentis cubilis^. 

Sous le règne de l'impie Achaz (7&0 avant J. G.), les Philistins 
se rendirent maîtres de Beth-Ghemech , en même temps que de 
plusieurs autres places. 

Philislhiim quoquediffusi sunt per urbes campestres, et ad meridicm Juda: 
ceperuntque Bethsames, et Aiaion, et Gaderoth, Socho quoque, et Thamnan 
et Gamzo, cum viculis suis, et habitaveruDl in eis ^. 



* L'abbé Guënëe, Lettres de quelques 
Jutfs,iA, p. 9A3-a/iA. 

* Josué, m , 1 6. — Paralip, I , vi , 69. 



^ Rois, 1. m, r. IV, V. 9. 

* Ibtd. I. IV, c. XIV, V. 1 1-1 3. 

^ Paralipomènes , 1. U, c. xwui, v. t8. 



22 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Dans YOnomasticofiy au mot hv6(T(tfiés, Ëusèbe 8'exprime ainsi : 

hriOaafièsj jséXis UpaTixHy (pvkijs ^evtafiiv kaï éalï eh ht vSv dnéxpvaa 
ÈXevOeponéXecûs arifieiots i\ tspbs âvaroXàsy fjLeroL^v ^ixoirôXeGJs. 

Les renseignements fournis ici par Ëusèbe et reproduits sans 
correction par saint Jérôme sont inexacts en deux points : d'abord 
Beth-Chemech faisait partie de la tribu de Juda et non de celle de 
Benjamin; en second lieu, la distance qui la séparait d'Ëleuthéro- 
polis était de onze milles et demi et non de dix milles seulement. 

Après avoir traduit ce passage, saint Jérôme ajoute : 

Bethsames altéra in tribu Nephtalim, in qua et ipsa cuUores pristini per- 
mansere. 

Ce n est pas le moment ici de parler de cette seconde Beth-Che- 
mech qui était située dans la tribu de Nephtali; toutefois, j'ai cité 
cette addition de saint Jérôme au texte d'Ëusèbe, parce que les 
mots in qua et ipsa cuUores pristini permansere nous révèlent la rai- 
son pour laquelle probablement ces deux Beth-Chemech ont con- 
servé, même après leur conquête par les Israélites, leur dénomi- 
nation toute païenne de ville du soleil, les anciens Kananéens qui 
les habitaient n'ayant point été expulsés par les vainqueurs. 

A huit heures trente-cinq minutes, nous prenons la direction de 
l'est-nord-est , et bientôt nous passons à côté d'antiques carrières; 
ce sont celles d'oil ont été tirés les matériaux qui ont servi à bâtir 
Beth-Chemech. 

Des troupeaux de chèvres et de bœufs paissent çà et là sous des 
plantations de vieux oliviers clair-semés. 

D£IR ABAN. 

A neuf heures dix minutes, nous désaltérons nos chevaux, épuisés 
par l'extrême chaleur du jour, au Bir Deir Aban, ^j\»\^ j^. C'est 
un puits antique et assez profond. Il est assiégé par les femmes 
du village important de Deir Aban, qui s'élève, à quelque distance 



CHAPITRE XXI. — KHIRBET ZANOUA\ 23 

de là , sur les pentes d une colline dont le bas est en partie rocheux 
et en partie planté d'oliviers et de figuiers. Un tiers au moins des 
maisons de ce village sont renversées. Néanmoins, il renferme en- 
core maintenant un millier d'habitants. J'observe un certain nombre 
de pierres de taille , d'apparence antique, engagées çà et là dans des 
constructions modernes et très-grossières , bâties avec des matériaux 
de toutes sortes. 

KHIRBET ZANOUa\ 

A neuf heures quarante-cinq minutes, nous poursuivons notre 
marche dans la direction du sud-est. La vallée que nous traversons 
est plantée de cotonniers. Depuis la dernière guerre d'Amérique, 
la culture de cet arbuste a pris d'assez grands développements 
dans certains districts de la Palestine, une exemption d'impôts pen- 
dant trois ans ayant été promise par le sultan à ceux qui s'y livre- 
raient. 

A cette vallée succède une colline couverte d'oliviers; puis nous 
parcourons un plateau oi!i s'épanouissent de magnifiques moissons 
d'orge et de blé. 

A dix heures quinze minutes, je remarque, sur les flancs d'une 
montagne, un antique pressoir, creusé dans le roc. H consiste en 
une première cuve carrée, mesurant quatre mètres sur chaque face 
et profonde de soixante centimètres. De ce bassin le jus des olives 
ou des raisins foulés aux pieds s'écoulait, par une ouverture, dans 
une seconde cuve, également pratiquée dans le roc, au-dessous de 
la précédente, et de forme rectangulaire. 

Tout porte donc à croire que la montagne, aujourd'hui inculte, 
où se trouve ce pressbir était autrefois plantée de vignes ou d'oli- 
viers. 

Notre direction devient alors celle de l'est-nord-est. 

A dix heures quarante-cinq minutes, nous parvenons au Khirbel 
Zanondy fryl) a^^. 

Ce sont les restes d'une ville de deux kilomètres de pourtour, 
située sur une haute colline dont le sommet forme un plateau oblong 



24 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

légèrement accidenté, et qui est environnée de ravins de trois côtés. 
Le mur d'enceinte qui entourait la ville a été rasé; mais on peut 
encore en suivre les traces en beaucoup d'endroits. Il était construit 
en blocs assez considérables et mal équarris, qui sont tout rongés 
par le temps et recouverts d'un lichen rougeâtre. Au dedans de 
cette enceinte, de nombreux compartiments de diverses grandeurs, 
mais en général fort petits, délimitent autant de maisons écroulées. 
Quelques-uns sont plus étendus et sont peut-être les arasements 
d'édifices publics. Les matériaux avec lesquels ces derniers avaient 
été bâtis sont, comme ceux du mur d'enceinte, d'un assez grand 
appareil, mais grossièrement taillés, ce qui ne prouve nullement 
qu'ils ne soient pas fort anciens. Au contraire, la couleur des pierres 
et le caractère de vétusté extrême dont elles offrent l'empreinte me 
portent à penser que la destruction de cette ville remonte elle-même 
à une époque reculée. Le sol est partout jonché de débris de poterie 
et hérissé de hautes herbes, de broussailles, et principalement de 
lentisques. Des citernes et des silos antiques se rencontrent çà et là. 
Le Khirbet Zanoua' a été identifié d'une manière qui me parait 
incontestable avec l'ancienne Zanoah^ en hébreu nliî, en grec Tdvcû 
elZoLvS), en latin Zanoe^ mentionnée, dans le livre de Josué, parmi 
les villes de la Chéphélah, c'est-à-dire de la plaine de Juda. 

Et Zanoc, et iËngannim, et Taphua, et Enaim^ 

Remarquons qu'elle est immédiatement nommée après les villes 
d'Ësthaol, de Saraa et d'Asena, qui sont citées dans le verset pré- 
cédent. 

Et, en effet, le Khirbet Zanoua' est peu distant de Sara a, jadis 
Sarea (en hébreu Tsorah), et d'Achoua', que je regarde comme 
l'antique Esthaol ouEchthaoI. Quant à Asena, j'ignore avec quelle 
localité actuelle il faut l'identifier. 

Au retour de la captivité, Zanoah fut réhabitée par des enfants 
de Juda. 

' Josué, c. \v, V. 34. 



CHAPITRE XXL — BEIT EL-DJEMAL. 25 

Q9. Et iu Bemmon, et in Saraa, et in Jerimuth, 
3o. Zanoa, OdoUam, et invillis earuin^ 

Les habitants de cette ville contribuèrent à relever les murs de 
Jérusalem. 

Et portam Vallis œdiGcavit Hanun, et habitatores Zanoe; ipsi œdiCcavcruiit 
eam, et slatuerunl vaivas ejus, et seras, et vectes, et mille cubiloa iu mu m 
usque ad portam Sterqm'iinii ^. 

BEIT BL-DJEHAL. 

A une heure vingt minutes, nous descendons, vers l'ouesirsud- 
ouest, dans la vallée qui s'étend au pied des hauteurs de Zanoua', 
et nous rencontrons bientôt une source appelée A'ïn Fettiryj^ (j:^. 

A une heure cinquante-deux minutes, nous montons dans la 
direction de Touest. 

A deux heures quinze minutes, nous faisons halte à Beit el-Djetnaly 

Ce village est situé sur un plateau qui domine de cent mètres 
environ la vallée , élevée elle-même, où nous dressons nos tentes pour 
la nuit y près d'un bouquet d'oliviers. Il est réduit maintenant à un 
petit nombre de misérables huttes, oii végètent quelques familles, 
que dévorent les fièvres. Au moment où je le visite, un homme 
rend le dernier soupir; trois heures après, j'assiste à son enterre- 
ment. Le cheikh, auquel je demande la cause de l'espèce d'épi- 
démie dont il se plaint, m'avoue que la malpropreté du village y 
est probablement pour quelque chose. 

Effectivement, elle est extrême, et quand les chaleurs de l'été 
arrivent, il n'est point étoiuiant que les fièvres surviennent en 
même temps. 

Beit el-Djemal a succédé évidemment à une petite ville hébraïque 
ou même kananéenne , dont le nom s'est perdu , mais dont il sub- 
siste des citernes, des silos et des tombeaux, pratiqués dans le roc, 

' Esdras, 1. II. c. xi , v. ti9-3o. — * Ibid, I. Il, c. m, v, i3. 



26 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

ainsi qu'un assez grand nombre de pierres de taille, soit éparses 
sur le sol, soit engagées comme matériaux de construction dans 
les pauvres denieures des habitants actuels. 

Au bas du village, une source excellente coule dans la vallée, sous 
le nom à'A'ïn Beit el-Djernaly JU^l oi^ (^jj^. 

A cause de cette source et de la proximité du Khirbet Zanoua 
(lantique Zanoah), je ne serais pas éloigné de voir dans Beit 
el-Djemal la ville d'E'nr-GanniMy en hébreu ona i'»y, en latin yEn- 
gannim (source des Jardins), dont le nom est associé dans le 
même verset à celui de Zanoah. 

Et Zanoe, et iEngannim, et Taphua, et Enaim^ 

La vallée qui s'étend au pied de la hauteur de Beit el-Djemal est, 
en effet, très-fertile, et des jardins ont pu jadis y être cultivés, 
grâce à la source dont j'ai parlé. 

Dans la carte de Bobinson et dans celle de Van de Yelde, Beit 
el'Djemal est marqué à une distance trop grande du Khirbet 
Zanoua'. En réalité, au milieu de la plus forte chaleur, et en 
ne marchant, par conséquent, que d'un pas très-modéré, je n'ai 
mis que cinquante-cinq minutes pour me rendre d'un de ces points 
à l'autre. 

* Josué, c. XV, Y. 34. 



CHAPITRE XXII. — DEIR ELBEDAOUIEH. 27 



CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME. 

DElR EL-BEDAOUÏEH, KHIRBBT KHRBIGlfOUM (tAPPOUAH?). OUMM-DJINA. 

BIR EL-LIMOUN. KHIRBET TIBNEH, JADIS TIMISAH OU TIMNATHAH. 

EL-BRIDJE. A MOURY. OUED SERAR. KHIRBET BEIT-FAR. 

KHIRBET DfilR EL-MAHSEN. — SAÏDOUN. 



DEIR EL'BEDAOUIEH. 

Le i5 mai, à cinq heures vingt minutes du matin, nous prenons 
]a direction du nord-nord-ouest. 

A cinq heures quarante-cinq minutes, nous arrivons au Deir 
el-Bedaouïeh y iy^l^x^l^d (le Couvent de la Bédouine). Cette ruine 
consiste en un mur d'enceinte de trois cents mètres de pourtour, 
dont les assises inférieures sont encore debout et qui avait été bâti 
avec des pierres d'une dimension moyenne et assez régulièrement 
taillées. Il peut dater de l'époque byzantine. Dans l'intérieur de 
celte enceinte existait autrefois une maison , aujourd'hui complète- 
ment détruite ; les pierres en sont dispersées çà et là. Une meule 
de pressoir à huilé gît au milieu des broussailles, et quelques vieux 
ohviers s'élèvent de distance en distance. 

Nous quittons bientôt cet endroit, en nous dirigeant vers le nord- 
ouest. 

A six heures, nous passons devant un puits dont Teau est fort 
bonne; il est appelé Bir eUBedaotmh y â^j{«x^Ij^. 

KHIRBET KHRBICHOUM. 

Delà, marchant vers l'ouest, nous atteignons, à six heures vingt 
minutes, des ruines importantes, qui me sont désignées sous le nom 
de Khirbet Khreichoum, t^y^à^ ^^j^- Elles couvrent les flancs et le 



28 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

sommet d'une haute colline isolée, dont les pentes sont en partie 
hérissées de broussailles et en partie cultivées. Des citernes et des 
magasins souterrains creusés dans le roc, de nombreuses maisons 
renversées, qui avaient été bâties avec des pierres de dimension 
moyenne, les unes bien taillées, les autres à peine équarries; les 
vestiges de quelques constructions plus considérables, principale- 
ment sur le point culminant de la colline : tels sont les restes de 
cette ville, dont les ruines attestent diverses époques, à commencer 
par l'antiquité la plus reculée. 

Si ridentifi cation que jai proposée de Beit el-Djemal avec 
l'ancienne Ën-Gannim a pour elle quelque vraisemblance, ne 
serait-il pas permis de reconnaître dans le Khirbet Khreichoum, 
voisin de ce dernier village, la ville de Tappouahy en hébreu men, 
en latin Taphua^ mentionnée à côté d'En-Gannim dans le livre dcî 
Josué ? 

Et Zanoe, et yEngannim, et Taphua, et Enaim^ 

Il ne faut pas confondre cette Tappouah avec Beth^-Tappouah , en 
hébreu nien-n''?, en latin Beththaphua, citée également dans le livre 
de Josué ^ et que l'on s'accorde généralement à voir dans le village 
actuel de Tefoueh, à quelques kilomètres d'Hébron, vers l'ouest, 
au milieu de la montagne de Juda. 

« 

OUHM-DJINA. 

A sept heures vingt minutes, descendus des hauteurs du Khir- 
bet Khreichoum, nous marchons vers le nord-est. 

A sept heures cinquante minutes, nous traversons Oumm-Djina, 
U^^»- pt , petit village situé sur un monticule et dont les maisons 
sont aux trois quarts renversées. Parmi les matériaux avec lesquels 
elles avaient été bâties, on remarque un assez grand nombre de 
pierres de taille très-certainement antiques, ce qui prouve que ce 

' JomU, c. XV, V. 34. — * Ibid, r. \v, v. 53. 



CHAPITRE XXII. — BIR EL LIMOUN. 21) 

pauvre hameau, qui compte à peine aujourd'hui une quarantaine 
d'habitants, avait autrefois beaucoup plus d'importance. 



BlR EL-LIMOUN. 



Nous tournons alors nos pas versTouest, puis bientôt vers le sud. 

A huit heures dix minutes, nous rencontrons au milieu d'une 
vallée un puits très-considérable, appelé Bir eh-Limouriy e;>^'-^- 
Il est enfermé dans une enceinte carrée mesurant onze pas sur 
chaque face et semblable à une tour : aussi les Arabes la désignent- 
ils sous le nom de Kasr Bir elrLimaun^ ^^^^Jill^^^^ (le château du 
Puits du Limon). Elle a été bâtie avec de beaux blocs, dont quel- 
ques-uns sont très-régulièrement taillés et semblent antiques; ceux 
des angles principalement sont de grande dimension et relevés en 
bossage. Le puits . qui occupe le centre de la tour, contient les eaux 
d'une source abondante. On s'y rend en passant sous une porte 
cintrée. De là on monte par un escalier dans une chambre su- 
périeure, située au-dessus du puits, et dont le sol est percé de 
deux ouvertures, qui permettent de puiser de l'eau sans descendre. 
Un second escalier conduit sur la terrasse qui couronne la tour. 
Celle-ci, en somme, semble être un ouvrage antique dans ses fon- 
dations et même dans quelques parties de sa construction; dans 
d'autres, elle paraît avoir été réparée ou rebâtie à une époque 
postérieure, avec des matériaux anciens. 

Quant au nom de £ir elrLmaun, attaché au puits qu'elle ren- 
ferme, il provient probablement de ce qu'il y avait dans le voisi- 
nage une plantation de citronniers, qui a complètement disparu. 



KHIRBET TIBNEH. — EL-BRIDJE. 



A huit heures trente minutes, nous nous remettons en marche 
dans la direction du sud, puis du nord-ouest, à cause des détours 
de la vallée que nous suivons : elle est bordée de rochers et cou- 
verte de broussailles. Nous laissons à notre gauche une vaste ca- 



30 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

verne, où des bergers abritent leurs troupeaux, et, à huit heures 
quarante-cinq minutes, nous parvenons au Khirbet Tibneh^ Hjjà. 
iUi^. Les ruines ainsi appelées sont éparses sur les flancs d'une 
colline hérissée de hautes herbes, de chardons et de lentisques. 
La ville dont elles sont les vestiges a élé détruite depuis longtemps, 
car les pierres des anciennes constructions renversées sont extraordi- 
nairement rongées et couvertes de lichen. Elle a été, du reste, aux trois 
quarts effacée du sol, ses débris ayant été transportés un peu plus 
loin, vers le sud-ouest, et ayant servi à bâtir le village arabe d'^^ 
Bridje, ^jj^ , que d'autres prononcent EUAbradj^ sl^^'* Ce village 
contient deux cents habitants. La maison du cheikh est assez grande 
et passablement construite; les autres n'ont qu'une chétive appa- 
rence. Alentour s'étendent des plantations de tabac. Çà et là, je 
remarque de gros blocs antiques, qui, me dit-on, proviennent du 
Khirbet Tibneh. 

Quant à cette dernière localité, le nom qu'elle porte et la posi- 
tion qu'elle occupe sont deux raisons qui me paraissent suffisantes 
pour l'identifier, comme l'ont fait plusieurs critiques, avec l'an- 
cienne Timnah ou Timnathah, en hébreu njon ou nnaon, en grec 
Safivd et QoLfivaQdy en latin Thamna et Thamnathay ville dont il est 
question pour la première fois dans le livre de Josué, à propos de 
la limite septentrionale de la tribu de Juda, qui de G hesalon s'étend 
à Beth-Ghemech et de là passe à Timnah. 

Et circuit [terminus] de Baala contra occcidentcnri usque ad montcm Seir, 
transitque juxla latus mentis larim, ad aquilonem in Cheslon, et descendit 
in Bethsames, transitque in Thamna ^ 

Ge fut plus tard la patrie de la femme qu'épousa Samson. 

1. Descendit ergo Samson in Thamnatha; vidensque ibi mulierem de Glia- 
bus Phiiisthiim , 

3. Ascendit'et nuntiavit patri suc et matrisuœ, dicens: Vidi muHerem in 
Thamnatha de filiabus Philisthinorum; quam qaseso ut mihi accipiatis uxorem. 

* Joftuè, c. XV» V. 10. 



CHAPITRE XXII. — A*MOURY. — OUED SERAR. 31 

5. Descendit itaque Samson cum pâtre sao et matre sua in Thamnatha. 
Cumque venissent ad vineas oppidi, apparuit catulus leonis sœvas et rugiens, 
et occurrit ei. 

6. Irruit aùtem Spiritus Domini in Samson, et diiaceravit leonem, quasi 
hœdum in frusta discerpens, nihil omnino habens in manu; et hoc patri et 
matri notait indicare ^ 

Ces différents versets nous apprennent que, pour aller de Sa- 
ra a, patrie de Samson, à Thamnatha, résidence de la jeune fille 
des Philistins qu il épousa , il fallait descendre , ce qui est effective- 
ment vrai, le village actuel de Sara a étant situé sur une colline 
plus élevée que le Khirbet Tibneh. 

Nous savons, en outre, que cette ville de Thamnatha ou Tira- 
nathah était entourée de vignobles et qu'à cette époque les lions 
n'étaient pas rares dans cette contrée, puisque Samson y rencontra 
un lionceau, qu'il déchira de ses propres mains. Aujourd'hui les 
vignobles ont été arracbés, les lions ont également disparu ; mais 
les chacals abondent toujours. Ce sont là les renards à la queue 
desquels Samson, pour se venger des Philistins, attacha des torches 
enflammées et qu'il lâcha ensuite dans leurs champs afin d'incen- 
dier leurs moissons. 

A HOURY. 

A neuf heures trente minutes, nous nous dirigeons vers A moury, 
en marchant vers l'ouest-nord-ouest. A'mouryy ^^yy*» ou A'mouria, 
I^^jS, est un simple hameau, que nous laissons à notre gauche. 
Faul>-il voir dans le nom qu'il porte un souvenir d'Amaury, roi de 
Jérusalem? La chose est possible, sans que je puisse l'affirmer. 

OUED SBRAR. 

A dix heures trente minutes, nous faisons halte sur les bords de 
YOued Serar^ j\jM ôIj. Il serpente à travers une vaste et belle val- 
lée, d'une admirable fertilité et qui s'étend jusqu'à la mer. Aussi 

* Jugejf, c, XIV, V. 1 , 3 , 5 , 6. 



3J DESCBIPTION DE LA JUDÉE. 

loin que mon regard peut atteindre, je n'aperçois partout qu une 
immense nappe de verdure. Ce sont des moissons de blé et d*orge, 
ou de hautes herbes entremêlées de fleurs. Nous trouvons avec 
bonheur un peu d'eau dans le lit du torrent, qui n'est pas com- 
plètement desséché, et, pour échapper un instant aux ardeurs 
dévorantes du soleil, nous nous réfugions au milieu des magnifiques 
toufies d'agnus-caslus qui bordent Youed. Mon thermomètre, placé 
à l'ombre, marque trente-huit degrés centigrades. A onze heures, 
nous nous remettons en marche, au grand déplaisir de nos che- 
vaux , que nous n'arrachons qu'avec peine aux rives verdoyantes 
du Serar et au filet d'eau qui murmure dans son lit. 

KHIRBET BEIT-FAR. 

Notre direction est celle de l'ouest. 

Chemin faisant, nous rencontrons de nombreuses cigognes, que 
notre approche n'effraye nullement. Cet oiseau, en effet, comme 
je l'ai déjà dit, est respecté dans tout l'Orient. 

A onze heures quinze minutes, nous inclinons vers le nord-nord- 
ouest. 

A onze heures trente minutes, nous passons à côté de ruines 
peft importantes, appelées Khirbet Beit-Faryj^ c;*^ *i^' Là s'éle- 
vait jadis un hameau, dont les débris sont dispersés sur un faible 
monticule , au milieu des broussailles et de hautes herbes. 

Nous marchons alors directement vers le nord. 

A midi, nous traversons, sur une petite colline couverte de belles 
moissons de blé , d'autres ruines pareillement peu considérables; 
mon guide en ignore le nom. Quelques citernes creusées dans le 
roc et des tas de pierres épars çà et là, tels sont les seuls vestiges 
de ce hameau inconnu. 



KHIRBET DEIR EL-BfAHSEN. 



A midi vingt minutes, nous faisons de nouveau une courte halle 



CHAPITRE XXII. — SAÏDOUN. 



33 



sous un vieil acacia mimosa, qui prétait autrefois son ombre aux 
habitants d'un village aujourd'hui désert, et dont il subsiste encore 
une vingtaine de masures à moitié détruites. On désigne ces ruines 
sous le nom de KhirbetDeir el-Mahsen^ ç^m^\^:> ^^j^. 

A midi trente minutes, nous recommençons à marcher vers 
l'ouest. 



SAIDOUN. 



A une heure dix-huit minutes, après avoir franchi un oued peu 
large et peu profond, nous dressons nos tentes au pied du village 
de Saïdoufiy (jj«>h^. 

Assis sur une colline peu élevée , il compte à peine deux cents 
habitants. Les maisons sont construites en pisé. Faute de bois et de 
charbon, les Arabes de cette localité, ainsi que de beaucoup d'au* 
très en Palestine, font du feu avec des bouses de vache séchées 
au soleil en forme de mottes arrondies. Ils s'alimentent d'eau à un 
puits de date moderne, carie puits antique est à sec. 

Ce village, comme son nom l'indique et comme le prouvent 
aussi quelques anciennes pierres de taille engagées dans de misé- 
rables bâtisses en terre , a dû succéder certainement à une antique 
bourgade, que l'histoire ne mentionne pas, et qui, à la différence 
de la grande ville de Sidon, son homonyme, est demeurée toujours 
obscure et probablement sans importance. 



II. 



3 



3/1 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE VINGT-TROISIEME. 

KHOULDAH. MANSOURAH. KHIRBET MEREBBa'. CHAHMEH. 

KATHRAH (gEDERAh). MERHARAH. a'kER (e'kROn). 



KHOULDAH. 



Le 16 mai, à cinq heures vingt-cinq minutes du matin, le 
rhamsin commence à embraser Talmosphère dès le lever de l'au- 
rore, et le soleil se montre enveloppé de vapeurs blanchâtres, qui 
nous présagent une journée brûlante. 

A cinq heures vingt-cinq minutes du matin, nous quittons Saï- 
doun et, marchant vers le sud-sud-est, nous atteignons, à cinq 
heures cinquante minutes, le village de Khouldah, bjJ^.. 

Il est situé sur un plateau qui domine de quatre-vingts mètres 
la plaine environnante. Sa population est de deux cent cinquante 
habitants. Je n'y observe aucune trace d'antiquité, à l'exception de 
quelques pierres assez régulièrement taillées, qui ont pu être néan- 
moins apportées d'ailleurs. 



MANSOURAH. 



Descendus de Khouldah , nous nous égarons quelque temps au 
milieu de vastes champs de blé et d'orge, dont les moissons on- 
dulent comme des vagues sous le violent souille du rhamsin. Nous 
disparaissons presque avec nos chevaux dans cette mer de ver- 
dure. 

Après avoir vainement cherché quelques ruines, du reste insi- 
gnifiantes, qui m'avaient été signalées par un vieillard de Khoul- 
dah, nous reprenons la route de ce village, et de là, nous dirigeant 
vers l'ouest-nord-ouest, nous franchissons, à sept heures cinquante 



CHAPITRE XXIII. — MEREBB.V. — KATHRAH. 35 

minutes, YOuedel-Mansaurahy ijyaiX\ ^l^^ dans le lit duquel coule 
une source qui alimente le village du même nom , situé à une faible 
distance de ïoued, vers le nord-ouest. 



KH1RBET MEREBBa'. CHAHMEH. 



Inclinant ensuite vers le sud-ouest, nous laissons à notre droite 
un petit hameau à moitié ruiné, appelé Khirbet Merebba, j^j^. 

A huit heures quinze minutes, nous apercevons à notre gauche 
le village de Chahmeh, 



KATHRAH: 



A neuf heures quinze minutes, nous franchissons l'un des bras 
de Y Oued Serar; deux minutes après, nous traversons le second 
bras de cetotf^, et, à neuf heures vingt minutes, nous arrivons à 
Kaihrah, iji^. 

Ce village compte six cents habitants et est situé sur une faible 
éminence. Les maisons sont bâties en pisé. Un grand puits à noria 
est probablement antique. Autour de ce puits gisent six tronçons 
de fûts de colonnes de marbre gris, dont le diamètre est de trente 
centimètres. Ces fAts mutilés ont-ils été trouvés sur place ou pro- 
viennent-ils d'ailleurs? C'est ce que les habitants n'ont pu m'ap- 
prendre. a Nous les avons toujours vus là,^) m'ont^ils répondu. Des 
haies de cactus environnent le village et servent de clôture à des 
plantations de figuiers et d'oliviers. Plusieurs magnifiques acacias 
mimosas s'élèvent aussi sur divers points. 

Kathrah , tant à cause du nom de ce village que de sa position , 
a été identifié justement, je pense, avec l'antique Gedera^ en hé- 
breu Gederahy mentionnée dans le livre de Josué. 

Saraîm, et Adithaim, et Gedera, et Gederothaim K 

Les Arabes de TEgypte et ceux du sud de la Palestine, au lieu 

' io9ui, c. xv, V. 36, 



•> 



36 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

de prononcer Kaihrah, disent Gadrahy en adoucissant les deux pre- 
mières consonnes, ce qui rend encore plus sensible l'étroite res- 
semblance ou, pour mieux dire, l'identité de ce nom avec celui de 
Gederahy en hébreu nn'ia, et, avec l'article, Hag-Gederah^ n^ian, en 
grec TaSyjpay et en latin Gedera. La ville ainsi appelée se trouvait 
dans la Chéphélah. Sa dénomination, qui signifie rrparc aux bre- 
bis, tî indique qu'elle était principalement habitée par des bergers, 
ou du moins que sa plus grande richesse consistait en troupeaux 
de moutons et de brebis. 

MEBHARAH. 

A neuf heures trente minutes, nous nous dirigeons vers le nord- 
ouest. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, nous franchissons Y Oued 
Serar. 

A neuf heures cinquante-cinq minutes, nous parvenons à Merhor 
rahy ïJJui. 

Ce village, dont les maisons sont bâties en pisé, sur les flancs 
d'un monticule, renferme deux cents habitants. A notre gauche, 
est une chaîne de coHines peu élevées, qui courent dans la direc- 
tion du nord; à notre droite, s'étendent des champs immenses, dont 
l'extrême fertilité réjouit la vue. Les orges sont déjà en partie cou- 
pées; les blés ne le sont pas encore; par leur beauté ils promettent 
une abondante récolte. Ailleurs, la plaine est ensemencée de maïs 
et de dourah. 



a'kbr. 



Notre direction devient bientôt celle du nord -nord-est. 

A dix heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte à A'ker^ 

C'est un assez grand village, de huit cents habitants. Les mai- 
sons sont petites, ordinairement composées d'une seule pièce, 
de deux au plus, et hautes de trois mètres. Pressées confusément 
les unes contre les autres, elles sont construites, comme celles de 



CHAPITRE XXIII. — A'KER. 37 

la plupart des villages de la plaine, avec des briques non cuites 
et séchées seulement au soleil; le toit est horizontal, mais légè- 
rement bombé vers le centre, et est formé de branches d'arbres, 
sur lesquelles repose une couche de terre mêlée de paille hachée. 
Une petite mosquée est consacrée à Neby A'ker,ji^ ^. 

Autour du village, sur les pentes de la colline dont il occupe le 
sommet, on observe des plantations de tabac. Au sud, un jardin 
entouré d'une haie de cactus, et^u milieu duquel s'élance un beau 
palmier, appartient au cheikh. Près de là, au centre d'une petite 
enceinte circulaire, dédiée à la mémoire d'un santon qui y a été 
enterré, gisent deux colonnettes de marbre blanc et une meule de 
pressoir, qui me paraissent antiques. 

A l'ouest, un grand puits à noria est bien construit et profond; 
il est ombragé par un vieil acacia mimosa. Deux autres puits sont 
aux trois quarts comblés. 

Le docteur Robinson a identifié, à juste titrp, A'ker avec l'an* 
cienne E'krorij en hébreu piîjy, en grec if kxxâpcov, en latin Ac- 
coron, l'une des cinq principales cités des Philistins. 

Si le villc^e moderne qui, sous le même nom, sauf la dési- 
nence, a remplacé la ville antique est construit en terre et ne 
renferme aucune ruine apparente de quelque importance, on peut 
en inférer ou que l'ancienne E'kron était elle-même construite en 
briques non cuites au feu, et, par conséquent, on ne doit pas s'é- 
tonner si elle a disparu complètement; ou qu'elle avait été, à la vé- 
rité, bâtie en pierre, mais qu'ayant été renversée depuis longtemps, 
car à l'époque des croisades il n'en est pi ils question que comme d'un 
simple village, les matériaux de construction, si rares dans la plaine, 
auront été transportés ailleurs pour servir à d'autres bâtisses. 

E'kron parait avoir été la plus septentrionale des cinq satrapies 
philistines, comme cela résulte du verset suivant du livre de Josué : 

A fluvio iurbido qui irrigat ^gyptuin usque ad tenuinos Accaron coiilra 
aquiionem : terra Chanaan, quœ in quiuque regulos Philisthiim dividitur, (ia- 
zœo8 et Azotios, Ascaionilas, GethœoB et Accaronilas '. 

' Josué, r. XIII, V. l\. 



38 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Elle était peu éloignée de la mer, car dans le même livre de 
Josué, à propos des limites de la tribu de Juda vers le nord-ouèst, 
il est dit: 

Et pervenit [terminus] conlra aquiionem partis Accaron ex latere, inciina- 
turque Sechrona, et transit montem Baaia, pervenitque in lebneel, et magni 
maris contra occidentem fine concluditur ^ 

Dans YOnomasticony au mot kxTcdpùôv^ Eusèbe s'exprime ainsi : 

Axxdpcop, (pvTJis Aài»9 ^ eôùnnjfjLOïv râv Xas^vaiW, tsôXts fiia râv e aa- 
TpairetGJv tgjv ÂXXo^PuX&^ir, ij xa\ d(pù)piaOrt fièv rfi (^uk^ loiSa' ov fiijv éxpàL- 
rtfaev avrils y &Tt fiif dvstXev tous iv aôrfi A.Xko<pv\ov$' ^ xai ia1\ vSv xoifin 
fisyialïj lovSaiGJVy AxxdpGJv Xeyofiévn^ dvdfieaov Aloirov xaï lafivias iv tots 
dvatokixois. 

<t Accaron, de la tribu de Dan, à la gauche des Kananéens, Tune des cinq 
satrapies des Philistins, qui fut assignée à la tribu de Juda : mais celle-ci ne 
put s*en emparer et en exterminer les anciens habitants. C'est maintenant encore 
^n grand village, peuplé de Juifs et appelé Accaron, entre Azot et lamnia, vers 
Torient. ^ 

Après avoir traduit ce passage, saint Jérôme ajoute : 

Quidam putant Accaron turrim Stralonis postea Cœsaream nuncupatam. 

Il est inutile, je pense, de réfuter cette dernière opinion: Césarée, 
en effet, était beaucoup plus au nord que E'kron. 

Adrichomius également commet une erreur évidente, en préten- 
dant que Pline appelle Accaron ApoîUmia. 

Plinius vocat [Accaron] Apolloniam^. 
Voici, en effet, le texte de Pline : 

Oppidum Ascalo liberum, Azolus, lamniœ dua?, altéra intus. . . Joppc. . . 

inde Apollonia, Stratonis turris^. . . 

I 

Nous voyons, par cette énumération, que Pline place Apollonia 
au nord de Joppé, sans l'identiGer nullement avec Accaron, comme 
l'affirme à tort Adrichomius. 

* Jostté, c. XV, V. 1 1 — * Theatntm Terrœ Sanctw, f. 3i. «. — ' Histoire naturelle, 
V, xïv. • 



CHAPITRE XXIII. — A'KER. 39 

Que dire donc de la méprise, encore plus singulière , de Quare»- 
mius, qui confond Âccaron avec Ptolémaïs ou Âcco, ville plus sep- 
tentrionale que (3ésarée^? Ce docte religieux se fondait probable- 
ment sur la ressemblance du mot Acco avec celui à' Accaron; mais 
il n'aurait pas dû oublier qu'une assez grande distance sépare ces 
deux villes, et que rien dans la Bible n'autorise à penser que la 
frontière des Philistins s'étendit jusque-là. 

Disons maintenant un mot de l'histoife d'Ë'kron, dont l'emplace^ 
ment à Â'ker ne peut plus être pour nous l'objet d'aucun doute. 

Et d'abord, à quelle époque remonte la fondation de cette 
ville? La Bible ne nous l'apprend pas. Nous savons seulement 
qu'elle existait déjà lors de l'invasion de la terre de Kanaan par 
les Israélites, c'est-à-dire vers l'an i6/io avant Jésus-Christ, et 
qu'elle appartenait aux Philistins. Devait-elle sa première origine 
à ce dernier peuple, on bien aux A vvim, qui primitivement habi- 
taient le pays? C'est ce qu'il serait difficile de décider. 

Comme ses ruines mêmes ont disparu, et que le village établi sur 
son emplacement ne renferme, à l'exception des petites colonnes 
de marbre que j'ai signalées, et qui ont fort bien pu être appor- 
tées là d'ailleurs, aucun débris d'édifice qui atteste son ancienne 
splendeur, on en est réduit à de pures conjectures, en ce qui re- 
garde son étendue et son importance. Mais tout porte à croire que 
c'était la moins considérable des cinq satrapies philistines. Peut-être , 
comme je l'ai dit plus haut, serait-il permis de penser que, même 
dans l'antiquité, elle était en grande partie construite avec des ma- 
tériaux semblables à ceux que les Arabes emploient d'ordinaire 
maintenant dans cette plaine pour bâtir leurs maisons, c est-à-dire 
avec des briques crues et séchées seulement au soleil, ce qui ex- 
pliquerait alors comment il ne reste plus de cette ancienne cité 
aucun vestige, de pareilles constructions pouvant, à la vérité, sub- 
sister fort longtemps dans la haute Egypte, où il ne pleut presque 
jamais, mais étant naturellement beaucoup moins durables en Pa- 

* Elucidalio Terrœ SanctfC, t. II, p. 89G el 897. 



àO DESCUIPTION DE LA JUDEE. 

lestine, où les pluies sont Irès-fréquentes pendant Thiver et souvent 
torrentielles. 

D'un autre côté, comme E'kron était le chef-lieu d'une princi- 
pauté distincte ; qu'elle possédait un sanctuaire célèbre et un oracle 
que l'on venait quelquefois consulter de loin ; qu elle avait, en outre , 
sous sa dépendance, plusieurs bourgs et villages, il est vraisem- 
blable qu'elle avait, au moins, certains édifices en pierre. S'il n'en 
existe plus aucune trace, il ne faut pas s'en étonner, dans une ré- 
gion où les matériaux de cette espèce sont peu communs et où , 
pour bâtir, on trouve plus simple d'aller chercher des pierres toutes 
taillées, au milieu des ruines des cités antiques, que d'ouvrir péni- 
blement de nouvelles carrières. 

Qu'elle ait dû sa fondation aux AVvim, ou aux Philistins; qu'elle 
ait été plus ou moins considérable et bâtie en pierre, ou en briques 
cuites seulement au soleil, toujours est-il que Ë'kron fut assignée 
d'abord par Josué à la tribu de Juda. 

Accaron cum vicis et viiiulls suis^ 

Bientôt après, elle fut concédée à la tribu de Dan. 
Elou, et Themna, et Acron^. 

Voilà pourquoi , au mot kxxdpùôv, Eusèbe nous dit que cette ville 
appartenait à la tribu de Dan. 

L'historien Josèphe nous apprend de même qu'elle fut adjugée 
aux Danites. 

En réalité, elle ne fut possédée longtemps ni par la tribu de Juda , 
ni par celle de Dan; car, conquise d'abord par les Hébreux, elle fut 
ensuite reprise par les Philistins. 

Apfxard re oSv mjfnrapsaxsud^prOf xaà rh ànXmxbv ffvveKp6rovv, airs 
'ïïf6\&iç aùr&v (Tvve(Pp6vovVy xa\ rrii iovSa ^Xifs ttiv AaxiXcûva xai Âxxa- 
pcûva zrapeajrdaavTOj £kXas Te tsroXXà; râv iv t^ iseSi^, xa) ^avhaç eU rb 
6pos ijvûlyxaa'av (jvfi(puyetVy oiS* bXlyov avTols êntëarbv tov tseSiov xara- 
Xtitàvreç '.' 

^ ' Josm, c. XV, V. 45. — ' Ib'îd, c. xiv , v. /i 3. — '^Josèphe , Antiquités judaïques , V, m . S i . 



CHAPITRE XXIII. — A'KER. 41 

' trLes KananéeDs rassemblèrent leurs chars de guerre et leurs armées; leurs 
villes conspirèrent ensemble dans le même but, et contraignirent à se ranger 
de leur côté les places d'Ascalon et d^Accaron , qui appartenaient à la tribu de 
Juda, ainsi que la plupart de celles qui étaient situées dans la plaine : les Da- 
nites furent obligés de se réfugier dans la montagne, et ne purent conserver 
dans la plaine aucune position où il leur fût permis de se Gxer.i) 

Sur la fin de la judicature d'Héli , larche d'alliance , étant tombée 
au pouvoir des Philistins, fut transportée par eux à Azot, à Gath et 
à Âccaron ou E'kron ; et comme elle causait partout d*eiïroyables 
maladies, on la renvoya à Beth-Chemech, la ville de Juda la plus 
voisine d'E'kron, preuve nouvelle que A'ker occupe bien réellement 
l'emplacement de l'ancienne E'kron, et que cette dernière ville ne 
doit point être reculée plus au nord; car nous voyons parla Bible 
que ces deux localités étaient peu éloignées Tune de l'autre. 

1 a. Ibant autem in direclum vaccœ, per viam quœ ducit Betbsames et itinere 
uno gradiebantur pergentes et mugientes, et non declinabant neque ad dexte- ' 
ram, neque ad sinistram, sedet satrapœ Pbilisthiim 'sequebantur usque ad ter- 
mines Betbsames. 

16. Etquinque satrapœ Philisthinôrum viderunt, et reversi sunt in Accaron 
in die iila^ 

Si les satrapes des Philistins ont pu, dans un même jour, comme 
ce passage l'indique, aller d'E'kron à Beth-Chemech et de là re- 
venir à E'kron, il faut en conclure que la distance qui séparait ces 
deux villes n'était pas très-considérable. Or Beth-Chemech, ainsi 
que je l'ai dit précédemment, a été retrouvée au village actuel 
d'A'ïn Ghems, et de ce dernier point à A'ker il y a, tout au plus, 
quatre heures de marche. Les satrapes philistins ont donc fort bien 
pu, dans la môme journée, parcourir deux fois la route dont il est 
question dans la Bible. 

La divinité la plus célèbre d'E'kron était Beelzebub. 

Ceciditque Ochozias per cancellos cœnaculi sui, quod liabebat in Samaria , et 
œgrotavit, niisitque nuntios, diccns ad eos : Ite, consulile Beelzebub, dcuni 
Accaron, utrum vivei*e queamde infirmilate niea hac^. 

' Roië, I. 1, c. VI, V. la, 16. — ' Ihid. I. IV, c. i, v. 9. 



/i2 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Ce passage nous montre que Beefzebub avait un oracle à E'kron 
et, par conséquent, un temple, qui attirait, même d'assez loin, soit 
des adorateurs, soit des visiteui's, qui venaient le consulter, puisque 
Ochozias, roi d'Israël, blessé d'une chute grave qu'il avait faite à 
Samarie, en tombant de l'étage supérieur de son palais, s'adressa 
à cette divinité pour savoir d'elle s'il guérirait. 

Beelzebub, ou mieux BaaIrZeboub (le dieu des mouches), était 
probablement, comme le fait supposer l'étymologie de ce mot, un 
dieu lutélaire auquel on avait recours contre les mouches, qui, dans 
ces contrées, deviennent souvent, pendant les chaleurs brûlantes 
de l'été, un véritable fléau. Dans l'Elide, on vénérait de même un 
Zet;? (in6(ivios ou un cr Jupiter qui écarte les mouches^ -n 

Pline parle également d'un <r dieu des mouches t^ appelé Myiodes. 

Eo mirabiiius est, Olympiœ sacro cerlamine, nubes earuni [muscarum], im- 
molalo tauro deo quem Mviodem vocant, extra territorium id abire^. 

Les destinées d'E'kron se confondirent nécessairement avec celles 
des autres cités philistaïques, et elle dut être plusieurs fois prise et 
reprise dans les nombreuses guerres qui eurent lieu entre les Phi- 
listins et les Juifs. 

11 n'entre pas dans mon sujet de raconter ici ces luttes incessantes; 
qu'il me suffise de dire que, jusqu'au règne de David, qui vainquit 
souvent les Philistins, et finit même par les dompter, ils furent le 
plus ordinairement victorieux des Israélites. Sous Salomon, ils res- 
tèrent soumis à ce prince, dont l'empire renfermait tout leur pays 
jusqu'à Gaza. Les Philistins se relevèrent plus tard de leur abais- 
sement. Sous Joram, ils firent, en commun avec les Arabes, une 
incursion dans le royaume de Juda. Ozias réprima leurs succès et 
éleva môme des forteresses sur leur territoire. Mais, sous Achaz, ils 
débordèrent de nouveau dans le midi de la Judée, et s'emparèrent 
de plusieurs places. Ëzéchias envahit, à son tour, leur fertile plaine 
et les poursuivit jusqu'à Gaza. Ils eurent ensuite beaucoup à souHrir 
des Assyriens, des Scythes, des Egyptiens et des Chaldéens. 

' Pnusanias, V, xiv. — ^ Pline, Histoire naUtrelk, XXIX, xxxiv. 



CHAPITRE XXIII. — A'KER. 43 

Presque tous les prophètes avaient prédit successivement leur 
humiliation et leur .ruine. 

Pour ne citer ici qu'un petit nombre de passages : Jérémie s'ex- 
prime ainsi : 

17. Et accepi calicem de manu Domini, et propinavi cunctis gentibus ad 
quas misit me Dominus 

âo. Et cunctis regibus terrœ Philisthijm , et Ascaloni , et Gazœ , et Accaron , et 
reh'quiis Azoti ^ 

Amos avait déjà proféré les mêmes menaces : 

7. Et roittam ignem in murum Gazœ, et devorabit œdes ejus. 

8. Et disperdam habitatorem de Azoto, et tenentem sceptrum de Ascalone; 
et convertam manum meam super Accaron , et peribunt reliqui Philisthinorum , 
dicit Dominus meus*^. 

La prédiction deSophonie, surtout en ce qui concerne Accaron, 
est encore plus expresse. 

Quia Gaza destructa erit et Ascaloa in desertum, Azotum in meridie ejicient, 
et Accaron eradicabitur '. 

Le livre I des Machabées^ nous apprend qu'Alexandre Balas, 
qui se disait fils d'Antiochus Ëpiphane et qui, favorisé par le sénat 
de Rome, s'était fait proclamer roi de Syrie et avait conclu une 
alliance avec Jonathan Machabée, lui céda, l'an 1/17 avant Jésus- 
Christ, la ville d'Ë'kron et toutes ses dépendances. 

Du temps d'Eusèbe et de saint Jérôme, E'kron ou Accaron était 
encore un grand village, habité par des Juifs. 

H xaà èal\ viv xcifiri fjLsyMv lovSaianf^ AxxdpGJv XsyofÂévuf. 

Dans YChnens Christtanus de Le Quien, il n'est point question, 
parmi les églises de Palestine, de celle d'Accaron , preuve sans doute 
que cette localité n'en eut pas, puisque, du temps d'Eusèbe, elle 
était habitée par des Juifs, ou du moins qu'elle renfermait trop 
peu de chrétiens pour avoir une église dirigée par un évêque. 

' Jérémie, c. xxv, v. 17, ao. ^ Sophonie, c. 11, v. A. 

' Amas, c. i, v. 7, 8. * Machabécs, 1. 1, c. x, v. 89. 



àà DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

A Tépoque des croisades, Jacques de Vitry, qui écrivait dans la 
première partie du xm* siècle , parle d'E'kron dans les termes sui- 
vants : 

Quinta Phiiistinorum civitas dicta est Accharon , prope mare, non longe ab 
Azoto sita ^ 

A la fin du même siècle, le religieux dominicain Burchard, qui 
voyagea en Palestine vers laSo, nous donne quelques détails sur 
la position d'E'kron, qui, de son temps, était réduite à Tétat d'un 
petit village. 

De BethsamesiY leucis contra austrum, non longea mari, Accaron est, civitas 
secunda de quinque urbibus Phiiistinorum. Nunc est modicumcasale^. 

D autres éditions plus anciennes, à la place des mots : contra ans- 
trvmy portent : contra occidentemy ce qui est beaucoup plus exact. 

Depuis le xiv** siècle jusqu'à nos jours, l'histoire d'E'kron est 
demeurée complètement inconnue, et cet ancien chef-lieu des 
Philistins était tombé dans une telle obscurité, que, jusqu'au savant 
voyageur anglais Robinson, qui l'a retrouvé, en 1 838, dans le vil- 
lage d'A'ker, les voyageurs modernes ne savaient plus où le cher- 
cher. 

' Gesta Dei per Francos, p. 1071. — * Burchardu» démonte Sion, Descriptio 
TerrœSanctœ, ëdit. Laurent « p. Si. 



CHAPITRE XXIV— ORIGINE DES PHILISTINS. ^5 



CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME. 

ORIGINE DES PHILISTINS. 

Comme je viens d'entrer avec mon lecteur dans l'ancien pays 
des Philistins et que nous allons le parcourir en entier, il ne sera 
pas, je pense, hors de propos, de résumer ici rapidement les di- 
verses opinions relatives à l'origine de ce peuple célèbre, dont le 
nom est resté celui de la Palestine elle-même. 

Au nombre des fils de Misraïm, Gis lui-même de Cham, la 
table généalogique de la Genèse compte les Caslouhimy en hébreu 
D*>n^tp3, en grec ^CKTfiajvielfx^ en latin Chesluim, d'où sortirent les 
Pelichtim (en hébreu d'^pc^^b, en grec ^vh(/liel(i^ UoLkcucTTÎvoi et 
kXk6(pvXoiy en latin Philisthiim, Philisiiim et Palœsthini) et les 
Gaphtarim (en hébreu D^inss, en grec Fa^Oopie/fx, Xa^6opie/fx, 
KoL^dopieifi et KaTnrdSoxes ; en latin Caphtorim et Cappadoces). 

Et Phetrusim et Chasluim, de quibus egressi sunt Philisthiim et Caphto- 
rim ^ 

Ailleurs, les Philistins sont confondus avec les Caphtorim , peuple 
qui, dans la version des Septante et de la Vulgate, est rendu par 
KcnmdSoxes, Cappadoces. 

Hevœos quoque, qui habitabant ia Haserim uaque Gazam, Cappadoces ex- 
pulerunt : qui egressi de Cappadocia deleverunt eos, et habitaverunt pro 
illis'. 

D'après le prophète Amos, les Philistins étaient venus de Caphr 
tor, "i^no?, mot que la Vulgate, d'accord en cela avec la version des 
Septante, traduit par Cappadocia. 

Numquid non ut filii ^thiopum vos estis mihi, filii Israël? ait Dotninus. 
* Genèse, c. x, 16. — ' Deutéronome , c. n, v. 33. 



46 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Numquid non Israël ascendere feci de terra iËgypti, et Paisestbînos de Cappa- 
docia , et Syros de Cyrene*? 

Dans Jéréaiie, les Philistins sont désignés sous la dénomination 
de restes de Vile de Caphtor, ce que la Vulgate rend également par 
restes de Me de Cappadoce. ^ 

Depopulatus est enim Dominus Pala^tliinos, reliquias insulœ Cappado- 
ciœ^. 

Mais, ainsi que le remarque Tabbé Mignot dans son troisième 
mémoire sur les Philistins^, la sortie des Philistins de l'Egypte ne 
semble pas moins constante que leur origine; car, dans le passage 
du prophète Amos que j'ai cité tout à l'heure d'après la version 
delà Vulgate, Dieu s'exprime ainsi : 

^'éte8-vou8 pas pour moi, dit le Seigneur, comme les enfants des Éthiopiens, 
à fils d'Israël? N'ai-je pas fait monter Israël de TÉgypte et les Philistins de 
Caphtor (dans la Vulgate, de la Cappadoce) et les Syriens de Kir (dans la Vul- 
gate, de Cyrène)1 

(Quelques savants et, entre autres, le docte Bochart* préten- 
dent que les Philistins et les Caphtorim, ayant quitté l'Egypte, 
étaient allés dans la Golchide et dans la Cappadoce , attirés par les 
mines d'or et d'argent que renfermaient ces pays, et qu'ensuite une 
partie d'entre eux, regrettant leur première patrie ou chassés par 
les peuples de ces contrées,redescendirent vers le sud et se fixèrent 
dans la région qui, du nom des Philistins, prit celui de Palestine. 

L'abbé Mignot fait observer avec raison que ce sentiment n'a 
pour lui que l'analogie plus ou moins grande qui existe entre le 
nom de Caslouhim et celui de Colches et entre le nom de Caphtor et 
celui de Cappadoday et bien que les Septante, Eusèbe, la Vulgate, 
Théodoret, saint Cyrille et Procope l'aient adopté, du moins en ce 
qui concerne l'identité de Caphtor avec CappadoctUy cette iden- 
tité ne repose cependant que sur des fondements très-contestables. 

' Amos, c. IX, V. 7. et beiie^- lettres, tome XXXIV, page t/i5. 

* Jérémie, c. xlvh, y. h. * Bocharlus, Geographia sacra , «édition 

^ Histoire de r Académie des inscriptions de 16/iG, p. 3q3. 



CHAPITRE XXIV. — ORIGINE DES PHILISTINS. 47 

En eiïel, est-il probable que la nation des Philistins ait traversé 
toute la Syrie, toute l'Arménie, et ait fait un voyage si long, pour 
revenir ensuite se fixer dans le voisinage du pays qu'elle avait quitté? 
Car on ne peut douter qu'elle n ait d'abord habité l'Egypte , attendu 
que le passage de la Bible ^ que j'ai déjà rapporté fait descendre les 
Philistins du sixième fils de Misraïm, le père des Egyptiens, en di- 
sant que c'est des Caslouhim, issus de ce sixième fils, que sont sor- 
tis les Philistins et les Gaphtorim. La double migration que suppose 
l'opinion que nous combattons n'est donc appuyée d'aucune auto- 
rité; elle parait même contredire le texte sacré, qui n'en annonce 
qu'une et qui donne au pays de Gaphtor, d'où il fait sortir les Phi- 
listins, la dénomination d'ile. 

Pro adventu diei, ia que vastabuntur omnes Philisthiim, et dissipabîlur 
Tyrus, et Sidon cum omnibus reiiquis auxiliis suis. Depopulatus est enini 
DominusPalffiSthinos, reliquias i$uulœ Cappadociœ^. 

Dans le texte hébreu les trois derniers mots sont : i^pds ^k pnKCf 
Cheerith % Caphtor (restes de l'île ou du pays maritime de Gaph- 
tor). La dénomination d'ile ou de pays maritime ne pouvant conve- 
nir à la Gappadoce, Gellarius, après avoir réfuté l'opinion admise 
par Eusèbe, par saint Jérôme et d'abord par les Septante , opinion 
en vertu de laquelle les Gaphtorim seraient des Gappadociens, 
ajoute : 

Propler patrem ergo communem Mizraim niaiim Caphtorœos la Nlliacîs 
circa Delta insuiis quœrere, quam in Ponlica natione aut Cappadocia'. 

Reland prend Caphtor pour Pelusium et son territoire. 

Philislœi ..... profecti sunt e regione Caphtor, "iinss, quœ videtur in ora 
maritima Mg^pii circa Pelusium quaerenda. Nec profecto aliunde voeem o^nc^Ss , 
Pelistim, ducendam suspicor quam a Pelusia, vel Pelusium a PelisUeis^. 

L'abbé Mignot partage l'opinion de Gellarius et de Reland. 
«Je crois, dit-il, qu'il faut adopter le sentiment de Gellarius, 

* Genèse, c. x, v. lA. ^ Gellarius, Geographia, t. II. 

' Jércmie, c. xlvii, v. /i. ' Reland, Palœstina, p. 74. 



àS 



DESCKIPTION DE LA JUDEE. 



de Reiand et de Cumberland, qui, reconnaissant, surTautorité de 
Moïse, que les Philistins étaient originaires de TËgypte, les font 
arriver immédiatement de ce pays dans celui des Philistins. Il pa- 
raît, en effet, que ces peuples avaient demeuré dans les îles voi- 
sines du Delta, à Péiuse, et dans le pays qui s'étendait depuis cette 
ville jusqu'au montCasius. Le texte sacré ne plaçant les Philistins 
et les Gaphtorim, leurs frères, que dans l'Egypte et ensuite dans 
le pays de Canaan, on doit en conclure qu'ils n'ont quitté le premier 
pays que pour venir dans le second. Le nom de Philistins donné 
au peuple sorti de l'Egypte pour s'établir dans le pays de Canaan 
prouve que, avant qu'il s'expatriât, il demeurait à Péiuse, car Phi- 
listin et Pélusien sont un seul et même nom diversement prononcé. 
Plutarque^ dans le détail qu'il nous a conservé des traditions 
égyptiennes sur Isis et sur Osiris, fait mention d'un jeune homme 
nommé Palœstinus ou Pelusius, et il ajoute qu'Isis avait fait bâtir 
une ville qu'elle avait appelée du nom de ce jeune homme. Cette 
ville ne peut être que celle de Péiuse, et ce nom doit être égyptien; 
csivphalachoxiphelech signiGe, en égyptien et en phénicien, (rboue,^ 
de là le rsrfkâs des Grecs *^ -n 

A cette dernière opinion, d'après laquelle il faudrait placer le 
séjour des Caphtorim et, par conséquent, des Philislins aux en- 
virons de Péiuse, dans le Delta égyptien, qu'on peut, jusqu'à un 
certain point, regarder comme une île et qui, dans tous les cas, 
était un pays maritime , M. Munk en oppose une autre. 

(rCe qui est le plus probable, dit ce savant, c'est que Caphtor 
est l'île de Crète. Les prophètes Ëzéchiel ' et Sophonias * donnent 
aux Philistins le nom de Créthimy et très-probablement ils sont dé- 
signés sous le même nom dans le livre I de Samuel^. On peut encore 
ajouter, à l'appui de cette opinion, que, selon Etienne de Byzance, 
Gaza, l'une des villes principales des Philistins, portait ancienne- 
ment le nom de Minoa, par ce que Minos, roi de Crète, accompagné 



* Plutarqiie, De Isi et Osiri, c. xvii. 

* Histoire de V Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres , t. XXXIV, p. 1/17. 



' hzéchiel, c. xxv, v. 16. 

* Sophonie, c. 11 , v. 5. 

* Samuel, 1. I, e. xxx, v. t^. 



CHAPITRE XXIV. — ORIGINE DES PHILISTINS. 49 

de ses frères ifiacus et Rhadamanlhe , y avait conduit une colo- 
nie ^t» 

M. Quatremère^, au contraire, pense que les Gréthîm, au lieu 
d*ètre des Cretois, appartiennent à une race arabique habitant au 
sud des Philistins. D'un autre côté, Knobel' les regarde comme des 
Caphtorim venus d'Egypte en Crète et qui ensuite se seraient éta 
blis sur la côte philistine, à la différence de M. Munk, qui cherche 
Caphtor dans File de Crète elle-même. Dans tous les cas, selon 
ces deux savants, les Philistins seraient venus en Palestine de cette 
île, opinion que M. Quatremère considère comme une pure hy- 
pothèse , en faisant remarquer que ce serait un fait extraordinaire 
que cette émigration de l'ouest vers l'est , de l'île de Crète en Syrie; 
qu'en outre l'absence de ports sur cette côte sablonneuse aurait 
rendu très-difficiles les émigrations, si elles était arrivées de l'ouest. 

Il est une autre opinion, qui fait venir les Philistins de l'île de 
Chypre, mais elle me paraît également peu soutenable. Sans entrer 
dans de plus longs détails sur celte question tant controversée, 
je me résume en deux mots. 

Suivant Cellarius, Reland, l'abbé Mignot et M. Quatremère, 
j'incline à chercher les Caslouhim , d'où sont sortis les Philistins et 
les Caphtorim, dans le Delta égyptien. Issues de Cham par Misraïm, 
ces deux peuplades étaient très-vraisemblablement Egyptiennes et 
voisines l'une dç l'autre. A une époque qu'on ne peut déterminer 
d'une manière précise, elles se dirigèrent vers le nord , s'avancèrent 
peu à peu à travers le désert et se confondirent bientôt dans le 
nom général de Philistins (Pelichiim), qui, d'après une étymologie 
adoptée par Gésénius, Movers, Rôth et Munk, étymologie éthio- 
pienne, signifierait émtffrés. Cette étymologie est peut-être préfé- 
rable à celle que donnent Cellarius, Reland et Tabbé Mignot, qui 

• 

tirent le mot Peltchtim de Pelustuniy et puis nous voyons que les 
Septante désignent souvent les Philistins sous le terme de ÀXXrf- 
^vkoiy c'est-à-dire étrangers. 

' Munk, Palestine, p. 82. — * Journal des Savants, i846, p. a/i3. — ' Vôlker- 
tafel, p. 91 5. 

11. /i 



50 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Ce fut dans la plaine, au sud-ouest de Kaiiaan, que s'établirent 
les Gaphtorim émigrés ; mais d*abord ils occupèrent probablement 
les oasis de la côte entre TËgypte et le pays de Kanaan. Leur émi- 
gration précéda Tépoque d'Abraham; car, lorsque ce patriarche 
vint dans le pays de Kanaan, l'an 1896 avant Tère vulgaire, ils 
étaient établis à Gérar et dans son territoire, où ils avaient un roi 
appelé Abimélech (père roi), titre des rois de cette contrée : en 
effet, cent ans environ plus tard, un autre Abimélech, roi de la 
même ville, se rend à Beerseba avec son général, pour solliciter 
d'Isaac le renouvellement de l'alliance que son père avait contractée 
avec Abraham. 

Ces deux Abimélech devaient être le père et le fils ou l'aïeul et le 
petit-fils; car, assurément, ce ne pouvait être le même personnage 
qui aurait, à un siècle d'intervalle, renouvelé à Isaac les serments 
qu'il aurait prêtés si longtemps auparavant à Abraham. Il vaut 
mieux, ainsi que le suppose M. Munk ^ voir dans le mot Abimélech 
le titre ordinaire des rois philistins de Gérar qu'un nom propre et 
particulier. 

Quoi qu'il en soit, il est prouvé par la Bible que les Philistins 
occupaient, du temps d'Abraham, la Geraritica regio, le Negeb de 
la plaine philistine ou le Daroma extérieur. Plus tard, ils durent 
s'emparer de toute la plaine à laquelle ils donnèrent leur nom, et 
ils devinrent même si puissants que, lorsque les Israélites sortirent 
d'Egypte, Moïse, d'après Tordre de Dieu, ne les conduisit point 
par le pays des Philistins, quoique ce fût là le chemin le plus court, 
de peur que, se voyant attaqués par ce peuple belliqueux, ils ne 
se repentissent de s'être mis en marche et qu'ils ne retournassent 
sur leurs pas. 

La contrée dont les Philistins s'emparèrent était occupée, avant 
eux, par un peuple à qui l'Ecriture donne le nom de A'wim, en 
hébreu o'»??;, en grec EûaFoi, en latin Hevœi. 

Hcvœosquoque, qui habitabantin Haserim usque Gazam , Cappadoces (Caph- 
* Munk. Palestine, p. 8/i. 



CHAPITKE XXIV. — ORIGINE DES PHILISTINS. 51 

torim) expulerunt : qui, egressi de Cappadocia (Caphtor), deleverunt eos et 
habitaverunt pro iilis '. 

Les détails de celte invasion des Philistins et de leur agrandisse- 
ment successif nous sont inconnus : tout ce que nous savons, c'est 
que, au moment où les Hébreux entrèrent dans la Terre promise, 
les Philistins étaient maîtres de toute la plaine qui s'étend depuis 
le torrent d'Egypte , YOued el-A'rich de nos jours, au sud, jusqu'à 
E'kro^ au nord. 

A fluvio tufbido qui irrigat .Egyptum usque ad terminum Ancaron éontra 
aquilouem : terra Chanaan, quas in quinque regulos Phih'sthiim dividitur, 
Gazœos et Azotios, Ascalonitas, Gethœos et Accaronitae^. 

Leur nom s'étendit même au delà du pays qu'ils envahirent; 
car, peu à peu, toute la terre de Kanaan le prit, nom tellement 
vivace que, encore aujourd'hui, la plaine que nous étudions et où ils 
régnèrent en maîtres est appelée par les Arabes Falestin, (j\XmJj. 
Comme ils en expulsèrent les A'vvim, ils durent y trouver des villes 
déjà fondées, qu'ils ne firent qu'agrandir; peut-être aussi en fon- 
dèrent-ils quelques-unes, ainsi qu'un nombre plus ou moins con- 
sidérable de villages; mais il est à peu près impossible de déterminer 
d'une manière précise, parmi les cinq cités principales qui devin- 
rent le siège de cinq satrapies différentes, quelles sont celles dont 
la création leur appartient et celles qu'ils trouvèrent déjà exis- 
tantes. Il peut se faire même qu'elles fussent toutes déjà établies. 
Ce qui est bien certain, c'est que ce peuple industrieux, actif et 
d'ailleurs très-nombreux, dut renouveler l'aspect et étendre l'en- 
ceinte des cinq villes qui formèrent la Pentapole, et qu'autour de 
ces cinq villes, comme autant de dépendances, s'élevèrent beaucoup 
de villages dont l'histoire fait mention, sans les nommer, *ou du 
moins en se contentant d'en citer nommément quelques-uns. 

* Deutérùnome , c. ii, v. q3. — * Josué, c. xiii, v. 3. 



h. 



52 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME. 

ZERNOUKA. KEBEIBEH. NEBY ROUBm. MAIDMAS lAMNI/E 

OU lAMNIA MARITIME. TEBNEH (yABNEH OU IAMNIa). 



ZERNOUKA. 



Le 17 mai, à cinq heures vingt minutes du matin, nous quit- 
tons A'ker, en prenant la direction du nord-ouest. 

A cinq heures cinquante-quatre minutes, nous parvenons à Zer- 
noukay ^yjj^ village de trois cents habitants, sur une faible émi- 
nence qui domine à peine la plaine. Les maisons sont petites et 
bâties en pisé. Alentour croissent des plantations de tabac. Un 
sanctuaire est consacré au Cheikh Mohammed. La roue du puits 
qui alimente d'eau cette localité est mue par un homme assis, qui 
de sa main et de son pied la fait tourner. 



KEBEIBEH. 



A six heures trois minutes, nous nous remettons en marche vers 
Fouest-nord-ouest. 

A six heures vingt minutes, nous arrivons à Kebeibeh^ iù^j^Aj, que 
l'on prononce également Koubeibeh^ iwu^. Ce village renferme quatre 
cent cinquante habitants. Les maisons, grossièrement construites 
en pisé, sont groupées sans ordre sur une colline qu'environnent 
des jardins plantés de figuiers, d'oliviers, de concombres et de 
tabac. 



NEBY ROUBIN. 



A six heures quarante minutes, nous poursuivons notre route 
vers le nord-ouest, puis vers l'ouest. 



CHAPITRE XXV. — MAIUMAS lAMNl^E. 53 

A sept heures vingt minutes, nous franchissons le Nahr Roubin, 
(:^v j^^' ^® P®t*t fleuve est, en cet endroit, assez profondément 
encaissé; nous le passons à gué, près d'un ancien pont dont il 
ne subsiste plus que les subs traction s. Les rives sont bordées de 
divers arbustes et notamment de lentisques et dagnus-castus. Au 
delà du Nahr Roubin, nous traversons de hautes dunes, composées 
d'un sable extrêmement (in et délié, qui pourrait, au moyen d'ir- 
rigations, devenir très-propre à la culture. Ce qui le prouve, ce 
sont les broussailles et, entre autres, les touffes de lentisques qui 
croissent çà et là. 

A sept heures trente-cinq minutes, nous faisons halte un instant 
près de la houbbeh de Neby Roubin^ (j^^jy ^. Une enceinte carrée 
enferme une cour plantée d'une dizaine de vieux mûriers, qui for- 
ment, eu ce lieu désert et sablonneux, une sorte de petite oasis. Des 
citernes fournissent de l'eau à ceux qui viennent y vénérer la mé- 
moire de Neby Roubin. Ce personnage, selon une tradition mu- 
sulmane, ne serait autre que le patriarche Ruben, l'aîné des douze 
fils de Jacob. Il repose, au fond de la cour, sous une coupole qui 
s'élève au-dessus d'un grand sarcophage recouvert d'un tapis. Une 
autre tradition, au contraire, veut que ce prétendu prophète soit 
tout simplement un cheikh qui vivait dans le courant du dernier 
siècle. Quoi qu'il en soit, lors de la fête de Neby Roubin, une foule 
de musulmans accourent en pèlerinage dans cet endroit, et cette 
koubbeh solitaire devient le rendez-vous d'une multitude plus ou 
moins considérable de pieux visiteurs. 

MAIUMAS lAMNIiE. 

A sept heures cinquante minutes, sortis de l'enceinte sacrée, 
nous dirigeons nos pas vers le nord-ouest, et bientôt nous retrou- 
vons les rives verdoyantes du Nahr Roubin, que nous côtoyons 
jusqu'à son embouchure. A deux cents pas du rivage, ce petit 
fleuve peut avoir vingt-cinq mètres de large et une profondeur de 
deux mètres, peut-être môme davantage; mais à l'endroit où il se 



54 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

jette daus la mer, par suite de ramoaceilement du sable sur ce 
point, on peut facilement le passer à gué. il est poissonneux, car 
nous apercevons plusieurs pécheurs qui y jettent leurs filets. 

Une fois parvenus à son embouchure, nous le quittons pour 
suivre, vers le sud, le bord de la mer, et, au bout de quinze mi- 
nutes de marche , nous voyons se développer devant nous une pe- 
tite baie entourée de rochers formant une sorte de jetée naturelle. 
Cette anse constituait certainement autrefois le Maiumas lamniœ ou 
l'ancien établissement maritime dlamnia, comme M. Guillaume 
Rey l'a pensé avec raison. Elle s'arrondit entre deux promontoires, 
dont Tun, celui du sud, est rocheux et parait avoir été jadis forti- 
fié. Les flancs sont recouverts d'un appareil de petite maçonnerie, 
qui jadis probablement était revêtu lui-même d'un second appareil 
en pierres de taille. Sur le sommet de ce promontoire on remarque 
quelques débris de constructions renversées. 

Quant à la ville qui s'étendait autour du port et qui était i'Iam- 
nia maritime mentionnée par Pline, elle a presque entièrement 
disp(VH], ensevelis que sont ses débris sous les énormes dunes de 
sable qui s amoncellent de plus en plus en deçà des falaises du ri- 
vage; celles-ci sont rocheuses et'peuvent avoir une élévation d'une 
vingtaine de mètres. 

Le promontoire méridional dont je viens de parler est connu 
parmi les indigènes sous le nom de EdhrDherbehy iu^l (le Coup), 
sans doute parce que les vagues s'y brisent sans cesse et qu'il 
semble les frapper lui-même. Les ruines qui le recouvrent sont 
pareillement appelées Kliirbet edh-Dherbeh, iû^JI aj^. 

Voici le passage où Pline signale l'existence d'une lanuiia mari- 
lime : 

Oppidum Ascalo iiberum, Azotus, lamiiiae duœ, altéra intus, Joppe Phœ- 
iiicum ' 

Pline, comme on le voit, désigne très-nettement en Palestine 

' Ht f foire naturelle y V, \iir. . 



CHAPITRE XXV. — YEBNEH. 55 

deux villes du nom d7amnta, dont Tune intérieure , trlamniae duœ, 
altéra intus;^ la seconde, par conséquent, cela se sous-entend de 
soi, devait être placée au bord de la mer. 

Ptolémée, dans sa Géographie^, mentionne également le port 
d'Iamnia entre Joppé au nord et Azot au sud : 

11 est question de ce même port dans le livre II des Machabées. 

Judas Machabéc, ayant appris que les habitants d'Iamnia vou- 
laient maltraiter ceux de sa nation qui vivaient au milieu d'eux, se 
rendit de nuit de Joppé au port d'Iamnia, qu'il brûla avec tous les 
vaisseaux qu il contenait. 

La lueur de l'incendie, ajoute le texte sacré, fut telle, qu'on 
l'aperçut de Jérusalem, à la distance de deux cent quarante stades. 

lamnitis quoque nocte supervenit et portum cum navibus succendit; ita ut 
lumen ignis appareret lerosolymis a stadiis ducentis quadraginta ^. 

Remarquons, en passant, que la distance entre Jérusalem et le 
port d'Iamnia est, en réalité, plus grande que celle qui est indiquée 
dans ce verset. Reland' l'a déjà observé, et il pense que, au lieu 
de deux cent quarante stades, il faut lire plutôt trois cent qua- 
rante, chiffre qui, d'un autre côté, est trop fort d'environ soixante 
stades. 

YEBNEH. 

A dix heures, nous poursuivons notre marche vers le sud, en 
cheminant péniblement à travers un plateau sablonneux sillonné 
par de nombreux petits ravins, où poussent des broussailles et 
principalement des lentisques. Bientôt nous inclinons vers le sud- 
est, et de ce premier plateau onduleux nous descendons sur un 
second , un peu moins élevé ; il est recouvert pareillement de sable 

' Géographie,, V, xvi. — * Machabéeê, I. II, c. xii, v. 9. — ' Reland, Pakestim, 
p. 43o. 



56 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

et, çà et là, de la même végétation. Nous y Rencontrons un douar 
de Bédouins, qui y ont dressé leurs tentes; une centaine de cha- 
meaux errent au milieu des broussailles pour y chercher leur nour- 
riture. 

A onze heures, nous parvenons à l'extrémité orientale des dunes, 
auxquelles succèdent de magnifiques plaines parées de moissons 
jaunissantes. 

Notre direction est alors celle de l'est. 

A onze heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte à Yeb- 

Ce grand village est situé sur une colline dont le pourtour est 
de douze cents mètres et dont les pentes sont plantées de tabac, de 
figuiers, d'oliviers et d'abricotiers. Un assez grand nombre de puits 
y ont été creusés; c'est un homme assis qui, de ses mains et de ses 
pieds, en fait tourner la roue. 

Un autre puits plus considérable se trouve à l'ouest et aii bas 
du village. La roue est mise en mouvement par un chameau ou 
un nmlet. Le réservoir où l'eau se déverse parait avoir été cons- 
truit avec d'anciens matériaux; près de là, trois fûts de colonnes 
de marbre blanc sont étendus à terre et proviennent évidemment 
d'un édifice antique. 

Sur le plateau de la colline sont bâties en amphithéâtre des 
maisons confusément groupées; elles sont la plupart très-basses et 
ressemblent à de véritables huttes. Les plus grandes sont précé- 
dées d'une cour qu'environne un petit mur d'enceinte; elles n'ont 
toutes qu'une ou, tout au plus, deux chambres. Cet amas informe 
d'habitations en terre et en briques crues est dominé par un mi- 
naret à base carrée et de forme polygonale, dont le sommet est en 
partie détruit. Il s'élève à l'un des angles d'une mosquée qui a 
remplacé une église chrétienne, probablement l'ancienne chapelle 
du château d'Ibelim, Ybelini ou Hibelin, à l'époque des croi- 
sades. 

Une autre mosquée, consacrée au Cheikh Abou-Harira^ renferme 
dans son intérieur deux colonnes antiques de marbre grisâtre. Un 



CHAPITRE XXV. — \EBNEH. 57 

troisième fut de colonne mutilé gitsur le sol devant ce sanctuaire, 
' que précède une cour où je remarque plusieurs tombeaux musul- 
mans et, entre autres, une auge sépulcrale antique, longue de deux 
mètres eL large à proportion. 

S'il faut en croire Guillaume de Tyr, le village que je viens de 
décrire aurait succédé à la ville de Geth. Voici le passage de cet 
historien : 

« 

Interca dominus rex Hierosolymorum Fulco et alii re{jni principes volen- 

tcs Ascalonitaruin impeUis rcfrœnare, constituunt de commun! voto in campes- 
tribus juxta urbem Ramuiam, non longe a Lydda, quee est Diospolis, castrum 
œdificare. Erat aulem in eadem regione collis aliquantuluni editus, supra quem 
unam'de urbiLus Phiiistinorum traditiones babent fuisse constilutam, Geth 
nomine, juxta illam aliam eorum civitatem quœ dicta est Azotum, ab Asca- 
lone distans milliaribus decem, non longe ab ora maritima. Convenientes igi- 
tur unanimiler ex condicto, in prœfato colle, (irmissimo opère, jadis in altum 
fundamentis, œdîHcant prœsidium cum turribus quatuor, veteribus œdificiis 
quorum multa adhuc 8ui)ererant vestigia lapidum ministrantibus copiam. Per- 
fecto igitur castro et partibus omnibus absoluto, cuidam nobili viro et pru- 
denli de commun! traditur consilio, domino videlicel Bnliano senior! , pair! 
Hugonis, Balduin! et Baliani junioris, qui omnes ab eodem loco cognominati 
sunt de Hibelin : hoc enim nomen ili! erat loco, antequam etiam castrum illic 
œdiGcaretur ^ 

Jacques de Vitry reproduit comme il suit, en l'abrégeant, ce 
passage de Guillaume de Tyr : 

Quarta autem civitas Philisthiim, nomine Geth, non longe a Lydda et Ra- 
muia, in colle aiiquantum edito, fuit sita. Ex lapidibus autem ejus quœ dudum 
vastata fuerat, terlius rex Hierosolymorum, Fulco, in eodem colle praesidium 
eu! nomen IbeUm œdifica^it, tradens illud cuidam viro nobili Balliano^. 

Adrichomius adopte le sentiment de ces deux écrivains ^ 
L'abbé Mignot le partage également dans son sixième mémoire 
sur les Phéniciens "*. 

De nos jours, M. Poujoulat, qui, en 1 83i, a parcouru la plaine 

* Witlelmns Tyr. XV, xxiv. ' Theatrum Terrœ Saneiœ, p. a46. 

* Gesta Dei per Franco» ^ édition 'Bon* ^ Histoire de r Académie deê inscriptions 
gars, p. 1071. €l belles-lettres, t. XX XIV. 



58 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

des anciens Philistins, regarde de même Yebneh comme ayant suc- 
cédé à la ville de Geth^ En cela, il se conforme à l'opinion émise 
parles auteurs précédents, opinion qui, cependant, non-seulement 
est contestable, mais encore est évidemment fausse, comme je vais 
le prouver. 

D'abord le nom actuel d'Yebneh est identique avec le nom ancien 
Yabnehy n:3^., en grec lifiveiOL^ en latin lebneely labnia, lamnia. 

Dans plusieurs passages des livres des Machabées, que j'aurai 
l'occasion de citer tout à l'heure, la ville ainsi appelée est rappro- 
chée d'Azot comme d'une place voisine; elle est indiquée pareille- 
ment dans la proximité de Joppé; et, eifectivement, elle était située 
entre Joppé au nord et Azot au sud. Or le village d'Yebnéh se 
rencontre précisément sur la route qui de Jaffa conduit à Ësdoud, 
l'antique Azot. 

L'historien Josèphe, dans divers endroits, mentionne de même, 
comme étant voisines, les villes d'iamnia et d'Azot : 

£t< re [à ïlofÂnrfïos] yidptaaav, xa) A^oinovy xal Idfivetav^ xal ApéBovaav 
ToU olKffTOpatv àitéScûxe '^. 

ff Pompée rendit encore Marissa, Azot, lamnia et Arethusa à leurs anciens 
habitants. ^ 

Ailleurs : 

Xd^ivetav Se Ka\ AIgûtov [à HpoiSris] ^aXvfifiy rfi àSeX^fi oujTOVy 

xaravéfÂei ^. 

(rHérode attribue à Salomé, sa sœur, lamnia et Azot.^ 
Ailleurs encore : 

OieoTrao'toLvbç Se àirù Kataapeias eh IdyLvetav xa\ A^ùrrov i(ptxô(ievos ^. 

Dans ce dernier passage, la ville qui nous occupe est marquée 
très-nettement au nord d'Azot, puisque Vespasien, parti de Gésa- 
rée, arrive à lamnia avant de parvenir à Azot. 

' Corre.syoi*dfl«ccrf''Oi*iew/, t. V, p. 368 ^ îosèphc. Antiquités judatt/ues, XVII, 

^t Buivonles. vni , 9 i . 

* Antiquités judaïques , XIV, iv, 8 A. * GueiTc des Juifs, IV, m, S 2. 



CHAPITRE XXV. — YEBNEH. 59 

Daus le passage suivant, elle est signalée au sud de Joppé : 

Karealpé^aTO yàp ^{fÂù}v TdlapoL Te vr6Xiv Kai lànriv xa\ IdlfjLvetav ' . 
(T Simon renversa la ville de Gazara, Joppé et lamnia.T) 

Nous sommes donc toujours ramenés pour la position d'iamnia , 
en hébreu Yabneh, entre Joppé au nord et Âzot au sud. 

Voici maintenant différents témoignages de Strabon, de Pline 
et de Ptolémée qui concourent également à prouver quianmia 
occupait bien l'emplacement du village actuel dTebneh. 

Strabon, après avoir parié de Joppé, ajoute : 

Kal ^»} xtà evdpSpricrev qÛtoh à rànoSy ùale éx rris ^Xriaiov Kcifirif lafiveias 

Koù t&v xaroixiflûtr t&v xixktf tMapas fiuptdSas iirXiletySai ATfb Se 

lofiye/a; eh A^onov xai Aaxdkcjvd elmv &croi Staxécrtoi alaSiot ^. 

rtha population virile de cet endroit augmenta tellement que le bourg voisin 
d'Iamnia avec les hameaux environnants pouvait fournir quarante mille hommes 
armés D'Iamnia à Azot et à Ascalon on compte deux cents stades, r? 

Pline, suivant un ordre opposé, cVst-à-dire remontant du sud 
au nord, s'exprime ainsi : 

Oppidum Ascalo liberum, Azotus, lamniœ duœ, altéra intus, Joppe Phœni- 



cuni ^ 



« p • ■ • 



Ce passage, que jai déjà cité, non-seulement détermine avec 
netteté ia position d'Ianmia entre Azot au sud et Joppé au nord, 
mais encore, ainsi que je l'ai dit plus haut, il nous apprend l'exis- 
tence d'une seconde lamnia sur le bord de la mer, existence que 
confirme Ptolémée, lorsqu'il signale, entre Joppé au nord et Azot 
au sud, le port des lamnites, lafivsnœvT^ifiiffv. 

Dans Y Itinéraire (TAnUminy il est pareillement question d'Iamnia 
comme placée à douze milles au sud de Diospolis et à vingt milles 
au nord d'Ascalou. 

Dans la Table de Peutinger, lamnia est marquée à douze milles au 
sud de Diospolis et à dix milles au nord d'Azôt, qu'une autre dis- 

' Antiquités judaïques , XIII, vi, S G. — * Strabon, XVI, p. Sîia, éd. Casaubon. — 
Histoiir naturcUvf V, xiii. 



60 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

tance de douze milles sépare d'Ascalon, ce qui fait en tout vingt- 
deux milles entre Tamnia et Ascalon, chiffre qui répond mieux aux 
deux cents stades de Strabon, ainsi que Tobserve Gellarius^ 

D'après ces divers témoignages, nous voyons que, en partant soil 
de Joppé, soit de Diospolis ou Lydda, pour se rendre à Ascalon, 
on passait par famnia, et que, dans Y Itinéraire d'Antonin et la Table 
de PeulingeTy cette dernière ville est indiquée à douze milles de Dios- 
polis, ce qui nous amène droit au village d'Yebneh, où il faut donc 
reconnaître sans la moindre hésitation VYabneh des Livres saints, 
\Iahnia ou Xlamnia de la Vulgate, de la version des Septante, de 
l'historien Josèphe et des autres écrivains profanes. 

Gellarius , Reland et l'abbé Mignot avaient déjà démontré l'iden- 
tité de ces noms, dont le premier était hébreu ou plutôt phénicien, 
et les deux autres grecs et latins. Gellarius même avait deviné que 
YYabneely dans la Vulgate lebneel, qui est indiquée dans Josué^ 
comme étant située sur la limite nord-ouest de la tribu de Juda, 
devait ôtre la môme ville qu'Yabneh. Or l'Hibelin, ribelini ou 
rYbelim des croisades, confondue à tort avec l'ancienne Geth par 
Guillaume de Tyr, Jacques de Vitry et d'antres auteurs, malgré la 
ressemblance qui existe entre ces trois orthographes du môme 
nom et le nom antique Yabneh, dont elles sont une pure corrup- 
tion, occupe précisément la place de la cité qui portait jadis cette 
dernière désignation. Aussi le savant Robinson et les meilleurs cri- 
tiques n'ont-ils pas manqué depuis de retrouver dans l'Hibelin des 
croisés TancienTie Yabneh. 

Cette identité une fois admise comme incontestable, donnons 
maintenant quelques détails sur l'histoire de cette ville, qui, sans 
avoir la célébrité des cinq satrapies philistines, mérite cependant 
d'avoir sa place dans la description de ce pays. 

Nous savons d'abord par la Bible qu'elle existait déjà à l'époque 
où les Hébreux envahirent la Terre promise, puisqu'elle est men- 
tionnée dans le livre de Josué sous la forme Yabneely en hébreu 

' Gellarius, Notttia orbis antiqui, t. II, I. III, c. xiii. — * Josué, c. xv, v. 1 1. 



CHAPITRE XXV. — YEBNEH. 61 

^^a% qui parait être la forme primitive et la plus complète de ce 
nom. Les Septante, à la vérité, traduisent ce mot par \sSvi; mais 
ce texte semble fautif et parait devoir être remplacé par ïeSvdi. Dans 
la Vulgate on lit lebneel 

El pervenit [terminus] contra aquiionem partis Âccaron ex latcre, iocli- 
naturque Sechrona, et transit montem Baaia, pervenitquein lebneel, et ma^rni 
maris contra occidenlem fine concluditur^ 

Ce mot Yabneel signiGe en hébreu (t Dieu la bâtit, d En supprimant 
la dernière syllabe ely qui veut dire ce Dieu, t) reste le mot Yabneh, 
dont le sens est le même; car on sous-entend alors le mot «rDieu. n 
Telle est Tétymologie que donnent les hébraïsants et qui paraît la 
seule admissible : il me semble, en effet, inutile de réfuter ici celle 
que Ion trouve dans Etienne de Byzance, à propos du mot tà/xvia : 

Idfivtay fsoktyviov ^oivlxrjs, ^rpdSûw Se xoifÂriv * dirh IdiÂVOu H irt layLvovç 
éxctXotjp rouf xaOvSpovç xai reSn^éras rônovs, 

(riamnia, petite ville de Phénicie; Strabon Tappelle un bourg. Ce nom 
lui vient d'iamnus, ou parce qu^on désignait sous le terme d'tamnot les lieux 
humides et fleuris.^ 

D'abord ce prétendu lamnus qui aurait donné son nom à lamnia 
est tout à fait inconnu, et ensuite le territoire d'Iamnia n est point 
humide. 

Assignée, dans le principe, à la tribu de Juda, ainsi que la ville 
d'Accaron, Yebneh fut plus tard concédée à celle de Dan, comme 
cela résulte d'un passage de Josèphe. 

AavTjai Se lijs xoiXvs iaa ^mphs Sv6(jievov rérpanlat rbv 0<iov Xayyavov- 
ertv, Alcir^ xa) Acipots iptlôfispoiy lolfAvetclv re vraaav xa) Térlav in* Àx- 
xipcûvos ëojs rov 6povf é^ oS li loiSa iipxro (^t/Xi/^. 

tt Les Danites obtiennent en partage la portion de la vallée qui regarde le 
soleil couchant, étant bornés d*un côté par Azot et de Tautre par Dora, ainsi 
que tout le territoire d'Iamnia et de Getta, depuis Accaron jusqu'à la montagne 
où commençait la tribu de Juda.?) 

* Jo9ué, c. \v, V. 1 1. — * Antiquités judaïques f V, i, S a a. 



62 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Dans le livre de Josué, la même chose est indiquée, mais d*ane 
manière moins explicite; car il est dit que E'kron fut cédée à la 
tribu de Da^^ Or il est probable quTabneh, si voisine vers l'ouest 
de cette dernière ville, le fut également, ce qui se sous-entend de 
soi. Autrement, elle serait restée isolée, et séparée de la tribu de 
Juda par d'autres villes appartenant à la tribu de Dan et situées 
plus à l'est. En réalité, elle dut, de fait, retomber bientôt sous la 
domination des Philistins. 

Vers l'an 800 avant Jésus-Christ, elle fut enlevée à ce peuple 
par le roi Ozias, et démantelée. 

Denique egressus est [Ozias] et pugnavit contra Philisthiim, et destruxit 
murum Gelh et munira labniœ murumque Azoti ^^. 

Dans la version des Septante du livre de Judith, cette ville est 
citée comme tremblant à l'approche d'Holopherne , général de 
Nabuchodonosor, et elle est mentionnée sous le nom de tejxvoux, 
autre forme de la dénomination phénicienne dTabneh : 

Ka\ 'cravrès ol xarotxovvres ïefJLvaàv xaà ol xoltoixovvtbç èv ÂC2JT9; xaX 
AaxdXcjvi ê(poSf(6na'av avrov aOéSpa^, 

Dans les deux livres des Machabées, il est, à plusieurs reprises, 
question d'Iamnia. C'est sous ses murs que, en i6û avant Jésus- 
Christ, deux capitaines de Judas Machabée, qui, malgré ses ordres, 
avaient combattu, en son absence, les troupes de Gorgias, furent 
vâinc!]s par celles-ci. 

55. Et in diebus quibus erat Judas et Jonathas in terra Galaad, et Simon 
fratcr ejus in Galijœa contra facienn Plolcmaidis, 

56. Audivit Josephus, Zachariœ iilius, et Azarias, princcps virtutis, res bcne 
gestas , et prœlia quœ gesta sunt, 

57. Et diiit : Faciamus et ipsi nobis nomen, et eamus pugnare ad versus 
gentes quœ in circuitu nostro sunt. 

58. Et prœcepit his qui erant in exercitu suo, et abierunl lamniam. 

59. Et exivit Gorgias de civitate et viri ejus obviam illis in pugnam. 

* Jostié, c. XIX, V. 63. ' Septante. /iVrc^'r/tff/fM , chapitre it, 

* Paralipomhies , 1. II, c. xxvi, v. G. v. 2tS. 



CHAPITRE XXV. — YEBNEH. 63 

60. Et i'ugali suDt Josephus et Azarias usque In fines Judœae; et ceciderunt 
iilo die de populo Israël ad duo millia vin, et facta est fuga magna in populo ^ 

Le port dlamnia fut brûlé ensuite par Judas Machabée avec les 
vaisseaux qu'il contenait^. 

En 1 ia , Simon s'empara de cette place *. 

L'an 63, elle fut enlevée par Pompée aux Juifs et rendue à ses 
anciens habitants^. 

En 57, comme elle avait beaucoup souffert par suite de la 
guerre, elle fut repeuplée et dut être réparée, avec d'autres villes, 
par l'ordre de Gabinius, gouverneur de Syrien 

L'an 3o , elle retourna sous la domination des Juifs par la dona- 
tion qu'Auguste en fit au roi Hérode. Ce prince, avant de mourir, 
la donna à Salomé, sa sœur, avec Azot et Phasaélis®, et celle-ci la 
légua elle-même, à son tour, à Livie, épouse d'Auguste. 

Le canton d'Iamnia était alors extraordinairement peuplé, ainsi 
que l'atteste un passage de Strabon que j'ai cité plus haut, et d'après 
lequel cette ville, avec les villages de sa dépendance, aurait pu armer 
quarante mille hommes''. 

Philon, un peu plus tard, dans sa relation de l'ambassade en- 
voyée à Caligula, appelle également lamnia l'une des villes les 
plus populeuses de la Judée, et il nous dit que, de son temps, la 
plupart de ses habitants étaient Juifs; les autres étaient des étrangers 
venus des pays voisins. 

11^X1$ [)7 Idfxveta] 5é è&li tris XovSoLiaç èv toïs (laXtala tfoXvdvOpcjnos ' 
tavTïfv fJLtydSeç oUovtnv^ ol tirAe/ot;^ (liv ïovSaîotf ërepot Se nves ^XX^^Xoi, 
fsapu<T(pf)apévteç àith tôjv vrXrjfTioxaipoyv *. 

\ cause de cette grande affluence de population juive, le siège 
du grand synedrium avait été transféré à lamnia quelque temps 

* Machabeeê, livre I, chapitre v, * Josèphe, Guerre des Juifs, I, vni, 
Y. 55-6o. S à. 

* Ilfid. 1. Il, c. xn, V. 8, 9. ® Antiquités judaïques , XVII, vnr, S 1. 

* Josèphe, Antiquités judaïques , III, ' W. ihid, XVIII, 11, S 9. 

XI, S 6. * Philonis opéra, p. 790, cMition de 

* Id, ibid. XIV. IV, S h, Genève. 



64 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

avant la destruction de Jérusalem. On sait que le grand synedrium 
était pour les Juifs comme le sénat de leur nation. Il se composait 
de soixante et onze membres, y compris le président, qui portait le 
titre de nasi (prince), et le vice-président, appelé abheth-din (père 
du tribunal ou du jugement). Les membres étaient tirés de toutes 
les classes de la société. C'est devant ce tribunal suprême qu étaient 
portées les aiTaires criminelles et administratives qui concernaient 
une tribu tout entière ou une ville; c est par lui également qu étaient 
jugés les crimes politiques d'une certaine importance. 

lamnia vit aussi fleurir dans son sein une grande académie 
rabbinique, dont les docteurs sont souvent cités avec éloge dans le 
Talmud. 

Eusèbe parle de cette localité comme d'une petite ville encore 
existante de son temps. 

layLvtlcLy 'usà'kiç louda, th ht vvv ^oXi/vv Hakatal ivris ' lafÂveia iieraçù 
AtocméAeoJs xa\ Aicirov. 

L'histoire ne nous dit pas à quelle époque le christianisme s'in- 
troduisit à lamnia; tout ce que nous savons, c'est qu'elle avait une 
église et un évêché au commencement du iv* siècle. Un de ses 
évéques, nommé Pierre, assista au premier concile de Nicée, SsS 
après Jésus-Christ, et, plus tard, au synode de Sardes. Les noms 
de cinq autres de ses évèques nous ont été également transmis. 
Le dernier, Etienne II, en 536, prit part aux actes du synode tenu 
à Jérusalem par le patriarche Pierre pour condamner les doctrines 
d'Anthimus^ 

A l'époque des croisades, lamnia était détruite. L'emplacement 
qu'elle avait occupé s'appelait alors par corruption Hibelin, Ibe- 
lim ou Ybelim. C'est avec les ruines de cette ville que Foulques, 
quatrième roi de Jérusalem, bâtit la forteresse ainsi désignée, du 
nom de la colline sur laquelle elle fut construite et où Guillaume 
de Tyr, Jacques de Vitry et d'autres voient à tort l'ancienne Geth 

* Le Quicn, Oriens Christianus, t. III, p. 588 et suivantes. 



CHAPITRE XXV. — YEBNEH. 65 

ou Gath, Tune des cinq satrapies philistines. Cette forteresse était 
flanquée de quatre tours, et la défense en fut confiée aux seigneurs 
de Balian. Elle avait été élevée dans le but d'opposer une digue, 
vers le nord , aux sorties et aux déprédations continuelles des Asca- 
lonites. Aujourd'hui, elle n'existe plus, et il ne reste de ce château, 
comme je l'ai dit, que les débris d'une chapelle actuellement trans- 
formée en mosquée. 



11. 5 



6fi DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE VINGT-SIXIEME. 

BBIT EGH-GIIIT. KHIRBET ES-SALOUDJEH. YAZOUR (hATSOR-HADATTAH 

OU ASOR nova). BARKA (bENE-BERAK). ASDOUD (aGHDÔD OU AZOt). 

MINET ASDOUD (aZOT MARITIMe). RESUME DE L'HISTOIRE D'AZOT. 



BEIT EGH-GHIT. 



Le 1 8 mai , à six heures du matin , nous quittons Yebneh , en 
nous dirigeant vers le sud-est. Après avoir dépassé les jardins de 
ce village, nous traversons des champs de la plus grande fertilité, 
où Ton est en train de faire la moisson. Derrière les moissonneurs, 
des troupes de femmes et d'enfants ramassent les javelles. Les gerbes 
amoncelées sont rapportées ensuite à dos de mulets et de chameaui. 
Ce sont des bœufs, ordinairement, qui, en tournant en cercle sur 
l'aire, les foulent aux pieds, afin de détacher la paille de Tépi. 

A six heures cinquante minutes, nous cheminons entre des 
jardins environnés de cactus. Ils appartiennent au village de Beit 
ech'Chity LiK*gAi\ OH^, appelé aussi par contraction Becinty <,\y^ j . Il 
compte trois cent cinquante habitants, et est situé sur une petite 
colline. Les maisons sont bâties en briques crues; des plantations 
de tabac les entourent. 



KHIRBET ES-SALOUDJEH. 

Poursuivant notre route vers le sud-est, nous rencontrons, à 
huit^heures, sur un monticule, quelques ruines, appelées Khirbel 
eS'Saloudjeh, ik^^JLJI la^j^. Il y avait là jadis un hameau qui, sauf 
plusieurs citernes en partie elles-mêmes détruites, a été comme 
effacé du sol. 



CHAPITRE XXVI. — YAZOUR. 67 



YAZOUR. 



Notre direction devient alors celle du sud-ouest. A neuf heures, 
nous parvenons à Yazaury ^jj;!^; d'autres prononcent et écrivent 

Ce village, situé sur une colline, peut renfermer quatre cent 
cinquante habitants. Les maisons sont construites comme celles de 
la plupart des villages de la plaine, c'est-à-dire avec des briques 
cuites seulement au soleil. Des plantations de tabac et des bou- 
quets d'oliviers les précèdent. Je remarque près d'un puits un fût de 
colonne mutilé, de marbre gris-blanc. C'est le seul débris antique 
qui ait attiré mon attention en -cet endroit. Néanmoins, le nom 
d'Yazour indique que ce village a succédé à une ancienne localité, 
probablement à VAmr nova^ kaœp if xcuviff, signalée par Ëusèbe, 
dans YOnomasticon, sur les frontières d'Ascalon, vers l'orient. 

Èalt Si xai ek hi vSv xaififi "keyofiévri kaàpy iv bpiois Kcrxdhavos rois ek 
àvœtoXàsy 4 yéyove ^Xifs loiSa ' xa) oISsv v Tpa^i? Atxèp rfjv xatvifv. 

Cette ff Asor la Neuve t^ est mentionnée, dans le livre de Josué, 
parmi les villes de la tribu de Juda. 

Asor nova et Carioth HesroD, hœc est A8o^^ 

Dans le texte hébreu, Asot' nova est appelée Hatsor-Hadaltah, 
nnnn'nisn, ce qui veut dire la même chose. 

Le village d'Yazour, il est vrai, n'est point à l'est d'Ascalon, 
mais au nord-nord-est; ce qui n'est point un argument décisif 
contre l'identification que je propose, attendu que les indications 
d'Eusèbe ne sont pas toujours très-précises, et peut-être ici, au lieu 
des mots : «rsur les frontières d'Ascalon , rt èv rok bptois ÀexxaXwvos, 
faut-il lire : «r sur les frontières d'Azot, à l'est.?? 

Il ne faut pas songer à reconnaître dans Yazour la seconde Asor, 
autrement dite Hesron, nommée à la fin de ce même verset : 

' Joftué^ V. XV. V. îiT). 



j . 



68 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Hesron, hœc est Asor; car nous savons par Eusèbe que cette ville 
était voisine du désert : Ècrpojv, fj xolI kcrœpy (^vXris ïovSa, TSpo^ rij 
èprffiw; ce qui ne peut convenir au villagfe d'Yazour. 



BARRA. 



Nous marchons ensuite presque directement vers l'ouest, et, à 
dix heures, nous arrivons à Barka, b^. 

Ce village, qui s'élève, comme les précédents, sur une faible 
éminence, et qui est bâti de la" même manière, compte trois cent 
cinquante habitants. A côté du puits à noria qui l'alimente d'eau, 
gisent plusieurs tronçons de colonnes de marbre gris-blanc, qui 
accusent un travail antique. Une koubbeh environnée de tombes est 
dédiée à Neby Beraky ^^ ^. Quelques plantations de tabac croissent 
dans des jardins. 

Quant à la campagne d'alentour, elle est, comme partout dans 
cette plaine, d'une merveilleuse fertilité. Des champs verdoyants 
de dourah fraîchement semé, et à peine levé, alternent avec d'autres 
que dorent, soit le chaume des orges et des blés déjà coupés, soit 
de magnifiques moissons encore sur pied. 

On sait que le dourah^ très-commun en Palestine et en Egypte, 
est une sorte de millet. Les Arabes en pétrissent la farine avec du 
beurre, de l'huile, de la graisse et du lait de chameau, pour en 
faire un pain dont ils sont très-friands. Us désignent sous le nom 
de dokn une seconde espèce de millet, qui est employé comme 
fourrage quand il est encore vert. Lorsqu'il est mûr, sa farine 
«ert à faire de la bouillie ou du pain. 

Le village de Barka, à cause de son nom et de sa position, doit 
être identifié avec la localité qui est mentionnée dans YOnomastican 
d'Eusèbe, au mot Bapà;^, et qui, du temps de cet écrivain , existait 
encore, à l'état de village, non loin d'Azot. 

Bapà;^, ^Xris Aàv, eh en vSv xxrep) tfjv AÇanSv éalt xciiiv hapexd. 

C'est la ville dont il est question dans Josué comme appartenant 



CHAPITRE XXVI. — BAHRA. 69 

à la tribu de Dan, ou, du moins, comme lui ayant été assignée par 
le sort. 

Nous lisons dans la Vulgate : 

Et lud, et Bane, et Barach, et Gelliremmon ^ 

La version des Septante nous offre pour ce même verset le 
texte suivant : 

Enfin, voici le texte hébreu correspondant : 

1 . .,1.1 .. , ^ . 

«tV-Ihoud ou-Bene-Berak ve-Gath-Rimmon. t» 

Le premier nom, dans la Vulgate et dans le texte hébreu, est, 
comme on le voit, lud ou Ihaud; mais chez les Septante on lit 
À^ûip; ce qui prouve que, dans le manuscrit hébraïque qu'ils ont 
adopté, c*était le nom de cette ville qui était marqué. 

Une raison très-forte, à mon avis, en faveur de la préférence que 
l'on doit accorder à cette dernière leçon, c'est que, encore aujour- 
d'hui, à quatre kilomètres à Test du village de Barka, se trouve 
celui dTazour, dont j'ai parlé tout à l'heure, et dont le nom est 
certainement identique avec celui de k^œp, en hébreu HatsoTy en 
latin Asar, 

Quant aux deux noms qui suivent, ils sont séparés dans la Vulgate 
comme s'ils étaient ceux de deux localités distinctes, l'une appelée 
BanCy l'autre Barach; mais, dans le texte hébraïque et dans la version 
grecque, ils sont réunis. Le texte hébraïque, en effet, porte Bene- 
Berak (les fils de Berak), et la version grecque, par corruption évi- 
demment, Bavociéaxàr pour BavcuêapAx,' 

Eusèbe divise les deux noms ; car, dans Y Ononmstican , au mot 
Bav?;, nous lisons : (^vXfis Aat^. . . ., et, plus loin, au mot Bapot^i 
écrit, dans d'autres manuscrits, Bapaxot/, Bapexa et Bapêbé, on lit 
de même : ^v'kris ààv . . . . , comme si ^vv et Bapa;^ formaient 
deux villes différentes de la tribu de Dan. 

. * Josui, c. \rx, V. Ao. 



70 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Quoi qu'il eu soit, le village actuel de Barka ne reproduit que 
la seconde partie du nom hébreu composé Bene-Berak. Cette dési- 
gnation semble indiquer que les premiers fondateurs de la ville 
ainsi appelée auraient été les fils d'un nommé Berak (l'Eclair). 
Chose singulière, et qui prouve l'extrême persistance des traditions 
primitives en Orient et surtout en Palestine , les habitants du vil- 
lage de Barka vénèrent encore, en ce même endroit, la mémoire 
d'un santon musulman sous le titre de Nehy Berak y (jjj c^ (le pro- 
phète l'Eclair). 

Il est à observer que, dans un assez grand nombre de localités 
en Palestine, on trouve des oualy consacrés à de prétendus pro- 
phètes ou santons, dont les noms sont identiques avec ceux de ces 
localités, auxquelles ils les ont empruntés beaucoup plus souvent 
qu'ils ne leur ont imposé eux-mêmes ceux qu'ils portaient. 

ASDOUD. 

A onze heures, nous nous remettons eu marche. 

A onze heures quinze minutes, nous franchissons un oued peu 
important. Des touiïes d'agnus-castus en bordent les rives sinueuses. 
Notre direction est celle du sud-sud-ouest. 

A onze heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte à As- 
dofudy ^3«x^l , après avoir franchi une belle avenue de gigantesques 
nopals, qui, à droite et à gauche de la route, servent de haie in- 
franchissable à de fertiles jardins, où croissent confusément des 
orangers, des citronniers, des grenadiers, des figuiers et des oli- 
viers, que dominent, par intervalle, d'élégants palmiei*s. 

Asdoud, jadis si forte et si importante, est réduite actuellement 
à l'état d'une simple et pauvre bourgade de dix-huit cents habi- 
tants au plus. La plupart des maisons sont grossièrement bâties en 
briques crues; quelques-unes seulement sont en pierre. Dans une 
mosquée apj)elée Djmm Sidi Amei\ je remarque une grosse colonne 
antique de marbre blanc, qui en soutient la voûte. 

Ce bourg, qui s'élève sur les pcMites d'une éminence peu consi- 



CHAPITRE XXVI. — ASDOUD. 71 

dérable, est lui-même commandé, vers le nord-ouest, par une col- 
line plus haute, qui jadis constituait Tacropole de la ville antique. 
Livrée maintenant à la culture, elle est plantée de figuiers et d'oli* 
viers, et une ceinture de cactus l'environne. Cette haie naturelle 
a remplacé un mur épais, construit avec des blocs régulièrement 
taillés et d un grand appareil. Telle est la tradition subsistant en- 
core aujourd'hui parmi les habitants, et l'un d'entre eux m'a af- 
firmé que, tout récemment, en creusant la terre pour y planter des 
oliviers, il avait mis à jour quelques assises d'un gros pan de mur 
en magnifiques pierres de taille. 

Cette colline est le mans Azotidont il est question dans le livre I 
des Machabées : 

Et contrita est dextera pars ab eis, et persecutus est eos usque ad monteni 
A2oli^ 

Les Arabes la désignent actuellement sous le nom à'Er-Ras, 
^jm\ji\ (la Tête, le Sommet). 

Au bas et autour d'Asdoud, on observe un certain nombre de 
puits, dont plusieurs doivent être antiques. Près de l'un de ces 
puits s'élève une mosquée qui renferme sous deux petites coupoles 
les tombeaux de deux personnages dont la mémoire est révérée 
dans le pays : l'un de ces santons s'appelle Ibrahim el-Matbouli; 
l'autre, Soliman el-Farsi. Dans la cour qui précède la mosquée, on 
remarque un sarcophage antique, long de deux mètres et large à 
proportion. La face principale est ornée de guirlandes sculptées, 
auxquelles pendent, à droite et à gauche, des grappes de raisin, 
emblèmes de la Terre promise. 

C'est à quelques pas de là que nous dressons nos tentes, à l'ombre 
d'un vieux sycomore et d'un palmier. 

A une faible distance, au sud de la même mosquée, s'étendent 
les ruines d'un vaste khan abandonné. 11 forme, à l'extérieur, un 
grand rectangle. Intérieurement, de longues galeries, soutenues 
par des arcades ogivales, des chambres et des magasins régnent 

' Maekabéeê, 1. 1. c. ix, v. i5. 



72 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

autour d'une cour centrale. L'entrée regarde le nord. Au vestibule 
de la porte, une colonne antique de marbre, étendue à terre, sert 
de seuil. Ce beau khan a été construit avec des pierres d'un appa- 
reil moyen, mais très-régulier. Malheureusement, non-seulement 
il n'est pas entretenu par les habitants d'Azol, mais, déjà depuis 
quelques années, ils ont commencé à le démolir, pour en transpor- 
ter ailleurs les matériaux, dont ils font commerce; c'est ainsi qu'une 
partie du revêtement extérieur a disparu peu à peu. 



MINET ASDOtD. 



A trois heures et demie de l'après-midi, j'apprends d'un fellah 
qu'il existe des ruines sur le bord de la mer, connues sous le nom 
de Minet Asdoudy ^^«x^t iU^^ (port d'Asdoud). Le prenant aussitôt 
pour guide , je me dirige vers le point qu'il m'a indiqué. 

Immédiatement à l'ouest du bourg commencent de hautes dunes 
de sable sillonnées par de nombreux ravins que les vents ont creu- 
sés et que ne recouvre aucune végétation, à l'exception de quel- 
ques maigres touffes dialfa. Elles forment, en cet endroit, le long 
du rivage, une bande de quatre kilomètres au moin^ de large. La 
réverbération du soleil sur ces couches profondes de sable à la 
surface miroitante est telle, que nous en sommes littéralement 
éblouis. 

A quatre heures et demie, enfin, après une marche des plus 
pénibles, nous atteignons les ruines qui m'avaient été signalées. Ce 
sont celles d'une petite ville et d'une forteresse commandant une 
rade, aujourd'hui solitaire. « 

La ville est complètement détruite, les matériaux mêmes ayant 
été enlevés ou étant ensevelis sous des sables mouvants. Quelques 
arasements de murs seulement percent çà et là la surface du sol, 
et de nombreux fragments de poterie sont épars de tous côtés. 

Quant au château fort, il est encore en partie debout et mesure 
(jualre-vingls pas de long sur cinquante-trois de large. Il était flan- 
qué d'une tour ronde, à chacun de ses angles; deux autres tours 



CHAPITRE XXVI. — RESUME DE L'HISTOIRE D'AZOT. 73 

défendaient ses portes, qui souvraient, Tune à Torient, du côté 
d'Asdoud, l'autre à l'occident , du côté de la mer. Le tout avait été 
construit avec de petites pierres assez régulièrement taillées et bien 
cimentées. 

Près de là est un puits, aux trois quarts comblé. 

Les limites et la courbe de l'ancien port sont peu sensibles, par 
suite de l'envahissement progressif des sables. 

A cinq heures et demie, je quitte la plage pour retourner à As- 
doud, où je passe la nuit. 

RESCIMB DE L'HISTOIRE D'AZOT. 

Analysons maintenant les principaux faits historiques qui se 
rattachent à cette antique cité philistine. 

Asdoudy ^^«x^l , qu'on prononce également Esdoudj en hébreu 
i^ntt^K, Achdâdy en grec k^aôros, en latin Azotus, doù la dénomina- 
tion française Azoty existait dès l'entrée des Hébreux dans la Pales- 
tine. Elle fut assignée par Josué, avec les bourgs et les villages qui 
en dépendaient, à la tribu de Juda. 

Azotus cuin vicis et villuiis suis ^ 

S'il faut en croire Etienne de Byzance, elle aurait été fondée par 
un fugitif venant de la mer Erythrée, qui, du nom de sa femme, 
l'aurait appelée Â^a, ce qui veut dire <t chèvre,?) d'où serait dérivé 
le nom grec AIcûtos. 

Bochart a montré que cette étymologie ne repose que sur une 
fable inventée après coup, et que le sens réel de l'hébreu Achddd 
est (T force, puissance.?) 

Achdod proprie robur sonat ^. 

La racine de ce mot est effectivement le verbe iip, qui signifie 
(ril a été fortfl et aussi cr il a été violent, il a ravagé, r» 

• * 

' JoBué^ c. XV, V. 67. — * Bochart, Geograpkia sacra , p. 8^3. 



74 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Ëusèbe nous dit que, primitivement» Âzot avait été au pouvoir 
des géants Ënakim, qui même ne purent eu être chassés totale- 
ment. 

AcrSœvy ^ xa) k^ùnosy èv ij xarsXet^rio'av ol EvaxeïfAy il vuv i(/li taro- 
^<'X*"' ^^^<^vpt^os tHç W(îk(ii(/l Ivns* ifv Se nXfjpov ^Xifs lovSa. 

Ce fait est consigné d'une manière formelle dans- le livre de 
Josué, ainsi que cela ressort du verset suivant : 

Non reliquit [Josue] uHuin de stirpe EDacim in terra iiiiorum Israël , absque 
civitatibus Gaza, et Geth, et Azoto, in quibus solis relicti sunt^ 

Quoique attribuée aux enfants de Juda, cette ville, de fait, ne 
leur fut donc soumise que plus lard. 

Vers la fin de la judicature d'Héli, les Philistins ayant remporté 
deux grandes victoires sur les Israélites, Tarche sainte elle-même, 
que les Hébreux avaient fait venir de Silo dans leur camp, pour ra- 
nimer leur courage et leur servir dune sorte de palladium sacré, 
tomba entre les mains de Tennemi, qui la transporta à Azot et 
la plaça dans le temple de Dagon. Mais, le lendemain matin, les 
Philistins s'aperçurent que la statue de leur dieu était renversée 
devant l'arche. L'ayant relevée, ils la trouvèrent encore, le jour 
suivant, étendue la face contre terre, à côté de l'arche; la tête et 
les mains du dieu avaient été coupées et gisaient sur le seuil de 
la porte du temple. En même temps une maladie épidémique se 
répandit dans la ville d'Azot, et une multitude incroyable de rats 
infestèrent les campagnes. Transférée de là à Galh et ensuite à 
Ë'kron, l'arche y causa par sa présence les mêmes calamités; ce 
que voyant, les Philistins la rendirent aux Israélites, accompagnée 
d'otfrandes expiatoires^. 

Dagon, comme je l'ai dit dans le tome I de cet ouvrage, cha- 
pitre H, paraît avoir été la principale des divinités philistéennes; 
car, outre le temple que ce dieu avait à Azot, il en avait encore 

» 

' Joëué, c. XI, V. 93. — ' Rois, 1. I, C. V. 



CHAPITRE XXVI. — RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE D'AZOT. 75 
un autre à Gaza , ainsi que nous 1 apprenons par l'histoire de Sam- 



son ^ 



En pariant du village de Beit-Dedjan, sur la route de Jaffa à 
Jérusalem, village qui, très-probablement, est la Bethr-Dagon de la 
tribu de Juda^, le Caphat^Dagon d'Ëusèbe et de saint Jérôme, 
j'ai émis la conjecture que cette localité tirait, selon toute appa- 
rence, son nom d'un ancien temple dédié à ce dieu, et qu'elle 
devait vraisemblablement son origine aux Philistins. 

Une seconde Betb-Dagon, située sur les limites de la tribu 
4'Aser', avait pu être également fondée par ce peuple, qui poussa 
plusieurs fois ses incursions jusqu'au nord de la Palestine, trans- 
portant avec lui son culte et ses idoles. 

Sous Salomon, Âzot fut soumise aux Hébreux. Les Philistins, en 
effet, avaient été écrasés par les nombreuses défaites que David 
leur avait infligées. Plus tard , cette nation belliqueuse la reprit , 
à la faveur des guerres civiles qui éclatèrent parmi les Israélites, 
après la mort de Salomon et le partage de ses États en deux 
royaumes distinclà. 

Ozias Tënleva de nouveau aux Philistins, en fit démolir les rem- 
parts et y éleva une forteresse pour la maintenir sous le joug. 

Denique egressus est [Ozias], et pugnavit contra Philisthiim, et destruxit 
murum Geth et murum labniae, inuruinque Azoti; œdificavit quoque oppida in 
Azoto et in Philisthiim ^. 

SousËzéchias, Sargon, roi d'Assyrie, ayant envoyé une armée 
contre l'Egypte, sous le commandement de son général Tharthan, 
celui-ci s'empara, l'an 716 avant Jésus-Christ, de la ville d'Azot, 
qui était, en quelque sorte, la clef de l'Egypte^. 

Plus tard, l'an 63o avant Jésus-Christ, elle fut assiégée, comme 
le raconte Hérodote, pendant l'espace de vingt-neuf ans, par Psam- 
métique, roi d'Egypte, et cet historien ajoute que c'est le plus long 
siège que l'on connaisse. 

' Jvges, c. xvu V. aS. * Paralipomhies , livre II, c. \xvi, 

* Jo9ué, c. XV, V. A t . V. 'î, 

^ Ihid. c. \ix, V. Q7. ' haïe, c. \x, v. 1. 



76 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

"^ofifthiytfis Sk iScurùuaiffep AlyMov tétraapa xal «evrt/xovra Étetf t&¥ 
tè. iphç Séotna rpitiKOvra Aie^ov , rifs ^vpias neydkiiv vroXtv , mpoo-HaOrfiU" 
vos énoXiépxes es tb è^TXs* «((t)? Se t) A^ùnos ànaaéojv wkUù» hà ^XsHalov 
iSfohopxeuiJLévrf àvré<rj(j£ râv liiieis ïSfiev K 

trPsammétique rëgna sur TÉgypte cinquante-quatre ans. Durant vingt-neuf 
de ces années, il assiégea et serra de près Azot, grande ville de Syrie, jusqn^à 
ce quil s'en fût rendu maître. Or cette Azot est, de toutes les villes que nous 
connaissons, celle qui résista le plus longtemps à une armée assiégeante. » 

L'histoire ne nous dit pas qui occupait alors cette place. Selon Gé- 
sénius, le siège du roi d'Egypte fut dirigé contre les Assyriens. H fau- 
drait alors faire remonter ie commencement du règne de Psammé- 
lique bien plus haut qu'on ne le fait généralement, et c'est, en effet, 
ce que Gésénius a essayé de prouver avec beaucoup de sagacité^. 

Quoi qu'il en soit, on peut conclure de ce long siège qu'Azot 
était alors une ville très-importante et Irès-fortifiée , puisqu'elle 
sut résister pendant tant d'années, et que Psammétique en jugea 
la conquête as&ez utile pour mériter de sa part des efforts si per- 
sévérants. 

L'an i63 avant Jésus-Christ, Judas Machabée s'en empara, et y 
détruisit les autels et les idoles des faux dieux. 

Et declinavit Judas in Azotum in terram alienigenarum, et diruit aras eorum 
et sculptilia deorum ipsorum succendit igni, et cepit spolia civitatum, et re- 
versus est in terram Juda ^. 

L'an 1/18 avant Jésus-Christ, ses frères Jonathan et Simon, 
après avoir défait, sous les murs d'Azot, Apollonius, général de 
Démétrius, roi de Syrie, entrèrent victorieux dans cette place, qui 
fut livrée aux flammes avec le temple de Dagon , où un grand 
nombre de fugitifs avaient cherché un refuge. 

83. Et qui dispersi sunt per campum fugerunt in Azotum, et intraverunt in 
Bethdagon , idolum suum , ut ibi se liberarent. 

SA. Et succendit Jonathas Azotum et civitates quœ erant in circuitu ejus, 

* Hérodote, 1. Il, c. clvii. — * Voir son Commentaire sur haie , 1. 1, p. 596 et sui- 
vantes. — ^ Machabées, 1. 1, c. v, v. 68. 



CHAPITRE XXVI. —RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE D'AZOT. 77 

et accepit spolia eorum , et tempium Dagon et omnes qui fugerunt in iliud 
succendil igni ^' 

Azot fut enlevée plus tard par Pompée aux Juifs et réunie à la 
province de Syrie ^. 

Gabinius, gouverneur romain, la releva de ses ruines et la 
repeupla l'an 55 avant Jésus-Christ'. 

Hérode, en mourant, la légua avec d'autres villes à sa sœur 
Salomé ^. 

Vespasien ensuite la prit et y établit une garnison *. 

Quand le christianisme se répandit en Palestine, Azot devint le 
siège d'un évêché. 

UOriens Christianus de Le Quien indique les noms de quatre 
évèques de cette église : de Silvanus, qui assista au premier concile 
de Nîcée, en 325; de Charisius, qui fut présent au conciliabule de 
Séleucie, en 359; d'Héraclius, qui siégea au concile de Chalcé- 
doine, en /i/ig ; enfm de Lazarus, qui participa aux actes du concile 
de Jérusalem, en 536. 

A cette époque, il y eut même deux églises d'Azot; car, à côté 
de cette Azot, située dans les terres, il est question, dans un pas- 
sage cité par Reland et emprunté par lui à une ancienne notice 
grecque sur les patriarcats, d'une Azot maritime y AlaôTOs tsrapaXio?, 
distincte et voisine d'une AIwto^ Icntivos^ ou Hottivos, selon d'au- 
tres manuscrits. 

Cette AloûTOs TaapSXios, c'est évidemment le comptoir maritime 
dont j'ai reconnu l'emplacement et les ruines, quatre kilomètres 
à l'ouest d'Asdoud, à l'endroit qui porte encore aujourd'hui le nom 
de Minet Asdoud ou port d'Asdoud. Pendant les croisades , Azot n'a 
joué aucun rôle dans l'histoire, et son nom ne s'est mêlé à aucun 
des grands événements des guerres saintes. 

Jacques de Vitry nous apprend qu'elle ne consistait plus alors 
que dans un médiocre village. 

' Machahées, 1. I, c. x, v. 83-8/i. ' Id. tbid, XIV, v, S 3. 

* Josèphe. Antiquités judaïques, XIV, * Id, ibid, XVII, vin, S 1. 

IV, 8 1. * Guerre des Juifs, IV, m, 8 a. 



78 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

luter Ascaionem aulem et Joppem est Azotum, decem inilliaribus ab Asca- 
loue Nunc ad raodici casalis redacta est parvitatem \ 

Le moine Burchard du Mont-Sion répèle la même chose : 

Ab Accaron iv leucis contra austrum est Azotus, terlia de quinque civitatibus 
Philistinorum. Et est dudc simiiifer parvum casale^. 

J'ai dit plus haut ce qu'elle est de nos jours. Cette grande ville 
de Syrie, comme l'appelait Hérodote, continue à languir misérable 
et sans gloire, ignorant elle-même sa célébrité première et visitée 
seulement par de rares voyageurs. 

' Gesta Dei per Francos, p. 1071 . — ' Biirchardus de monte Sion, Descriptio Terrœ 
Sanctœ, p. 8/1, édition Laurent. 



CHAPITRE XXVII. — KHIRBET SOUK-RHEIR. 79 



CHAPITRE VINGT-SEPTIEME. 

KHIRBBT SOUK-RHEIR. BATHANIEH ECH-CHARKIEH. BATHANIEH EL-GHAR- 

BIEH. KHIRBET BERDARA. BBIT-DARAS. SAOUAFIR EGH-GHEMA- 

LIEH. SAOUAFIR EL-GHARBIEH. SAOUAFIR EGH-GHABK1EH (gHAPHIr). 

KHIRBET KARKAFA (cAICAPHa). KHIRBET BOUMELTA. KHIRBET 

DJELADIEH. RETOUR À SAOUAFIR EGH-CHARKIEH. 



KHIRBET SOUK-RHEIR. 



Le 19 mai, je quitte Asdoud, à quatre heures et demie du 
matin, pour aller jeter un coup d'œil, au nord de cette bourgade, 
sur une ruine que je n'avais pu examiner la veille. 

Après avoir franchi successivement vers le nord-nord-est YOued 
Asdoud y puis YOued Barka, j'arrive, vers cinq heures quinze mi- 
nutes du matin, au village de ce nom, village dont j'ai parlé dans 
le chapitre précédent et qui, dans plusieurs cartes, est placé à une 
trop grande distance d'Âsdoud. 

De là je me dirige droit vers le nord. 

A six heures quinze minutes, j'aperçois à ma gauche, à la dis- 
tance de quatre kilomètres et demi, un oualy connu sous le nom 
de Neby YonneSy j^yj ^ (le prophète Jonas) ; il s'élève sur un 
monticuie sablonneux qui avoisine et domine la mer. 

A six heures trente minutes, nous atteignons le Khirhei Souk- 
Rheivyj,*!^ \iy^' 

Cette ruine,' dans laquelle M. Poujoulat^ incline à reconnaître 
l'ancienne Ë'kron, n'a jamais été que celle d'un khan, aujourd'hui 
renversé. Long de soixante pas sur trente-sept de large, il renferme 
intérieurement une citerne et un petit magasin voûté, encore iii- 

' (Atrmpondanre d'Orient, l. V. p. 87 5. 



80 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

tacts. Au bas du tertre que ses débris recouvrent, on remarque, 
vers l'est, un réservoir et, à côté, un puits très-bien construit, en 
partie comblé. Un canal, dont les vestiges seuls sont apparents, 
amenait les eaux de ce réservoir à une fontaine maintenant dé- 
molie, et située dans la plaine, près de la route. Une koubbeh à 
moitié détruite, et dédiée jadis à quelque santon, avoisinait cette 
fontaine. 



BATHANIEH EGH-CHARKIEH. 



 sept heures quarante minutes, je suis de retour à Barka. 

A sept heures cinquante minutes, marchant dans la direction 
du sud-est, je franchis Y Oued Barka et, vingt-cinq minutes plus 
loin, VOued Asdoud. Ces deux petites rivières serpentent dans la 
plaine en replis nombreux, et au milieu de leur lit coule seulement, 
à cette époque de Tannée, un maigre filet d'eau. Leurs rives sont 
bordées de jolies touffes d'agnus-castus. 

A huit heures dix-huit minutes, je parviens à Bathanieh ech- 
Charkieh, i^i^^i iû^lk^ (Bathanieh oriental). 

Ce village consiste en une centaine de pauvres habitations en 
briques crues; près du puits, quelques pierres de taille antiques 
gisent sur le sol. Des plantations de tabac croissent dans des jar- 
dins qu'environnent des haies de cactus. 



BATHANIEH EL-GHARBIEH. 



Ma direction est alors celle de l'ouest-sud-ouest. 

A huit heures cinquante-deux minutes, je traverse un autre 
village, appelé Bathanieh el-Gharbieh ^ iiitfjii\ a^I^ (Bathanieh occi- 
dental), à cause de sa position par rapport au précédent. Il peut 
compter quatre cents habitants et est bâti comme tous ceux dont 
je viens de parler. Au puits, on remarque trois fûts mutilés de co- 
lonnes antiques de marbre gris-blanc. Ce sont des bœufs qui font 
monter l'eau dans un énorme seau , en descendant eux-mêmes sur 
un plan légèrement incliné, dont la longueur, proportionnée à celle 



CHAPITRE XXVII. — BERDARA. — BEIT-DARAS- 81 

de ia corde qu'ils déroulent, égale par conséquent la profondeur 
du puits. Quand ils remontent ensuite ce même plan, le seau vide 
redescend par son poids dans le puits. Dans plusieurs endroits de 
la Palestine , j'ai vu pratiquer ce système , aussi simple qu ingénieux. 
Il est également usité en Afrique , dans quelques districts de la Ré- 
gence de Tunis, comme j*ai eu l'occasion de Tobserver. Toutefois 
il procure moins d'eau , dans le même laps de temps, que le système 
des roues à godets que des animaux font tourner en marchant cir- 
culairement. 

KHIBBET BËBDABA. 

\ 

A neuf heures, ma direction devient celle du sud. 

A neuf heures cinq minutes, j'aperçois, à droite et à gauche de 
la route , sur deux monticules , quelques ruines éparses. De nombreux 
débris de poterie, trois puits antiques, à moitié comblés, et deux 
petites constructions carrées , surmontées d'une coupole , qui offrent 
l'apparence Soualy musulmans, mais qui sont peut-être anté- 
rieures à l'invasion arabe, constituent ce khirbel, qui porte le nom 
de Berdara, ^j^^j^^ 

BBIT-DABAS. 

A neuf heures trente minutes, je franchis un second bras de 
Y Oued Asdoùd. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, j'arrive à Beit-DaraSy 
i}>»U\^ ow^j, que d'autres prononcent Beit-Dras, jJj:> oy^. Ce vil- 
lage contient sept cents habitants. Un oualy y a été élevé à la mé- 
moire de Neby Y(mn. Près d'un puits antique, en partie comblé, 
gît sur le sol le chapiteau mutilé d'une colonne de marbre. 

Je demande en vain où est situé le village à'Yazaury qui est 
marqué, sur plusieurs cartes, au sud de Beit-Daras. Tous les Arabes 
que j'interroge me répondent qu'ils ne connaissent d'autre village 
de ce nom que celui que j'ai déjà mentionné au nord de ÏOued 
Asdotid. 

II. {) 



wr 



82 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



SAOUAFIR EGH'GHEMALIEH. 



Au delà de Beit-DaraSy je me dirige vers i'est-nord-^st. 

A neuf heures cinquante minutes, après avoir franchi un oued^ 
je marche droit vers Test, et, à neuf heures cinquante-huit minutes, 
j'atteins le village de Saouafir ech-Chemalieh, i^JUûJl j^I^m (Saouafir 
septentrional), appelé encore Saotju^r Abou-A'îmarr^ j^y^^ j^^y^- 
Il renferme cinq cents habitants; trois fûts brisés de colonnes an- 
tiques de marbre gris-blanc gisent près d'un puits. Une koubbeh y 
est dédiée au Cheikh Sidi Abd- Allah. 



SAOUAFIR EL-GHARRIEH. 



Ma direction est ensuite celle du sud-sud-ouest. 

A dix heures trente minutes, je traverse un petit mied^ et, six 
minutes plus avant, je parviens à Saouafir el-Gharbieh^ a^jàiS jj^\ym 
(Saouafir occidental), appelé aussi Saouafir Ibn-A'oudehy (^i^t^-^ 
S2>^, ou Saouafir A'oudeh, »:>y^j^\ym. De la même importance que 
le précédent, ce village possède une koubbeh consacrée au Cheikh 
Mohammed. Quelques fragments de colonnes et un certain nombre 
de blocs antiques ont été engagés dans la maçonnerie de ce sanc- 
tuaire. Un magnifique pin ombrage la cour qui le précède. D'au- 
tres tronçons de colonnes, du même marbre, avoisinent le puits 
unique qui alimente d'eau cette localité. 



SAOUAFIR EGH-GHARKÎEH. 

« 



Dix minutes à l'est de Saouafir el-Gharbieh , Saouafir ech-Charkieh ^ 
'»^jjitl\ j^Sym (Saouafir oriental), ^y^^e\é encove Saouafir el-MesaJka ^ 
)^iimi\ j^Sym ^ compte cinq cent trente habitants. Des bouquets de 
pins s'élèvent çà et là autour du village. Nous dressons nos tentes 
sous l'un de ces arbres. 

Ces trois Saouafir, septentrional y occidental et oriental, désignés 



CHAPITRE XXVII. — SAOUAFIR. 83 

ainsi à cause de leur position respective, ont été identifiés avec la 
ville de Saphir ou Chaphir^ ")^çef , qui n*est mentionnée qu'une seule 
fois, dans le prophète Michée^. 

Ce mot Chaphir est rendu, à la vérité, par ladverbe xaXS)s (bien) 
dans la version des Septante, et par ladjectif pu&;&ra (belle) dans 
la Yulgate, mais, dans le Commentaire de saint Jérôme sur le pro- 
phète Michée, il est traduit par Saphir, qui reparaît comme nom 
propre de localité. 

Dans YOnamasticond'Eusèhe^ je lis, au mot ^aijpdp : 

Sai^eip, iv y fi bpeivfi xtâym ial) , figra^v iiXsuOepovéXuûs xaï kmtakSivos^ 
(pv}Jis îovSa. 

Les trois villages de Saouafir se trouvant à peu près à égale 
distance de Beit-Djibrin , fanciehne Eleuthéropolis, et d'Ascalon, 
la position qu'ils occupent entre ces deux villes s'accorde bien avec 
l'expression du texte d'Eusèbe : fiera^v ÈXsvdsponc^scûs xoti Àerxa- 
XSjvos. 

D'un autre côté, comment cet écrivain a-t-il pu dire qu'un vil- 
lage situé entre Eleuthéropolis et Ascaion était cr dans la montagne, i) 
èv y^ àpetv^ , puisqu'à l'ouest de Beit-Djibrin commence la grande 
plaine, la Ghéphélah de la Bible, qui s'étend jusqu'à Ascaion, et 
que, dans l'intervalle qui sépare ces deux villes, il n'y a que de 
simples collines, mais point de montagnes? 

Pour résoudre cette difficulté, Reland propose la solution sui- 
vante : 

Quœri potest quomodo Eusebius hune vicum in montanis locet, eumdemque 
inter Eleutheropolin et Ascalooa. M9ntes enim non videntur fuisse inter Eleu- 
theropolin et Ascalona. Ad occasum Eleuthéropolis erat régie campestris, teste 
Eusebio ad vocem ^e(pff\d. Erat autem Ascaion ad occasum Eleuthéropolis. 
Suspicor id voluisse Eusebium, ^a(pelp esse nomen urbis quœ Josue, c. xv, 
V. /i8,inversione graeca recensetur inter urbestractus montani, et esse hoc no- 
mine vicum aliquemsitum inter Eleutheropolin et Ascalona. Adeoque punctum 
videtur iocandum post bpetvpy sic ut scribat fuisse illum év rp bpetvfi. KafÂV 
êcrll (Âera&f EXsuOeporrôXecjs xa\ A<TKaX6ivos^. 

' Michee, c. i, v. ii. — ' Reland, Pabninta, p. 989-990. 

G. 



84 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Mais il est plus probable quËusèbe, par inadvertance, a com- 
mis ici une erreur; car elle a été reproduite dans le passage cor- 
respondant de son traducteur, saint Jérôme, qui dit trèsHtiettement, 
sans qu'on puisse corriger son texte, comme Reland Iç fait pour 
celui d'Eusèbe , par l'intercalation d'un point : 

Saphir, villa in montanis sita inter Eleutheropolim et Ascalonem, io tribu 
Juda, • 

Cette erreur consiste ndn en ce que saint Jérôme et, avant lui, 
Eusèbe ont placé un village appelé Saphir entre Ëleuthéropolis 
et Ascalon; en eiFet, les trois Saouafir dont il est question en ce 
moment, et dont le nom semble être la forme plurielle du mol 
hébraïque Chaphir, ■T'pe?, sont précisément situés dans une position 
intermédiaire entre ces deux villes. Mais la méprise d'Eusèbe et 
de son traducteur vient de ce qu'ils ont confondu tous deux cette 
Chaphir ou Saphir de la plaine avec une autre ville appelée pareil- 
lement Sa(p^/p par les Septante, la CAamtr, "r^Dcf, du texte hébreu, 
la Samirde la Vulgate, et qui est mentionnée dans la Bible parmi 
les villes de la montagne de Juda. 

Et in monte : Samir, et lether, et Socoth ^ 

A l'époque des croisades, Guillaume de Tyr parle de deux vil- 
lages sur le territoire d' Ascalon, appelés, l'un Zéophir et l'autre 
Caicapha, qui furent, en 1 1 1 1, concédés à l'église de Bethléhem. 

Duo casalia in territorio Ascalonitano, unum videlicet Zeophir et aliud 
nomioe Caicapha ^. 

Le premier de ces deux villages, et par son nom et par sa 
position sur l'ancien territoire d'Ascalon, répond trop bien à nos 
Saouafir, pour qu'on puisse hésiter sérieusement à les identifier 

ensemble. 

« 

KHIRBET KARKAFA. 

Après avoir laissé tomber la chaleur du jour, je me remets en 

* /wW, c. x\\ V. Ii8. — ' Willclra. Tvr. \1, xn. 



CHAPITRE XXVII. — ROUMELTA. — DJELADIEH. 85 

marche à quatre heures quarante-cinq minutes de l'après-midi, 
pour aller examiner quelques ruines voisines de Saouafir ech-Char- 
kieh. 

Ma direction est d'abord celle du sud-est. 

A cinq heures quinze minutes, je parviens au Khirbet Karkafa, 
\taji Aj»/»*, dans lequel, à cause de sa proximité des Saouafir y le 
Zéophirde Guillaume de Tyr, il faut très-certainement recomiaître 
le village de Caicapha, mentionné en même temps par cet histo- 
rien. 

Deux puits aux trois quarts comblés et un otudy abandonné sont 
les seuls restes de ce village, complètement détruit, sur l'emplace- 
ment duquel la charrue a passé souvent et qui est comme perdu 
au milieu de vastes champs de blé. 



KHIRBET ROUMELTA. 



Poursuivant mon excursion vers Test-sud-esl, je franchis, à 
cinq heures vingt-deux minutes, Y Oued Saouafir. Il décrit dans la 
plaine de nombreux méandres, et ses rives sont bordées d'agnus- 
castus, qui croissent également par touffes dans son lit, actuelle- 
ment desséché. A cinq heures quarante minutes, je rencontre les 
débris d'un autre village, renversé de fond en comble, et dont il ne 
subsiste plus qu'un puits et d^ amas de matériaux épars çà et là. 
Ces ruines portent le nom de Khirbet Rùumelta, bdU, ib, 



klURBET DJELADIEH. 



Reprenant alors la direction du nord, je traverse de nouveau, à 
six heures, YOued Saouafir. Au delà de cet oued, sur une colline 
qu'il entoure de trois côtés, ou remarque les restes de deux pans 
de murs très-massifs, ayant appartenu peut-être à une tour de 
défense, un puits actuellement comblé et les arasements peu 
distincLs de quelques autres constructions. Ces ruines s'appellent 
Khirbet Djeladieh, »^.:>':^ ib 



86 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



RETOUR X SAOCJAFIR EGH-GHARiUEH. 

Après avoir franchi pour la troisième fois VOuedSaouafir^ ou, en 
d'autres termes, après être repassé sur sa rive gauche, je marche 
vers Touest-nord-ouest, et, à six heures cinquante minutes, je suis 
de retour à Saouafir ech-Gharkieh. 

Les habitants de ce village possèdent de nombreux troupeaux 
de bœufs, de moutons et de chèvres, et le puits, à vingt pas du- 
quel nous campons, est alors assiégé en tous sens par ces pauvres 
bétes, qui reviennent, haletantes de soif, des pâturages : la jour- 
née, en effet, avait été brûlante. 



CHAPITRE XXVIII. — TELL ET-TOURMOUS. 87 



CHAPITRE VINGT-HUITIÈME. 

TELL ET-TOURMOUS. KASTHINBH. EL-MESMÎEH. TINEH. EL- 

KHIMEH. DENEBBEH. EHIRBET EL-MENSIEH. KHIRBET CHEIKH 

SIDI DAOUD. KHIRBET BATHEN ET-TflOUlLEH. KHIRBET DEMDEM. 

KHIRBET ES-SAMERA. TELL ES-SAFIEH, L'ANTIQUE MITSPEH DE LA 

TRIBU DE JUDA, LA BLANCHE -GARDE DE L'EPOQUE DES CROISADES. 

TUMULTE CAUSÉ PAR UN VIEUX DERVICHE. HISTOIRE DE CETTE 

LOCALITE. 



TELL ET-TOURMOUS. 



Le *J mai , à quatre heures trente minutes du matin , pendant que 
mon bagage prend la route la plus courte qui conduite Tell es-Safîeh , 
je me dirige vers Test-nord-est avec un de mes deux bachibouzouks* 

A cinq heures, nous marchons droit vers le nord. 

A cinq heures cinquante minutes, nous arrivons à Tell et-Tour^ 
tnouSy fjm^jj^\ Jm, village situé sur une faible éminence et consis- 
tant en une centaine de maisons ou, pour mieux dire, de huttes 
en briques cuites au soleil. Au bas du iell est un puits très-pro- 
fond. De même qu'à Bathanieh el-Gharbieh, ce sont desbœufisqui, 
en descendant sur une rampe ou plan incliné, d'une longueur égale 
à celle de la corde, font monter l'eau; l'effort qu'ils ont à déployer 
pour le tirage est ainsi diminué par la pente, qui les entraune eux- 
mêmes. 



KASTHINEH. 



De Tell et-Tourmous nous marchons dans la direction de l'ouest- 
nord-ouest et, ensuite, de l'ouest. 

A six heures huit minutes, nous parvenons à Kasthineli, Aj^^a^M^i, 
village de quatre cents habitants. Près de l'orifice du puits est un 



88 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

fftt mutilé de colonne antique de marbre gris-blanc. Deux palmiers 
et trois acacias mimosas ombragent le cimetière. 



EL-MBSMIEH. 



Changeant alors de direction, nous prenons celle du nord-est. 

A. six heures cinquante minutes^, nous atteignons El-Mesm(eh, 
A^k4u4t, village qui compte sept cents habitants. Le puits, le réser- 
voir attenant et les auges qui l'entourent ont été bâtis en partie 
avec des blocs antiques, dont quelques-uns de grandes dimensions. 
Autour du village croissent des plantations de tabac, de pastèques 
et de concombres . 



TINEH. 



A sept heures quinze minutes, nous franchissons Y Oued el-Mes- 
mîeh: notre direction est celle de l'est, puis de Test-sud-eat. 

A sept heures trente minutes, nous traversons le village de 
Tinehy aj^, dont la population est de quatre cents âmes. Quelques 
pierres de taille antiques sont éparses dans le cimetière ou ont été 
placées autour de l'orifice du puits. C'est un homme rj'h qui, 
de ses mains et de ses pieds, en fait tourner la roue verticale. 



EL-KHIMEH. 



Notre direction devient alors celle du nord. 
A huit heures, nous faisons halte un instant à El-Khimeh, kçJI, 
qui n'a que deux cent cinquante habitants. 



DENEBBEH. 



A huit heures vingt minutes, nous nous remettons en route vers 
Test-sud-est, puis bientôt vers le sud. 

Le sol commence à devenirplus accidenté, et la pleine s'ondule 
de mamelons et de collines. 

A huit heures quarante minutes, nous longeons des jardins 
plantés d'oliviers et enclos dans des haies de cactus. Ils appartien- 



CHAPITRE XXVIIl. — EL-MENSÎEH. 89 

neut au village de Denebbeh, kl^^ , situé sur une colline peu élevée , 
et dont la population est de six cents âmes. Le puits est construit 
avec des blocs antiques; peut-être est-il antique lui-même. 

KHIRBBT EL-MBNStSH. 

A neuf heures, j'examine, sur une colline, à droite de la route, 
des ruines appelées Khirbet eh-Menskh. Cette colline, aujourd'hui 
hérissée de broussailles ou couverte de moissons, principalement 
sur ses pentes, était autrefois habitée. On y trouve les assises infé- 
rieures de nombreuses petites maisons écroulées, qui avaient été 
bâties avec des matériaux mal équarris, quelques-uns de grandes 
dimensions. Sur le flanc oriental de la colline, plusieurs silos ont 
été creusés dans le roc. 



KHIBBBT CBBIKH SIDI DAOUD. 



En face , à gauche , sur un autre monticule , séparé du précédent 
par un ravin, est un second khirbet j connu sous le nom de Khirbet 
Cheikh Sidi Daoud, 53! ^ ^«>h^ ^ Hr^^ parce qu'un santon ainsi 
appelé y a été enterré. Il ne subsiste plus de ce village, dont la dé- 
nomination première s est perdue, que des tas confus de maté- 
riaux, les uns assez bien taillés, les autres plus grossièrement 
équarris. 

kHlRBET BATHEN BT-THOUILEH. 

Un peu plus loin, vers le sud, je rencontre, sur une troisième 
colline rocheuse, au milieu de hautes touffes de lentisques, un 
autre khirbet y appelé Bathen et-Thouileh, aK,»^! ^^; là s'élevait 
également un village, maintenant rasé jusque dans ses fonde- 
ments. 

KHIBBBT DEMDEM. 

A l'ouest et à une faible distance de ces ruines, j'explore un 
quatrième khirbet, nommé Demdem, ^.i 



90 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

KHIHBET E8-8AMERA. 

A Test, enfin, sur un monticule couvert de broussailles, un cin- 
quième khirbety que je visite ensuite, m'est signalé sous la déno- 
mination de Kkirbet esSameray \^.^^\ îo^â.. Le fellah qui me sert 
de guide m*apprend que d'autres l'appellent Khirbet el-Bedaouîehy 
A,»3i4>uJi iû^. Ces deux dernières ruines sont étendues, mais peu 
distinctes. 

TELL BS-SAFÎEH. 

A dix heures dix minutes, nous commençons à cheminer vers 
le sud-sud-ouest, dans une vallée fertile, le long de belles moissons. 

A onze heures, nous faisons halte à Tell es-Safteh, i^iUâJî Jo*, ou 
Tell es-Saftjy iUâil J^- 

La colline ainsi désignée s'élève isolée au-dessus de la plaine; 
sa forme est oblongue, et elle s'étend du nord-ouest au sud-est. Sa 
partie la plus haute regarde le sud. Composée d'un calcaire crayeux 
très-tendre et blanchâtre, elle doit à la nature de son sol le nom 
qu'elle porte (colline de la clarté, de la blancheur, ou colhne claire, 
brillante de blancheur). Sur plusieurs points, mais principalement 
vers le nord-ouest, on en a creusé les flancs pour extraire des 
pierres. Ces anciennes carrières ont été ensuite transformées en ca- 
vernes, dont l'entrée est fermée par de petites clôtures en pierres 
sèches, et qui pendant la nuit servent d'étables à de nombreux 
troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres. 

On peut estimer à cent-vingt mètres la hauteur de ce tell. Ce 
n'est donc point une montagne; mais, comme il se dresse solitaire 
dans la plaine, on embrasse de son sommet un très-vaste horizon. 
De là le regard se promène sur la plus grande partie de l'an- 
cienne Chéphélah, depuis Ramleh, au nord, jusqu'à Gaza, au sud. 
A l'ouest, la Méditerranée, à Test, les monts de la Judée, circons- 
crivent et encadrent le tableau. 

Le plateau supérieur de la colline est encore aujourd'hui désigné 
sous le nom de Kalah, miX* (la citadelle). Là s élevait, en efl'et, un 



CHAPITRE XXVIII. — TELL ES-SAFIEH. 91 

château tort, qui l'occupait tout entier et qui est maintenant détruit 
de fond en comble, sauf quelques arasements en belles pierres de 
taille, qu'on ua point encore arrachés du sol. Sur remplacement 
qu'il couvrait on remarque partout des excavations, pratiquées 
par les habitants eux-mêmes, qui le fouillent sans cesse comme une 
carrière. Deux petits oualy musulmans, à l'angle nord et à l'angle 
sud, ont été construits avec d'anciens matériaux trouvés sur place. 

Au-dessous du plateau, à mi-côte de la colline, sont groupées 
confusément et s'étendent sur les pentes environ cent cinquante 
petites maisons , très-grossièrement bâties , les unes en pierre , les 
autres en briques crues. Près de celle du cheikh, j'observe une 
antique colonne de marbre mutilée; ailleui*s, d'autres débris , appar- 
tenant, soit à la citadelle du moyen âge, soit à des constructions 
antérieures à l'époque des croisades, attirent mon attention. 

A l'ouest et au pied du tell^ un grand puits à noria, dont la 
roue est mise en mouvement par un chameau ou un mulet, a été 
maçonné avec des pierres en partie antiques et d'un appareil assez 
régulier. Près des auges qui l'entourent, trois fûts de colonnes de 
marbre sont étendus horizontalement : un est uni, le second est 
orné de cannelures droites, et le troisième, de cannelures torses. 

C'est a une trentaine de pas de ce puits que ma tente avait 
été dressée. Pendant que j'y étais tranquillement occupé à rédiger 
mes notes de la journée, je fus tout à coup, vers les trois heures 
de l'après-midi, environné d'une foule menaçante, qui voulait me 
forcer à décamper. La cause de ce tumulte mérite d'être ici rap- 
portée , parce qu'elle donne une idée de l'influence aveugle que les 
mendiants et les fous, sous le nom de santons, exercent quelquefois 
sur les maisses parmi les musulmans. 

Un vieux derviche errant, tout déguenillé, à peine couvert de 
sales haillons, la tète coiifée d'un bonnet pointu de couleur verte, 
la main droite armée d'une lance, vint s'accroupir devant ma . 
tente. Il était escorté d'une troupe assez considérable d'hommes, 
de femmes et d'enfants, qui faisaient cercle autour de lui et qui 
paraissaient professer pour sa personne la plus grande vénération. 



92 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Bientôt il se leva et commença une danse sauvage, brandissant sa 
lance avec fureur et accompagnant les évolutions qu il exécutait 
d'un chant qui n avait rien d'humain, tant les sons de sa voix 
étaient rauques et analogues aux rugissements des bètes féroces. 
J'avais, en i858, assisté, pendant mon séjour au Caire, à la danse 
des derviches hurleurs : un pareil spectacle n'était donc pas nou- 
veau pour moi, et de ma tente entr'ouverte je fe considérais en 
silence, pénétré d'une profonde pitié, à la vue d'une semblable dé- 
gradation de la nature humaine. La bouche de ce derviche, en effet, 
était tout écumante, ses yeux étincelaient, sa danse avait quelque 
chose de satanique, et les hurlements qu'il poussait étaient ceux 
d'un véritable possédé. Au milieu des cris inarticulés qu'il faisait 
entendre, je distinguai bientôt ceux-ci : keW djiaour (chien d'in- 
fidèle), kelb nesrant (chien de chrétien). Ces insultes ne s'adres- 
saient évidemment qu'à moi. Déjà la foule qui l'entourait et qui 
auparavant, depuis mon aiTivée à Tell es-Safîeh, s'était montrée 
très-pacifique à mon égard, applaudissait à ses paroles; déjà même 
les enfants répétaient en chœur : keW djiaour, kelb nesrani. J'appelai 
alors mes deux bachibouzouks, et je leur demandai si, chargés qu'ils 
étaient de ma défense, ils toléreraient plus longtemps un pareil dé- 
sordre. Us me répondirent avec embarras qu'il leur était impossible 
de faire taire le derviche; que c'était un fou et, par conséquent, un 
saint, et qu'ils s'attireraient toutes les malédictions du ciel et de la 
terre, s'ils osaient porter sur sa personne sacrée une main témé- 
raire; qu'en outre ils seraient eux-mêmes massacrés par les habitants; 
que le plus prudent était d'aller camper dans une autre localité. 

Quand je vis que , dans cette occasion , il fallait peu compter sur 
eux, je sortis de ma tente et, leur en confiant la garde, je me rendis 
immédiatement au village , accompagné de mon drogman , l'attrou- 
pement s'ouvrant devant nous, à la vue de nos revolvers armés. Les 
mêmes insultes et des pierres nous suivirent. Nous gravîmes ainsi 
la colline et, arrivés à la maison du cheikh, nous y reçûmes aussitôt 
de sa part les honneurs du café. Mais je lui dis que je ne les accep- 
terais que lorsqu'il aurait interposé son autorité pour me faire res- 



CHAPITRE XXVIII. — TELL ES-SAFÎEH. 93 

pecler de ses subordonnés; qu'il devait entendre de la place où il 
était les vociférations du derviche et de ceux qui l'entouraient, et 
que, si ces menaces et ces outrages continuaient, je Ten rendrais 
lui-même responsable auprès du pacha de Jérusalem : puis je lui 
donnai à lire le firman dont j'étais porteur. Quand il en eut achevé 
la lecture, il me donna les assurances les plus formelles que tout 
ce tumulte allait cesser, et, joignant l'efSet aux paroles, il fit dis- 
siper la foule par les anciens du village, qui calmèrent peu à peu 
le vieux mendiant et l'engagèrent à venir dans la maison du cheikh 
se reposer des fatigues de sa danse; en même temps ils proclamè- 
rent de tous côtés que quiconque m'insulterait et surtout me lan* 
cerait des pierres serait sévèrement puni. Tout rentra alors dans 
Tordre, et je poursuivis mon travail interrompu. 

Comme gage de sécurité pour la nuit, l'un d'entre eux, beau 
vieillard à barbe blanche et d'une figure patriarcale, demeura 
auprès de moi ; je l'invitai à partager mon repas du soir, et je m'en- 
dormis ensuite paisiblement, n'étant troublé, par intervalle, dans 
mon sommeil, que par les cris plaintifs et prolongés des chacals, 
qui abondent dans cette contrée. 

A quelle localité antique répond le site de Tell es-Safîeh? Ro- 
binson avoue son ignorance et ses doutes à ce sujet. 

(fJe ne sais, dit-il, comment rattacher Tell es-Safieh avec l'his- 
toire de la Bible et des siècles antiques, à moins peut-être que le 
nom de ce village n'ait quelque rapport avec celui de la vallée de 
Zephathah, près Maresa, oi!i le roi Asa défit les troupes de Zérah 
l'Ethiopien ^ -n 

Van de Velde suppose, avec plus de vraisemblance, selon moi, 
que c'est l'ancienne Mitspeh de Juda , en hébreu avec l'article Ham- 
Mitspehj nDSçn, en grec Macr^d, en latin Maspha, mentionnée dans 
le livre de Josué parmi les villes de la Chéphélah. 

Deiean , et Masepha , et Jecllieel ^. 

La ressemblance des noms, une fois qu'on a retranché l'article et 

* Biblical Reëcarches in Palestine, t. II, p. 3i . — * Jomè, c. \v. v. 38. 



n DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

la première syllabe du mot hébreu, est frappante, et il est impos- 
sible de la méconnaître. D'ailleurs, la colline isolée de Tell es- 
Safieh est un observatoire trop naturel , pour que , dans l'antiquité , 
elle ait été négligée dans ce but et n'ait pas dès lors porté un nom 
analogue à sa destination. Or, comme je l'ai dit à propos de Mitspak 
de Benjamin, le mot Mitspah ou MiUspeh est dérivé de la racine nps , 
qui veut dire «observer,"» et signifie «run lieu élevé d'où l'on ob- 
serve,^ en grec axonidj en latin spécula. 

Toujours est-il que, à l'époque des croisades, cette colline portait 
parmi les Latins le nom à'Alba Spécula^ en français Blanche-Garde , 
en italien corrompu Blanca Guarda^ traduction fidèle de l'hébreu 
Mitspah ou Mitspeh et en même temps de la dénomination arabe 
Tell es-SaJteh, ou Tell es^afy, attachée déjà à celte localité, et qui 
reproduit avec un sens différent et une légère altération la dernière 
partie du nom Mitspeh , les Arabes ayant été surtout frappés de l'ap- 
parence extérieure de la colline , qui brille au loin dans la plaine , 
à cause de la blancheur de ses flancs crayeux. 

Le roi Foulques, en it38, y érigea une forteresse, ainsi que 
nous l'apprend le passage suivant de Guillaume de Tyr : 

Erat autem in ea Judaeœ parte quœ a montibus declinans campestribus 
incipit esse contermina, secus Philistiim fines, in Iribu Simeon, ab Ascalona 
octo distans miiliaribus , locus quidam, qui, ad montana comparatus,coiIis, ad 
planiorem vero regionem coilatu», mons sublimis poterat appellari, et loco 
nomen arabice TeUesapkiy quod apud nos interpretatur mons sive coUis clarus. 

Hic complacuit pmdentioribus prassidium fundari Proposito igitur satis- 

facientes, dominus'rex et principes ejus ad locuni unanimiter conveniunl et 
vocatis artificibus, simul et popuio universo necessaria ministrante, œdificant 
solidis fundamentis et lapidibus quadris oppidum cum turribus quatuor con- 
gru8ealtitudinis,unde usqne in urbemhostium liber esset prospectus, hostibus 
prœdaturo exire volenlibus valde invisum et formidabile. Nomenque ei vulgari 
indicunt appellatione Blanca Guarda^ quod latine dicitur AlbaSpecida^, 

(rll y avait, dans cette partie de la Judée qui, cessant d*étre montagneuse, 
commence à être limitrophe de la plaine, sur les frontières des Philistins, dans 

' VVilleiin. Tyr. 1. X\ , c. xxv. 



CHAPITRE XXVIII. — TELL ES-SAFIEH. 95 

la Iribu de Siméon et à huit milles d'Âscalon, un certain endroit, qui n était 
quune colline, par rapport aux montagnes, mais qui, comparé à ia plaine, 
pouvait être appelé une haute éminence. Ce lieu se nommait en arabe TeUe- 
Maphi, ce qui, traduit dans notre langue, signifie montagne ou colline brillante; 
c^est là que les plus sages furent d*avls de construire une forteresse. 

ff , . . Pour exécuter un pareil projet, le roi et les principaux chefs de l'armée 
se réunissent sur ce point, rassemblent des ouvriers, et, à Taide du peuple tout 
entier, qui fournit ce dont on a besoin, ils bâtissent un château fort sur des 
fondements solides et en pierres de taille, avec quatre tours d'une hauteur con- 
venable, d'où la vue s'étendait librement jusque sur la ville des ennemis, au 
grand mécontentement de ceux-ci, qui, désirant sortir pour piller, étaient tou- 
jours en crainte. La désignation vulgaire donnée à cette forteresse fut celle de 
Blanche-Garde, que l'on traduit en latin par Alba Spécula, -n 

Jacques de Vitry reproduit en l'abrégeant ce passage de Guil- 
laume de Tyr^ 

Robinson ^ fait observer que la distance de huit oiilles indiquée 
par Guillaume de Tyr comme séparant Ascalon de Tell es-Safîeh est 
beaucoup trop faible, et que, au lieu de octo milliarilms, il faudrait 
lire en cet endroit octodecim milliaribttë^ distance encore inférieure 
à la véritable, car elle est, en réalité , d'environ vingt milles romains. 
Néanmoins, pour justifier Guillaume de Tyr, il serait peut-être per- 
mis d'alléguer que, dans ce passage, de même que dans plusieurs 
autres de son ouvrage, cet historien semble ne pas employer le mot 
milliare dans le même sens que les Latins, mais qu'il lui donne 
celui de une heure de marche, 

La forteresse de Blanche-Garde tomba au pouvoir de Saladin 
en 1 191, et fut démantelée par ce prince. L'année suivante, elle 
fut, dit-on, reconstruite par le roi Richard. Quelques-unes des 
aventures du héros anglais eurent lieu dans le voisinage de cette 
place. Une fois, entre autres, chevauchant loin de son camp de Ram- 
leh , il manqua d'être pris par un escadron musulman que Saladin 
envoyait d' Ascalon à Blanche-Garde. Dans une autre circonstance, 
il rencontra près de là un gros d'ennemis et, sans craindre leur 

* Gesta Dei per Franco», p. 1 07 1 , édit. * BibUcal Researches in Palestine, t. Il , 

Bongars. p. 3i. 



96 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

nombre, il se précipita sur eux, en tua piusieui^ et fit quelques 
prisonniers. 

Depuis l'époque des croisades. Tell es-Safîeh parait avoir été 
entièrement méconnu des voyageurs. C'est Robinson qui eut, je 
crois, le premier le mérite de l'identifier avec le Tell es-Saphi des 
écrivains des guerres saintes, la Blanche- Garde des Latins; et 
Van de Yelde, avec l'antique Mitspeh de la tribu de Juda : double 
identification que je regarde comme incontestable et comme de- 
vant être définitivement adoptée. 



CHAPITRE XXIX. — KHIRBET EL-BOTHOUM. 97 



CHAPITRE VINGTvfSEUVIEME. 

KHIRBET ES-SAFÎEH. KHIRBET DEIR EL-BOTHOUIT. DEIR EL-MOKHALLES. 

KHIRRET EL-ATRABEH. UN MOT SUR LES HORIM. ANALOGIE DES 

VASTES EXCAVATIONS SOUTERRAINES DU DISTRICT DE BEIT-DJIBRIN AVEC 
CELLES D?EL-HAOURIA, DANS LA REGENCE DE TUNIS. a'dJOUR. KHIR- 
BET SOUFIA. — - DEIR DOUBBAN. A^RAK ED-DEIR DOURBAN. KHIRBET 

EL-a'rAK. KHIRRET ZAKER. KHIRBET TENEPSÎEH. Ra'nA. 

DIKRIN. KHIRBET DIKRIN, PROBABLEMENT L'ANCIENNE GATH, L'UNE DES 

CINQ M1STR0P0LES DES PHILISTINS. DISCUSSION A CE SUJET. 



KHIRRET ES-SAFIEH. 



Le 2 1 mai, à cinq heures trente minutes du matin, nous quit- 
tons Tell es-Salîeh, en nous dirigeant d'abord vers l'est. 

A cinq heures quarante- cinq minutes, nous laissons à notre 
gauche des ruines peu considérables, appelées Khirbet es-Safieh, 
iUiAâJt ib^; elles sont actuellement très -indistinctes, le terrain 
qu'elles occupent ayant été livré à la culture. A droite de la roule, 
un ancien caveau souterrain pratiqué dans le roc porte, parmi les 
indigènes, le nom d'El-Habs, ^j^uJl (la Prison). 

U y avait donc deux localités du rlom de Saftehy à une faible dis- 
tance l'une de l'autre, celle-ci dans la plaine, celle-là sur une haute 
colline, la première étant comme un faubourg de la seconde. Si 
Tell es-Safîeh, ainsi que je le pense, est l'antique Mitspoh de la 
tribu de Juda, le Khirbet es-Safieh doit être considéré comme une 
dépendance de cette ancienne ville. 



. KHIRBET DEIU EL-BOTHOUM. 



A cinq heures cinquante-cinq minutes, au lieu de continuer a 



II. 



98 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

marcher vers Test, nous tournons brusquement vers le sud. A notre 
droite, je remarque d'anciennes carrières creusées dans un roc tiif- 
feux. 

Nous rencontrons bientôt un puits antique, appelé Bir Deir 
el-Bothoumy jJa^''^^>s?. Il avoisine d'autres carrières très-vastes, 
ouvertes également dans les flancs d'une colline tuffeuse. Plusieurs 
grandes salles, en forme de coupoles ou, plus exactement, d'enton- 
noirs renversés, se succèdent les unes aux autres, éclairées à leur 
centre par une ouverture circulaire ou soupirail. Les parois sont 
d'une éclatante blancheur. 

Au nord- est de ces carrières, sur une colline aujourd'hui hé- 
rissée de broussailles et principalement de toufljes de lentisques, 
gisent les ruines d'un petit village; on les appelle Khirbet Deir el- 
Bolhoum^ aIoJI^^ iifj^. 



DEIR EL-MOKIIALLES. 



A un kilomètre environ au nord de ces ruines, un hameau, en- 
core habité par quelques familles, m'est désigné sous le nom de 
Deir el-Mokhalles^ joL^I^^. Cette dénomination de Couvent du 
Sauveur dérive, sans doute, d'un ancien couvent ou sanctuaire 
chrétien connu sous ce vocable, qui existait jadis en cet endroit, 

KHIRBET EL-ATRABBH. 

Notre direction devient alors celle du nord-est. 

Nous traversons successivement plusieurs collines couvertes de 
broussailles, et, à six heures quarante-cinq minutes, nous parve- 
nons au Khirbet el-Atrabeh, aj\j3^\ iô^, situé sur un monticule qui 
fait face, vers l'est, à Tell es-Safîeh. Ce sont les restes d'un village, 
dont les débris sont épars sur un petit plateau en partie cultivé et 
en partie couvert de broussailles. Ce village est entièrement dé- 
truit, à l'exception d'un ancien oualy musulman, dont la coupole 
est écroulée. Ce sanctuaire, carré extérieurement, mesure, à sa 



CHAPITRE XXIX. — UN MOT SUR LES HORIM. 99 

base, quinze pas sur chaque face. Les assises inférieures sont en 
belles pierres de taille , qui proviennent probablement d'un édifice an- 
tique; elles sont disposées en retraite les unes sur les autres, de ma- 
nière à constituer des degrés qui permettent encore de monter sur 
une terrasse, au centre de laquelle s'élevait une coupole, qui n'existe 
plus. A l'intérieur, Voualy affecte une forme circulaire. Quatre arceaux 
voûtés en ogive s'y répondent entre eux. Devant la porte d'entrée, 
un vieux bothoum ou térébinthe déploie au loin ses rameaux. 

Les flancs orientaux et septentrionaux de la colline dont le som- 
met est couronné par cette chapelle musulmane sont excavés en 
tous sens. Les galeries souterraines qui y ont été pratiquées, à une 
époque sans doute fort reculée, sont conçues sur le même plan que 
celles que j'ai déjà signalées. Elles consistent en une suite de salles 
creusées en forme d'entonnoirs renversés, et éclairées à leur centre 
par un soupirail circulaire. La plupart sont actuellement à moitié 
détruites. Le roc dans lequel elles ont été ouvertes est un tuf très- 
fin et très-tendre et en môme temps très-compacte, qui durcit à 
Tair et dont la blancheur est éblouissante au soleil. 



UN MOT SLR LES HORlM. 



Ces excavations remarquables, de même que les autres que 
j'avais observées depuis Tell es-Safîeh, me paraissent être d'an- 
ciennes carrières, qui, après avoir été exploitées dans le but d'en 
extraire des pierres , ont dû servir ensuite d'habitations, soit perma- 
nentes, soit temporaires, ou peut-être d'entrepôts pour les grains 
et autres provisions , aux populations troglodytes qui , sous le nom 
de Harim^ ont séjourné primitivement dans cette contrée. Le mol 
Horimy en hébreu onh, en grec Xo^pcuoi, en latin Chorrœi et Hor- 
rœiy dérive de la racine iin (caverne) et signifie «rdes hommes de 
caverne , des troglodytes, -n 

Saint Jérôme, dans son Commentaire sur le prophète Obadiah^ cha- 
pitre I, s'exprime ainsi : 

Unus evpfi dtque idem tribus notninibus appeliatur Esau, Edom, Seir, pos- 



y • 



100 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

seditque eam regionein quae nunc Gebalena dicitur, et in finibus est ÈXeuOepo- 
iréXeœSy ubi ante habitaverantHoirœi, qui interpretantur liberi, unde ipsa iii-bs 
postea sortita vocabulum est. 

rf Cet unique et même personnage est donc appelé de trois noms : Esaû , Édom , 
Sëir, et il posséda la région connue aujourd'hui sous la désignation de Géba- 
lène, qui se trouve sur les frontières d'Éleuthéropolis, où avaient habité les 
Horréens, c'est-à-dire les hommes libres, dont le nom fut plus tard donné à la 
ville elle-même, -n 

Saint Jérôme ajoute : 

Omnis regio Idumœorum de Eleutheropoli usque Petram et Ailam (hœc est 
enim possessio Esau) in specubus habitatiunculas habet. 

rrDans toute la région des Iduméens, depuis Eleuthéropolis jusqu'à Pétra et 
iËla (telle est la possession d'Esaû), on habite dans de petites cavernes.^ 

Ces deux passages nous apprennent que les Horréens ou Horim 
avaient été les habitants primitifs de la contrée dont Ëleuthéropoiis, 
actuellement Beit-Djibrin, était le chef-lieu, et que, depuis Eleu- 
théropolis jusqu'à la mer Rouge, les Iduméens vivaient dans des 
cavernes. 

Saint Jérôme, à la vérité, donne au mot Horim une autre éty- 
mologie que celle que je viens d'indiquer : 

Horrœi, qui interpretantur liberi. 

Ce mot peut, en effet, être tiré également du radical nin (il a 
été libre ou noble). Mais si ce Père de l'Église interprète différem- 
ment le sens de cette dénomination, son témoignage est formel au 
sujet de l'habitude qu'avaient ce peuple et, plus tard, les Iduméens 
de vivre dans des demeures souterraines, témoignage que con- 
firment les innombrables cavernes que l'on rencontre partout en 
Palestine, principalement dans la partie méridionale, et dont les 
plus remarquables spécimens se trouvent entre Tell es-Safîeh et 
Beit-Djibrin. 

LATOMIES D'EL-HAOLRIA. 

Que l'on me permette de citer ici on passage que j'emprunte à 
monouvrage intitulé : Voyage archéologique dans la Régeiicode Tuim: 



GHAPITKE XXIX. — LATOMIES D'EL-HAOURIA. 101 

j'y parie des magnifiques excavations que j'ai examinées, en 1860, 
près du Ras Addar, l'ancien cap Bon ou cap Mercure. 

«r Après avoir passé la nuit à El-Haouria, nous quittons ce village 
pour aller visiter les immenses carrières désignées par les indigènes 
sous le nom de Rhar eUKebir (la Grande Caverne); elles sont dis- 
tantes de deux kilomètres au moins d'El-Haouria , vers l'ouest, et 
avoisinent le rivage. A six heures^ nous y arrivons. Elles constituent 
un ensemble de gigantesques excavations, qui s'étendent sous un 
plateau rocheux, percé, de distance en distance, d'espèces de puits, 
qui laissent pénétrer l'air et la lumière dans de superbes salles 
souterraines. Ces salles, au nombre de dix-huit, affectent différentes 
formes : les unes sont rondes, les autres elliptiques, celles-ci car- 
rées, celles-là polygonales. Creusées dans des proportions colos- 
sales, et soutenues, par inteîwalle, au moyen d'énormes piliers mé- 
nagés à dessehi dans l'épaisseur du roc, elles communiquent les 
unes avec les autres et sont éclairées, chacune, à leur centre, par 
un regard pratiqué en forme d'entonnoir, afin de permettre à une 
plus grande gerbe de rayons lumineux de descendre et, en quelque 
sorte, de s'épanouir au fond de ces sombres et mystérieuses gale- 
ries. Nous les parcourûmes successivement, munis, chacun, d'une 
bougie et tâchant de la protéger de notre mieux contre des nuées 
de chauves-souris, qui, troublées dans leurs paisibles retraites, vol- 
tigeaient épouvantées autour de nous et semblaient s'efforcer, par 
le battement de leurs ailes, d'éteindre nos lumières vacillantes. 

«Ces carrières souterraines me rappelaient des galeries ana- 
logues et aussi remarquables que j'avais, en i85/i, visitées en Pa- 
lestine, à Beit-Djibrin , et qui sont peulr-être l'ouvrage des anciens 
kananéens. Celles d'El-Haouria remontent incontestablement aux 
Phéniciens, et datent très-probablement de la première fondation 
d'Utique et de Carthage. Les blocs extraits de ces cavernes, ainsi 
que des autres carrières à ciel ouvert, qui de là s'étendent jusqu'au 
rivage, étaient transportés par mer vers ces deux grandes cités et 
surtout vers la dernière'.^ 

* Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, l. H, p. îî*jo et ^*}S^. 



i02 DEvSCRIPTlON DE LA JUDÉE. 



LATOMIES DU DISTRICT DE BËIT-DJIRRIfH. 

Celte description prouve qu'ii existe une grande ressemblance 
entre les vastes excavations phéniciennes d'El-Haouria et celles de 
la région de la Palestine qui nous occupe en ce moment. Ce sont, 
dans lancienne Afrique carthaginoise comme dans tout le district 
de Beit-Djibrin, des salles souterraines, éclairées, dans leur partie 
supérieure, par un regard central et affectant d'ordinaire la forme 
que j'ai indiquée. La seule différence à établir, je crois, c'est que 
les excavations d'Ël-Haouria doivent être considérées purement et 
simplement comme d anciennes carrières, et, dans l'antiquité, elles 
étaient regardées uniquement comme telles. Il en est question dans 
l'histoire, lors de l'invasion d'Agathoclë en Afrique, l'an 309 avant 
Jésus-Christ, et Diodore de Sicile les mentionne sons le nom de 
XarofjJou (carrières). 

C'est dans l'une des anses qui avoisinent ces Latofnies qu Aga- 
thocle opéra le débarquement de ses troupes : 

O S' AyaOoxkrjs divoëiSaaas Ttfv Svvafxiv trpbf ràs xàXovfxévas Xaroiiias ^ 

En Palestine, au contraire, les excavations semblables du dis-* 
trict de Beit-Djibrin ont, sans doute, commencé par être des car- 
rières, car la quantité énorme de pierres qui en a été extraite en 
les creusant n'a certainement pas été perdue, et a dû fournir 
d'innombrables matériaux de construction, d'une taille très-facile, 
et ayant, en outre, la propriété de durcir à l'air et à la pluie; 
mais, après avoir été exploitées comme carrières, ces galeries sou- 
terraines ont servi très-probablement de demeures et de maga- 
sins aux populations troglodytes qui, d'après saint Jérôme, avaient 
habité dans les environs d'Eleuthéropolis. 

Les Horini, auxquels, sur la foi de ce docteur de l'Église, qui en 
fait les habitants primitifs de ce district, on peut attribuer, dumoins 

' Diodore de Sicile, \X, vjî. 



■^— ï 



CHAPITRE XXIX. — KHIRBET SOUFIA. 103 

en partie, ces immenses excavations, sont seulement désignés dans 
la Bible comme les peuplades aborigènes des monts Séir, en Idumée : 

In Seir autem prius habitaverunt Horrhœi; quibus expulsis atque deletis, 
habitaverunt filii Esau, sicut fecit Israël in terra possessionis suœ, quam dédit 
iilî Dominus ^ # 

Mais, de cette grande chaîne de montagnes, qui s'étend tout le 
long de la vallée de FArabah, ils ont pu refluer vers le nord, dans 
la région méridionale du pays de Kanaan, lorsque les fils d'Esaû 
s'emparèrent de riduraée, et détruisirent ou refoulèrent les tribus 
autocbthones qui les habitaient. 

ADJOUR. 

A sept heures cinquante minutes, après avoir suffisamment exa- 
miné le Khirbet el-Atrabeh , je me remets en marche dans la direc* 
tion de Test-sud-est, et je franchis successivement plusieurs collines 
incultes, où ne croissent que des lentisques. 

A huit heures cinq minutes, nous parvenons sur un plateau 
planté d'oliviers. 

A huit heures dix minutes, nous descendons dans une vallée 
toute remplie de grenadiers, alors en fleurs; puis, longeant des jar- 
dins bordés de cactus, nous faisons halte, à huit heures dix- huit 
minutes, au village à'A'djour, jyS. 

Situé sur un monticule, il renferme huit cents habitants. 

Plusieurs maisons, et entre autres celle du cheikh, sont cons- 
truites en partie avec d'anciennes pierres de taille, provenant des 
ruines de la ville antique qu a remplacée le village actuel et dont le 
nom n a point encore été retrouvé. 

KHIRBET SOUFIA. 

A neuf heures, nous prenons, en descendant d'AVljour, la direc- 
tion du sud-ouest. 

* Deutéronome, c. ii, v. la. 



104 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A neuf heures trente minutes, nous laissons à notre gauche un 
otuily dédié à Neby Mesied^ «>s^^«^ ^; il avoisine quelques ruines peu 
importantes, désignées sous le nom de Khirbet Soujia^ Iu^m ib^. 

DEIR DOUBBAN. 

A neuf heures quarante- cinq minutes, notre direction incline 
vers le sud-sud-ouest. 

A dix heures, nous atteignons Deir Doubhan^ [J^.^jiP (Couvent 
des Mouches). Une pareille dénomination vient probablement des 
Arabes. La localité à laquelle elle est attachée n'est plus actuelle- 
ment habitée que par sept ou huit pauvres familles de fellahs, qui 
vivent dans des huttes à moitié renversées, La surface du plateau 
rocheux qu'occupe ce hameau est percée, de distance en distance, 
d'ouvertures circulaires, semblables à des orifices de puits et ap- 
pelées pour cette raison, par les indigènes, el-biar (puits). Ces ori- 
fices sont des regards, qui éclairent autant de salles souterraines 
creusées dans un tuf d'une extrême blancheur. La beauté et la 
grandeur de ces excavations, ainsi que le nombre assez considérable 
des pierres de taille, évidemment antiques, qui sont dispersées çà 
et là autour du hameau d'Ëd-Doubban , prouvent qu'il a succédé à 
une ville antique de quelque importance. 



a'rAK BD-DEin DOUBBAN. 



Neuf cents mètres environ à l'ouest-nord-ouest de là, j'examine 
d'autres excavations analogues, connues sous le nom d'A'rak^ edr 
Deir Douhban. Elles forment trois groupes différents et offrent un 
très-grand intérêt. 

Le plus considérable de ces groupes renferme une quinzaine de 
superbes salles communiquant les unes avec les autres et voûtées, 
comme toutes celles dont j'ai déjà parlé, en forme d'entonnoirs ren- 
versés. Un soupirail supérieur y laisse descendre la lumière. Circu- 

' Le mol a'rak, jï*^, a ici Je sens de rr colline rocheuse î;. 



CHAPITRE XXIX. — A'RAK ED-DEIR DOUBBAN. 105 

laires à leur base, elles mesurent en moyenne dix-neuf pas de dia- 
mètre; leur hauteur varie entre huit et douze mètres. 

Les deux autres groupes contiennent un moins grand nombre 
de salles, qui sont en même temps moins bien conservées. Plusieurs, 
en effet, ont été presque entièrement détruites; d'autres le sont en 
partie. 

En explorant successivement ces belles galeries souterraines . j'ai 
principalement admiré une salle, qui m'a paru la plus vaste et la 
plus remarquable de toutes. Les parois sont percées intérieure* 
ment, depuis le sol jusqu'à la moitié au moins de la hauteur, de 
plusieurs rangées parallèles de petites niches triangulaires ou cin- 
trées, ressemblant à des trous de pigeonniers, et dont le but véri- 
table m'est inconnu. Ce n'étaient point assurément des cohmbaria, 
car elles sont beaucoup trop exiguës pour avoir jamais pu servir 
à renfermer des urnes cinéraires. Ont-elles, à certains jours solen- 
nels, contenu des lampes destinées à illuminer cette salle, comme, 
par exemple, les trous analogues qui couvrent, sur huit rangs, les 
parois du vestibule de la magnifique chambre sépulcrale que j'ai 
découverte à Tibneh, dans le massif d'Ephraïm, et dans laquelle 
il faut, je crois, reconnaître l'ancien tombeau de Josué^? Ou bien 
était-ce un pur ornement? C'est ce qu'il m'est difficile de décider. 

Sur l'un des côtés de cette même salle, on distingue quatre croix 
taillées dans le roc, trois grandes et une plus petite. Les trois 
premières sont pattées; l'extrémité de leurs branches est armée 
de deux pointes s'écartant l'une de l'autre, de manière à former un 
angjle un peu obtus. A quelle époque ces croix onUelles été gra- 
vées en cet endroit? Sont-elles contemporaines des premiers siècles 
du christianisme? Dans ce cas, cette salle aurait peut-être servi de 
chapelle souterraine pendant les persécutions. Datent-elles seule- 
ment de l'époque byzantine ou même du moyen âge? Je l'ignore. 
Toujours est-il qu'elles ne peuvent pas être postérieures à l'époque 

' Lire , à ce sujet , dans la Revue archéo- neur de lire à F Académie des inscrij3tion$ 
logique, année i865, un article intitulé : et belles-lettres, dans sa séance du â8 oc- 
Le tombeau de Joaué, que j'avais eu Thon- tobixî 1 86/i. 



106 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

des croisades, attendu que le christianisme a disparu complète- 
ment de cette partie de la Palestine avec l'expulsion des croisés, 
et qu il me semble difficile qu'aucun voyageur de passage ait pu 
les graver depuis. 11 lui aurait fallu pour cela une échelle, et, en 
outre, Tentaille faite pour les creuser a maintenant la couleur 
même des parois au milieu desquelles elle a été pratiquée, ce qui 
prouve qu'elle remonte au moins à plusieurs siècles. 

A côté de la salle précédente , il en est une autre de moindre di- 
mension, qui occupe le fond de Tun des groupes. Les parois sont 
intérieurement percées, jusqu'au sommet, de nombreuses niches, 
disposées par rangées parallèles et tout à fait semblables à celles 
de la grande salle. On y remarque un gros bloc debout, qui peut 
avoir deux mètres et demi de hauteur. Etait-ce, dans l'antiquité, 
une sorte de pierre sacrée? Ce qui semblerait autoriser cette con- 
jecture, c'est qu'il se trouve dans la salle la plus retirée, qui est 
comme ïadytum des autres galeries. 

Dans une troisième salle, j'ai observé plusieurs inscriptions, dont 
une assez longue , tracées sûr les parois en anciens caractères cou- 
fiques; elles sont assez irrégulièrement et peu profondément gra- 
vées. Il m'a été impossible de les estamper, faute d'échelle pour at- 
teindre à la hauteur où elles sont. Je n'ai pas pu non plus, à mon 
grand regret, les copier, parce que le ciel était alors un peu cou- 
vert et que le soleil , voilé de nuages par intervalle , ne laissait des- 
cendre dans l'intérieur de cette salle souterraine, par le soupirail 
central du sommet, qu'une lumière trop pâle pour me permettre 
de distinguer nettement tous les caractères. Du reste, ces inscrip- 
tions, qui datent peut>étre des premiers temps de l'islamisme, et qui 
sont, par conséquent, postérieures de tant de siècles à la salle où 
elles ont été gravées après coup, ne nous peuvent rien révéler ni sur 
l'époque à laquelle il faut rapporter ces vastes excavations, ni sur 
l'usage qu'on en faisait. 

KHIRBET EL-a'rAK. 

Au-dessus d'une partie du plateau dont Tintérieur est occupé 



CHAPITRE XXIX. — DIKRIN. 107 

par les souterrains que je viens de décrire, gisent, au milieu de 
touffes de lentisques et d autres broussailles , des ruines éparses et 
confuses, appelées Khirbet el^A'rak , (j^ ^j^* Dans un em^rf voisin 
est un puits antique, qui alimentait deau la localité dont ce khirbet 
offre les vestiges. 

KHIRBET ZAKER. 

Non loin de là, vers l'ouest, d'autres ruines peu importantes me 
sont désignées sous le nom de Khirbet Zaker^ ySl ^j^' 

KHIRBET TENEPSÎBH. 

A onze heures trente minutes, nous nous remettons en marche 
dans la direction du sud. 

Nous rencontrons bientôt un autre khirbet^ appelé Tenefstehy 
a^mJUj, ou Tenefstfj ^^méUs; il avoisine des excavations analogues à 
celles de Deir Doubban , mais moins étendues. Au bas de la colline 
sur laquelle sont dispersés les débris de cet établissement antique, 
est un ancien puits, à moitié comblé. 



ra'na. 



A onze heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte à Rana, 
»;, petit village actuellement réduit à quelques masures, mais 
qui jadis devait ôtre beaucoup plus considérable, à en juger par 
deux beaux puits creusés dans le roc et par un certain nombre de 
pierres de taille dispersées çà et là. 

DIKRIN. 

A midi trente minutes , nous poursuivons notre route vers le sud- 
ouest. 

Après avoir traversé un plateau assez bien cultivé, parsemé de 
quelques oliviers, nous parvenons, à midi cinquante-cinq minutes. 



108 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

aux belles citernes de Dikriny ^^^.â)li, village où nous dressons nos 
tentes. Ces citernes portent le nom de fimr el-Arbaïn, (jv*>;^' jW 
(les Quarante Puits), parce que Ton compte quarante ouvertures 
circulaires, pratiquées sur les pentes d'une colline rocheuse. Ces 
nombreux orifices laissent pénétrer l'air et la lumière, et en même 
temps permettent de puiser de l'eau dans autant de citernes creu- 
sées en forme d'entonnoirs renversés, comme les cavernes dont 
il a été question précédemment, et communiquant les unes avec 
les autres. Au bas de la colline est une porte carrée, taillée dans le 
roc; l'eau de ces citernes y affleure. Une pente, ménagée à dessein, 
y amène, à l'époque des pluies, les eaux d'un torrent appelé Oiied 
Dihrin^ ^^^y&A'o ^î^. 

Près de là croissent, dans des jardins fertiles, des figuiers et des 
grenadiers. 

A l'est et au-dessus de ces mêmes citernes s'élève, sur un monti- 
cule , le village de Dikrin , qui renferme six cents habitants. Le cheikh 
actuel est un jeune homme de haute taille et d'une figure très-in- 
telligente; il appartient à une ancienne et noble famille qui, de 
père en fils, domine dans tout le district de Beit-Djibrin. Les cheikhs 
de Tell es-Safîeh et d'A'djour sont ses oncles, et son père commande 
à Beit-Djibrin. Je fais avec lui le tour du village. 

Les maisons, à l'exception de la sienne, sont très-grossièrement 
bâties. Parmi les matériaux qui ont servi à les construire, on re- 
marque çà et là des pierres de taille, qui proviennent, sans contredit, 
de la ville antique que Dikrin a remplacée. Trois petites tours car- 
rées, sur trois points différents, permettent aux habitants de sur- 
veiller de là les Bédouins, qui viennent, de temps en temps, faire 
des razia dans les environs. 



KmRBET DlkHllS, JADIS GATH. 



Je vais ensuite, à dix minutes à l'oucst-sud-ouest du village, 
examiner, sur une colline opposée, des ruines très-étendues, appe- 
lées Khirbel Dikrin y ç^j^s\b ài^ 



CHAPITRE XXIX. — KHIRBET DIKRIN. 109 

Des citernes, des puits et des silos creusés dans le roc; de vastes 
galeries souterraines, semblables pour la forjue à toutes celles dont 
j'ai déjà parlé, les unes très-dégradées et à moitié détruites, les 
autres presque intactes; les vestiges de nombreuses maisons ren- 
versées, une assez grande quantité de blocs de différentes dimen- 
sions jonchant un sol hérissé de broussailles ou planté d'oliviers : 
tout cela, ajouté aux quarante citernes de Dikrin et aux matériaux 
antiques qu'on observe dans ce village même, atteste évidemment 
qu'il y avait autrefois en cet endroit une ville considérable, assise 
sur deux collines, et qui me paraît, à cause de sa position, avoir été 
l'ancienne Gath, l'une des cinq principales cités des Philistins. Pour 
appuyer l'identification que je propose, il est nécessaire que j'entre 
dans quelques développements et que je traite un peu à fond ce 
point important. 

Dans Y Onomastican d'Eusèbe nous lisons, au mot Téô : 

TéO' èv TOVTti KaTeXel<p6rjerav oi Èvaxeïfi dXX6(pvXot xa\ ol (^iXic/laioi (àv 
é^oXoOpevdévTss * xaà éal\ eh Sit vvv xûifirj 'tuoLpiôvraw iirb KXevOeponôXeGûs 
"Gfepï Ai6(TiroXiv isfepï ^GséyLWtov a-tifieTop Trjs EXevOepoTrôXecos. 

rGetb : les Énakim y restèrent, quoique étrangers, ainsi que les Philistins 
qui ne furent point exterminés. Elle subsiste encore aujourd'hui comme bour- 
gade, sur la route d'Eleuthëropoiis à Diospolis, au cinquième mille d'Kleuthéro- 
polis. 7) 

Saint Jérôme reproduit fidèlement ce passage d'Eusèbe, en le 
traduisant. 

Ailleurs, dans le même ouvrage, au mot TedOd, Eusèbe s'exprime 
comme il suit : 

TeOOd' ivravOa iierrfveyxoLv jriv KtScinbv d'rrb A^cirov ' xà) vvv é(/lt fieyiolti 
xdfirtf ^ xaXeirai TtOOàfiy fieroi^ù ivtévrcjv àith AvmrdrpiSos eUlafivelav* 
idit Se xa) aXXv TeOOeifi. 

ffGeththa: c'est là que fut transportée l'arche d'alliance, au sortir d'Azot; il 
y a maintenant un très-grand bourg appelé Giththam, entre Anlipatris et lani- 
nia. Il en existe également un autre nommé Geththim.^ 



112 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

tropole philistîne, et cette métropole ne pouvait se trouver au nord 
d'A'ker, l'ancienne E'kron, position qu'elle aurait dû cependant oc- 
cuper, si elle avait été située entre laninia et Antipatris. 

Cette première erreur d'Eusèbe, pai:tagée et reproduite par 
saint Jérôme , nous prouve que , à leur époque , la tradition relative 
à cette ville avait déjà commencé à s^altérer, et nous autorise à n'ad- 
mettre leurs autres assertions à ce sujet qu'avec certaines réserves. 

La Gath regiuy c'est-à-dire l'une des capitales de la Pentapole 
philistine, doit plutôt, comme Gellarius, Reland, et ensuite Ro- 
binson, l'ont pensé, être la Geth qu'Eusèbe et saint Jérôme pla- 
cent au cinquième mille sur la route qui d'Ëleuthéropolis menait à 
Diospolis, et où, disent ces deux derniers écrivains, restèrent les 
géants Enakim et les Philistins qui n'avaient point été détruits par 
Josué. Nous lisons, en effet, dans la Bible: 

91. In iiio tempore venit Josue, et interfecit Enacim de montanis Hebron, 
et Dabir, et Anab , et de omni monte Juda et Israël , urbesqiie eorum deievit. 

S9. Non reliquit uUum de stirpe Enacim in terra filiorum Israël, absque 
civitatibus Gaza, et Geth, et Azoto, in quibus soiis relicti sunt^ 

Il est évident, d'après ce passage et par le rapprochement de 
Geth avec Gaza et Azol, qu'il s'agit ici de l'une des métropoles phi- 
listines, et c'est bien la même qui est signalée par Eusèbe et par 
saint Jérôme comme étant à cinq milles d'Eleuthéropolis, sur la 
route conduisant à Diospolis. Il est vrai que saint Jérôme, dans son 
Commentaire sur le prophète Michée, semble se contredire lui-môme, 
en plaçant cette ancienne métropole philistine entre Eleuthéropolis 
et Gaza, sans en désigner plus nettement la position. Mais comme, 
dans YOnomasticon, Eusèbe énumère toutes les Geth de la Palestine 
et ne cite pas celle-là, et que saint Jérôme, dans sa traduction de 
cet ouvrage géographique et spécial, n'en parle pas non plus, il 
est à croire qu'elle n'est autre que celle qu'ils s'accordent tous 
les deux à marquer au cinquième mille sur la route d'Eleuthéro- 
polis à Diospolis. 

' Josuê, C. M, V. -Jll, Q9. • 



CHAPITRE XXIX. — OU ETAIT SITUEE (lATH? 113 

Les doutes me semblent donc devoir être levés, et, pour re- 
trouver l'ancienne Gath, l'une des métropoles des Philistins, nous 
n'avons qu'à la chercher à cinq milles au nord d'Eleuthéropolis, sur 
la route conduisant à Diospolis. Or précisément, sur cette route, 
à sept kilomètres environ au nord-ouest de Beit-Djibrin, jadis 
Eleuthéropolis, par conséquent à cinq milles de ce dernier point, 
dans la direction indiquée par Eusèbe et par saint Jérôme, on 
rencontre le village actuel de Dikrin et les grandes ruines connues 
sous le nom de Khirbet Dikrin. 

Ce nom arabe n'a, à la vérité, aucun rapport avec la dénomi- 
nation antique de Gath; mais, d'un autre côté, l'emplacement des 
ruines de Dikrin répondant parfaitement à celui que ces deux écri- 
vains assignent, dans YOnomasticoriy à la ville de Geth, et Dikrin 
nous offrant, en outre, des traces considérables de sa primitive im- 
portance, nous sommes amenés tout naturellement à conclure que, 
selon toute vraisemblance, il ne faut plus chercher ailleurs cette 
antique cité philistine , et que les incertitudes des géographes doi- 
vent cesser sur ce point. 

Ce qui peut expliquer la disparition du nom de Gath , c'est que 
la cité qui le portait fut très-probablement la première métropole 
philistine détruite, et, bien quelle existât encore à l'époque d'Eu- 
sèbe et de saint Jérôme, il n'en est plus question dans les histoires 
ecclésiastiques du Bas-Empire. 

Pendant les croisades, la tradition au sujet de cette ville était 
complètement erronée, car on la supposait alors à Yabneh, et Ton 
s'imaginait que le château d'Hibelin avait été construit sur vSon 
emplacements Benjamin de Tudèle^ commettant une erreur plus 
grave encore, prétendait que la Tour de Straton ou Césarée était 
l'ancienne Gath des Philistins; il reculait ainsi cette dernière ville 
beaucoup trop vers le nord, puisque E'kron formait la limite sep- 
tentrionale de la Pentapole philistine. 

* Wilielm. Tyr. XV, xxiv. — * Benjamini Tudeiensis liinerarium, p. 87. 



II. S 



114 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE TRENTIÈME. 



R]ÎSUM^ DE L'HISTOIRE DE GATH. 



Gath, en hébreu na (pressoir à vin), dans la version des Sep- 
tante riô, chez l'historien Josèphe F^rra et F/rra, dans la Vulgaie 
Geth, était très-probablement déjà fondée quand les Philistins s'em- 
parèrent de la plaine qui, plus tard, porta leur nom. Des géants, 
nommés Enakim ou fils d'Enak, y vivaient au milieu d'eux. C'étaient 
des restes de l'ancienne race indigène, qu'ils avaient refoulée au 
nord et à l'est, lors de l'invasion. Car il est dit, dans un passage de 
la Bible que j'ai déjà reproduit plus haut, que Josué extermina les 
Enakim d'Hébron , de Dabir, d'Anab et de toute la montagne de 
Juda et d'Israël, et ruina toutes leurs villes, mais qu'il ne put dé- 
truire ceux de Gaza , de Gath et d' Azot , dans lesquelles seules il 
en laissai 

La Bible fait déjà mention des habitants de Gath avant l'entrée 
des Hébreux dans la Terre promise. Un verset des Paralipomènes 
nous apprend, en effet, que les Géthéens indigènes tuèrent les fils 
d'Ephraïm, qui avaient osé envahir leurs possessions. 

Occiderant autem eos [filios Ephraim] viri Geth indigenae, quia descende- 
rant ut invaderent possessiones eonim ^. 

Remarquons l'expression indigenœj qui prouve que ces Géthéens 
étaient depuis longtemps établis dans la ville de Gath. Cet événe- 
ment eut lieu quand les Hébreux étaient en Egypte, puisqu'il est 
rapporté, dans le verset suivant du même chapitre des Paralipo- 
mènes, que le patriarche Ephraïm vivait encore et qu'il pleura long- 
temps la mort de ses fils. 

* Josué, c. XI, V. 91 , 99. — ' Paralipomènes, 1. 1, c. vu, v. ai. 



CHAPITRE XXX. — HISTOIRE DE GATH. 115 

Luxil igitur Ephraim, pater eorum, multis diebus, et venenint fratres ejus 
ut consolareatur eum. 

Au chapitre xix du livre de Josué il est dit que Galh-Rimmon , 
en latin Gethremmon^ échut à la tribu de Dan. 

Et Jud, et Bane, et Baracb, et Getbremmon ^ 

Dans Josèphe^ il est question de Gath (Terra) comme cédée 
à cette même tribu, ce qui pourrait faire supposer que Gath-Rim- 
mon et Gath étaient une seule et même ville, malgré la distinction 
que semblent établir entre elles Eusèbe et saint Jérôme, Rimihon 
n'étant, comme je l'ai dit, qu'une simple épithète ajoutée au nom 
propre Gath. Dans ce cas, la Gethremmon qu Eusèbe et saint 
Jérôme mentionnent à douze milles de Diospolis, sur la route con- 
duisant à Eleuthéropolis, devrait être identifiée avec Geth, qu'ils 
placent à cinq milles d'Eleuthéropolis, sur la route de Diospolis. 
Seulement, si ce dernier chiffre est exact, le premier est alors 
beaucoup trop faible. 

Gath-Rimmon était l'une des quatre villes lévitiques de la tribu 
de Dan'. 

Nous lisons dans le livre I des Rois que l'arche d'alliance , étant 
tombée au pouvoir des Philistins et ayant été transpoctée d'Azot 
à Gath, fut aussi funeste à cette dernière ville qu'à la précédente. 

7. Videntes autem viri Azotii hujuscemodi plagam, dixerunt : Non maneat 
arca Dei Israël apud nos, quoniam dura est manus ejus super nos et super 
Dagon, deum nostrum. 

8. Et mittentes congregavemnt omnes satrapas Pbiiistbinorum ad se, et 
dixerunt : Quid faciemus de arca Dei Israël? Responderuntque Getbœi: Gir- 
cumducatur arca Dei Israël. Et circumduxerunt arcam Dei Israël. 

g» lUis autem circumducentibus eam, fiebat manus Domini per singulas civi- 
tates interfectionis magnœ nimis : et percutiebat vires uniuscujusque urbis, 
a parvo usque ad majorem, et computrescebant prominentes extales eorum. 
Inieruntque Getbœi consiiium , et fecerunt sibi sedes pelliceas. 

10. Miserunt ergo arcam Dei in Accaron^ 

' Josué, c. XIX, V. A5. ^ Josué, c. xxi, v. au. 

* Antiquités judaïques , V, 1, S a a. * Rois, 1. i, c. v, v. 7-10. 

8. 



116 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Samuel, vainqueur des Philistins, leur reprit toutes les villes 
qu'ils avaient conquises sur les Israélites, depuis E'kron jusqu'à 
Gath. 

Et redditœ suai urbes quas tulerant Philisthiim ab Israël Israël], ab Ac- 
caron usque Geth et terminos suos ^ 

La distance entre E'kron et Gath, en plaçant la première de ces 
deux villes à A'ker et la seconde à Dikrin, est de seize milles romains; 
il pouvait donc y avoir un certain nombre de villages, et même 
plusieurs villes, entre ces deux points extrêmes. 

Le géant Goliath, que David vainquit et tua, était de Gath; 
c'était, sans doute, l'un des descendants des anciens géants ou 
Enakim que Josué n'avait pu exterminer entièrement. 

Et egressus est vir spurius de castris Philisthinoruin , nomine Goliath, de 
Geth, altitudinis sex cubitorum et palmi ^. 

Plus tard, lorsque David, pour se dérober à la fureur jalouse de 
Saîil, se réfugia parmi les Philistins, c'est à Gath qu'il se retira. 
Cette ville était alors gouvernée par un roi nommé Achis, fils de 
Maoch. 

Et surrexit David, et abiit ipse, et sexcenti viri cum eo, ad Achis, filium 
Maoch , regem Goth '. 

Ce prince donna à David la petite ville de Siklag, pour qu'il y 
habitât, lui et ses gens. 

Devenu roi, David s'empara de Gath*. 

Roboam en releva les remparts et en fit une ville forte. 

Nec non et Geth [exsiruxit], et Maresa, et Ziph^. 

Observons ici que Gath est mentionnée à côté de Maresa. Effec- 
tivement, Maresa touchait presque, vers le sud, à EleuthéropoHs, 
et j'ai déjà dit que, de cette dernière localité à Dikrin, supposé 

' Roiê, 1. 1, c. vu, V. lA. * Rois, I. U, c. xxi, v. 20. — Parali- 

ïbid. I. I, c. XVII, V. A. pomènes, I. I, c. xviii, v. 1. 

^ Ihid. I. 1, c. XXVII, V. 3. ' Paralipomeneê, \. Il, c. xi, v. 8. 



CHAPITRE XXX. — HISTOIRE DE GATH. 117 

par moi être l'emplacement de Gath, la distance n'est que de cinq 
milles. 

Sous le règne de Joas, Hazaël, roi de Syrie, se rendit maître de 
Gath, et de là il se dirigea sur Jérusalem. Le faible prince de Juda 
ne put conjurer les malheurs qui menaçaient la Ville sainte qu'en 
payant à Hazaël un tribut, pour lequel il employa tous les trésors 
du temple. 

Les Philistins durent reprendre bientôt cette ville; car nous lisons 
dans les Paralipomènes qu'Osias, fils d'Amasias, roi de Juda, com- 
battit les Philistins et détruisit les remparts de Gath, ainsi que 
ceux d'Yabneh et d'Azot. 

Denîque egressus est [Ozias], et pugnavit contra Phiiisthiim, et destruxit 
murum Geth, et murum labniœ marumque Azoti *. 

Tous ces détails sont reproduits dans Josèphe d'après la Bible; 
il est donc inutile de citer les passages correspondants de cet histo- 
rien. 

Dès lors il n'est plus question de Gath dans les saintes Ecritures. 

Cependant Josèphe rapporte qu'Ëzéchias , ayant vaincu les Phi- 
listins, s'empara de toutes les villes depuis Gaza jusqu'à Gath. 

Kaï vtxrferaf xdTza-jKfiv iiseLacLs tàs àirb TolIvs (léxP* TMris ^oùXzts râv 

Dans le livre IV des Rois il est dit seulement :^ 

Ipse [Ezechias] percussit Pliiiisthapos usque ad Gazain, et omnes termines 
eorum, a turre custoduni usque ad civitatem niunitam ^. 

Quoi qu'il en soit, Gath, depuis ce moment, ne joue plus aucun 
rôle dans l'histoire. EHe était à moitié détruite ou devenue peu 
importante; car elle n'est point nommée dans les prédictions des 
prophètes qui, annonçant les malheurs dont les Philistins vont être 
accablés, citent les quatre autres métropoles philistines, sans faire 
mention de celle-ci. 

* Paralipomènes, 1. Il, c. xxvi, v. 6. — * losi^iAw , Antiquités jndafqueft , IX,xiii, S 3. 
— * ifoî», I. IV, c. xvni, V. 8. 



118 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Ainsi , nous lisons dans Jérémie : 

17. Et accepi calicem de manu Domini, et propinavi cunctis gentibus ad 
quas misit me Dominus. 

30 Et cunctis regibus terrœ Philisthiim, et Ascaloni, etGazœ, et Ac- 

caron, et reliquiis Azoti^ 

ff J'ai reçu la coupe de la main du Seigneur, et j'en ai fait boire à tous les 
peuples vers lesquels le Seigneur m'a envoyé. 

(T Et à tous les rois du pays des Philistins, d'Ascalon, de Gaza, d'Ac- 

caron , et à ce qui reste d'Azot. Ji 

Nous lisons également dans Âmos : 

6. Hœc dicit Dominus : Super tribus sceleribus Gazœ et super quatuor non 
convertam eum; eo quod transtulerint captivitatem perfectam, ut concluderenl 
cam in Idumœa. 

7. Et mittam ignem in murum Gazœ, et devorabit œdes ejus. 

8. Et disperdam habitatorem de Azoto, et tenentem sceptrum de Ascalone; 
et convertam manum meam super Accaron , et peribunt reliqui Philistbinomm , 
dicit Dominus Deus^. 

fr Voici ce que dit le Seigneur : A cause de trois crimes de Gaza, et même 
à cause de quatre, je ne révoquerai point Tarrét que j'ai prononcé contre, ses 
habitants, parce quils se sont saisis de tous ceux qui s'étaient réfugiés vers 
eux et les ont emmenés captifs dans l'Idumée. 

ffJe mettrai le feu aux murs de Gaza, et il réduira ses maisons en cendre. 

ff J'exterminerai d'Azot ceux qui l'habitent et d'Ascalon celui qui porte le 
sceptre. J'appesantirai encore ma. main sur Accaron, et je ferai périr les restes 
des Philistins. C'est le Seigneur Dieu qui l'a dit. f> 

Ce même prophète, il est vrai, mentionne ailleurs Gath, mais 
c'est comme une ville autrefois puissante, et actuellement déchue 
et renversée. 

« 

Transite in Chalane et videte , et ite in Emath magnam ; et descendite in 
Geth Palsestinorum , et ad optima quœque régna hqrum, si latior terminus eo- 
rum termino vestro est ^. 

rr Passez jusqu'à Chalane, et voyez; allez ensuite à Emath la grande; descen- 
dez à Geth des Philistins et dans les plus belles contrées qui dépendaient de 

■ 

* Jérémie, c. xxv, v. 17, 90. — ' Atnos, c. i, v. 6, 7, 8. — ' Ibid, c. vi, v. 2. 



CHAPITRE XXX.— HISTOIRE DE GATH. 119 

ces viUes. Les terres qu'elles possèdent sontrelles plus étendues que celles qui 
vous appartiennent? 7) 

Sophonie prononce les mêmes menaces, et toujours uniquement 
contre les quatre villes de Gaza , d'Ascalon , d'Âzot et d'E'kron. 

Quia Gaza destructa erit , et Ascalon in desertum ; Azotum in meridie ejicient , 
et Accaron eradicabitur ^ 

ff Gaza sera détruite et Ascalon changée en désert; Azot sera ruinée en plein 
midi, et Accaron sera rasée jusqu'aux fondements.?) 

Zacharie enfin s'exprime comme il suit : 

0. Videbit Ascalon, et timebit; et Gaza, et dolebit nimis; et Accaron, quo- 
niam confusa est spes ejus; et peribit rex de Gaza, et Ascalon non habita- 
bitur. 

6. Et sedebit separator in Azoto, et disperdam superbiam Philisthinorum^. 

ff Ascalon verra la chute [de Tyr], et en tremblera; Gaza la verra, et sera 
saisie de douleur. Accaron s'en afiQigera , parce que ses espérances seront con- 
fondues; Gaza sera sans roi, et Ascalon sans habitants. 

trlln étranger dominera dans Azot et partagera le butin , et je détruirai Toi^ 
gueil des Philistins.)) 

Dans ces divers passages, comme on le voit, Gath n est pas dé- 
signée. 

Seulement, bien des siècles plus tard, à l'époque d'Eusèbe et de 
saint Jérôme, nous savons par ces deux écrivains qu'il existait en- 
core plusieurs bourgs portant ce nom en Palestine, et un notamment 
entre Diospolis et Eleuthéropolis , qui m'a paru être la Gath métro- 
pole philistine. 

J'ai déjà dit que , au moyen âge , on se méprenait complètement 
sur l'emplacement de cette ville, que l'on identifiait à tort avec 
Hibelin, l'ancienne Yabneh ou lamnia. 

Chez Adrichomius', la plus grande confusion règne dans les 
quelques lignes qu'il a consacrées à Gath. 

Ceilarius^ est, à mon avis, le premier géographe moderne qui 

^ Sophonie, c. ii, v. A. ^ Thealrum Terrœ Sanctœ, p. sa. 

* Zacharie, c. ix, v. 5, 6. * Notitia orbis antiqui, t. II, p. 5g8. 



120 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

ait deviné la situation probable de cette cité et discuté avec discer- 
nement les assertions d'Eusèbe et de saint Jérôme. . 

Reland a fait un pas déplus. Dans une de ses cartes, il na point 
hésité à suivre Tune des données d'Ëusèbe et à placer Gath à cinq 
milles au nord-ouest d'Eleuthéropolis; mais son article^ sur cette 
ville est très-<;ourl et ne tranche pas la question. 

Robinson^ incline à placer Gath à Deir Doubban; mais de Deir 
Doubban à Ëleuthéropolis il y a au moins six milles d'intervalle, 
tandis qu'à Dikrin nous sommes juste à cinq milles de cette dernière 
localité. Dikrin donc me paraît réunir en sa faveur les plus grandes 
probabilités pour avoir succédé à la ville de Gath. Ses magnifiques 
citernes, l'étendue de ses ruines et sa distance d'Eleuthéropolis ré- 
pondant exactement à l'indication d'Eusèbe, tout contribue, ce me 
semble, à autoriser l'identification que je propose. 

' Reland, Palwstina, p. 786-786. — * Biblicaî Researches in Palestine, t. Il, p. 67. 



CHAPITRE XXXI. — SOUMMEIL EL-KHALIL. 121 



CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME. 

BARKOUSIA. BELa'ÏN. SOCJMIIBIL EL-UAUL. EL-DJISR. TELL 

EL-M£NGBiEH. A RAK EL-MENCHIBH. FALOUDJA. KERATÎEH. 

HATTA. 



BARKOUSIA. 



Le ââ mai, à quatre heures trente-cinq minutes du matin, nous 
partons de Dikrin, en prenant la direction de l'ouest, puis bientôt 
du nord, à travers un plateau bien cultivé et onduleux. 

 cinq heures quinze minutes, nous arrivons à Barkousia^ Ium^T^, 
village de cent cinquante habitants, sur une petite colline, au bas 
de laquelle s'étend, vers le nord, un vallon planté de figuiers. 



bela'ïn. 



Poursuivant notre route vers le nord, nous parvenons, à cinq 
heures trente-cinq minutes, à Bêla in, hameau peu considérable, 
sur un monticule. 



SOIMMEIL EL-KHALlL. 



Notre direction devient alors celle du sud -sud-ouest. 

A six heures quinze minutes, nous atteignons Soummeil eU-Khalil, 
JuXal J^,^. C'est un village de quatre cents habitants. Une partie 
des maisons sont bâties en pierre, les autres en terre. Sur le point 
culminant de la colline qu'il occupe, on remarque les restes d'un 
puissant pan de mur, en gros blocs bien équarris et appareillés avec 
.soin. Sa hauteur est de quatre mètres, et sa longueur de dix; il est 
évidemment antique et faisait partie d'un petit château fort, actuel- 
lement détruit, dont les ruines sont désignées encore sous le nom 



122 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Plus bas est un oualy consacré au Ckeïkh Abd-Allah; il consiste 
en une enceinte de grosses pierres , dont plusieurs sont bien taillées 
et attestent une provenance antique , ainsi qu un fût de colonne de 
pierre qu'on y observe. 

A quelque distance de là, est un ancien birket^ long de douze pas 
et large de sept. Bien qu'il soit construit avec de petites pierres, 
je le regarde comme antérieur à l'époque musulmane, à cause de 
l'excellent ciment qui le revêtait autrefois intérieurement, et dont 
il ne subsiste plus aujourd'hui qu'une faible partie. 

Enfin, au pied de la colline, on admire un beau puits, très-pro- 
fond et d'un assez vaste diamètre. Il a été construit avec des pierres 
de taille de grandes dimensions, et possède un écho remarquable. 

EL-DJISR. 

A six heures cinquante minutes, nous franchissons, dans la direc- 
tion du sud-ouest, un petit otied. 

A sept heures, nous rencontrons un puits antique, appelé Bir el- 
Djariy ^^j\Â^. Sa profondeur est d'environ trente mètres. Dans sa 
partie inférieure, il est creusé dans le roc vif; sa partie supérieure 
au contraire est construite. A côté gisent sur le sol deux tronçons 
de colonnes de marbre blanc. 

Notre direction incline alors un instant vers Touest-nord-ouest. 
Nous longeons un oued à notre gauche, puis nous marchons droit 
vers le sud. 

A sept heures vingt-cinq minutes, nous arrivons à El-Djisryj^mÂ. 
Ce village compte cinq cents habitants. Les maisons, quoique bâ- 
ties en briques crues, offrent toutefois une apparence un peu moins 
misérable que celles de beaucoup d'autres localités de la plaine. 

A l'orifice d'un puits, se trouve un gros fût de colonne antique 
de marbre bleuâtre, placé horizontalement et tout sillonné de pro- 
fondes entailles par le frottement des cordes au moyen desquelles 
on tire de l'eau. 

Non loin de là, deux enceintes de pierres sèches posées seule- 



CHAPITRE XXXI. — A'RAK EL-MENCHÎEH. 123 

ment sur le sol renferment intérieurement plusieurs tronçons de 
colonnes mutilées, soit unies, soit cannelées, et un chapiteau corin- 
thien, le tout de marbre gris-blanc. Chacune de ces deux enceintes 
est consacrée à la mémoire d'un santon. 

Près de Youed qui serpente au bas du village, on remarque de 
nombreux fragments de poterie et les fondations, très- reconnais- 
sablés, de plusieurs anciennes constructions. 

Enfin sur Vaued même est un pont renversé , qui a fait donner au 
village le nom qu'il porte actuellement : EUDjisr, en arabe , signi- 
fiant (T le Pont. ^ Il avait trois arches , celle du centre bâtie dans le 
lit de \ oued y et les deux autres sur les berges. Construit en blocage, 
il était peut-être revêtu d'un appareil de pierres de taille, qu'on 
aura enlevées. Je le crois d'origine romaine. 



TELL ELHONCHÎBH. 



 huit heures, nous franchissons cet oned. Un peu au delà est 
un puits antique, qu'avoisine un réservoir détruit. Notre direction 
est celle du sud. 

A huit heures trente-cinq minutes, nous traversons un autre 
imed. 

A huit heures cinquante minutes, je m'écarte un peu de la route 
pour gravir un tell oblong, qui domine la plaine d'une trentaine de 
mètres. On l'appelle Tell eïrMenchiehj Six^XS ^. l^es pentes sont re- 
couvertes de menus matériaux, qui semblent les restes d'anciennes 
constructions. Le plateau supérieur, qu'environne une ceinture de 
cactus, est cultivé. On y distingue, au milieu d'un bouquet de 
figuiers, la blanche coupole d'un owdy. 

A RAK EL-XBNGHtEH. 

 une faible distance au sud de ce telly est le village $A'rak 
el-Menehieky Kt/AjX\ (j^, qui contient trois cents habitants. Autrefois 
il était beaucoup plus peuplé, car la moitié des maisons dont il est 



124 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

composé sont écroulées; elles sont bâties partie en terre, et partie 
avec de petites pierres. 

Autour de deux puits sont étendus plusieurs fûts de colonnes de 
marbre gris-blanc. 

FALOUDJA. 

A neuf heures cinq minutes, nous prenons la direction de Touest- 
uord-ouest, pour nous rendre à Faloudjay U-^^U, où nous parvenons 
à neuf heures quarante minutes. Ce village est de six cents habi- 
tants. Il paraît y régner une certaine aisance; du moins les maisons, 
bien que bâties en briques crues, sont généralement assez propres. 
Je remarque près d'un puits deux fûts de colonnes antiques de 
marbre gris-blanc, et, à côté d'un <malyy un troisième fût semblable 
aux précédents et un chapiteau mutilé. 



KERATIEH. 



Notre direction devient ensuite celle du nord-nord-ouest. 

A dix heures quinze minutes, nous passons à Kerattehy iU3l^, 
petit village dont beaucoup de maisons sont démolies. Au nord de 
ce hameau, sur une colline voisine, d'énormes pans de murs, restes 
d'une tour carrée aux trois quarts détruite, me sont désignés sous 
le nom d'El-KaWh, iûJUJl (le Château). 

Au sud s'élève un oualy dans lequel je trouve deux colonnes 
antiques de marbre gris-blanc. Tune debout, l'autre gisante à terre. 
En outre, plusieurs fragments de marbre sculptés sont également 
renversés sur le sol , derrière le sanctuaire. 

Mais ce qui attire surtout mon attention, c'est, à quelques pas 
du puits unique qui alimente d'eau cette localité, un superbe bloc de 
marbre gris-blanc, creusé intérieurement en forme de fonts bap- 
tismaux et à moitié brisé. Autour gisent six tronçons de colonnes 
mutilées et du même marbre, qui ornaient sans doute jadis l'église 
chrétienne, aujourd'hui enlièremeirt rasée, à laquelle appartenait 
cet ancien baptistère. 



CHAPITRE XXXI. — HATTA. 125 



HATTA, 



A dix heures quarante minutes, nous poursuivons notre route 
vers i'est-nord-est. • 

A onze heures, nous nous arrêtons, pour dresser nos tentes, au 
village de Hatta^ tx»-, que d autres écrivent U»., Hattsa^ dont la 
population est de six cents habitants. 

A côté du puits sont quatre fûts de colonnes brisées, trois de 
marbre gris-blanc, et le quatrième de marbre bleuâtre. Ce dernier, 
placé horizontalement à Torifice , est profondément sillonné par la 
corde que des animaux ou des hommes, eh descendant sur un 
plan incliné, tirent pour faire monter Teau. 

Dans un oualy dédié à Neby Amran je remarque quelques pierres 
de taille qui m'offrent de même une apparence antique. 

Autour du village s'étendent de grandes plantations de tabac; 
çà et là aussi s'élèvent plusieurs bouquets de jolis pins, des oliviers 
et des figuiers. 



1*26 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME. 

BEIT-aVfA. OJOOLES. KODKABRB. BBIT-THIMBH. KHIRBET 

KAMAS.' KHIRBET YARZEH (jOURZa). HAMAMEH, PEUT-ÂTRE KA- 

RIATHAMAUM. BL-MEDJDEL (mIGDAL-OAo). 



. BEiT-A*FPA. 



Le â3 mai, à quatre heures quarante-cinq minutes du matin, 
nous nous mettons en marche vers le nord-ouest. 

A cinq heures quinze minutes, nous franchissons VOuedBek-A^ffa^ 
\à^ iSA4^ ^(3, et, un peu plus loin, un second bras du même oued. 

Près de là s'élève un oualy consacré à Neby Salehy qu ombragent 
quelques acacias mimosas et dans l'intérieur duquel j'observe plu- 
sieurs pierres de taille antiques. 

A cinq heures trente minutes, nous traversons Beit-A'ffa^ li^ oh^ , 
village de quatre cents habitants. Des plantations de tabac et de 
concombres l'environnent. 



DJOULES. 



Notre direction incline alors un instant vers Touest-nord-ouest , 
puis elle devient sud. 

Nous cheminons sur un plateau accidenté, coupé par de nom- 
breux ravins peu profonds, où croissent de bons pâturages pour les 
troupeaux. 

A six heures quinze minutes, nous parvenons aux jardins de 
DjauleSy if^yr'j ils sont séparés les uns des autres par des haies 
de cactus. 

A six heures vingt-cinq minutes, nous montons au village de ce 
nom. 11 est situé sur un monticule et peut renfermer cinq cents ha- 



CHAPITRE XXXII. — BEITTHIMEH, 127 

bitants. Dans un oualy consacré au Cheikh Mohammed je remarque 
un certain nombre de pierres de taille d'apparence antique. Plu- 
sieurs fûts de colonnes de marbre sont étendus à Torifice dû puits 
ou autour des auges. 

KOUKABEH. 

I 

Au delà de ce village, notre direction est sud-sud-ouest. 

A six heures trente-cinq minutes, nous laissons à notre droite 
un tell^ que couronne un otuily dont mon guide ignore le nom. La 
plaine que nous parcourons est couverte de blés magnifiques, que 
Ton est en train de couper. 

A sept heures cinquante-deux minutes, nous arrivons à Koukabehy 
iuS^. Ce village a une population de cinq cents habitants. Dans 
Tintérieur d'un oualy dédié au Cheikh Mohammed j'observe un fût 
mutilé de colonne de marbre blanc cannelé , et à côté un chapiteau 
corinthien. Au puits, je remarque deux autres fûts de colonnes éga- 
lement antiques, l'un de marbre blanc, le second de granit gris, qui 
ont été, à ce qu'il parait, exhumés dans cette localité et ne pro- 
viennent pas d'ailleurs. 

BBIT-TmM£H. 

De Koukabeh nous nous dirigeons vers le nord-ouest et ensuite 
vers l'ouest. 

A huit heures quinze minutes, une troupe de gracieuses gazelles 
passe devant nous, en bondissant à travers la plaine. L'un de mes 
bachibouzouks s'élance aussitôt sur elles de toute la vitesse de son 
cheval; mais, par une fuite précipitée, elles se rient de la vaine 
impétuosité de sa poursuite. 

A huit heures trente minutes, nous sommes à Beit-Thimeh, ^^sa^ 
*^ , village de quatre cents habitants , sur une colline. Auprès d'une 
mosquée dédiée à Neby Thimeh, cinq fûts de colonnes de marbre 
gris gisent à terre, les uns provenant, me dit-on, des ruines de Ka- 
mas, dont je vais parler tout à l'heure, les autres ayant été trouvés 
sur place. En pénétrant dans la cour qui précède ce sanctuaire mu- 



128 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

sulman, je vois étendus sur le sol plusieurs autres fûts de colonnes 
de marbre gris et un pareillement de granit gris. A côté de ces fûts 
sont cinq chapiteaux de marbre gris, dont la forme est une imitation 
du corinthien et qui sont de différentes grandeurs. Ces fûts et ces 
chapiteaux, ainsi qu'une dizaine de blocs superbes, soit en pierre, 
soit en marbre, qui les avoisinent, ont été déterrés, à ce qu'il pa- 
rait, dans cet endroit même. 



KHIRBET K Air AS. 

A huit heures quarante-cinq minutes, nous reparlons dans la 
direction du nord-nord-est. 

A neuf heures dix minutes, j'examine des ruines qui me sont 
désignées sous le nom de Khirbet Kamas, (j^Ut» Xj^, ou Khirbet 
GamaSy en adoucissant le ^ , suivant la manière de prononcer cette 
lettre en Egypte et dans le sud de la Palestine. L'emplacement 
qu'elles occupent est parsemé de débris de poterie et de menus 
décombres, la plupart des matériaux de plus grandes dimensions 
ayant été transportés ailleurs. C'est dans ce but que l'on a pratiqué 
partout dans le sol des excavations plus ou moins profondes, afin 
d'extraire les pierres des fondations elles-mêmes. 

KHIRBET YARZEH. 

A neuf heures dix-sept minutes, je dirige mes pas vers l'ouest- 
sud-ouest. 

A dix heures, nous rencontrons d'autres ruines, appelées Khirbet 
Yarzehy ïj^\ji ib^. De nombreux débris de poterie et quelques tas 
épars de petits matériaux, voilà tout ce qui subsiste de cette antique 
bourgade. La colline qu'elle couvrait est maintenant ombragée 
par deux sycomores et par sept ou huit acacias mimosas, au milieu 
desquels une enceinte peu considérable en pierres sèches est con- 
sacrée à la mémoire d'un santon et renferme intérieurement une 
colonnelte de marbre gris-blanc. 



CHAPITRE XXXH. — HAMAMEH. 129 

Au bas de la colline, un puits porte le nom de Bir Yarzehy 
a^Lj^. On observe, près de son orifice, trois fûts de colonnes de 
marbre gris-blanc, et un quatrième fût brisé, de granit gris. A quel- 
ques pas de là, s'élève un vieux sycomore. Ce puits est celui où 
les habitants de Beit-Thimeh sont contraints, malgré la distance, 
d'aller s'approvisionner d'eau; car ils ne possèdent eux-mêmes 
qu'une seule citerne, insuffisante pour leurs besoins, dans la cour 
de leur mosquée. M. Rey* rapproche avec raison le nom de Yarzeh 
de celui de Jourzay mentionné dans la table statistique de Karnac 
qui contient le récit des expéditions de Thoutmès III : 

«rLes hommes qui étaient dans la forteresse de Sarhan, com- 
mençant par le pays de Jourzah.T) 

HAMAMEH. 

I 

Notre direction devient alors celle du nord-ouest. 

A dix heures quarante minutes, nous entrons dans les belles 
plantations d'oliviers d'Ël-Medjdel. Laissant ce bourg, pour le mo- 
ment, à notre gauche, nous prenons la route de Hamameh, vers 
le nord. 

A dix heures cinquante-cinq minutes, nous touchons aux pre- 
mières habitations de ce village, qui compte une population d'au 
moins huit cents âmes. Une partie des maisons sont bâties en pierre, 
les autres en briques cuites au soleil. La mosquée a été construite 
en partie avec des matériaux antiques. J'y remarque plusieurs tron- 
çons de colonnes de marbre blanc. Un autre fût de colonne du même 
marbre gît, renversé sur le sol, près d'un beau puits à noria. 

Les jardins de Hamameh sont de la plus grande fertilité. Séparés 
par des haies de gigantesques cactus, ils sont plantés d'oliviers, de 
figuiers, de grenadiers, de mûriers et d'abricotiers. Çà et là aussi 
s'élèvent de svelles palmiers et de gros sycomores. 

Le docteur Sepp^ voit dans Hamameh la ville de Kariathamaum, 

' G. Rey, Étude de la tribu de Juda, * JerusalemunddasUeiligeLand, t. II, 

p. 191. p. 5o/r. 

II. o 



130 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

en grec Kapfocdajuuxo v|x , citée par Ëpiphane ^ comme étant la patrie 
du prophète Jonas, et voisine d'Azot. La chose est possible; néan- 
moins, ainsi que le fait observer Reland^, d'autres manuscrits 
d'Ëpiphane portent Kapiodiop/jx. 

II serait peut-être aussi permis de supposer que la dénomination 
arabe de Hamamshy iul^, qui signifie (r colombe, i) dérive du culte 
que Ton rendait autrefois en ces mêmes lieux à cet oiseau cher à 
Vénus, qui était représenté d'ordinaire sur les monnaies d'Ascalon. 
Sur la plupart de ces monnaies, en effet, on aperçoit une femme, 
la tête couronnée de tours, debout sur une proue et tenant de la 
main droite une colombe , tandis que dans la main gauche elle porte 
une lance. 



EL-MBDJDEL. 



A onze heures dix minutes, nous longeons, vers le sud-sud-ouest, 
au sortir de Hamameh, les dunes du rivage. Des jardins bordent 
la lisière de ces dunes. Au delà de ces vergers, nous traversons 
de beaux champs de blé, puis des plantations d'oliviers et d'autres 
jardins appartenant à Ël-Medjdel. A midi, nous faisons halte dans 
ce bourg. 

EUMedjdely J«x^i , renferme quinze cents habitants. Les maisons 
sont construites presque toutes en pierre, mais quelques-unes aussi 
sont en terre mêlée de menus matériaux. La mosquée principale 
est bâtie avec des pierres assez régulièrement appareillées. La cour 
qui la précède est pavée avec de larges dalles de marbre, enlevées 
aux monuments anciens. J'y remarque également plusieurs fûts 
de colonnes de marbre couchés sur le sol. Cet édifice est surmonté 
d'un minaret élancé, qui ne manque pas d'élégance. H s'élève à 
côté d'une grande place bordée de boutiques. 

Près de là est le puits principal du bourg. Les auges où l'eau se 
répand pour les animaux sont formées avec des fûts de colonnes 
antiques, étendus horizontalement et maçonnés; les uns sont de 

' Kpiphano, De vitis prophetartwi , p. a/i6. — * Reland, Palœsttna, p. 696. 



CHAPITRE XXXII. — EL-MEDJDEL 13i 

marbre blanc, les autres de granit gris. La roue, que meut un cha- 
meau, repose elle-même sur un chapiteau corinthien de marbre gris. 

Dans trois oualy, oh je pénètre ensuite, je trouve d'autres fûts 
de colonnes de marbre, soit intacts, soit brisés. Le seuil d'un cer- 
tain nombre de maisons particulières et l'arcade d'un café offrent 
pareillement à ma vue divers fragments antiques, tels que tronçons 
de colonnes, plaques de marbre et chapiteaux mutilés. 

Les jardins d'El-Medjdel environnent ce bourg d'une ceinture 
verdoyante. Le sol de ces jardins est sablonneux, mais néanmoins 
très-fertile. Ils sont remplis de figuiers, de grenadiers, d'oliviers, 
de mûriers et de citronniers, que dominent, de distance en dis- 
tance, d'énormes sycomores et d'élégants palmiers. 

Dans le livre de Josué , une ville du nom de Magdal-Gad est men- 
tionnée parmi celles de la tribu de Juda dans la Ghéphélah. 

Sanan, et Hadassa, et Magdalgad '. 

En hébreu , cette ville s'écrit ij'^^iap , Migdal-Gady ce qui signifie 
rrTour de la Fortunes ou trTour de la déesse Fortune,?» le mot 
Gad étant à la fois un nom commun ayant le sens de «r fortune, 
bonheur, n et le nom propre d'une divinité adorée jadis en Palestine 
et en Syrie, et qui était comme la personnification de la fortune. 
Si l'on retranche le dernier mot, il est difficile de ne pas être frappé 
de la ressemblance qui existe entre Migdal et Medjdel. L'identifica- 
tion du bourg ainsi appelé avec la Migdal-Gad du livre de Josué 
me parait donc très-probable, tant à cause de la position d'El- 
Medjdel , qu'à cause de l'analogie ou plutôt de l'identité de ce nom 
avec celui de Migdal. 

Il n'est, du reste, question qu'une seule fois, dans la Bible, de 
Migdal-Gad; c'est dans le verset que je viens de citer, 

Eusèbe et son traducteur, saint Jérôme, se contentent do nous 
dire dans l'Onoma^ftcon qu'il y avait dans la tribu de Juda une ville 
appelée Magdala. 

* Joitué, c. XV. V. 87. ^ 

9* 



132 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Cette Magdala est, très-probablement, pour ne pas dire certaine- 
ment, la Migdal-Gad du livre de Josué. L'histoire donc se tait com- 
plètement sur lanlique ville de ce nom; dont la désignation seule 
est parvenue jusqu'à nous et s'est perpétuée, au moins en partie, 
dans le mot arabe El-Medjdeh 



CHAPITRE XXXIII. — A^SKOULAN EL-DJEDIDA. 133 



CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME. 

a'sKOULAN EL-DJBDIDA. DJOUBA. DËSCRiPTIOIil DES RUINES D'A*8K0U- 

LAN, L'ANTIQUE ASCALON. NAHR ERIBIAH OU NAHR A^SKOULAN. KHIR- 

BET AMARIS. -^ KHIRBET OUMM BGH-CHOUKOP. AUTRES RUINES SANS 

NOM. OUALT ECH-CHBIKH HAOUED. OU ETAIT SiTUi LE HAIUMAS 

ASCALONIS ? 



a'sKOULAN EL-DJEDIDA. 



Le S 6 mai, à quatre heures cinquante minutes du matin, nous 
nous dirigeons vers Touest, en traversant les beaux jardins d'Ël- 
Medjdel. 

A cinq heures, nous laissons à notre gauche un petit marais, qui, 
à l'époque des grandes chaleurs, tarit quelquefois. Pendant l'hiver, 
il est plus considérable. 

A cinq heures quinze minutes, nous arrivons kA*skoulan elrDje- 
dida, I Js!«M^ ij^t^kMêS^ (Ascalon-le-Neuf). Il ne reste plus rien actuel- 
lement de la ville qu'Ibrahim-Pacha, en i83â, avait voulu fonder 
en cet endroit, dans le voisinage et avec les débris de l'antique 
Ascalon, et que, à cause de cela et comme pour faire revivre cette 
dernière cité, il avait appelée du nom que je viens d'indiquer. Il 
faut en excepter toutefois un magnifique puits, large et profond, 
construit avec des pierres très-régulières et surmonté d'un élégant 
pavillon voûté, percé de quatre ouvertures, deux cintrées et deux 
ogivales. Autour de ce puits, de vastes citernes, bâties elles-mêmes 
avec beaucoup de soin , formaient un grand rectangle , dont la partie 
supérieure constituait une plate-forme mesurant vingt-sept pas 
sur chaque face, et au centre de laquelle est le puits. Elles étaient 
presque intactes en i85/i, la première fois que je les visitai; mais, 
depuis, les habitants d'El-Medjdel les ont à moitié démolies, pour 
en emporter les matériaux. 



134 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Les autres bâtisses commencées par Ibrahim-Pacha ont entière- 
ment disparu. Du reste, il avait eu à peine le temps d'en jeter les 
fondations, les circonstances politiques qui attirèrent ailleurs son 
attention, et qui le forcèrent même bientôt d'abandonner la Pales- 
tine, l'ayant empêché de réaliser son dessein. Ce contre-temps sauva 
les ruines d'A'skoulan, déjà trop souvent exploitées comme une 
véritable carrière de pierx'es taillées et de colonnes, et qui auraient 
fini par être réduites à de misérables débris , si l'établissement mi- 
litaire projeté par Ibrahim était devenu le centre d'une ville nou- 
velle, qui, par sa naissance et ses développements, aurait porté à 
l'ancienne un dernier et irrémédiable coup , en héritant à la fois de 
son nom et de ses dépouilles. 

Le périmètre du camp qu'il occupait est encore néanmoins re- 
connaissabie aux mouvements factices du terrain . et l'on distingue 
la place de plusieurs batteries. 

DJOtRA. 

De là, marchant dans la direction du sud-ouest, nous atteignons, 
vers cinq heures quarante-cinq minutes, le village de Djoura, ^jy^> 
Il compte trois cents habitants. Ëst-il antique? Etait-ce un des fau- 
bourgs d'Ascalon? La chose est très-possible; toujours est-il que, 
dans les maisons, assez mal bâties d'ailleurs, qui le composent, on 
observe un grand nombi'e de fragments antiques enlevés aux ruine» 
de la ville, tels que fûts et tronçons de colonnes, chapiteaux plus ou 
moins mutilés, plaques de marbre intactes ou brisées, le tout mêlé 
confusément à des matériaux beaucoup plus' grossiers. 

La population qui habite ce village se livre à la culture de jar- 
dins très-fertiles, où, grâce à une irrigation fréquente, croissent de 
beaux arbres fruitiers, quelques fleurs et des légumes. Ces vergers, 
plantés sans aucun ordre, mais dans lesquels s'épanouissent, au 
milieu des sables qui les assiègent de toutes parts, une végétation 
variée et une verduie éternelle, reposent et charment le regard, 
que fatigue la réverbération du soleil sur les dunes blanchissantes 



CHAPITRE XXXIII. — RUINES D'ASCALON. Î35 

qui les entourent. Us s étendent non*seulenient jusqu'aux remparts 
d'Ascalon, auxquels ils sont attenants, au nord et à l'est, mais en- 
core ils en franchissent les nombreuses brèches et débordent, en 
quelque sorte, dans la plus grande partie de Tintérieur de cette 
ancienne cité, dont toutes les maisons ont été rasées, tous les édi- 
fices renversés, et qui se trouve ainsi transformée en un vaste jar- 
din, que divisent en une foule de compartiments des haies de cactus 
et d'autres arbustes épineux, ou de petits murs de séparation. Ceux- 
ci consistent en des amas informes de matériaux de toute espèce, 
accumulés à la hâte et tirés des ruines que l'on heurte à chaque 
pas. Des citronniers, des cognassiers, des grenadiers, des orangers, 
des figuiers, des amandiers, çà et là aussi quelques hauts palmiers, 
ont envahi confusément un sol autrefois couvert d'habitations pri- 
vées et orné çà et là de palais, de portiques et de temples, plus tard 
de mosquées et d'églises, depuis longtemps démolies et dont les 
plus beaux débris ont été dispersés sur diveis points de la Palestine 
et de la Syrie. 

RUINES D'ASCALON. 

Après ce que je viens de dire, on voit qu'il est bien difficile 
actuellement de refaire par la pensée, en se basant sur l'aspect, 
si fort effacé et modifié, des lieux, je ne dis pas l'Ascalon primitif 
des Kananéens et des Philistins , ou l'Ascalon agrandi et embelli 
par Hérode à l'époque romaine, mais même l'Ascalon du moyen 
âge, tel qu'il était du temps des croisés. Toutefois l'enceinte et la 
configuration générale qu'il avait alors, du moins dans sa forme 
extérieure, se retrouvent encore facilement de nos jours. Il suffit 
pour cela de comparer la description qu'en donne Guillaume de 
Tyr avec l'état présent des ruines. 

Voici cette description , que je crois devoir reproduire -tout en- 
tière, parce que c'est la plus nette et la plus précise qjae nous ayons 
par un historien du temps : 

Est autem Ascalona una de quinque Philisthiim urbibus, iu littore maris 
sita , formam habens semicirculi , cujus chorda , sive diameter, secus iiltus maris 



136 DEwSCRIPTION DE LA JUDÉE. 

jacel; circumferentia vero, 8ive arcus, super terrain ad orientem respiciens* 
Jacet autem tota civitas quasi in fovea, tota declivisad mare, aggeribus undiqué 
cincta manufactis, supra quos mœnia sunt, cum turribus frequentibus opère 
solido, duriliem iapidis vincente cœmenio nexorum; mûris débita spissitudine 
latis et coDgrua proportione sublimibus, verum etiam et antemuralibus eadem 
soliditate fabrefactis, cincta est per gyrum et communita diligentius. Fontes 
autem neque intra murorum ambitum, neque sibi vicinoshabet aliquos, sed pu- 
tois tutn extra, tum interius, aquas sapidas et ad potum habiles ministrantibus 
abundat. Cisternas quoque aquarum pluvialium receptivas cives interius cons^ 
truxerant nonnullas. Erant autem et in murorum ambitu portâB quatuor, turri- 
bus excelsis et solidis diiigentissime communitœ; quarum prima, quœ ad orien- 
tem respicit, dicitur porta Major, cognomento Hierosolymitana, eo quod urbem 
sanctam respiciat, habens circa duas turres altissimas, quœ, quasi robur et prae- 
sidium, subjectee videntur prœesse civitati : hœc ante se très aut quatuor in an- 
temuralibus portas habet minores, quibus ad eam per quosdam anfractus per- 
venitur. Secunda est quœ ad occidentem respicit et dicitur porta Maris; tertia 
ad austrum Gazam urbem respicit, unde et ab ea cognomen ducit. Quarta, ad 
septenlrionem respiciens , ab urbe finitima Joppénsis dicitur. Hœc autem civitas , 
situ maris nuliam prœbente aptitudinem, portum vel aliquam tutam navibus 
non habet vel habuit stationem, sed iittus t^ntum arenosum et accedentibus 
suspectum. Solum autem exterius urbi adjacens arena est obsilum, agriculturœ 
nesciens, vinetis tamen et fructiferis arboribus accommodum, exceptis vallicuiis 
in parte septentrionali paucis, quœ fœcundatœ lœtamine et aquis irrigatœ putea- 
libus, herbarum et fructuum aliquam civibus prœstanl commoditatem ^ 

(tÂscalon est Tune des cinq villes des Philistins. Située sur le rivage de la 
mer, elle a la forme d'un demi-cercle, dont la corde ou le diamètre s'étend le 
long du rivage, et dont la circonférence ou Tare est tourné du côté de la terre 
ferme, vers Torient. Toute la ville est dans une sorte de cavité et s'abaisse vers la 
mer, environnée de toutes parts de tertres factices, au-dessus desquels sont les 
remparts, que flanquent de nombreuses tours. C'est un ouvrage très-solide, et 
le ciment qui unit les joints est plus dur que la pierre. Les murs ont une épais- 
seur convenable et une élévation proportionnée à leur largeur. La place est, 
en outre, entourée et fortifiée avec soin par une ceinture d'avant-murs, bâtis de 
même très-solidement. Elle ne possède aucune fontaine, ni dans l'intérieur de 
son enceinte, ni dans le voisinage; mais elle abonde en puits, tant au dehors 
qu'au dedans; Teau en est bonne et agréable à boire. Les habitants ont aussi 
construit quelques citernes pour recueillir les eaux pluviales. Le périmètre des 

' WiHelm.Tyr. XVII, XXI. 



CftAPlTRE XXXIII. — RUINES D'ASCALON. 137 

remparts était percé de quatre portes, soigneasement défendues par des tours 
hautes et puissantes. La première de ces portes regarde Torient et s'appelle la 
Grande Porte; on la surnomme également parie de Jérusalem y parce qu'elle est 
tournée vers la Cité sainte; elle est protégée par deux tours très-élevées, qui 
sont pour la ville, qu'elles commandent et qui se développe à leur pied, une 
force et un soutien. Cette porte est précédée de trois ou quatre autres plus pe- 
tites, placées dans les avant-murs et qu^il faut traverser avant de l'atteindre 
elle-même, en suivant certains détours. La deuxième porte fait face à l'occi- 
dent, et est appelée parte de la Mer, La troisième, dirigée vers le sud , r^arde 
Gaza, d'oi\ lui vient le surnom de porte de Gaza. La quatrième est tournée vers 
le nord , et , de la ville où elle conduit , s'appelle porte de Joppé. Ascalon , à cause 
de la configuration du rivage, qui ne se prête nullement à abriter des navires, 
n'a point et n'a jamais eu de port ou de rade tant soit peu sûre pour les vais- 
seaux, mais seulement une plage sablonneuse et d'un accès dangereux. Quant 
au sol qui environne immédiatement la ville, il est envahi par le sable et ne 
peut être ensemencé, mais il convient cependant à la vigne et aux arbres frui- 
tiers. Quelques petites vallées sont néanmoins très -fertiles, vers le nord. Au 
moyen d'engrais et d'irrigations que des puits facilitent, il produit assez abon- 
damment pour les habitants des légumes et des fruits. r> 

En lisant ces lignes, on se convainc aussitôt quelles ont été 
écrites par quelqu'un qui a vu lui-même les lieux qu'il décrit, tant 
elles sont l'image fidèle de la réalité. En effet, ce qui subsiste en- 
core maintenant des remparts d'Ascalon permet d'en reconnaître 
la justesse, et elles servent elles-mêmes, à leur tour, à reconstituer 
par l'imagination ce que le temps et les hommes ont détruit. 

J'ai déjà publié en 1867^ une description des ruines de cette 
ville, que j'avais visitées en i85/i. Ayant eu depuis l'occasion de les 
explorer de nouveau et d'une manière plus attentive , je vais consi- 
gner ici les principaux résultats de ce double examen. 

PaHons d'abord de l'enceinte. Si Ton suit les gigantesques débris 
qui en restent, il est facile d'en retrouver tout le périmètre , qui décri- 
vait à peu près un demi-cercle dont la corde, comme le dit très-bien 
Guillaume deTyr, s'étend, à Touest, le long du rivage, et dont l'arc 
s'arrondit, à Test, du côté de la terre. J'estime à onze cents mètres 

\ Bulletins de h Sodété de géographie de Parie, 4' série, t. XIII, n" 76. 



138 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

environ la longueur de la corde, et à seize cents mètres approxi- 
mativement le pourtour de Tare, ce qui fait deux mille sept cents 
mètres pour la circonférence totale. Les murs, du côté de la mer, 
sont aux trois quarts démolis, excepté dans quelques endroits, où 
d'énormes pans gisent renversés sur la plage. Ils s'élevaient sur des 
falaises escarpées, partie rocheuses et partie sablonneuses, dont la 
hauteur, au point culminant, peut atteindre trente mètres, et qui, 
ailleurs, s'abaissent jusqu'à n'avoir plus que quinze mètres. Ces fa- 
laises sont actuellement déchirées par plusieurs échancrures, dues 
aux pluies, qui ont raviné le sol. Autrefois, pour prévenir ces fis- 
sures et pour empêcher aussi une escalade ou des éboulements, 
on avait revêtu extérieurement les endroits les plus faibles, rendus 
ainsi plus solides et plus inaccessibles, d'un appareil de maçonnerie 
régulière, aujourd'hui presque entièrement détruite. 

Le port n'avait pas en étendue toute la longueur de la corde 
d'arc, mais seulement les trois quarts, vers le sud. Les deux môles 
qui le formaient avaient été bâtis avec une quantité incroyable de 
colonnes de granit gris, qui sont couchées encore sur la plage ou 
dans la mer; ils étaient défendus, principalement le môle méri- 
dional, par de puissants bastions, dont il subsiste plusieurs pans 
de murs très-considérables, écroulés et entassés confusément les 
uns au-dessus des autres. Ces pans, construits avec des pierres de 
toutes sortes, qu'unit entre elles un ciment extrêmement tenace, 
renferment dans l'épaisseur de leur masse, comme pièces de sou- 
tènement, soit des colonnes de granit, ce qui est le cas le plus fré- 
quent, soit des colonnes de marbre blanc et gris, provenant les 
unes et les autres d'édifices antérieurs. 

Le rivage entre ces deux môles ne décrit pas une anse, mais 
une ligne presque droite, et un intervalle d'une trentaine de pas 
sépare actuellement la mer des falaises. Cette longue bande de 
plage est entièrement composée, dans toute sa largeur, d'un sable 
très-profond et d'une masse prodigieuse de petits coquillages, que 
l'on broie en marchant et qui craquent sous les pieds. 

Du reste, le port que délimitaient et protégeaient les deux môles 



CHAPITRE XXXIII. — RUINES D'ASCALON. 189 

eu question était complètement ouvert vers l'ouest, et, par consé- 
quent, très-peu sûr, comme le fait observer Guillaume de Tyr : 

Hœc autem civîtas, situ maris nuliam prœbente aptitudinem , porium vel ali- 
quam tutam natibus non habet vcl habuit statîonem , sed littus tantum areno- 
sum et accedentibus suspectum. 

C'était plutôt une rade quuu véritable port, et encore cette 
rade était loin d'être bonne. A l'époque du fameux siège qu'Ascalon 
soutint, en 1 153, contre Baudoin III, roi de Jérusalem, une flotte 
chrétienne vint s'y poster pour bloquer la ville par mer; mais elle 
se retira ensuite, à l'approche d'une nombreuse flotte égyptienne 
qui amenait aux Ascalonites des renforts. Guillaume de Tyr nous 
raconte que , à peine débarquées , les recrues d'Egyptiens pénétrèrent 
dans la place. L'endroit où ces troupes abordèrent était donc con- 
tigu aux remparts, et elles durent entrer dans Ascalon par la porte 
de la Mer, que cet historien mentionne comme regardant loccident : 

Seconda est [porta] quœ ad occidentem rcspicit et dicitur porta Maris. 

L'emplacement de cette porte est, encore aujourd'hui, très-re- 
eonnaissable , et les habitants de Djoura continuent à la désigner 
sous le nom de Bob eUBahar^j^S v^ (porte de la Mer.) Assez rap- 
prochée, sur la section occidentale ou, en d'autres termes, sur le 
diamètre de l'enceinte, du môle méridional, elle était défendue, 
à droite et à gauche, par des tours ou bastions. Dans la partie 
encore debout de ces deux ouvrages de défense, on remarque, en- 
gagés transversalement dans l'épaisseur des murs et faisant saillie 
au dehors, quinze ou seize fûts de colonnes antiques de granit 
gris, qui figurent de loin autant de pièces de canon se projetant 
hors de leurs embrasures. 

Avant de passer à l'examen du reste de l'enceinte et de quitter 
la rade devant laquelle nous sommes en ce moment, il serait 
à propos de nous demander si cette rade était bien le Maiumas 
Ascalonis dont l'existence nous est révélée par une épître synodale 
de Jean, patriarche de Jérusalem, épîlre qui a été insérée dans 



140 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Jes actes du concile de Gonstantinople tenu l'an 5i8 de notre 
ère *. 

On y lit : ^ré(pcLvos tov Matovfxev k(TK£k(t)vos ^ et, dans les ma- 
nuscrits latins : Stephanus Maiumœ AscaloniSf ce qui prouve qu*îl y 
avait un évèque du Maiumas d*Ascalon , distinct de Tévèque de cette 
place. Or il s'agit ici évidemment du port d'Ascalon, de même qu'il 
y avait un Maiumas d'Iamnia , d'Azot et de Gaza , ou port d'Iamnia , 
d'Azot et de Gaza, formant sur le rivage, à quelques kilomètres de 
chacune de ces villes, un établissement maritime spécial. Le mot 
maiumas est, en effet, généralement regardé comme un terme 
égyptien ou philistin , signifiant port de mer y havre artificiel ou natu- 
rely établissement maritims^ et dérivé des mots ma (lieu) et iam ou 
iam (mer). 

Le Maiumas Ascalonis était donc l'établissement maritime d'Asca- 
lon, établissement qui devait constituer une petite cité, en dehors 
de la cité proprement dite, puisqu'il était sous la juridiction spiri- 
tuelle d'un évêque particulier, différent de l'évêque d'Ascalon. 

Mais où était-il situé? Ce ne pouvait être assurément entre la 
ville et la mer, puisque la ville, autrefois comme maintenant, était 
sur le bord même de la mer, fait qui nous est attesté par plusieurs 
passages des anciens et qui est, en outre, confirmé par les nom- 
breuses médailles trouvées en ce lieu, sur la plupart desquelles 
on voit une femme, la tête couronnée de tours, un pied sur une 
proue, tenant de la main droite une colombe et de la gauche une 
lance. Gette femme qui met le pied sur une proue nous indique 
assez clairement qu'Ascalon était une ville maritime. 

Si le Maiumas d'Ascalon ne pouvait être compris entre la cité 
et la mer, il devait nécessairement se trouver soit au nord, soit 
au sud de la ville, et il est probable que, à une époque qu'il est 
impossible de préciser, faute de documents historiques suffisants, 
les Ascalonites, ayant senti le besoin de se créer un autre port que 
celui qui était devant leur ville, auront fondé dans le voisinage^ et 

* Qmeilior. gênerai, t. V, p. 19*2. 



CHAPITRE XXXIII. — RUINES D'ASCALON. 141 

dans un endroit plus favorable, rétablissement maritime qui re- 
çut le nom de Maiumas Asealonisy et qui insensiblement devint une 
petite ville , avec son église et son évêque distincts. Je rechercherai , 
à la fin de ce chapitre, l'emplacement vraisemblable de ce Matu-- 
nuis. Pour le moment, poursuivons notre étude des remparts, et 
parcourons la demi-circonférence dont nous venons de considérer 
la corde ou le diamètre. * 

Le long de la section méridionale de l'enceinte, les murs avaient 
été bâtis sur des collines moitié naturelles, moitié factices. Inces- 
samment assiégés par des dunes énormes de sable, qui, amonce- 
lées peu à peu par le vent du sud, s'élèvent maintenant jusqu'à 
leur sommet, ils sont presque entièrement ensevelis sous ces vagues 
envahissantes, qui finiront par les submerger complètement; déjà 
même elles débordent par de nombreuses brèches dans l'intérieur 
de la ville, en formant, à droite et à gauche de la ligne des remparts, 
un talus incliné, qui glisse et se dérobe sous les pieds et que l'on 
ne parvient à gravir qu'avec difficulté. 

Une fois arrivé sur le faîte du talus, qui est en même temps 
celui des murs dans leur élévation actuelle, on rencontre, de dis- 
lance en distance, en le suivant, les restes de plusieurs tours écrou- 
lées. Une échancrure assez grande marque l'emplacement de la 
porte du sud ou porte de Gaza, mentionnée par Guillaume de Tyr. 

Tertia [porta] ad austnim Gazam urbem respicit, unde et ab ea cognomen 
ducît. 

De ce côté, la seconde enceinte signalée par cet écrivain est peu 
reconnaissable. 

La section orientale des remparts semble avoir été la plus for- 
midable de toutes. Elle est de même battue continuellement par 
des flots de sable, au-dessus desquels elle surnage encore de beau- 
coup. Car les tertres qui supportent les murs vers Test, dominant 
davantage la plaine environnante, et, en outre, le courant de la 
mer de sable au milieu de laquelle Âscalon est placé semblant se 
diriger surtout du sud au nord, plutôt que de l'est à l'ouest, il en 



142 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

résulte que cette partie des remparts est la moins enterrée et, par 
conséquent, la plus facile à étudier. Voici les caractères qu ils pré- 
sentent dans leur construction, et qui doivent être les mêmes pour 
toute 1 enceinte. Hauts d'environ dix mètres, autant qu'il est permis 
d'en juger par quelques parties mieux conservées ou moins enva- 
hies par le sable, ils ont une épaisseur qui dépasse deux mètres. Ils 
sont revêtus extérieurement d'un appareil très-régulier de pierres 
d'une dimension moyenne ; l'intérieur est rempli par un blocage 
composé de moellons de toute grandeur noyés dans un bain de 
mortier. Sur beaucoup de points, la maçonnerie est traversée par 
des fftts de colonnes, soit de marbre, soit de granit gris, couchés 
horizontalement et faisant au dehors une saillie de douze à quinze 
centimètres. C'est du côté de l'est qu'était la Grande Porte, dite de 
Jértmdemy parce qu'elle était tournée vers cette ville. Défendue à 
droite et à gauche par deux puissantes tours, dont les débris sont 
très- considérables, elle était précédée par d'autres portes prati- 
quées dans des avant-corps de fortifications, qui ont été renversés 
de fond en comble. 

Quarum prima [porta], quœ ad orientem respicit, dicitur porta Major, cogno- 
mento Hierosolymitana, eo quod urbem sanctam respiciat, habens circa duas 
turres altissimas, quœ, quasi robur et praesidium, subjectœ videntur prœesse 
civitati : hœc ante se très aut quatuor ia autemuralibus portas habet minores, 
quibus ad earo per quosdam anfractus pervenitur. 

Près de la porte orientale s'élève , dans un vallon , un oualy con- 
sacré au Cheikh Mohammed; il est ombragé par plusieurs carou- 
biers et sycomores d'une belle venue. 

Plus loin vers l'est, sur un monticule sablonneux, les ruines 
d'une petite mosquée attirent les regards; ce sanctuaire musul- 
man s'appelle Mesdjid eUHassan. De là on embrasse toute Tenceinte 
d'Ascalon, qui, selon l'expression très-juste de Guillaume de Tyr, 
paraît, du haut de ce tertre, comme dans une cavité, qwm m 
favea; le terrain s'abaisse, en effet, singulièrement vers le milieu 
de l'emplacement qu'occupait la ville , pour se relever ensuite vers 
la ligne des remparts. 



CHAPITRE XXXIII. — RUINES D'ASCALON. 143 

Quant à ]a section septentrionale de l'enceinte, il est assez diffi- 
cile de la suivre, d'abord parce qu'elle a subi un bouleversement 
plus profond, soit par la main de l'homme, soit par l'effet d'un 
tremblement de terre, et ensuite parce qu'elle est envahie par des 
jardins, que divisent des haies de cactus ou d'épines. Des vignes 
grimpantes, de vieux figuiers et d'autres arbres à fruits croissent 
confusément au milieu de larges pans de murailles ou de tours 
écroulées. Ce mélange de ruines et de verdure, dont le désordre 
déconcerte l'archéologue, qui veut étudier curieusement les vestiges 
du passé, charme au contraire l'artiste, qui recherche avant tout 
le pittoresque. Les vergers, de ce côté, s'étendent jusqu'au village 
de Djoura. Le sol en est fertile, quoique sablonneux; il est coupé 
par plusieurs vallons : ce sont les valliculœ dont il est question dans 
Guillaume de Tyr. 

En résumé, cette vaste enceinte, avec celle de Césarée, constitue 
l'une des plus belles ruines du moyen âge en Palestine. Construite, 
au nord, au sud et à l'est, sur des tertres demi-circulaires, dus en 
même temps à la nature et au travail de l'homme, et, à l'ouest, 
le long de la mer, sur une ligne droite de falaises, elle était percée 
de quatre portes , regardant chacune l'un des quatre points cardi- 
naux. De distance en distance, elle était flanquée de tours, dont les 
plus fortes paraissent avoir été celles qui défendaient ces portes, 
principalement la porte orientale ou de Jérusalem. Des avant-murs, 
qui sont depuis longtemps rasés ou ensevelis sous le sable, excepté 
dans quelques endroits et notamment vers l'est, où l'on en recon- 
naît la trace, formaient la première défense de la ville. 

Verum etîam et antemurallbus eadem solîditate fabrefactis cincta est par 
gynim et communila diligentius. 

Le tout avait été bien et solidement bâti, et les pierres join- 
toyées avec un ciment excellent, dont Guillaume de Tyr vante jus- 
tement la bonne qualité. 

Duritiem lapidis vinccnle cœmento nexorum. 

Franchissons maintenant l'enceinte dont nous venons de décrire 



iàà DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

les restes, et pénétrons dans l'intérieur de la ville. Ce qui frappe 
tout d'abord, c'est que, au lieu d'avoir devant les yeux l'image ou 
même l'ombre d'une ancienne cité, on se trouve en présence de 
nombreux jardins, appartenant aux habitants de Djoura et qui ne 
sont que la continuation de ceux qui entourent ce village. Le sol 
est presque partout occupé pai* une végétation luxuriante, que la 
culture ou la nature toute seule a fait naître, et, pour retrouver 
quelque chose des édifices d'Ascalon , il faut escalader une foule de 
haies ou de petits murs de séparation qui délimitent des vergers 
différents. C'est ce que j'ai fait, guidé par un fellah de Djoura, et 
voici les principales ruines qui ont tour à tour attiré mon attention : 

i'' Au milieu de la ville on distingue l'emplacement d'une grande 
église, aujourd'hui presque entièrement détruite. Il ne subsiste plus 
que de faibles restes de l'abside et, çà et là, les vestiges de quelques 
murs latéraux. Ces murs étaient épais, construits intérieurement 
en blocage et revêtus extérieurement d'un appareil très-régulier 
d'assez belles pierres parfaitement cimentées. Orientée vers l'est, 
cette église remonte peut-4tre à l'époque byzantine, au moins pour 
sa fondation première. 

â° Au sud-est du monument précédent, deux pans de murs 
gigantesques, l'un debout, l'autre renversé, sont de même bâtis 
intérieurement en blocage et revêtus à l'extérieur de pierres d'un 
petit appareil, mais régulières; ils ont deux mètres d'épaisseur. 
L'édifice dont ils faisaient partie est rasé : mon guide lui donnait 
le nom à'El-Kalah (le Château). 

3^ J'examinai ensuite plusieurs salles voûtées, presque à fleur 
du sol et communiquant les unes avec les autres; elles ressemblent 
à des citernes ou à des magasins souterrains. Suivant mon guide , 
c'était jadis la prison, EIrHabs. A l'en croire, une galerie secrète, 
dont l'ouverture est actuellement bouchée, conduisait de là jus- 
qu'à la mer. 

U^ A une faible distance de ces salles , un vaste trou , formant un 
ravin circulaire qui peut avoir douze à treize pas de diamètre , porte 
le nom de Bir Ibrahim el-Haurani. Cet immense puits est aujour- 



CHAPITRE XXXIII. — RUINES D'ASCALON. 145 

d'hui en grande partie comblé; toutes les pierres de revêtement 
en ont été enlevées. Un vieux figuier et une vigne ont pris racine 
dans l'intérieur, le long de ses flancs. C'est là très-probablement 
le puits dont il est question dans Antonin le Martyr, et qui s'appe- 
lait le puits de la Paix; on y descendait par des degrés, et il ren- 
fermait la dépouille de trois martyrs. 

Inde ingressi sumas Ascalonem. Ibidem est puteus Pacis, in modum theatri 
&clus, in quo usque ad aquam descenditur per gradus, ubi requiescunt très 
fratres martyres ^ 

Dans une autre édition, ce passage, tel qu'il est cité par Reland^, 
est un peu différent : 

Inde ingressi sumus Ascalonem, ubi est puteus Pacis, m loco theatri fatAus, 
in quo requiescunt très fratres martyres, propria nomina habentes, sed vulga- 
riter iEgyptii vocantur. 

D'après le premier texte, comme on le voit, ce puits était lui- 
même construit (cen forme de théâtre, <» in modum theatri foetus ^ ou 
plutôt, vraisemblablement* en forme d'amphithéâtre. On parvenait 
jusqu'à l'eau au moyen de degrés, ce qui s'accorde parfaitement 
avec l'apparence que présente encore le ravin circulaire dont j'ai 
parlé et qui s'appelle puits d'Ibrahim le Hauranien. 

Si le second texte, au contraire, est préférable, ce que je ne 
suis pas porté à croire, ce puits aurait été ^ creusé dans le théâtre, ^ 
in loco theatri factus y et alors nous serions là sur l'emplacement d'un 
édifice de cette espèce. 

Benjamin de Tudèle, dans la dernière partie du xif siècle, 
signale, au milieu de la ville d'Ascalon, crqui, dit- il, s'appelait 
d'abord Benibera,^ un puits nommé Bir Abraham el-Khalily parce 
que l'on en attribuait l'origine à ce patriarche. C'est très -vraisem- 
blablement notre Bir Ibrahim eUHaurani. 

v5° Ailleurs, dans un autre jardin, je rencontre les débris d'une 
seconde église, qui, avant d'être consacrée au culte chrétien, avait 

' Antonini Martyris lUnerariutn, p. 96. «^ ^ Reland« Palnesùm, p. 589. 

II. . M> 



146 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

succédé à un temple païen, et avait elle-même été remplacée par 
une mosquée. Sur le lieu qu elle occupait , et qui est actuellement 
planté de figuiers et de pins, gisent encore huit fûts de colonnes 
de granit gris, soit intacts, soit mutilés; ils mesurent soixante-cinq 
centimètres de diamètre. Les deux qui sont entiers ont cinq mètres 
trente centimètres de long. Ces colcmnes sont celles qui ont été 
exhumées par lady Stanhope , dans les fouilles que, en 1 8 1 5 , elle 
fit exécuter en cet endroit, et sur lesquelles son médecin nous a 
laissé des détails très-intéressants ^ 

Les tranchées qu elle avait ouvertes à cette époque sont aujour- 
d'hui presque entièrement comblées ; elles Tétaient beaucoup moins 
en i85/i, lorsque je visitai Ascalon pour la première fois. 

Cette célèbre Anglaise, comme on le sait, fit, pendant quinze 
jours, fouiller de fond en comble l'emplacement présumé de l'ancien 
temple de Vénus Astarté, où l'on supposait qu'était enfoui un trésor 
important. Elle avait sous ses ordres cent cinquante Arabes, dont 
elle dirigeait elle-même les travaux. Les musiciens du pacha d'Acre 
ranimaient de temps en temps, par leurs symphonies, l'ardeur dçs 
ouvriers; mais ce qui excitait surtout leur zèle et leurs efforts, c'était 
l'espoir de découvrir enfin ce trésor caché , qui devait les enrichir 
tous, ou, du moins, dont ils s'attendaient à avoir leur part. Outre 
des murs très-épais, un grand nombre de colonnes de granit, de 
fragments de marbre et de chapiteaux furent mis à jour, et, en 
creusant des tranchées de plus en plus profondes , on trouva comme 
trois couches différentes de débris et trois pavés superposés, qui 
marquaient les trois âges du monument. Ces trois pavés , par leurs 
caractères distincts, indiquaient que cet édifice avait été d'abord 
soit un temple, soit un palais, et qu'ensuite il était devenu une 
église chrétienne, puis une mosquée, dont le mikrab existait encore 
quand on commença les fouilles. Le quatrième jour, on vit paraître 
une magnifique statue de marbre blanc couchée sur le sol, dont la 
draperie était fort riche et qui semblait représenter un empereur 

* Traoelsoflady HefUsr Skankope, narrated by her physician, t. Ill, p. 1 59-169. 



CHAPITRE XXXIII. — RUINES D'ASCALON. 147 

romain; le tronc seul mesurait deux mètres de long; la tète et les 
pieds manquaient. Au-dessous de cette statue on découvrit un Beau 
piédestal de marbre blanc. D'autres débris de différentes sortes 
furent déterrés, en poussant les fouilles à une plus grande pro- 
fondeur; mais, quoiqu'on eût atteint les fondations mêmes du 
monument primitif, et que le terrain eût été retourné de toute 
manière, pas la moindre petite pièce d'or ne brilla aux yeux des 
ouvriers découragés. Us s'imaginèrent alors que la statue recelait 
dans ses flancs le trésor tant cherché, et, afin de les désabuser, 
lady Stanhope se vit contrainte de la faire mettre en pièces. 

6^ Dans un jardin voisin du précédent, une colonne de granit 
gris, encore debout, et dont le diamètre est un peu moins consi* 
dérable que celui des colonnes qui ornaient l'édifice fouillé par 
lady Stanhope, appartient à un autre monument, qui a été comme 
effacé du sol, ou, du moins, dont on n'aperçoit plus que ce reste 
unique, les autres vestiges ayant complètement disparu, soit qu'ils 
aient été enlevés, soit que la terre les recouvre. 

7^ Dans la partie occidentale de la ville , on remarque les arase- 
ments d'une troisième église, orientée, comme les deux premières, 
de l'ouest à l'est, et à trois nefs. Les murs en étaient très-épais et 
construits avec des pierres d'un petit appareil, mais très*régulières 
à l'extérieur et bien cimentées. Autant qu'il m'a été possible de la 
mesurer, elle avait quarante-cinq pas de long sur vingt-quatre de 
large. Intérieurement, quatre piliers sont encore debout. Bâtis d'a-r 
près le même système que les murs, ils étaient flanqués, à droite 
et à gauche, d'une colonne de marbre d'un blanc bleuâtre, sur- 
montée d'un chapiteau corinthien. 

8^ Ailleurs j'ai cru reconnaître l'emplacement d'un théâtre. Les 
mouvements du terrain semblent indiquer la trace d'anciens gra- 
dins, et quelques tronçons de colonnes de granit, dont la base est 
encore en place, peuvent être considérés comme les débris d'un 
portique. 

9® Dans un enclos inculte en ce moment s'étend un long mur, 
mesurant un mètre d'épaisseur sur trois mètres cinquante centi- 



10. 



148 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

mètres d'élévation. Il parait avoir fait partie de lenceinte extérieure 
d'une grande habitation. Construit avec des pierres d'un petit ap- 
pareil, mais très-régulièrement agencées entre elles, il est actuel* 
lement tapissé d'un magnifique cep de vigne, qui court et serpente 
sur l'un de ses côtés. 

1 0® Je signalerai enfin un certain nombre de citernes éparses 
çà et là et une quinzaine de puits, la plupart antiques, qui four^ 
nissent encore de l'eau aux habitants de Djoura pour l'arrosement 
de leurs jardins. Ces puits sont tous entourés, à leur orifice, de 
débris antiques, tels que fûts ou tronçons de colonnes, bases et 
chapiteaux, intacts ou mutilés, plaques de marbres divers, etc. 
L'un, appelé Bir Bardj el-Banat^ avoisine un bastion à moitié dé- 
moli, et situé au sud-ouest de l'enceinte, qui a gardé le nom de 
bastion des Filles. Tobler ^ remarque qu'il est question , à l'époque 
des croisades, d'une tour des Filles, accordée, dans la ville d'Asca- 
lon, en 1177, par la comtesse Sibylle, aux chevaliers de Saint-Jean. 
Gautier Winisauf, comme le fait observer M. Poujoulat^ cite éga- 
lement une tour de ce nom au nombre de celles qui flanquaient 
les remparts d'Ascalon. 

A l'époque d'Origène, on montrait dans cette \ille des puiU 
<;élèbres, qui remontaient, dit-on, jusqu'à Abraham^. 

La même tradition est reproduite par Eusèbe dans ÏOnomasticon^ 
au mot Ppéap ôpxov. 

Ka\ rsïslovd éali (ppéœta èv rfi FpaÇpf^ xaï els fn vvv èv rfi Tepapirtxp 
xa\ èis* KtTKokSvoç SeUwreu. 

Quant au passage d'Antonin le Martyr, relatif au puits de la 
Paix, à Ascalon, il est inutile d'en faire de nouveau ici mention, 
car je l'ai déjà cité un peu plus haut. 

Telle est la description, sommaire mais fidèle, de l'état actuel 
des ruines d'Ascalon. Après avoir consacré la journée entière du 
â& mai à les parcourir et à les examiner avec soin, je regagnai 

' Tobler, Drittc Wandentng nach Pa^ ' Correspondance d'Orient, i.V^p. SSL 

làstina, p. Ao. ^ Origenés, Conira Celmm, ). III. 



CHAPITRE XXXIII. — NAHR ERIBIAH. Iâ9 

vei^ le soir ma tente. Elle avait été dressée près d'une petite mos- 
quée abandonnée, sur une colline qui forme le point le plus élevé 
des falaises dans la partie occidentale de la ville. Tous les habitants 
de Djoura avaient quitté les jardins d'A'skoulan pour se retirer 
dans leur village. Nous étions donc les seuls hôtes de la grande 
enceinte déserte où nous campions. Du monticule où nous étions 
placés notre regard planait, d'un côté, sur la mer, dont les vagues, 
agitées p^jr une houle assez forte, battaient la plage; de l'autre, il 
embrassait tout le périmètre d'Ascalon, et, au delà, vers lest, appa- 
raissaient dans le lointain, à Thorizon, les monts de Juda. Les cimes 
de ces montagnes étaient en ce moment illuminées par les derniers 
feux du soleil couchant. Bientôt ces lueurs s'évanouirent, et la nuit 
enveloppa tout de ses ombres. Un religieux et solennel silence ré* 
gnait autour de nous ; il n'était interrompu que par le bruit sourd 
et monotone des flots qui grondaient à nos pieds. J'évoquai alors 
devant mon imagination les grands souvenirs qui peuplent ces 
lieux à jamais mémorables, et je repassai tour à tour dans mon 
esprit les principaux événements dont cette enceinte, autrefois si 
vivante et si animée, maintenant morte et solitaire, a été jadis le 
théâtre. Quel contraste entre les splendeurs et l'agitation du passé 
et la morne désolation du présent! Cette comparaison rappelait 
comme d'elle-même à ma pensée celte antique prédiction du pro- 
phète Sophonie, qui s'écriait, il y a tant de siècles : (cGa^a sera dé- 
truite, et Ascalon changé en désertai) 



EMBOUCHURE DU NAHR ERIBIAH. 



Le lencl^main, ^i5 mai, à quatre heures cinquante minutes du 
matin , je me mets en marche avec l'un de mes bachibouzouks , pour 
aller à la recherche de l'ancien Maiumas Ascalonis, ou établissement 
maritime d' Ascalon, dont il a été déjà question, à propos de la rade 
de cette ville.. 

* Sophome, c. ii, v. /i. 



150 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Nous nous dirigeons d'abord vers le sud, où Ton m'avait signalé 
l'existence de plusieurs ruines , et nous côtoyons de très-près le ri- 
vage. Au delà de l'enceinte d'Ascalon , je remarque que les falaises 
s'abaissent et sont beaucoup moins élevées que celles sur lesquelles 
avaient été bâtis, du côté de la mer, les remparts de ia vQle. 

A cinq heures quinze minutes, je laisse sur ma gauche quelques 
ruines, que j'examinerai à mon retour. 

A six heures quinze minutes , nous arrivons à l'embouchure du 
Nahr Eribiahy iûu^jl^, désigné aussi sous le nom de Nahr A'fkour 
lany ^^Uum^^. Il forme en cet endroit, dans un assez vaste demi- 
cercle décrit par la côte sur ce point, une sorte d'étang, qui se 
replie plusieurs fois sur lui-même et où l'eau semble dormante; 
près de la mer, néanmoins, il y a un véritable courant. 

Franchissant à gué ce nahr y à son embouchure même, nous 
poussons notre marche vers le sud jusqu'à sept heures trente 
minutes du matin, sans rencontrer nulle part depuis Ascalon les 
traces d'un port antique un peu nettement accusé. 



KHIRBET AMARIS. 



Revenant alors sur nos pas , nous longeons le rivage de moins 
près, et, montant sur les falaises qui le bordent, nous les suivons 
dans la direction du nord , parallèlement à la route que nous avons 
parcourue et à la distance moyenne de cent vingt mètres du rivage, 
afin que, si ces falaises gardaient les vestiges de quelque établis- 
sement maritime, ils ne pussent nous échapper. 

A huit heures quinze minutes, nous traversons des ruines ap- 
pelées Khirbet Amarisy (jn^Ut M^j^* Elles sont peu considérables et 
couvrent un monticule sablonneux , qui domine le rivage d'environ 
douze mètres. De nombi^eux fragments de poterie et des amas de 
pierres de petite dimension percent à travers le sable , qui a ense- 
veli presque entièrement les débris de cette localité. Devant cette 
ruine, du reste, aucune anse naturelle n'est formée par le rivage; 
il n'y a qu'une rade ouverte à presque tous les vents. 



CHAPITRE XXXm.— OUAL\ ECH-CHEIKH HAOUED. 151 



UIIRBET OUMM ECH-CHOUKOP. 

* 

A huit heures trente minutes , nous rencontrons un second khir- 
bet, qui m'est désigné sous le nom de Khirbet Oumm echr-Choukof, 
uAJAll II ^j^. Des tessons de poterie sont épars de tous côtés sur 
ie sol en cet endroit, mêlés à de menus matériaux enterrés dans 
le sable. Il y avait là également un village antique, mais on n'y 
observe aucune trace de port, soit naturel, soit artificiel. 

AUTRES RUINES SANS NOM. 

A huit heures quarante-cinq minutes, nous repassons le Nahr 
Ëribiah. 

A neuf heures dix-sept minutes, nous foulons aux pieds d'autres 
ruines, dont je ne puis apprendre le nom; plusieurs substructions 
sont encore visibles. Des fragments de poterie sont dispersés au 
milieu du sable, sur un monticule voisin de la plage. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, quelques débris peu im- 
portants et également sans nom attirent ensuite un instant mon 
attention sur un autre tertre sablonneux. 

RETOUR \ ASCALON. 

A dix heures quatre minutes, nous rentrons dans l'enceinte 
d'Ascalon* Après quelques moments de repos, je recommence à 
errer au milieu des ruines de cette ville, afin de m'en rendre un 
compte plus exact, en examinant plus à loisir les parties que je 
n'avais pu étudier la veille que d'une manière superficielle. 

OUALY EGH-GHEIKH HAOUED. 

A quatre heures du soir, je quitte de nouveau cette enceinte, qui 
m'est dès lors bien connue, et je m'achemine vers le nord, le long 



152 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

de la plage, jusqu'à YOualy echnCheikh Haouedy d^ ^guUI Jt^. Ce 
sanctuaire s'élève, à vingt-cinq minutes environ au nord d'Ascaion, 
sur un monticule sablonneux. Des fragments de poterie et les ves- 
tiges peu distincts de plusieurs anciennes constructions sont seuls 
apparents au-dessus du sol. 

Au coucher du soleil, je retourne au lieu de mon campement. 

OlI ÉTAIT SITUÉ LE MAIUMAS ASGALONIS? 

En résumé, de l'examen que je viens aujourd'hui de faire de la 
côte, au nord et au sud d'Ascalon, résulte pour moi la certitude 
que le Maiumas AscalontSy s'il était dans le voisinage de cette ville, 
comme tout doit le faire supposer, est complètement détruit ou 
ensablé. Si nous le cherchons au sud, on peut en reconnaître les 
vestiges dans l'un des khirbet que j'ai signalés de ce côté; si, au 
contraire, nous le cherchons au nord, il est permis peut-être de le 
placer à l'Oualy ech-Gheikh Haoued. Dans l'un comme dans l'autre 
cas , cet établissement maritime ne jouissait pas d'un véritable port, 
mais seulement d'une rade, qui devait être fort dangereuse en 
hiver, et même dans la belle saison, quand la mer était tant soit 
peu agitée par les vents. 

L'histoire ne nous fournit d'ailleurs aucun renseignement sur 
cette petite ville, espèce de faubourg ou de comptoir maritime 
d'Ascalon , qui avait néanmoins son évèque distinct et que nous ne 
connaissons, comme je l'ai déjà dit, que par une lettre synodale de 
Jean, patriarche de Jérusalem, insérée dans les actes du concile 
tenu à Gonstantinople en 5 18. Dans cette lettre il est question 
d'un évèque du Maiumas d'Ascalon , appelé Etienne et différent de 
l'évêque de cette dernière ville, qui se nommait alors Antonio. 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 153 



CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME. 



RESUlli DE L'HISTOIBE D'ASGALON. 



Ascalon, en hébreu jl^ptfif 9 AekkeUmy en grec k(7x£kù)v^ en latin 
Ascalon, en arabe (^^U^m^, A^skoulan^ était lune des cinq princi- 
pales villes des Philistins , lorsque les Hébreux pénétrèrent dans la 
Terre promise. Il en est fisiit mention pour la première fois dans le 
livre de Josué, à propos des limites de la Pentapoie philistine. 

A fluvio turbido qui irrigat iGgyptum usque ad terminos Accaron , contra 
aquilonem; terra Chanaan, quœ îq quinque régules Philisthiim dividitur: 
Gaz8B08 et Azotios, Ascalonitas, Gethœos et Accaronitas^ 

. Bien qu'elle fût comprise dans le territoire de la tribu de Juda, 
il n'est pas dit dans la Bible, lors du partage opéré par Josué, 
qu'elle ait été assignée à cette tribu. 

Après la mort de Josué , elle tomba toutefois sous la domination 
des enfants de Juda. 

Gepitque Judas Gazam cum finibus suis, et Ascalonem atque Accaron cum 
terminis suis^. 

Etienne de Byzance ^ d'après Xanthus de Lydie et Nicolas de 
Damas, prétend qu'Ascalon avait été bâti par un certain Ascalus, 
fils d'Hyménée, qu'Aciamus, roi de Lydie, avait envoyé à la tète 
d'une armée en Syrie, et qui s'y fixa à cause de l'amour qu'il avait 
conçu pour une fille du pays. 

Nous reconnaissons là cette tendance des Grecs à expliquer l'éty- 
mologie des noms de villes par les noms de fondateurs, qu'ils inven- 
tent au besoin, quand Thistoire ne leur en fournit point. Ici, comme 

* Josué, c. xni, V. 3. — * J^ig^, CI, v. 18. — ' Etienne de Byzance, m Ly- 
diacù. 



164 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Tout remarqué depuis longtemps Bochart ^ et Tabbé Mignot \ cette 
étymoiogie est évidemment fausse; car le livre de Josué, ainsi que 
nous 1 avons vu par le verset cité plus haut, signa]^ la ville d'As- 
calon comme existant déjà quand les Hébreux envahirent le pays : 
elle était, par conséquent, antérieure à Tépoque marquée, pour sa 
fondation , par Xanthus de Lydie et par Nicolas de Damas. 

Le mot Ascalon est probablement kananéen ou pl^ilistaïque. 

S'il faut en croire Diodore de Sicile, Sémiramis aurait reçu le 
jour dans cette ville. Cet historien' nous raconte que Derketo, 
mère de cette princesse, honteuse des liaisons qu'elle avait eues 
avec un jeune Syrien, et dont Sémiramis était le fruit, se jeta dans 
un lac près d'Ascalon , après avoir fait tuer son amant et exposer 
sa fille dans un lieu désert. Les Syriens lui élevèrent près du 
lac un temple magnifique, où ils l'adorèrent sous la forme d'un 
poisson ayant une tète de femme. Quant à Sémiramis, nourrie par 
des colombes, elle fut ensuite recueillie et adoptée par un certain 
Simmas, intendant des bergeries royales, et, plus tard, après une 
suite d'événements qu'il n'est pas dans mon sujet de rapporter 
ici, elle devint l'épouse du roi Ninus, fondateur de Ninive, et fonda 
elle-même Babylone sur les rives de l'Euphrate. 

Voici le passage de Diodore où il est question du marais voi»n 
d'Ascalon et du temple élevé sur ses bords : 

Karà Se rilv ^vplav roiwv èaTi eàXis AxrxcCkùûVy xai Tcoirifs oôx AiroBev 
XffUffi yueycCkri xeà ^oBeia^ iffXtfptis l)^a>v' iffapà Se rœiriiv ùnipj^et répispos 
â^Ss èntCpavovSj liv bvopui^ovatp ol 2upoi Aepxerovp * ccSm Se rb pAp nrpéao^ 
nop ë/fit ywaixbsy rb Se dEXXo aâiJLa roS Ixfiyos* 

trEn Syrie ii y a une ville appelée Ascalon, et, non loin de cette ville, est 
un marais grand, profond et plein de poissons. Près de ce marais s'élève un 
temple consacré à une divinité célèbre, que les Syriens nomment Derketo; cette 
déesse a le visage d'une femme et le reste du corps d'un poisson, n 

A trois kilomètres environ à l'est d'A'skoulan et à un kilomètre 

* Bochart, Geographia sacra, p. 99. de l'Académie des inscr^^lûms et beUes- 

' L'abbé Hignot, Sixième Mémoire lettres.) 
sur les Philistins. (T. XXXIV du Recueil ^ Diodore de Sicile, II, iv. 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 155 

à peine à louest d'El-Medjdei , jai signalé, au commencement du 
précédent chapitre, un petit marais, peu profond. Etait-il, dans 
Tantiquité, plus considérable, et aJors répondait-il mieux qu*au- 
jourd'hui à la description de Diodore de Sicile? Je Tignore. Dans 
tous les cas , je n'ai remarqué près de ce marais aucune nïine qui 
pût être celle d'un temple renversé. * 

Au sud d'A'skoulan, à la distance de cinq kilomètres et demi, 
le Nahr Ëribiah forme, à son embouchure, comme je Tai dit, une 
sorte d'étang assez vaste, aux contours sinueux, profond et pois- 
sonneux, qui cependant a un écoulement vers la mer. J'ai aperçu 
plusieurs pécheurs qui y jetaient leurs filets. Serait-ce là le ma^ 
rais (T grand, profond et poissonneux,?) Xifivv fieydXv xou ^aOeia, 
'&kvpv$ ixOvùjv^ mentionné par Diodore de Sicile? Je le croirais 
volontiers, bien qu'il soit moins rapproché que le dernier de la 
ville d'Ascalon; mais l'expression grecque oix œjtodev (non loin de) 
est un peu vague , et permet aussi bien de supposer une distance de 
cinq kilomètres et demi que de trois seulement. Du reste , là non 
plus je n'ai rencontré aucune trace d'un temple antique. Peul^ 
être a-t-il été détruit à l'avènement du christianisme. 

La déesse Derketo était également adorée à Joppé, ainsi que 
nous l'apprenons par Pline : 

Joppe Phœnicum antiqnior terrarum inundatione, ut feront Colitur 

illio fabulosa Derceto ^ 

Les Grecs la désignaient pareillement sous le» noms de krap- 
yaris, krépyaus, ÀxapyotTi/ et Àôàpa*. 

Les Syriens, ajoute Diodore de Sicile dans le passage dont j'ai 
cité tout à l'heurç quelques lignes , croyaient honorer cette déesse 
en s'abstenant de manger des poissons et en regardant les co- 
lombes comme des oiseaux sacrés. 

Cet usage nous est confirmé par Lucien : 

txPvaç 'XjptiyLa Ipov vofiilovai xa) oSirore lyBioiv '^acùovcrtj xcà 6pvt6as rovs 
* Histoire naJturMe, V, xn. — ' Strabon, XVI, lu. 



156 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

fièv àXXous (TiTéovrat , mepialtpiiv Se fÂoivfiv où ^ttiovrcu , àXkk a(plat ifSe Ipti* 
Ta Se yiyvôfisva Soxéet aùroXs fSoié&rBat àepxeToSç xa\ ^efupdfiios ehexa, 
rà fièv in AepxéT&r iiop(pilv l^Ovos ^ei, rb Se tni rb ^eiAipdfuos réXos is 
^eptc/lçpriv ivixero ^. 

(r Les "Syriens regardent les poissons comme une chose sacrée : aussi n'y tou- 
chent-iis jamais. Quant aux oiseaux, ils mangent de tous, à l'exception de la 
colombe seule, dont ils s'abstiennent et qui est sacrée pour eux. Ils paraissent 
agir ainsi à cause de Derketo et de Sëmiramis : dans le premier cas, parce 
que Derketo a la forme d'un poisson; dans le second, parce que Sémiramis fut, 
à sa mort, transformée en colombe.?) 

Cette consécration des colombes , à Âscalon , fait qu elles y abon- 
daient extraordinairement, comme le témoigne le passage suivant 
de Philon dans Ëusèbe : 

Tiis ^vpias M âttXdlTtfi tar^Xi^ êaDvy kxntéLkeau évofia ' yevéfjtevos iv Toairp , 
xaB* tv j(jp6vov eh rb «rotrp^ov ief^v êa^sXkéfiiiVf eù^6(uv6ç Te 7ut\ ôwranfj 
ÀfjLff/jxvév Tf ^eT^tdlSùfp ^XiiOos inl t&v rptéSùw xa\ xat' olnloof éxelaltiv éOeot^ 
adfjLtiP* "BWvOavofJtév^ Se ytoi t^v alriav, l^offavov S-eimbv eheu avXkaii&ivei»' 
(hrsipii<T6ai yàp èK ^çikatoS toU olxxhopai T^iv yjpîjdiv ^, 

trll est une ville de Syrie, située sur le bord de la mer, nommée Âscalon. 
M'y trouvant et pendant que je me rendais au temple principal, afin d'y prier 
et d'y offrir des sacrifices, j'aperçus une multitude innombrable de colombes 
dans les carrefours et à chaque maison. Comme j'en demandais la raison, on 
me dit qu'il était défendu de prendre ces oiseaux, attendu que, depuis une 
époque fort reculée, l'usage en était interdit aux habitants.'» 

La déesse Derketo était probablement la même divinité que 
celle qui avait un temple à Ascalon, sous le nom de Vénus Céleste 
ou Uranie, temple qui fut pillé par les Scythes, lorsque, après la 
défaite de Cyaxare I®% roi des Mèdes, ils se rendirent maîtres de 
\i haute Asie et pénétrèrent jusqu'en Egypte, d'où Psammétichus 
les détourna par de riches présents. Ils rebroussèrent chemin vers 
Ascalon, et quelques-uns d'entre eux pillèrent le temple de Vénus 
Uranie. Selon Hérodote, ce sanctuaire était le plus ancien de tous 
ceux qui avaient été consacrés à cette déesse. 

^ Lucien, De Dea Syria, c. xiv. — ' Eusëbe, PrépataJtm, évangéUque, VIU. 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 157 

E^7i Si Tovro rà Ipbv^ ak éyù tsupOapôfiSPOs sôpi<Txœ, tsdmfav dpyeuérarov 
IpS» iaa Tccirtfs rvs Q-eoS' xai yàp zb iv Kvirp^ Ipbp évOeSre» éyévsro, <&$ 
aùrol Xéyovcn Kuirptoiy xal rb év Kv6dpoi(ri ^oivixéç elat ol iSpuadfASvoij 
êx TcajTvs Tfis ^vpiifs éovres^. 

trCe temple, comme cela résulte de mes informations, est antérieur à tous 
ceux qui ont été élevés en Thonneur de cette déesse; car celui de Cypre, de 
Taveu des Cypriotes eux-mêmes, était une fondation d'Ascalon, et quant à celui 
de Cythère, il a été construit par des Phéniciens, originaires de cette partie 
de la Syrie.') 

Cette Vénus Uranie elle-même paraH identique avec la déesse 
Asthoreth, appelée par les Grecs Astarté, et que Jérémie nomme 
la Reine du ciel. 

Filii colligunt ligna, et patres succendunt ignem, et mulieres conspergunt 
adipem, ut faciant placentas Reginœ cœli, et libent diis alienis, et me ad ira- 
cundiam provocent^. 

trLes fils amassent le bois, les pères allument le feu et les femmes pétrissent 
la pâte pour faire des gâteaux à la Reine du ciel et pour sacrifier à des dieux 
étrangers, afin de provoquer ma colère. t» 

Le même prophète parle encore ailleurs des libations et des 
sacrifices offerts à la Reine du ciel. 

Sed facientes faciemus omne verbum quod egredietur de ore nostro, ut 
sacrificemus Reginœ cœli et libemus ei libamina '. 

rMais nous exécuterons tous les vœux qui sortiront de notre bouche, en 
sacrifiant à la Reine du ciel et en lui offrant des libations, t» 

trLa dénomination de Astoreth, dit M. Munk^, a probablement une 
origine indo-germanique et signifie «r astre, tj Dans la Bible cette 
divinité est souvent appelée Aêchéra (la fortunée); elle portait 
aussi le nom de Baala ou BaaUis, féminin de Baal ^. Dans Torigine, 
cette déesse représentait sans doute la lune, mais, plus tard, par 
Tinfluence d'autres cultes voisins , on lui donna aussi les emblèmes 
et les attributions de plusieurs autres divinités, notamment de 

* 

* Hérodote, I, cv. * Hunk, Palestine, p. 90 a. 

* Jereme^ c. vu, v. 18. Ensèbe, Préparation mtngéHque, I, 
^ Ibid. c. xiiv, V. 17. X. 



158 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Vénus. Elle fut représentée primitivement avec des cornes de tau- 
reau, comme Tlsis Egyptienne» ce qui la caractérise suffisamment 
comme déesse de la lune. ^ 

Mais il est temps de mettre un terme à cette digression et de 
revenir à l'histoire d'Âscalon. 

L'an 1187 ^^^^^ Jésus-Christ, cette ville est mentionnée dans 
la Bihle, à l'occasion des faits étonnants qui ont marqué la vie 
de Samson. C'est là qu'il tua trente Philistins, pour en donner les 
vêtements à ceux qui avaient deviné son énigme : a De celui 
qui mangeait est sortie la nourriture, et la douceur est venue 
du fort ^ rt 

Après avoir eu ses princes particuliers et avoir participé aux 
différentes luttes que les Philistins soutinrent contre les Israélites, 
Ascalon, comme toutes les autres villes de la Pentapole, succomba 
aux armes de David, et, sous Salomon, cette place payait un tribut 
à ce prince. 

Redevenue indépendante, elle fut assujettie ensuite aux Assyriens 
par Sargon, puis par Sennachérib, ainsi que l'attestent les inscrip- 
tions cunéiformes de Khorsabad. 

On lit, en particulier, sur le fameux prisme de Sennachérib : 

Mais Sidka, roi d* Ascalon, ne se soumit pas à moi : j'enlevai les dieux de 
la maison paternelle, lui et sa femme, ses fils et ses filles, ses frères, les reje- 
tons de sa race, et je les conduisis en Assyrie. Tinstituai, pour rëgner sur la 
ville d' Ascalon, Sartibkakri, fils de Rakibti, qui avait été roi auparavant, et jo 
lui imposai la prestation de tributs comme reconnaissance de ma suzeraineté, 
et il établit Tordre. 

Dans les prédictions des prophètes nous la trouvons citée parmi 
les autres villes des Philistins sur lesquelles doit s'appesantir la 
colère du Seigneur^. 

Plus tard, elle fut soumise successivement aux Perses et aux 
Grecs. Avant de tomber sous la domination romaine, elle put, 
grâce aux divisions de la famille des Séleucides, se constituer, sons 

* Juffes, c. XIV, V. i4. — * Jérém'ey c. xxv, v. 90; c. xlvm, v. 5 , 7. — Amot, c. i, 
V. 8. — Sophonie, c. n, v. A , 7. — Zacharie, c. ix, v. 5. 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 159 

le protectorat de Rome , en une république qui maintint quelque 
temps son indépendance; et, à partir de ce moment, commence pour 
elle une ère qui, suivant les uns, date de Tan 65o, et, suivant les 
autres, de Tan 655 de la fondation de Rome. C'est d après cette 
ère qu'il faut calculer les années qui sont marquées sur un cer- 
tain nombre de monnaies frappées à Âscalon. Le docte Reland en si« 
gnale plusieurs ^ La plupart, comme je l'ai déjà dit, portent comme 
effigie la figure d'une femme la tète couronnée de tours , le pied 
sur une proue , tenant de la main droite une colombe et de la 
gauche une lance. 

Hérode le Grand, qui naquit à Ascalon, l'embellit, en y faisant 
construire des bains, de magnifiques fontaines, de superbes et 
vastes portiques. 

KœtcLkonfhoLis Se ^oXaveTa xoà xptfvas iSfohjTeXets , tspés re tirepMvXa 
^Œuiuu/là Tffv re èpyaxrlaïf xai rà (JiéyeOos ^. 

Après la mort de ce prince , Auguste fît cadeau à Salomé , sœur 
de celui-ci, du château royal d'Ascalon. 

^aXcifiri Se vphs ois à èjSek(phs iv Tais Sioûrfxais dirovéfJLSt , Koucrap Sii ya- 
pltfiTou xcà Ttjv iv AaxdkGûvi ^aaiXeiOv oîxvfriv '. 

Pendant la guerre judaïque, cette ville fut dévastée par un 
violent incendie , que les Juifs révoltés y avaient allumé. Les Ascalo- 
nites exercèrent, à leur tour, de terribles représailles sur les Juifs 
qui habitaient au milieu d'eux et ils en égorgèrent deux mille cinq 
cents. 

Après la défaite de Cestius Gallus, gouverneur de Syrie, l'an 
65 de l'ère chrétienne, les partisans de la guerre contre les Ro- 
mains , exaltés par cette victoire et avides de combattre , se hâtèrent 
de marcher sur Ascalon, ville très-fortifiée, il est vrai, comme le 
remarque l'historien Josèphe*, mais qui n'avait plus alors pour 
garnison qu une cohorte d'infanterie et une aile de cavalerie. Les 

* Reland, Palœstina, p. SgS. ^ Antiquités judaïques , XVII, xi, S 5. 

* Josèphe, Guerre des Juifs, l,x\i,^*ï. * Guerre des Juifs, III, ir, S i. 



160 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Juifs étaient commandés par Niger de Pérée, Silas de Babyione et 
Jean i'Ëssénien, trois chefs à la fois pleins de* courage et d'expé- 
rience. Leur attaque cependant vint échouer contre la tactique des 
Romains et Thabileté de leur général. Repoussés avec des pertes 
énormes et poursuivis avec acharnement dans la plaine, ils furent 
contraints de se retirer, ayant à regretter le trépas de dix mille des 
leurs, et, entre autres, de deux de leurs chefs, Jean et Silas. Ceux 
qui avaient échappé à la mort se réfugièrent, blessés pour la plu- 
part, dans une petite ville dldumée, nommée par Josèphe Sallis. 
Un pareil désastre ne les ayant pas découragés, ils revinrent bientôt 
à la charge et avec des forces beaucoup plus considérables, pour 
tenter une nouvelle attaque contre Ascalon. Mais ils tombèrent 
dans une embuscade qui leur avait été dressée par le général ro- 
main, et, enveloppés par la cavalerie ennemie, avant d'avoir pu se 
former en bataille, ils laissèrent encore huit mille d'entre eux sur 
le terrain et durent chercher leur salut dans la fuite. 

Les Âscalonites étaient alors considérés comme formant, depuis 
cent soixante et dix ans environ, une cité libre, sons la protection 
des Romains. Aussi Pline ^ donne-t-il à celle-ci le nom de oppidum 
liberum. 

Ascalon se montra très-attaché aux superstitions païennes, et le 
christianisme ne put s'y établir qu'avec beaucoup de peine. Quand 
Julien l'Apostat chercha à relever le culte des faux dieux, la haine 
des Ascalonites éclata* avec fureur contre les chrétiens et ils com- 
mirent à leur égard des actes d'une férocité barbare. 

Nous lisons en effet dans la Chroniqtie Pascale^ à l'année 36 1 de 
notre ère : 

Ëy Se TJ^ri xa) AcrxdXGJVi 'OpeffSvTépovs xai 'oapBévaus àvatpovvres xjcà 
(xerà ToSro dvœi^vcrcrovreç xal rà adyjna aùj&v xptO&v ^\ripoi(TOVT$ç ^ ro7s 
ypipoiç 'aapéêakov. 

(T A Gaza et à Ascalon, ils mirent à mort des vieillards et des vierges, et en- 
suite, ouvrant leurs cadavres, ils les remplirent d'orge et les jetèrent en pâture 
aux pourceaux, n 

* Histoire naturelle, V, xiv. 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 161 

Toutefois, ces persécutions n empêchèrent pas la religion chré- 
tienne de prendre racine dans cette dernière ville, et l'histoire 
ecclésiastique nous a conservé les noms de plusieurs évéques d'As- 
calon, ainsi que celui d'un évéque du Maiumas Ascalonis ou établis- 
sement maritime d'Ascalon. Ces évéques sont ^ : 

1^ Monginus ou Longinus, qui vivait au moment où Thérésie 
d'Arius commençait à se former; 

2^ Sabinus, qui souscrivit au concile de Nicée, 3â5 ans après 
Jésu&-Christ ; 

3*^ Auxentius, qui assista et souscrivit au premier concile général 
tenu à Gonstantinopie , en 38i; 

k^ Jovinus, qui assista au concile de Diospolis, en /ii5; 

5° Leontius, dont le nom est plusieurs fois mentionné dans les 
actes du concile de Ghalcédoine, en /i5i; 

6^ Antoninus ou Antonius , cité dans la lettre «ynodale de Jean , 
patriarche de Jérusalem, à Jean, patriarche de Gonstantinopie, 
pour la condamnation de Severus; il y est distingué de Stephanus, 
évèque du Maiumas d' Ascalon ; 

7° Enfin, Dionysius, qui assista au concile tenu à Jérusalem 
en 536. . 

Le christianisme dut probablement être étouffé dans Ascalon, 
lorsque cette ville tomba sous la domination des Arabes musul- 
mans. Elle passa tour à tour entre les mains des khalifes Om- 
miades , puis des khalifes Abbassides , et enfin des khalifes Fatimites 
d'Egypte. Ges derniers en étaient les maîtres au moment où les 
croisés envahirent la Palestine. G'était alors l'une des places les 
plus fortes de cette contrée, et, après la prise de Jérusalem par 
Godefroi de Bouillon, en 1099, elle sut encore résister plus 
d'un demi-siècle à toutes les forces des chrétiens. Les Egyptiens 
la considéraient comme le se\il boulevard qui pût les protéger, 
du cdté de la Palestine, contre les progrès toujours croissants des 
Occidentaux. 

' LeQuîen^ Oriens Chrixtiamut, t. III. p. TxjS el siiivanles. 

II. 1 1 



162 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Le khalife d'Egypte, El-Mostaaly-b-Hlah, ayant envoyé contre 
Godefroi, qui venait de s'emparer de Jérusalem, son vizir El-Af- 
dhal, celui-ci réunit sous les murs d'Ascalon une armée immense, 
évaluée à aoo,ooo combattants au moins, et que certains chroni- 
queurs même, notamment l'abbé d'Uraugen, l'Allemand Eckart', 
portent, en l'exagérant sans doute de beaucoup, à 1 00,000 chevaux 
et 4oo,ooo hommes de pied. 

Godefroi, au lieii d'attendre cet ennemi redoutable, résolut de 
marcher à sa rencontre. Toutes ses forces réunies ne dépassaient 
guère 20,000 hommes. Malgré l'extrême infériorité de leur nombre, 
les croisés s'avancèrent contre les musulmans avec une ardeur et 
une confiance incroyables. De leur côté, les Egyptiens affectaient 

■ 

le plus profond mépris pour la petite armée des chrétiens, qu'ils 
s'imaginaient, disaient- ils, pouvoir submerger dans lesjhts seuk de 
leur salive (in solis sputis submergere credebant*^). 

Le 12 août 1099, les deux armées se trouvèrent en présence 
dans les vastes plaines d'Ascalon. Du côté des chrétiens, Godefroi 
se plaça à l'aile gauche , où l'on pouvait croire qu'allait se porter le 
plus grand effort des Egyptiens; le comte de Toulouse occupait 
l'aile droite, qui s'appuyait à la mer; les deux Robert, Tancrède et 
les autres chefs étaient au centre. L'ordre de bataille des ennemis 
présentait l'apparence d'un immense croissant, dont les deux pointes, 
dit un chroniqueur', s'avançaient à la façon des cornes d'un cerf, pour 
envelopper les Francs. Après avoir fléchi le genou et invoqué le 
Dieu des combats, les croisés s'ébranlèrent les premiers. Le roi 
de Jérusalem s'établit de manière à pouvoir surveiller les portes 
d'Ascalon et contenir la garnison de cette place; le comte de Tou- 
louse se jeta dans les vergers qui s'étendaient en dehors de la ville. 
Le duc de Normandie et le comte de Flandre engagèrent la bataille. 
Les Francs s'élancèrent avec une telle impétuosité contre leurs ad- 
versaires, que ceux-ci en furent tout d'abord déconcertés et étourdis. 

* Livre d'Eckarl, c. xvii. (Tome V de * Premier Supplément de Raymond d'A- 

VAmplissime Collection de Martène et Du- (ptes, p. 181 de la collection de Bongars. 
rand.) ^ Foulcher de Chartn*s, c. xix. 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 163 

En vain les Egyptiens s'efforcèrent-ils d'écraser par leur nombre 
la faible armée des chrétiens; en vain leurs épais bataillons et 
les hordes sans cesse renaissantes de leurs cavaliers se succédaient 
continuellement, manœuvrant de manière à enfermer dans leurs 
lignes la poignée d'hommes qui osait les attaquer. Ces derniers, 
compensant par la vigueur et l'élan irrésistible de leurs mouvements 
leur extrême infériorité numérique, se précipitaient tête baissée 
au milieu de ces masses profondes et y portaient un indescriptible 
désordre. Les musulmans, abandonnés par leur général, qui avait 
pris la fuite dès le début de l'action, commencèrent bientôt à 
se débander; la confusion parmi eux fut alors à son comble, et ils 
tombèrent par miHiers sous les coups de leurs redoutables vain- 
queurs. Ne sachant où tourner leurs pas pour échapper à la mort 
qui les menaçait de toutes parts, beaucoup d'entre eux se dirigè- 
rent vers la mer, afin de chercher un refuge sur la flotte qui les 
avait amenés; mais celle-ci, à la vue d'un si effroyable désastre , avait 
gagné la haute mer. D'ailleurs, du côté de la marine, les Egyptiens 
rencontrèrent la division du comte de Toulouse, qui en fit un 
horrible carnage et les poussa dans les flots. D'autres s'efforcèrent 
de pénétrer dans la ville ; mais l'encombrement des fuyards fut tel 
aux portes, que plus de 2,000 d'entre eux périrent, étouffés sous 
les pieds des hommes et des chevaux. Gomme ils étaient poursuivis 
avec acharnement par les chrétiens, l'émir qui commandait à 
Ascalon, craignant que les Francs n'entrassent à leur suite dans 
l'intérieur de la place, ordonna d'en fermer les portes, et les mal- 
heureux musulmans, abattus et consternés, n'eurent plus même 
h courage d'opposer la moindre résistance à leurs adversaires. Le 
plus grand nombre s'enfuirent vers le sud, semant la plaine de morts 
et de mourants. 

S'il faut en croire Albert d'Aix *, les Egyptiens auraient perdu 
dans cette mémorable journée 35, 000 hommes. L'auteur anonyme 
d'un petit écrit intitulé : Brevis narratio belli mm, et inséré dans le 

' Albert d'Aix, VI, l. 

■ 

1 1 . 



164 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

tome V de YAmplissime Colleclian de Martène et Durand, va beau* 
coup plus loin, car il porte à plus de 100,000 le chiffre des mu- 
sulmans tués. La perte des chrétiens fut, au contraire, insignifiante, 
et ils n'eurent à déplorer la mort d'aucun chef important. C'est 
cette bataille qui a inspiré à Jean-Baptisfe Rousseau la belle strophe 

que voici : 

La Palestine enfin, après tant de ravages, 
Vit fuir ses ennemis, comme on voit les nuages 
Dans le vague des airs fuir devant Taquilon; 
Et des vents du midi la dévorante haleine 

Ka consumé qu'à peine 
Leurs ossements blanchis dans les champs d*Ascalon ^ 

Si les chrétiens avaient su profiter de leur victoire , ds auraient 
pu s'emparer de cette place. Mais la discorde éclata de nouveau 
entre Godefroi et le comte de Toulouse. Celui-ci , pour nuire à son 
rival , fît passer secrètement aux assiégés un message ainsi conçu : 
(T Ne vous laissez point intimider par les menaces du duc de Lorraine 
et ne lui livrez point votre ville. Tous nos princes n'aspirent qu'à 
retourner dans leur patrie, -n En même temps, il donna à ses troupes 
l'ordre du départ, et les autres chefs le suivirent. Godefroi, resté 
seul devant les remparts d'Ascalon, fut contraint de se retirer. 

Baudoin P^, successeur de ce prince sur le trône de Jérusalem 
en 1 100, pour signaler son avènement par un fait éclatant, s'em- 
pressa de marcher contre Ascalon. Il sortit de la Ville sainte avec 
les plus braves de ses chevaliers, et arriva bientôt sous les murs 
d'Ascalon; mais la garnison restant renfermée dans l'enceinte de 
la place, et la saison étant trop avancée pour en entreprendre le 
siège en règle, il se contenta de ravager les campagnes environ- 
nantes. 

En 1 1 1 5 , les Ascalonites attaquent en vain Joppé , qui se défend 
énergiquement. 

En 1 13 3, sous Baudoin II, ils menacent de nouveau Joppé, et, 

' Livre III, ode v, Aux princes chrétiens. 



. CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 165 

pendant qu une flotte égyptienne la bloque par mer, ils s'avancent 
pour la presser par terre; mais ils sont arrêtés par l'armée franque 
près d'Hibelin, l'ancienne lamnia. Là ils sont vaincus, malgré la 
supériorité de leur nombre , et ils ne parviennent qu'avec peine à 
rentrer dans les murs d'Ascalon. Quelque temps après, ils osent 
faire deux incursions jusque dans les environs d^ Jérusalem , in- 
cursions qu'ils renouvellent, malgré les pertes et les échecs qu'ils 
subissent. Ce qui explique leur audace et leur force, c'est que 
les khalifes d'Egypte, comme nous l'apprennent les historiens du 
temps , regardant Ascalon comme la clef de la Palestine et comme 
leur principal rempart contre l'invasion chrétienne, leur envoyaient 
quatre fois par an des vivres , des armes et des recrues. 

Pour arrêter les déprédations incessantes des Ascalonites, les 
chrétiens élevèrent contre eux diverses forteresses, entre autres 
ceUes d'Hibelin, de Blanche-Garde, de Bersabée, de Darum et la 
citadelle de Gaza. 

Enfin, en ii53, Baudoin III se rendit maître d'Ascalon, après 
un siège de cinq mois. Il faut lire dans Guillaume de Tyr ^ lar des- 
cription de ce siège mémorable. Tandis que l'armée chrétienne, 
commandée par le roi en personne , attaquait les remparts d'Asca- 
lon , une flotte , sous les ordres de Gérard de Sidon , et composée 
de quinze navires à éperons, appuyait par mer les eflbrts des as- 
siégeants* Le second mois du siège, un grand nombre de pèle- 
rins d'Occident, nouvellement débarqués à Jaffa, accoururent au 
secours de leurs frères sous les murs d'Ascalon, et dès lors l'at- 
taque fut poussée avec une vigueur plus grande. On construisit de 
nombreuses machines, entre autres une tour roulante à plusieurs 
étages , avec du bois et des poutres tirés des navires. Au bout de 
cinq mois de siège , les forces de l'ennemi , après une suite non in- 
terrompue d'assauts sanglants, étaient sur le point de s'épuiser, 
lorsqu'une flotte égyptienne de soixante et dix voiles, ayant mis 
en fuite par sa seule approche la petite flotte de Gérard de Sidon , 

' Willelm. Tyr. XVII, xxi, ixii, et suiv. 



166 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

entra dans le port d'Ascalon et ravitailla la place, en lui appor* 
tant en outre des renforts. Toutefois, l'ardeur des chrétiens ne se 
ralentit point, et les attaques n'en devinrent que plus vives et plus 
meurtrières. La grande tour mobile, du haut de laquelle des cen- 
taines de soldats lançaient des pierres et des traits, était chaque 
jour approchée des remparts, et répandait Teffroi et la mort parmi 
les assiégés. Ceux-ci essayèrent de l'incendier; mais un fort vent 
d'est ayant repoussé la flamme vers la ville, un large pap de mur 
calciné s'écroula avec fracas. Les Templiers se précipitèrent les pre- 
miers par cette brèche, et, pour s'emparer eux seuls du butin, ils y 
placèrent des sentinelles qui avaient l'ordre d'empêcher les autres 
guerriers de les suivre. Entourés bientôt eux-mêmes par les assié- 
gés, qui, à la vue de leur petit noaibre, reprirent courage et fon- 
dirent en masse sur eux, ils furent contraints de revenir sur leurs 
pas. 

Ce jour-là, la ville aurait infailliblement succombé, sans la cupi- 
dité des Templiers. La brèche fut aussitôt réparée par les Asca- 
lonites, et les assiégeants commencèrent à désespérer d'emporter 
cette place; ils délibérèrent même un instant, dans un conseil 
de guerre, si Ton n'abandonnerait point le siège; mais le parti de 
l'honneur triompha. Le patriarche de Jérusalem et les évoques qui 
étaient dans la camp des croisés opinèrent énergiquement contre la 
retraite, en invoquant divers passages de l'Écriture dans lesquels 
Dieu promet son appui à ceux qui combattent pour sa cause. Il fut 
donc résolu que le siège serait poursuivi avec un redoublement 
d'ardeur, et bientôt la ville finit par capituler. Les habitants deman- 
dèrent et obtinrent la faculté de se retirer dans trois jours avec leur 
bagage. Le troisième jour, l'armée chrétienne entra processionnelle- 
ment dans l'intérieur d'Ascalon. La principale mosquée fut consa- 
crée à l'apôtre saint Paul. Les malheureux Ascalonites prirent le 
chemin de l'Egypte; mais ils périrent presque tous dans le désert, 
dépouillés et massacrés par les Turcs, qui leur reprochaient d'avoir 
livré aux chrétiens une ville musulmane. 

Maîlres de celle cilé, les croisés s'y établirent el y créèrent un 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE DASGALON. 1G7 

évèché, comme elle eu avait eu un autrefois, a vaut de tomber au 
pouvoir des mahométans; mais ensuite, sur les réclamations de 
Tévèque de Bethléhem, cet évèché ayant été supprimé, TËglise 
d'Ascalon fut rattachée à celle de cette dernière ville. 

En 1177, Baudoin IV, à peine monté sur le trône, remporta, 
dans le voisinage d'Ascalon, une éclatante victoire sur Saladin. Ce 
lui-ci, après avoir combattu vaillamment avec ses Mamelouks, ne 
put résister à l'impétuosité des Francs, et la plus grande partie de 
son armée périt dans cette bataille, qui rappelait aux chrétiens Tuii 
des plus beaux triomphes obtenus jadis par Godefroi de Bouillon 
au milieu des mêmes plaines. 

Baudoin, en mariant sa sœur Sibylle à Guillaume Longue-Ëpée, 
lui assigna Ascalon pour dot. 

En 1 187, Saladin prit sur les chrétiens une revanche terrible à 
la bataille de Hattin, qui lui livra la Palestine presque entière. Pour 
compléter son succès, maître d'un grand nombre de villes, qui s'em- 
pressèrent, aOn de conjurer sa vengeance, de lui ouvrir leurs portes, 
il vint mettre le siège devant Ascalon. Quand la brèche eut été 
ouverte, il proposa la paix aux habitants; mais ceux-ci, n'écoutant 
que leur courage, renvoyèrent ses messagers sans les entendre. Le 
roi de Jérusalem, Gui de Lusignan, que Saladin conduisait captif 
avec lui, les engagea alors lui-même à ne pas comprometlre le 
sort de leurs femmes et de leurs enfants par une résistance inutile. 
Cédant à ses conseils, ils députèrent enfin les principaux d'entre 
eux à Saladin, lui déclarant qu'ils ne se rendraient que s'il prenait 
pitié de leurs familles et s'il promettait de briser les fers du roi de 
Jérusalem. Saladin accepta ces propositions; mais il ne consentit 
à rendre la liberté à Lusignan qu'après le délai d'une année. 

A l'époque de la troisième croisade, lorsquen 1191 les chré- 
tiens, sous Richard Gœur-de-Lion , s'avancèrent de nouveau contre 
Ascalon, Saladin, n'étant plus assez fort pour garder et défendre 
cette place, en ordonna la démolilion. Lui-même travailla, dit-on, 
de ses propres mains à renverser les remparts et les mosquées , et il 
s'assit ensuite en pleurant sur les ruines d(î la cr Fiancée de la Syrie, ^ 



168 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A'rausset ech^Cham, surnom que les musulmans donnaient alors, à 
cause de sa beauté , à la ville d'Ascalon. 

Les croisés, en arrivant devant ses murs, en iiQ^^ la trou-* 
vèrent déserte et démantelée. Ils s'occupèrent aussitôt d'en relever 
les remparts et les tours, et tous rivalisèrent d'abord d'ardeur pour 
la remettre en état de défense. Richard les encourageait par son 
exemple, par ses discours et par des distributions d'argent. A la 
longue néanmoins, plusieurs chefs commencèrent à s'indigner contre 
ce prince , disant hautement qu'ils n'étaient point venus en Palestine 
pour rebâtir Ascalon , mais pour conquérir Jérusalem. Le mécon-^ 
tenlenient augmenta peu à peu dans l'armée, et, l'attention de Ri- 
chard ayant été appelée ailleurs, les travaux languirent. 

Quelques mois après, les musulmans et les chrétiens conclurent 
une trêve de trois ans et huit mois, et Ascalon devint alors l'objet 
de violents débats, chaque parti prétendant à la possession de cette 
ville, dont les fortifications nouvelles n'étaient point encore entiè- 
rement terminées. Pour trancher la question, il fut décidé qu'elle 
serait renversée. Il paraît toutefois que son enceinte ne fut pas 
complètement démolie; car, en 1270, Bibars Bondokdar acheva de 
la détruire, dans la crainte que les chrétiens ne s'y fortifiassent de 
nouveau. 

Depuis cette époque, Ascalon n'a plus été rebâti. Aboulféda, 
dans sa Géographie, déclare que, de son temps, cette ville était dé- 
serte et ensevelie sous ses ruines; qu'elle était située sur le rivage 
de la mer, et qu'un intervalle de trois parasanges s'étendait entre 
elle et Gaza. Les parasanges des Arabes équivalant chacune à trois 
milles, il y aurait eu neuf mdles seulement entre ces deux villes, dis- 
tance qui est trop faible de plusieurs milles. 

Benjamin de Tudèle S qui avait vu Ascalon vers 1160, par con- 
séquent, sept ans après la prise de cette place par Baudoin III, dis- 
tingue le nouveau et Yancien AscaloUy comme étant séparés l'un de 
l'autre par quatre parasanges , de telle sorte que le premier était à 
deux et le second à six parasanges d'Azot. 

* Benjamini Tudelensis Itinerarivm, p. ôi. 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 169 

D'abord ce voyageur est le seul qui nous révèle l'existence de 
deux villes de ce nom, et puis les chiffres qu'il nous donne pour 
l'intervalle qui séparait, suivant lui, la nouvelle de ïaneienne sont 
évidemment erronés. Etant venu en Palestine vers l'an 1 1 60 de 
notre ère , ce qu'il appelle le nouvel Ascahm ne peut pas être diffé- 
rent des ruines que j'ai décrites et dont l'ensemble général répond 
parfaitement aux renseignements si nets et si précis que. nous four- 
nit Guillaume de Tyr au sujet de cette ville* Or ces ruines, au lieu 
d'être éloignées d'Azot de deux parasanges ou de six milles seule- 
ment, le sont, en réalité de onze milles. Quant à Y ancien Ascahm^ 
il se trouverait, d'après l'assertion de Benjamin de Tudèle, à six 
parasanges d'Azot, c'est-à-dire à dix-huit milles, distance beau- 
coup trop forte et que contredit formellement la Table de PeutingeTy 
qui n'indique que douze milles, ce qui est, à un mille près, l'inter- 
valle compris entre Esdoud et les ruines d'Ascalon : celles-ci occu- 
pent donc l'emplacement de la ville antique. Ce fait est d'ailleurs 
démontré par l'âge des nombreux débris et des médaiUes qu'on 
trouve en cet endroit en fouillant le sol. Je n'insiste pas davan- 
tage sur ce point ; car il me parait incontestable , et l'assertion de 
Benjamin de Tudèle ne repose, à mes yeux, sur aucun fondement 
solide. 

Je signalerai encore ici une autre affirmation , également fausse , 
qui se rencontre dans le récit d'un voyageur moderne. 

Volney ^ prétend que les ruines d'Ascalon s'éloignent de jour eu 
jour de la mer, qui, jadis, les baignait. Cette assertion n'est pas 
juste; car, à l'ouest, les remparts étaient assis sur une ligne de 
hautes falaises , qui ne sont encore séparées du rivage que par une 
plage de trente à trente-cinq pas de large. 

En terminant ce chapitre, je rappeUerai que le canton où cette 
ville était située était autrefois célèbre par ses vins, par ses cyprès 
et par une espèce particulière d'oignons. 

Le vin d'Ascalon est vanté par Alexandre de Tralles. 

* Voyage en Egypte et en Syrie, édition Didot, p. a 78. 



170 DESCRIPTION DE LA ^UDÉE. 

Xoêhv Hoà yepovillovTct}. 

(f Qu'on apporte du vin de Tyr ou d'Âscalon, principalement du vieux, n 

Les cyprès de ce district sont mis par Dioscoride et par Pline 
sur le môme- rang que ceux de Canope. 

(T Le meilleur cypre croit à Ascalon et à Canope. y) 

Optimum [pretium] e Canopica, in ripis Nili nata, secundum Ascalone Ju* 
dœœ, tertium Cypro insula» odoris suavitate. Quidam hancesse dicunt arborem 
quœ in Italia ligustrum vocetur^. 

(T Le cypre qui a le plus de valeur est celui qui est né à Canope , sur les bords 
du Nil; en second lieu vient celui d'Âscalon en Judée, et en troisième lieu celui 
de nie de Cypre, pour la suavité de son odeur. Quelques-uns prétendent 
que c'est le même arbre qui est appelé en Italie troène, ^ 

Le cypre est un arbrisseau que les Hébreux désignaient sous le 
nom de kopher, nDâ , mot d'où les Grecs ont tiré celui de xvnpo$^ qui 
est formé des mêmes éléments. Il est mentionné dans le Cantique 
des Cantiques : 

Botrus cypri dilcctus meus mihi in vineis Engaddi ^. 

(rMon bien-aimé est comme une branche de cypre (kapher) dans les vignes 
d'Engaddi.^i 

Les Arabes l'appellent el-henna; son nom botanique est Lawsonia 
alba ou Lawsonia inennis. 

On le rencontre trè&-communément en Egypte; il n'est pas rare 
non plus en Palestine, où ses feuilles et ses fleurs sont très-recher- 
chées, celles-ci à cause de leur odeur, qui ressemble à celle du musc, 
celles-là parce qu'elles servent à teindre en jaune ou en rouge 
orange certaines parties du corps, telles que les ongles, les lèvres, 
les paupières, les cheveux des femmes, ainsi que la crinière, le 
sabot et la queue des chevaux. 

* Alexandre de Trailcs, V 111, m. ' Cantique des Cataiques, chapitre i, 

' Dioscoride, De remndica, I, cxxiv. v. i3. 



CHAPITRE XXXIV. — HISTOIRE D'ASCALON. 171 

Il est question de l'espèce particulière des oignons d'Ascalon dans 
Théophraste\ Pline^ et Columelle'. Ces oignons étaient appelés par 
les Romains Ascaloniœ cepœ; d'où les Italiens ont fait 9cahgn0y et les 
Français, par corruption, escabte et échalote. 

La vigne, le henné et l'échalote croissent encore aujourd'hui dans 
les jardins d'Ascalon , mais à l'état sauvage. La vigne elle-même , 
en effet, y est plutôt çà et là une décoration des ruines, qu'elle 
entoure et enguirlande de ses pampres, qu'un véritable produit 
pour les habitants de Djoura. 

* De hisUnia plantarum. Vil, iv. — ' Histoire naturelle, XIX, vi. — ^ De re rus- 
tica, XII, X. 



172 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME. 



i 



NA LIA, BARBARAH. ED-DBIR. REIT-DJERDJA. DBIR BSNBIO» PEUT- 

ÉTRK JADIS AGHNAH. DIHREH. - — RBIT-HANOUN. DJBBALIA. -^— BEIT- 

LAHIA. NESLBH. ARRIVES À GAZA. 



na'ua. 



Le 26 mai, à quatre heures trente-cinq minutes du matin, 
nous prenons, au sortir de 1 enceinte d'Ascalon, la direction de Test, 
puis celle du sud* 

A cinq heures cinq minutes, nous arrivons au village de Nalia, 
IJijû. Il renferme trois cents habitants; une ceinture de cactuà l'en- 
vironne. Je remarque dans une petite mosquée quelques débris 
antiques, et, au puits, deux tronçons de colonnes, l'un de granit 
gris, l'autre de marbre gris-blanc. 



BARBARAH. 



Nous continuons à marcher vers le sud , en traversant des plan- 
tations d'oliviers clair-semés. Une multitude de pigeons se jouent 
dans les rameaux de ces arbres. 

A cinq heures seize minutes, nous inclinons vers le sud-est: 
toute culture alors disparait. Le terrain est très-sablonneux et re- 
couvert seulement çà et là de touffes d'alfa. 

A cinq heures quarante minutes, nous longeons des jardins 
plantés d'oliviers, de figuiers, de grenadiers et de vigne. 

A cinq heures cinquante minutes, nous atteignons le village 
auquel ces vergers appartiennent. Il s'appelle Barharah, 5^^, et 
compte quatre cents habitants. Un oiia/y, consacré au Cheikh Y(m' 



CHAPITRE XXXV. —DEIR ESNEID. 178 

sqi^hy contient plusieurs tronçons de colonnes antiques de marbre 
gris-blanc; j'en observe également cinq ou six autour du puits. 



BD-DBIB. 



Notre direction devient alors celle de lest-nord-est. 

 six heures dix minutes, nous parvenons à EdnDeityj^ù^S^ vil- 
lage de trois cent cinquante habitants. Près du puits sont étendus 
plusieurs fûts de colonnes de marbre gris-blanc; j'y remarque 
pareillement un chapiteau corinthien , du même marbre. 

Des sycomores, des pins et des acacias mimosas s'élèvent, de 
distance en distance, au milieu de plantations de tabac. 



BBIT-DJBRDJA. 



Nous marchons ensuite vers le sud-sud-ouest, puis vers le sud. 

A six heures cinquante minutes, nous traversons les jardins de 
Beit-Djerdja^ Wyr «^aa^. Ce village, oji nous entrons bientôt après, 
a une population de trois cent soixante âmes; on y voit un ouàbiy 
au dedans duquel sont plusieurs fûts de colonnes antiques de 
granit gris. 

Au puits, cinq tronçons de colonnes de marbre blanc pro- 
viennent pareillement de lantiquité. 



DBIR BSNBID. 



Poursuivant notre marche vers le sud, nous rencontrons, à sept 
heures dix minutes, quelques arasements d anciennes construc- 
tions. Dans la vaste plaine qui se déroule devant nous paissent, 
sous la garde de Bédouins armés, de nombreuses troupes de cha- 
meaux. Les uns ont les formes lourdes et épaisses et ne sont pro- 
pres quà porter de pesants fardeaux; d'autres dont plus sveltes et 
faits pour la course. Ils appartiennent à cette espèce particulière 
de chameaux qui exécutent des marches aussi rapides que pro- 



17a DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

longées, sans ralentir pendant des heures entières leur trot pré- 
cipité. 

A sept heures trente minutes, j'aperçois sur un monticule des 
vestiges de murs, restes d'un hameau détruit, dont je demande en 
vain le nom. 

A sept heures trente-cinq minutes, nous longeons les jardins de 
Deir Emeidy <XjuU»I jj^ ; ils sont plantés principalement de figuiers. 
Quant au village, il contient cent cinquante habitants au plus. Le 
nom qu'il porte rappelle, à part la terminaison, qui diffère, celui 
de Achiahy en hébreu njçfK, en grec kacra, en latin Asena et E^nay 
donné dans la Bible à deux localités de la tribu de Juda qui étaient 
situées dans la Ghéphélah, c'est-à^ire précisément dans la grande 
plaine que nous étudions en ce moment : 

33. In campestrîbus vcro : Eslaol, et Sarea, et Asena 

AS. Jephtha, et Esna, et Nesib^ 

DIHREH. 

A sept heures quarante minutes, nous franchissons VOued €%- 
Sajîeh sur un pont de deux arches. C'est le môme qui va se jeter 
à la mer sous le nom de Nahr Eribiah ou Nahr A'skoulan. Le pont 
me paraît de fabrique arabe. Les arches en sont ogivales ; la plus 
grande occupe le lit du torrent, qui peut avoir vingt pas de large, 
.et la plus petite est assise sur l'une des berges. Au delà de \ oued y 
nous nous dirigeons vers l'est-sud-est, puis bientôt vers l'est. 

A huit heures quinze minutes, nous sommes à Dimrehy b^j vil- 
lage situé sur un monticule rocheux. J'y remarque quelques exca- 
vations pratiquées dans le roc, qui me paraissent antiques, et de 
nombreux débris de poterie épars sur le sol. Une partie des maisons 
du village sont détruites et abandonnées, et il est réduit actuelle^ 
ment à une population de cent vingt habitants. Au puits se trou- 
vent un fût de colonne de granit gris et cinq tronçons de colonnes 

* Josué, c. XV V V. 33 et 43. 



CHAPITRE XXXV. — BEIT-HANOÛN. - DJEBALIA. 175 

de marbre gris-blanc. Des cultures de concombres et de pastèques 
environnent ce hameau. 

BKIT-HANOUN. 

Notre direction change, et tourne vers le sud-ouest. 

A huit heures cinquante-cinq minutes, nous atteignons les pre- 
miers jardins de Beit-Hanouny (j^^ o^s;; les concombres y abon- 
dent au milieu de nombreux figuiers. Une gigantesque clôture de 
cactus sert de rempart au village, dont le nom offre une similitude 
assez grande avec celui de Beth-A'noth y en hébreu nl3?rn'»3, en grec 
BauOavAfi, en latin Bethanothy que mentionne le livre de Josué : 

Mareth y et Bethanoth , et Eltecon ^ 



Toutefois, comme la ville citée sous ce nom dans le verset pré- 
cédent est indiquée parmi celles de la partie montagneuse de Juda , 
il est impossible de l'identifier avec le village de Beit-Hanoun , situé 
qu'il est dans la plaine. 

La population de ce dernier est de quatre cents âmes. Un oualyy 
consacré à Neby HanouUy renferme intérieurement une base de 
colonne de marbre blanc et plusieurs pierres de taille, également 
antiques. Il est ombragé par un bel acacia mimosa. 

Au puits, que couvre de ses rameaux un magnifique sycomore, 
j observe un fût de colonne de granit gris et une dizaine de tron- 
çons de colonnes de marbre gris-blanc. 

DJEBALIA. 

A neuf heures dix minutes, nous nous remettons en marche vers 
le sud-ouest. 

A neuf heures trente minutes, nous entrons dans un bois d'oli- 
viers; des nuées de pigeons tourbillonnent, de branche en branche, 
au-dessus de nos têtes. 

A neuf heures quarante minâtes, notre direction devient celle 

' Josué, c. XV, V. 69. 



176 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

de l'ouest-sud-ouest. Nous continuons à nous avancer à travers de 
superbes oliviers, la plupart fort âgés, mais vigoureux encore dans 
leur verte vieillesse. A en juger par leur tronc énorme et par les 
nombreux rejetons qui les entourent, ils doivent être certainement 
plusieurs fois séculaires. 

A dix heures, nous arrivons à Djebaliay IaJU»-» village un peu 
mieux bâti et plus important que la plupart des précédents. Dans 
une mosquée surmontée d'un petit minaret je remarque plusieurs 
fragments antiques entre autres un chapiteau de colonne de marbre 
blanc. 

Au puits, sept fûts de colonnes mutilés, du même marbre, attirent 
pareillement mon attention. 

Ce village, vers Touest, touche aux dunes de la côte. Il est en- 
touré, des trois autres côtés, de fertiles jardins, que séparent entre 
eux des haies de cactus et d'autres arbustes épineux. Cultivés avec 
soin, ils sont plantés de figuiers, de grenadiers, d'amandiers, da- 
bricotiers, de citroimiers et d'orangers. On y aperçoit aussi quel- 
ques pommiers. Les habitants vont vendre leurs fruits aux divers 
marchés de Gaza. 



BEIT-LilHlA. 



Nous avions laissé derrière nous, au nord-nord-ouest, le village 
de Beit-Lahidy U^^ <;>ju, situé à deux kilomètres de distance. Pour 
y parvenir, nous traversons des dunes sablonneuses, où nos che- 
vaux ont beaucoup de peine à marcher. Çà et là s'élèvent quel- 
ques vieux sycomores, à moitié ensevelis sous le sable. 

A dix heures quarante minutes, nous descendons dans ce village. 
Peuplé de deux cent cinquante habitants, il occupe une vallée oblon- 
gue, bien cultivée et entourée de hautes dunes sablonneuses, qui y 
concentrent une chaleur énorme. C'est comme une petite oasis, sans 
cesse assiégée et menacée par une sorte de circonvallation de col- 
lines mouvantes de sable, qui l'étreignent de toutes parts et qui 
finiraient par l'étouffer et l'engloutir, si l'homme ne luttait con- 
tinuellement par son travail pour en arrêter les progrès. 



CHAPITRE XXXV. — NESLEH. — ARRIVÉE À GAZA. 177 



NESLEH. 



A onze heures dix minutes, nous sommes de retour à Djebalia, 
et de là, nous avançant vers Touest, nous atteignons bientôt Nés- 
lehy ^kmj^ qui en est comme un faubourg. 

Nesleh compte cent cinquante habitants à peine. Au puits, quel- 
ques colonnes antiques, soit de granit, soit de marbre gris, sont 
étendues horizontalement pour former des auges, au moyen d'une 
maçonnerie grossière. Un autre fût de colonne torse debout sert 
d'appui à un énorme acacia mimosa, qui tombe de vétusté. 



ARRIVEE A GAZA. 



De Nesleh nous nous dirigeons vers Gaza, en suivant, vers le 
sud-sud-est, puis vers le sud, une route sablonneuse, bordée, à 
droite et à gauche , de riches vergers appartenant aux habitants de 
Nesleh et de Djebalia, et auxquels succèdent bientôt presque sans 
interruption ceux de Gaza. 

A midi, nous faisons halte près de cette ville, vers le sud, et 
nous dressons nos tentes à côté de la quarantaine , au milieu d'un 
bouquet d'oliviers. 



II. ij 



178 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE TRENTE-SIXIÈME. 



DESCRIPTION DE GAZA. 



Je consacre ie reste de la journée du 26 mai et celle du 37 tout 
entière à parcourir et à étudier Gaza. Cette ville, appelée en arabe 
Rhazehy S)p, ou Rhazzehy »^, est environnée de bois d'oliviers, 
les plus remarquables peut-être de la Palestine pour l'âge et la 
beauté des arbres, et de vergers étendus, qui rivalisent en fer- 
tilité avec ceux de Jaiïa. Défendus par des haies puissantes de cac- 
tus et de divers autres arbustes épineux, qui les entourent d'une 
barrière infranchissable, ces jardins étalent aux regards de riches 
plantations de figuiers, de grenadiers, d'orangers, de citronniers, 
d'abricotiers, de mûriers, d'amandiers, et même de pommiers, 
espèce d'arbre assez rare en Palestine. Au-dessus s'élèvent, par in* 
ter valle , des pins , des sycomores , autour desquels s'enroulent des 
vignes grimpantes, des acacias mimosas et surtout des palmiers, 
qui sont ici plus nombreux et plus élancés que dans la partie sep* 
tentrionale de la contrée. Le palmier est, par excellence, l'arbre de 
l'Egypte; il abonde aussi à Gaza, dont le climat se rapproche sin- 
gulièrement de celui du Delta égyptien. Hors de la ville, dans les 
vergers, et même au sein de celle-ci, dans la cour de beaucoup 
de maisons, il fait admirer son port gracieux et le verdoyant pa- 
nache qui couronne sa tête. C'est le principal ornement de cette 
cité. 

Gaza n'est plus enfermée dans une enceinte de murailles. On y 
pénètre, pour ainsi dire, sans s'en douter, en sortant des jardins 
qui la précèdent. Autrefois, quand ses murs étaient debout, on y 
entrait par sept portes. L'emplacement de quelques-unes d'entre 
elles est encore reconnaissable aux colonnes de granit ou de 



CHAPITRE XXXVI.— GAZA. 179 

marbre couchées à terre, qui en formaient le seuil, ainsi que 
cela s'observe aux portes d'un certain nombre de villes musul- 
manes. 

On distingue quatre quartiers, séparés les uns des autres 
comme autant de grands villages différents, et dont l'ensemble 
constitue Gaza ; ce sont : 

1*^ Haret et-Taufen, ^^\ «jU-, au nord; 

s® Haret efh-Sedjaiehy i^jusiOl i;U-, à Test; 

3^ Haret ezr-Ziumn, [^yi^^S *j^' au sud; 

h? Haret ed-Daredjy gj^l iij^, à l'ouest. 

Ce dernier quartier est celui de la ville haute ou de la ville pro- 
prement dite; son nom lui vient des escaliers par lesquels on y 
monte. Il est situé sur une colline oblongue , qui domine kt plaine 
d'environ vingt mètres , et dont la partie méridionale seule est au- 
jourd'hui couverte de maisons; le reste est occupé par le seraïa ou 
parsemé de décombres. Les maisons, du moins pour la plupart, 
sont de pierre ; mais , assez mal construites et plus mal entretenues , 
elles ont un aspect triste et délabré. Beaucoup d'entre elles sont 
lézardées, d'autres tombent en ruine, et les rues offrent partout 
l'image de la décadence et de la désolation. Toutefois, jusque dans 
ce délabrement, apparaissent à chaque pas des signes et des ves- 
tiges précieux d'une ancienne splendeur, depuis longtemps éva- 
nouie. Ainsi on observe dans la partie extérieure d'un certain nom- 
bre d'habitations, principalement au seuil des portes, de beaux 
fragments de chapiteaux antiques, des architraves brisées, des 
plaques de marbre mutilées, des fûts entiers ou des tronçons de 
colonnes, soit de marbre, soit de granit. 

Le seraïa ou palais du mouUellm est aujourd'hui aux trois quarts 
détruit; il remonte au commencement du xui*" siècle. Dans la cour 
qui le précède, on remarque la cuve en marbre blanc d'un sarco- 
phage antique. A l'exception d'une salle qui est encore debout, et 
où le moutsellim se rend chaque jour pour vaquer à ses fonctions 
de juge et d'administrateur de la ville, les autres parties du palais 
sont à moitié renversées ou même complètement démolies. 



i*i . 



180 DESCRfPTION DE LA JUDÉE. 

A l'époque où le chevalier d'Arvieux* était à Gaza, c est-à-dire 
vers le milieu du xvn® siècle, ce château était, au contraire, en bon 
état, orné intérieurement avec une rare magnificence et environné 
d'un superbe jardin, où les fleurs les plus variées étaient cultivées 
par un jardinier français. Il avait été construit avec des matériaux 
et des colonnes antiques, comme le prouvent les débris qui en 
subsistent. En montant sur Tune des terrasses qui le couronnent 
encore, j'ai pu de là embrasser la ville entière dans ses quatre 
quartiers, ainsi que l'immense et verdoyante ceinture de vergers 
qui l'entoure. 

A une faible distance du seraïa, et sur les premières pentes 
orientales de la colline dont il occupe le point culminant, on aper-^ 
çoit les vestes d'une tour, consistant uniquement en un gros pan de 
mur bâti intérieurement en blocage. Cette tour et l'emplacement 
du château fort qu'elle flanquait portent actuellement le nom de 
Bordj eUAttka ou de Seraia el-Atika. Quelques voyageurs ont attribué 
cette construction à l'époque romaine; mais, comme le ciment en 
est peu puissant et qu elle accuse un travail exécuté à la hâte, je la 
considérerais plutôt comme étant l'œuvre des croisés, qui, pressés 
par les circonstances, élevèrent, en iiûg, une forteresse en cet 
endroit, ainsi que je le rapporterai dans le chapitre suivant. 

Dans le même quartier sont des bazars voûtés ou bezestans, 
assez bien pourvus des principales choses nécessaires à la vie ; et 
près de là s'élève la grande mosquée ou Djama eïr-Kebir. Cette mos- 
quée, d'après la ti^adition des musulmans eux-mêmes, serait une 
ancienne église chrétienne; ce que confirme l'aspect du monument. 
Les chrétiens du pays ajoutent que cette église avait été primi- 
tivement fondée par Constantin et par sainte Hélène , et dédiée à 
«aint Jean-Baptiste. L'âge qu'ils donnent à l'édifice actuel, est évi- 
demment trop ancien, attendu que les voûtes, les arcades et les 
baies des fenêtres sont de forme ogivale, et qu'il paraît avoir été 
construit tout d'une pièce. 

* Mémoires du chevalier d' A rvieux, 1. 11, p. iQ-Sg. 



CHAPITRE XXXVL — GAZA. 181 

Le plan du monument est celui d'un rectangle mesurant environ 
quarante pas de long sur vingt-six de large. Il renferme trois nefs , 
celle du centre étant beaucoup {^us baute que les nefs latérales. 
A ces trois nefs en est accolée, du côté du sud, une quatrième, qui 
a été adjointe après coup par les musulmans. Ils ont également, 
pour bâtir leur minaret, remanié et fait disparaître en partie les 
trois absides. Leur mihrab a été placé obliquement dans 1 abside 
méridionale, de manière à être tourné vers la Mecque. Ils ont 
enfin pratiqué quelques ouvertures et fenêtres au bas du mur 
septentrional. A cela près, et sauf encore quelques changements 
qu'a subis la porte principale, cette église est restée telle que les 
chrétiens l'avaient construite. 

La nef centrale est séparée, à droite et à gatiche, des deux 
autres (je fais abstraction de celle que les musulmans ont ajoutée) 
par trois piliers carrés et deux demi-piliers, engagés, d'un côté, 
dans le mur occidental, et, de l'autre, dans le mur oriental. Ces 
piliers supportent des arcades ogivales, au-dessus desquelles règne 
une corniche; ils sont ornés, surchacune de leurs faces, d'une co- 
lonne de marbre gris-blanc veiné de bleu, maintenant noircie par 
le temps. Sur le fût de plusieurs de ces colonnes on remarque en- 
core la trace de croix très-effacées. 

Les colonnes qui font face à la nef centrale et la décorent sont 
de moitié plus hautes que les autres. Une fois qu'elles ont atteint le 
chapiteau de ces dernières , elles se terminent par une sorte de bour- 
relet rond; puis un fôt nouveau s'élance de ce bourrelet jusqu'à la 
naissance des voûtes, qui sont bien plus élevées que celles des nefs 
latérales. Là ce fût est couronné par un chapiteau corinthien, iden- 
tique à celui des colonnes qui ornent les autres côtés des piliers 
et auxquelles répondent des colonnes semblables , à demi engagées 
dans les murs longitudinaux des nefs latérales. 

Celles-ci, de même que la nef centrale, sont éclairées, à droite 
et à gauche, par trois baies de forme ogivale. 

L'autel n'était pas tourné directement vers l'est, mais vers l'est- 
sud-est : l'orientation de cette église n'est donc pas parfaite. 



182 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

La porte principale, ceiie qui autrefois ouvrait sur ia £açade oc- 
cidentale, ou, plus exactement, sur la façade ouest-sud-ouest, était 
décorée extérieurement de quatre coionnettes de marbre gris^blanc, 
surmontées pareillement de chapiteaux corinthiens. 

D'après lavis de quelques voyageurs, cette église serait celie-là 
même qui fut élevée, au commencement du v^ siècle, sur les ruines 
du Mamion^ cité dans le passage suivant de Marcus Diaconus : 

Erant autem in urbe [Gaza] simulacrorum publica iempla octo, nempe 
Solis, et Veneris, et ApoUinis, et Proserpinœ, et Hecates, et quod dicebatur 
Hierion {îepe7ov)y et Fortunée civitatis, quod vocabant Tycheon {Tv/elov), et 
Mamion, quod dicebant esse Cretigenœ JoyIs, quod existimabant esse glorio- 
sius omnibus templis quae sunt ubique^ 

L'évêque saint Porphyre obtint en /loi, par l'influence d'Eu- 
doxie, femme de l'empereur Arcadius, un édit qui lui permit de 
détruire tous ces temples, et avec leurs débris il érigea, sur l'em- 
placement du sanctuaire du dieu Marnas, une église surnommée 
Eudoxiana, et qui fut solennellement dédiée en /(o6, le jour de 
Pâques. 

Marcus Diaconus ajoute que le temple de Marnas était rond et 
entouré d'un double portique ; que plusieurs opinaient pour que 
l'on construisît, sur les ruines de ce temple détruit et incendié, 
une église qui eût la même forme; mais qu'Ëudoxie ordonna de la 
bâtir en forme de croix; qu'on obtempéra à ses ordres, et que cette 
basilique fat ornée de trente colonnes , envoyées par cette impéra- 
trice, parmi lesquelles on en remarquait deux en marbre de Ca- 
rystos, ville d'Eubée. 

Saint Jérôme mentionne également la destruction du temple 
consacré au dieu Mai^nas, et dit qu'une église chrétienne fut bâtie, 
de son temps , à sa place : 

Hoc et nostris temporibus videmus esse completum, Serapium Alexandrie 
et Mamœ templum Gazœ in ecciesias Domini surrexerunt^. 

^ Marci Diaconi Vita S. Porphyrii, epUcopi Gazenm, c. ix. {Act, stmctomm, t. V, 
p. 655.) — * Commentaire sur haie, c. xvii, v. 3. 



CHAPITRE XXXVI. — GAZA. 188 

Pouf en revenir à Téglise que j'ai décrite tout à Theure, si die 
est (nuée intérieurement de belles colonnes de marbre, couron- 
nées de chapiteaux corinthiens, qui peuvent être attribuées à 
Tépoque byzantine , d un autre côté , elle affecte la forme d'un 
rectangle et non celle d'une croix , comme la basilique érigée par 
l'impératrice Eudoxie; et, en outre, l'arc en ogive s'y montre par- 
tout. Il est donc plus vraisemblable d'en rapporter la fondation 
aux croisés, qui purent profiter des colonnes de la basilique d'Ëu- 
doxie. ^^ ; 

Je visitai ensuite la paroisse actuelle de la communauté grecque 
sehismatique qui habite Gaza, et qui compte huit cents âmes. 
Cette paroisse est située dans le même quartier. 

Elle consiste en une petite église orientée vers l'est-sud-est et 
précédée d'un narthex ou vestibule qui date seulement de quelques 
années. Au-dessus de la porte d'entrée on lit, sur une plaque de 
marbre placée là en i856, une inscription grecque dont voici la 
traduction : 

Ce temple a été d'abord fondé sous Tempereur Arcadius et sous Tépiscopat 
de saint Porphyre, ëvé<pie de Gaza, Tan de J^us-Christ ko5. Quant à la res- 
tauration qu'il a subie, elle a ëté faite sous le patriarcat de Cyrille, évêque de 
Jérusalem, aux frais de la communauté grecque de Gaza, en 18 56. 

Ce vestibule est soutenu par des colonnes dont les chapiteaux 
n'<mt été qu'ébauchés. On descend ensuite quelques degrés., et l'on 
entre dans l'église, qui n'a qu'une nef, mesurant jusqu'à Vieonosia- 
m vingt-deux pas de long sur dix de large. Une tribune en bois, 
de date récente , est réservée aux femmes. 

Quatre fenêtres légèrement ogivales éclairent la nef, deux de 
chaque côté. Vers le milieu de celle-ci, deux colonnes de marbre 
gris-blanc, couronnées de chapiteaux corinthiens et identiques à 
celles de la grande mosquée, sont à demi engagées, à droite et à 
gauche, dans l'épaisseur des murs latéraux. L'arc qui les surmonte 
affecte une forme ogivale peu prononcée. La devanture en bois 
sculpté de Vicomstasis est décorée de tableaux tout nouveaux et 
non «ans mérite, envoyés, il y a peu d'années, par la Russie pour 



18A DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

remplacer d'autres peintures fort anciennes, que j'avais vues en 
i85/i. Au delà de Ytconostam et au-4essu8 de Yhagiau ou sane* 
tuaire, s'arrondit un autre arc dont l'ogive est plus accusée. 

L'élise est dédiée à saint Porphyre, dont un tableau près de 
Yteonostam représente la mort. 

Il n'y a point de paroisse catholique à Gaza, car les Latins qui 
y résident se réduisent à trois ou quatre familles, et Mb*" Valerga, 
patriarche latin de Jérusalem, n'a pu encore, malgré son désir, 
établir pour elles à Gaza une mission catholique. 

Thévenot ^ déclare que , de son temps , c'est-à-dire vers le milieu 
du XYii^ siècle, il y avait dans cette ville une église d'Arméniens» 
Elle n'existe plus aujourd'hui , ou du moins elle a été convertie 
à d'autres usages. 

Ce même voyageur rapporte une pieuse et ancienne tradition, 
d'après laquelle l'église grecque dont je viens de parler aurait été 
bâtie sur l'emplacement d'une des haltes de la sainte Vierge se 
rendant en Egypte avec l'enfant Jésus , et qui se serait arrêtée trois 
jours en cet endroit. 

Indépendamment de la grande mosquée, jadis basilique de 
Saint-Jean-Baptiste, Gaza en possède encore huit autres, moins 
remarquables, mais qui méritent cependant d'être visitées, soit 
pour les beaux débris antiques qu'elles renferment, soit à cause 
des arabesques délicates, malheureusement très-dégradées , dont 
plusieurs sont ornées. Quand on examine ces détails gracieux et 
ces dentelures fines et capricieuses que le ciseau a su imprimer à 
la pierre et au marbre , on ne peut s'empêcher de reconnaître l'art 
original et piquant que les Arabes ont déployé dans leurs cons- 
tructions et surtout dans l'ornementation de leurs édifices, à l'é-» 
poque ojl l'islamisme florissant, et encore dans le progrès de ses 
triomphes et dans la vigueur de sa jeunesse, a jeté dans le monde 
son plus vif éclat. L'architecture arabe, en effet, s'est montrée 
alors hardie, svelte et brillante. On voit qu'une sève puissante la 

^ Rehùmi d'un voyage fait au Levant, p. 36â. ' 



CHAPITRE XXXVL — GAZA. 185 

vivifiait, et quune imagination créatrice en a secondé le premier 
essor; mais aussi on peut dire «pi'elle pèche ordinairement par 
l'ensemble. Fantastique et irrégulière, elle a presque toujours fait 
preuve d originalité plutôt que de goût; Tharmonie et les propor-^ 
tiens si parfaites de lart antique, ainsi que les grandes et sublimes 
conceptions de Tart chrétien, lui ont le plus souvent manqué. 

Dans le même quartier appelé Haret ed-Daredjf s*élève une autre 
mosquée célèbre, nouvellement réparée; elle est consacrée à Neby 
el-Hachem. Ce saint personnage, aïeul de Mahomet, est le patron 
de la cité musulmane. Il y mourut, et ses cendres, dit-on, repo- 
sent dans la mosquée érigée en son honneur. La cour de cet édi- 
fice sacré est tout entière pavée avec des dalles de pierre ou de 
marbre, enlevées à des monuments antiques; elle est elle-même 
entourée de portiques dont les arcades reposent sur de belles co- 
lonnes de marbre, également antiques. D autres colonnes analogues 
gisent à terre. 

Non loin de la mosquée précédente, celle qu'on nomme Djama 
Bah ed-Daroum renferme . intérieurement plusieurs tronçons de co- 
lonnes et des plaques de marbre, provenant de même d'édifices 
antérieurs. Cette mosquée est ainsi désignée à cause de son voi- 
sinage d'une porte, maintenant détruite, dont l'emplacement est 
marqué par une colonne de granit étendue sur le sol , et qui s'ap- 
pelait Bob ednDanmmj sans doute parce qu'elle conduisait à la for- 
teresse si souvent citée, à l'époque des croisades, sous le nom de 
Darum. 

Dix minutes au sud de cette porte, à l'extrémité du Harel 
ez^ZitonUy est une ruine appelée Khirbel Bob ed-Daroum^ lA^ iû^ 
P^jtiXJt; elle occupe un terrain assez vaste, de forme quadraugu- 
laire , qui a été fouillé en tout sens pour en extraire des matériaux 
de construction. On y voit encore une colonne de granit gisante à 
terre. Les habitants prétendent qu'il y avait là jadis une grande 
é^se chrétienne, transformée plus tard en une mosquée, qui en- 
suite a été complètement démolie. 

Mais revenons encore au Haret edrDaredj el, avant de le quitter. 



186 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

signalons remplacement d'une seconde porte, tournée vers le 
sud-est et qui, d après la tradition musulmane et chrétienne, serait 
celle-là même que Samson aurait transportée , avec ses battants et 
sa serrure, sur la montagne qui regarde Hébron, aujourd'hui le 
Dj^l elrMoufUar. 

Dormivit autem Samson usque ad médium noctis; et inde consurgens, ap- 
prehendit ambas portae fores cum postibus suis et sera, impositasque humeris 
suis portavit ad vertîcem montis qui respicii Hebroa ^. 

Près de là est un oualy où les musulmans prétendent que re- 
posent les restes de cet homme extraordinaire ; mais cette assertion 
est contredite par un passage formel du livre des Juges, où il est 
dit que Samson, après sa mort, fut emporté par ses frères et toute 
sa parenté , et enseveli entre Saraa et Esthao) , dans le sépulcre de 
son père Manué. 

Descendentes autem fratres ejus et universa cognatio tuierunt corpus ejus, 
et sepeiierunt inter Saraa et Esthaoi in sepuicro patris sui Manue^. . . 

On ma montré aussi, comme à tous les autres voyageurs, le lieu 
où, d'après la tradition, se serait élevé jadis le fameux temple de 
Dagon que Samson fit écrouler en secouant les deux colonnes qui 
en soutenaient le centre, et qui, dans sa chute, en le faisant périr 
lui-même, écrasa en même temps trois mille Philistins. 

9g. Et appreheudens ambas columnas quibus innilebatur domus, aiteram- 
que earum dextera, et aiteram iaeya tenens, 

3o. Ait : Moriatur anima mea cum Phiiisthiim. Concussisque fortiter co- 
lumuis, cecidit domus super omnes principes et cœteram muititudinem quœ 
ibi erat; muitoque plures interfecit moriens quam ante vivus occiderat^. 

« 

L'emplacement assigné à cet édifice par les habitants est au- 
jourd'hui couvert de broussailles et de décombres, parmi lesquels 
on remarque plusieurs tronçons de colonnes de granit. 

J'ai dit que la plupart des maisons du Haret ed-Daredj étaient 
bâties en pierre; celles, au contraire, des trois autres quaiiiers, 

* Juges, c. XVI, V. 3. — * llnd. v. 3i. — ' /éirf. v. ag, 3o. 



CHAPITRE XXXVL — GAZA. 187 

qui peuvent être considérés comme les faubourgs du premier, sont 
presque toutes en briques crues. Les mosquées seules et les oualy 
sont en pierre. 

Le Haret es-Sêdjaieh est lun des plus populeux. Les bazars y 
sont bien fournis. Py ai visité deux mosquées. Lune, appelée Djama 
Baiazehy est ornée d*un gracieux minaret. La seconde porte le nom 
de Djama Abau elrOthnum. La cour qui la précède est entourée de 
portiques à arcades ogivales et pavée avec de belles dalles antiques , 
soit de pierre, soit de marbre. Quant à la mosquée elle-même, 
elle forme intérieurement deux nefs, que séparent de puissantes 
arcades ogivales. 

Deux autres mosquées, dans lesquelles je suis entré ensuite en 
parcourant le Haret et-Taufen et le Haret ez-ZiUmn^ m ont offert pa- 
reillement divers débris d antiquité employés dans leur construc- 
tion. 

Outre ces grands édifices religieux. Gaza possède beaucoup 
d'oua/y ou sanctuaires consacrés à des santons. 

Voici les noms des principales de ces chapelles : 

Oualy Abou el-Hâzem; 

Oualy Cheikh Abd-AUab; 

Oualy Cheikh Abou el-Feradj ; 

Oualy Cheikh Kharroubi ; 

Oualy Cheikh Aïad; 

Oualy Cheikh Aly el-Medoursi ; 

Oualy Cheikh Chaban; 

Oualy Cheikh Abou Bou-Selah ; 

Oualy Cheikh Abou Ahmed; 

Oualy Cheikh el-Hadjemi; 

Oualy Cheikh el-Bekri. 

Ces différents oualy et une dixaine d autres encore que j'ai vi-« 
sites contiennent tous intérieurement soit des fûts ou seulement 
des tronçons de colonnes de marbre et de granit, soit des plaques 
de marbre plus ou moins mutilées , soit des fragments de bases, de 
chapiteaux et d'architraves, enlevés à des monuments anciens. 



188 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Dans les vastes cimetières qui s'étendent autour de la ville» lea 
débris antiques abondent semUablement, et la plupart des tombes 
musulmanes qui les remplissent sont ornées de ces restes pré-^ 
cieux. 

Il en est de même des puits qui sont disséminés dans les nom- 
breux jardins dont Gaza est environnée, et à Forifice desquels on 
distingue des vestiges analogues d'antiquité, et notamment des f&ts 
ou des tronçons de colonnes. ' 

Près de la quarantaine, cinq f&ts de colonnes de marbre blanc, 
à moitié enfoncés dans le sol , marquent la place de cinq tombeaux 
musulmans appelés mechahdin (témoignages), parce qu'ils renfer- 
ment les cendres de cinq guerriers morts martyrs en combattant 
contre les chrétiens pour la défense de l'islamisme. 

La quarantaine elle-même a été bâtie en partie avec des ma- 
tériaux antiques, et principalement le beau et large puits qui est 
au centre de la cour. Cet établissement est sous la direction d'un 
médecin français, M. le docteur Ëspéron, qui habite le pays depuis 
longtemps et dont l'obligeance est bien connue de tous les Euro- 
péens qui passent à Gaza. Je le trouvai très-souffrant d'une oph- 
thalmie qu'il avait contractée en soignant des malades dans une 
localité malsaine des environs. 

Après avoir parcouru Gaza en tout sens et visité ses divers 
monuments, je me dirigeai, à l'est de la quarantaine, vers le Djebel 
eUMountar, jUi^l Jus?-. 

Cette colline s'élève isolée à la distance d'un kilomètre et demi; 
elle domine la plaine environnante d'une hauteur de cent mètres. 
Son sommet est couvert de tombes musulmanes. A l'extrémité 
orientale de son plateau est un oualy vénéré sous le nom de Cheikh 
Ahou eUMountary jl^It^t ^. Du haut de ce monticule, la vue 
embrasse un horizon des plus étendus. Ce n'est pas cependant, 
comme on le voit, qu'il soit fort élevé; mais il est situé dans une 
plaine très-vaste et qui, sans être unie, n'est accidentée que par 
des collines ou des mamelons peu considérables. Aussi le regard 
se promène-l-il librement au loin. Au nord, on aperçoit une 



CHAPITRE XXXVI. — GAZA. 189 

grande partie de la Chéphéiah ; au sud se déroulent les solitudes 
du Daronia ou de la division méridionale de cette même plaine ; 
à l'est apparaissent les montagnes bleuâtres de Juda; à louest, 
enGn, on dislingue toute la ville de Gaza» ses mosquées, ses cime- 
tières, sa verdoyante ceinture de bois d'oliviers et de jardins; et, 
au delà de larges et mornes dunes de sable qui la séparent de la 
mer, les flots brillants de la Méditerranée confondent leur azur 
avec celui du cieL 

Les flancs occidentaux du Djebel el-Mountar sont très-découpés , 
par suite des profondes entailles que continuent à y pratiquer les 
habitants de Gaza. Ceux-ci , en effîet , viennent y chercher constam- 
ment de la terre pour en façonner ces briques rectangulaires, 
cuites seulement au soleil, avec lesquelles une grande partie de 
leurs maisons sont bâties. 

Une vieille tradition veut que ce soit sur cette petite montagne 
que Samson ait jadis transporté pendant la nuit une des pdrtes de 
la ville ^ Consignée par plusieurs anciens voyageurs, cette tradition 
est reproduite en ces termes par Quaresmius : 

Foris extra civltatem ostenditur mons supra quem fortissimus Samson por- 
tavit portas ferreas civitatis^. 

Si quelques critiques la mettent en doute , j'y adhère , quant à 
moi, volontiers. Hébron est, à la vérité, assez éloignée de Gaza; 
mais, d'un autre côté, du sommet du Djebel el-Mountar on dé- 
couvre parfaitement la chaîne de montagnes au milieu de laquelle 
elle est située, et l'on chercherait vainement dans le voisinage de 
Gaza une autre éminence qui , mieux que celle du Djebel el-Moun- 
tar, pourrait satisfaire par sa position à la donnée des Livres saints , 
telle qu'elle résulte de la fin du verset, cité précédemment, du livre 
des Juges, oii il est dit que Samson transporta l'une des portes de 
la ville sur h haut de la montagne qui regarde Hébron : 

. . . portavit ad verticem montis qui respicit Hébron. 

Malgré l'extrême décadence dans laquelle Gaza est tombée, c'est 

' Jtiges, c. XVI, V. a , 3. — ' Elucidaùo Terrœ Sanciœ, t. Il, p. 936. 



190 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

cependant encore Tune des cités les plus peuplées de la Palestine. 
Ses bazars, comme je Tai dit, sont assez bien pourvus en denrées 
alimentaires et en marchandises de différentes sortes; car c*est 
à Gaza que les caravanes qui vont en Egypte ou qui en revien- 
nent se ravitaillent, et sa situation intermédiaire entre TEgypte 
et la Syrie a été de tout temps favorable à son commerce et 
à sa prospérité. Ses habitants font aussi chaque année une 
caravane qui va à la rencontra des pèlerins de la Mecque et 
leur porte le convoi ou djerdeh de Palestine , avec des rafraîchisse- 
ments. Le lieu de jonction est Ma an, à quatre journées au sud- 
est de Gaza. Enfin, ils achètent à bon compte les pillages des 
Bédouins. 

Ces divei^es raisons et cette situation importante font que Gaza 
est restée jusqu'à aujourd'hui l'une des principales villes de la 
Palestine. Le chiffre approximatif de sa population, tel qu'il m'a 
été donné , s'élève à quinze mille musulmans et à sept cents chré- 
tiens, presque tous Grecs schismatiques. Ce chiffre s'accorde assez 
bien avec les renseignements qui avaient été fournis à Robinson : 
ce D'après mes informations, dit ce voyageur S informations que j'ai 
recueillies parmi les musulmans et parmi les chrétiens, j'ai appris 
qu'il y avait quatre mille mahométans imposés et une centaine de 
chrétiens, ce qui indique une population de quinze à seize mille 
habitants, et fait Gaza plus peuplée que Jérusalem, -n 

Cette dernière assertion de Robinson ne me paraît pas juste, 
car, autant qu'il est possible d'assigner un chiffre exact à la popu- 
lation des villes mahométanes, celle de Jérusalem est évaluée gé- 
néralement à dix-huit mille habitants. 

A l'époque de Volney, en 1784, s'il faut ajouter foi en cela à 
ce voyageur. Gaza était beaucoup moins peuplée qu'actuellement, 
puisqu'elle ne renfermait, d'après lui, que deux mille habitants. 
Mais ce chiffre me semble évidemment erroné, car ce même écri- 
vain nous parle de cinq cents métiers de tissus de coton comme 

* Biblical Researches , t. II, p. 89. 



CHAPITRE XXXVl. — GAZA. lî>l 

étant en activité dans la ville, ainsi que de deux ou trois fabriques 
de savon. Ce grand nombre de métiers fait supposer naturellement 
une population dépassant deux mille âmes. 

Richardson, en 1817 S ne l'évalue également qu'à deux ou trois 
mille habitants. 

M. Poujoulat, en 183l^ la portait à dix ou onze mille. 

Mais aujourd'hui elle doit atteindre, ou peu s'en faut, le chiffre 
que j'ai indiqué. 

Avant de terminer ce chapitre , j'ai à dire quelques mots au sujet 
d'une question qui a été plusieurs fois posée. 

La Gaza que j'ai décrite occupe-t-elle bien réellement la place 
de la Gaza antique? 

Si j'ouvre Y Otwmasticon d'Ëusèbe , j'y lis, au mot Fà^a, ce qui suit ? 

rj^af ifféXis TùfP Eua/cM', iv f xar^titrap KainfdSoxes roùs ¥tùaiovs 
àpeXSvres' rb iffàXoubp Se iiv iptov i&v Xopavaicjv tSv iffpbs rfl Alyunl^^ 
xa) à(pùi>pMn fièv T^ (^vXp lovSa, ov (liiv ixpérva'e» airiisy oùSk Ti^dvicz tùvs 
iv œir^ dXkoipuXous * [xévei Se eh ht vvv tsr^Xi; ênfanfÂOS 79$ ïlàXiualivttç. 

ffGaza, ville des Évéens, où s'établirent les Gappadociens (Caphtorim), 
après avoir détruit les Evéens. Servant jadis de limite aux Kananëens, du côté 
de l'Egypte, elle fut assignée à la tribu de Juda; celle-ci, néanmoins, ne put 
s'en emparer ni en expulser les étrangers. C'est encore aujourd'hui l'une des 
cités les plus importantes de la Palestine, n 

Eusèbe, comme on le voit, île nous dit point que la ville de 
Gaza qui existait de son temps eût été construite sur un autre 
emplacement que la cité primitive. Mais saint Jérôme, après avoir 
traduit ce passage, ajoute ce qui suit, pour expliquer la prédiction 
d'un prophète qui avait annoncé que Gaza serait transformée en 
un tombeau éternel : 

Quœritur autem quomodo in quodam propheta dicatur Gazafutura in tumu- 
/ttffi sempitemumj quod solvitur ita : antiquœ civitatis locum vix fundamento- 
mm pnebere vestigia, banc autem quœ nunc cemitur in alio loco pro illa quœ 
corruit œdificatam. 

* Travels ahmg the Medtterranean and parts adjacent, t. II, p. 199. — * Corres- 
pondance d'Orient, t. V, p. 899. 



192 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

D'abord je n ai trouvé dans aucun prophète cette expression : 
ff Gaza futura in tumulum sempiternum. t> Les plus fortes prédic- 
tions .contre Gaza que l'on rencontre dans TËcriture sainte sont les 
suivantes : 

Et mlttam ignem in murum Gazœ, et devorabit œdes ejus^ 
Quia Gaza destructa erit^... 

Ces menaces prophétiques annoncent bien que Gaza sera dé- 
truite, mais elles n'ajoutent point qu'elle ne sera jamais rebâtie et 
qu'elle sera changée en un éternel sépulcre. Et lors même que la 
prédiction rapportée par saint Jérôme aurait été conçue dans les 
termes qu'il indique, faut-il la prendre à la. lettre et, pour la jus- 
/;ifier, supposer que Gaza a changé de place? Dans ce cas, il fau- 
drait également prétendre que d'autres villes, qui subsistent encore 
au même endroit qu'elles occupaient jadis, et dont la ruine com- 
plète a, été toutefois prédite par diverses prophéties , ont été recons- 
truites, ce qui n'est pas, sur un emplacement différent de celui 
où elles s'élevaient primitivement. Les prédictions des prophètes se 
sont suffisamment réalisées par suite des nombreuses calamités 
qui ont fondu sur ces villes, par suite de la destruction qu'elles ont 
subie plusieurs fois, et de leur abaissement actuel en comparaison 
de leur grandeur et de leur importance passées. Ainsi la Gaza d'au- 
jourd'hui , tout en étant encore l'une des villes les plus considéra- 
bles de la Palestine, n'est plus cependant que l'ombre de ce qu'elle 
était jadis. 

Néanmoins, je dois avouer qu'un passage de Diodore de Sicile 
semblerait faire croire à l'existence d'une nouvelle Gaza^ différente 
de Yancienne Gaza : 

Anb Se Uny^ovalov Sià rris êptffjuov SteXOi)v ^ xarçal pajonéSevae [JÏToXefJtaiOs] 

rsXiialov râiv "BfoXeiitcûv tvfpi rriv ^aXaiàv Tdlav tijs ^up{as ôfioiû^ Se 

xal^rilJ^rfrpio^ pLeroTrefi^^cifÂevos es tyIv tiraXaiàv Td^av VTtéfieve Ttjv lûv 

ivavricjv K^oSov^. 

(T Parti de Péluse, Ptolëmée fraDchit le désert et établit son camp près des 
* Amos, c. I, V. 7. — * Sùphonie, c. 11, v. û. — * Diodore de Sicile, XIX, lxxx. 



CHAPITRE XXXVL — GAZA. 193 

ennemiâ, non loin de Tancienne Gaza, ville de Syrie. . . De son câté, D^mé* 
trius. . . attendit à l'ancienne Gaza rapproche de ses adversaires.?) 

Je citerai également un second passage , emprunté à un autre écri- 
vain de l'antiquité, compris dans le nombre des Petits Géographes. 

Merà rà Ptvoxépovpa li véa ToZa xshaty Tffôhs ovtra Koà œÔTrjf eW* 1} 

fr Après Rhinocoroura se trouve Gaza la Nouvelle, qui elle-même est une 
ville, puis Gaza la Déserte, puis la ville d'Ascalon.-n 

Cette dernière citation semble , en apparence, concluante, et, si 
elle est fondée en vérité, ii faut admettre que la nouvelle Gaza 
était située au sud de l'ancienne. 

D'autre part, néanmoins, la position actuelle de Gaza répond 
parfaitement à la description que fait de cette ville Arrien, du 
temps d'Alexandre le Grand, c'est-à-dire à l'époque où existait l'an- 
cienne Gaza : 

Kiiéy^si Se 1} TdZa tijs fièv Qukdao'fis eïxoai fid[kt<na. alaSiovs, xa\ iall 
^afifiûiSiis xa) ^oBtia h airfiv r\ SvoSos, xcà n â'dkatxaa ij xarà Ttjv ^ôXiv 
revayûiSfi$ vêura, MeydXtj Se &6Xts li Tdl^a ijv xa\ M xi^fiaros ù(ptiXov ^u/lo, 
xaà reixfls rsepieë^kirto avr^ bj(vp6v. Eaj(dlrri Se ^xe7ro as ^ Kvyw^ov ix 
^ivùcns ïovTiy M Tji àpx$ Tvs êptffiov ^. 

<tGaza est éloignée de la mer de vingt stades au plus et environnée de ra- 
vins sablonneux. La mer qui Tavoisine a un fond vaseux. Cité considérable, elle 
avait été bâtie sur un tertre élevé, et un rempart puissant l'entourait. C'était 
la dernière ville habitée, lorsqu'on se rendait de Phénicie en Egypte, au com- 
mencement du désert. 7> 

Si nous examinons maintenant la Gaza d'aujourd'hui, nous 
voyons qu'elle est située à une petite heure de la mer, ce qui ré- 
pond très-bien à la distance de vingt stades donnée par l'historien 
grec. Elle s'élève sur une colline (je parle ici du Haret edrDaredj 
ou de la ville proprement dite) , et l'accès en est très-sablonneux. 

Il est difficile de trouver deux emplacements qui se ressemblent 

* Apospasm. geogr. anecd.in Geogr.Min. t. IV, p. 3g, édit. Huds. — 'Arrien, II, 
xivi,l> 1. 



194 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

davantage, et i on chercherait en vain, je crois, une autre positicm 
qui pût convenir mieux à la description d'Arrien, écrivain, en gé- 
néral , si précis et si exact. 

En outre, Marcus Diaconus', dans la Vie de saint Porphyre ^ 
évêque de Gaza^ mentionne un endroit dans cette ville appelé Irène 
(Eipiffvv^ la Paix), parce que, lors du siège de Gaza par Alexandre 
le Grand, ce fut là, d'après la tradition, que le combat s'arrêta. 
Dans ce lieu fut ensuite construite une église par Tévêque de Gaza, 
saint Irénion, vers l'an 363 de Jésus-Christ. 

Si cette tradition est authentique, comme le remarque Reland^, 
Gaza, du temps de saint Irénion, occupait le même emplacement 
qu'à l'époque d'Alexandre le Grand; par conséquent, l'assertion de 
saint Jérôme semble très-problématique. 

Tout ce que l'on peut admettre, c'est que Gaza, fondée primiti- 
vement sur la colline du Haret ed-Daredj, s'étendit plus tard dans 
la plaine, et que là, au sud de l'ancienne ville ou tsraXoià Fctla, 
était la ville neuve, véa Fà^a, signalée, par le géographe que j'ai 
cité plus haut, comme étant au midi de la première. Si, à une cer- 
taine épocpie, celle-ci fut en partie ou complètement désertée par 
ses habitants, plus tard elle redevint la ville proprement dite, à 
cause des avantages naturels attachés à sa position sur une colline 
qu'il était facile de fortifier. 

\ Marci Diaconi , Vita S. Porphyrii, c. ii. [Acla sanctorttm, t. V, p. 655.) — ' Re- 
land, Pûlœstina, p. 79&. * 



I 



CHAPITRE XXXVII. — HISTOIRE DE GAZA. 195 



CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME 



RÉSUMA SOHMAIRB DE L'HISTOIRE DE GAZA. 



Gaza^ en hébreu m?, A'zzah, en grec Fàla, en Iiatin Gaza^ au- 
jourd'hui en ardbe Syp^ Rhazeh^ ou àyi, Rhazzeky est Tune des plus 
anciennes cités des Kahanéens mentionnées par la Bible. 

La première fois que TEcriture sainte en parle , c'est dans le livre 
de la Genèse, au sujet des limites du pays de Kanaan :' 

Factique sunt termini Ghanaan venientibus a Sidone Geraram usque 
Gasam, donec ingrediaris Sodomam, et Gomorrham, et Adamam, et Seboim 
usque Lésa ^ 

Suivant Etienne de Byzance, cette ville, (pie les Syriens appe- 
laient Aza^ aurait été fondée par Azon, fils d'Hercule, qui lui au- 
rait imposé son nom. 

TdXflLj tsr^Xi^ ^oivUn^j vSv Se HàkaiolivriSf «rpà riis k.lyMou ' ixXtfOrf xaï 
A^a, xaù yiéy^t vSv ^upot K^av aùrtiv xaXoîfo'iv, ivb K^ovog, toS ^auSbs Hpa- 

Pomponius Mela^ donne une autre étymologie du nom de Gaza. 
D'après lui, ce mot signifierait trésor dans la langue des Perses, 
et la ville ainsi appelée aurait été désignée de la sorte parce que 
Gambyse , allant faire la guerre en Egypte , y avait déposé la caisse 
militaire de son armée. Mais, comme l'observe avec raison l'abbé 
Mignot^ dans son sixième mémoire sur les Phéniciens, ce n'est là 
ni l'origine de la ville de Gaza, ni l'étymologie du nom qu'elle 
porte. Elle existait bien avant Azon, fils d'Hercule, dès l'époque 
des premiers patriarches, et, longtemps avant Gambyse, elle se 

* Genèse y c. x , v. i g. ^ Histoire de l'Académie des insérions 

* Pomponius Mêla, II, n. et bettes-kuresy t. XXXIV, p. 389. 

i3. 



196 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

nommait, selon la différente manière de prononcer Yatn phénicien, 
A'zzah ou Gazzah, dont les Grecs et les Latins ont fait Gaza. Ce mot 
signifie un lieu fortifié par la nature ou par Vart^ et si les Perses, du 
temps de Carabyse, ont donné le même nom à Fendroit où ils dé- 
posaient leurs trésors, c'est parce qu'ils choisissaient pour ces dé- 
pôts dQS lieux forts. Dans la suite, on aura transporté au trésor même 
le nom qui, primitivement, n'exprimait que le lieu où on le gardait. 

Etienne de Byzance prétend également que Gaza était surnom- 
mée lonè (iwvv), d'Io, fille d'Inachus, qui, enlevée par les Phéni- 
ciens pour être conduite en Egypte, débarqua, chemin faisant, 
dans cette ville, et y séjourna quelque temps. 

Le même écrivain ajoute que Gaza s'appelait aussi itfinoa (Mi- 
véa), du nom de Minos, qui lui avait donné le sien en y abordant 
de l'île de Crète, avec ses frères Eaque et Bhadamanthe. 

ce Cette tradition, dit très-justement l'abbé Mignot, appartient, 
comme la précédente, à l'époque où Gaza, devenue ville grecque, 
avait adopté la mythologie et les dieux de cette nation et adorait 
comme l'une de ses principales divinités le dieu Marnas ou le Ju- 
piter de Crète, -n 

D'abord cité kananéenne, Gaza tomba plus tard aux mains des 
Philistins, qui en firent l'une de leurs cinq satrapies. 

Josué étendit ses conquêtes jusqu'à cette ville ' ; mais il ne put 
s'en emparer, ou du moins la gardera 

La tribu de Juda, à laquelle elle fut adjugée, ne la posséda que 
de nom, et les princes philistins, non contents de recouvrer les 
limites de leur territoire, en augmentèrent encore l'étendue et 
exercèrent une véritable juridiction sur les Israélites^. 

Après quarante ans d'oppression, Samson apparaît comme le 
vengeur de son peuple, et Gaza est le théâtre de plusieurs des 
actes de sa vie, de son dernier triomphe et de sa mort. C'est là 
qu'il périt sous les ruines du temple de Dagon, qu'il renverse, 
entraînant dans sa chute trois mille Philistins ^. 

' JùÊui, c. X, V. i!ii. ^ J^g^9 c. XIII, V. i. 

* Ihid, c. XI, V. 99; — c.xiii, V. 3. * Und.c.nM. 



CHAPITRE XXXVII. — HISTOIRE DE GAZA. 197 

On connaît les luttes continueiles qui éclatèrent entre les Philis- 
tins et les Israélites sous les Juges, puis sous les règnes de Saiil et 
de David. Enfin, cette nation belliqueuse fut dëûnitivement subju- 
guée, et la Bible nous apprend que, sous Salomon, Gaza était Tune 
des frontières des Etats de ce prince : 

Ipse enim obtinebat omnem regionem quœ erat trans flumen, a Tliapsa 
usque ad Gazam K 

La situation de cette ville sur la grande route des expéditions 
militaires qu'entreprirent les monarques de Syrie, d'Egypte et de 
rOrient l'exposèrent nécessairement aux calamités de la guerre et 
à la nécessité de changer souvent de maîtres. 

Un des pharaons, probablement Néchao II, la soumit, au temps 
de Jérémie. 

Quod factum est verbum Domini ad Jeremiam prophetam contra Palœsthi- 
nos, antequam percuteret Pharao Gazam ^. 

Cambyse, dans son expédition d'Egypte, déposa en passant ses 
trésors à Gaza, comme cela résulte d'un passage de Pomponius 
Mêla, auquel j'ai déjà fait allusion. 

Cette place osa s'opposer à Alexandre dans sa marche vers 
l'Egypte. Arrien * et Quinte-Curce*nous donnent des détails pré- 
cieux sur le siège qu'elle eut alors à soutenir contre le conquérant 
macédonien. 

Alexandre entoura la ville, principalement vers le midi, du côté 
où les remparts paraissaient le plus solides, d'une ligne de contre- 
vallation formée de collines factices, élevées, suivant Arrien, de 
deux cent cinquante pieds et larges de deux stades, sur lesquelles 
il fit placer les machines qui devaient battre en brèche les murailles. 

ESSxei Sij x^yLOL i» xJxX^ tiis ^elXtfas x^annrivcuy ok i^ Ï<tov dnb roS 
j(ùxjOévToç ènayétrOai jàs finxot^^^ to& retxstrt ' xaà ij(ûiwvTO xori rb v6riOv 
lidktc/la rUs tv^Xeois reJjfpSf iva êTniia/oirepa i^auvero \ 

* Rois, I. III, c. IV, V. ai. * Quinte-Curce, IV, xxin, xxiv, xxv et 

' Urémie, c. xlvu, v. i. xxvi. 

' Amen, II, xx?i, xxvii. ' Arrien^ II, xxv. 



t98 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

(rii jugea à propos d'élever une chaussée tout autour de la ville, afia de 
pouvoir, du haut de ce remblai, approcher des remparts ses machines sur 
un terrain qui fût de y veau avec Tenceinte; on amoncela surtout de la terre 
contre la partie méridionale des murs, là où la place semblait le plus formi- 
dable. Ti 

Plus loin, au chapitre xwi, nous lisons : 

Ka\ x^jua 'j(fifwivat êv xi/xX^ tiràlvroOev rvs ttr^Xeoi^ èxéXeuatVy e3pos fiip 
is Suo alezSiovSf û^os Se es "BfàSas ^evrifHOvra naà SiaKoalovg. 

(tll ordonna d'environner de tous côtés la ville d'un tertre artificiel, large de 
deux stades et haut de deux cent cinquante pieds. ^ 

Je ne serais pas fort éloigné de croire que certains amas de terre 
que Ton observe sur plusieurs points autour de Gaza pourraient 
bien être les débris de la gigantesque contrevallation exécutée 
par Alexandre. Seulement les dimensions assignées par rhistorien 
grec à ces terrassements me paraissent singulièrement exagérées. 
A quoi bon, par exemple, les élever à deux cent cinquante pieds 
de hauteur, pour attaquer une ville située sur un monticule qui 
ne domine la plaine environnante que de soixante à soixante et dix 
pieds au plus? 

Deux fois blessé pendant ce siège, qui dura deux mois, au dire 
de Diodore de Sicile ^ Alexandre se montra impitoyable quand 
il eut triomphé de la résistance des ennemis et pris la ville dW 
saut. Tous les hommes furent massacrés, les femqies et les enfants 
furent réduits en esclavage, et Gaza fut repeuplée avec des habi- 
tants provenant des localités voisines. 

S'il faut même ajouter foi au récit de Quinte-Gurce^ Alexandre, 
voulant imiter en cela Achille, dont il se prétendait issu, aurait 
traîné autour de la ville, attaché à son char, le corps de Bétis, qui 
avait défendu si héroïquement la place confiée à sa garde. 

m 

Iram deinde vertit in rabiem [Alexander], jam tum peregrinos ritus sub- 
eunte fortuna; per talos enim spirantis lora trajecta sunt, religatumque ad 

* Diodore de Sicile, XVII, xlviii, S 7. 



CHAPITRE XXXVII. —HISTOIRE DE GAZA. 199 

cQiTttin traxere circa urbem equi, ^oriante rege Achillem, a quo gonus ipsc 
deduceret, imitatum ex pœna in hostem capienda. Cocidere Persarum Arabum- 
que circa decem mlllia , nec Macedonibus incruenta Victoria fuit ^ . 

La cruauté d'Alexandre aurait ainsi surpassé celle d'Achille, 
car Hector était mort quand il fut traîné autour des murs de Troie 
par son farouche vainqueur, et Bétis vivait encore lorsqu'il suhit le 
même sort autour de Gaza. 

Ce gouverneur, appelé Bétis par Quinte-Curce , est désigné par 
Josèphe^ sous le nom de Bahemem; il commandait une garnison 
persane, qui se défendit très-hravement, et il montra lui-même un 
courage digne d'une meilleure fortune (33a av. J. C). 

Strahon rapporte que Gaza fut détruite par Alexandre, et que 
depuis lors elle resta déserte. 

l'jrépxeiTou Se xcà 4 tsféhs iv énlà alixSioiSf ëvSo^s ^sTore yevofiAftif xa- 
leoTfauryJvfi Se ùirb A)^^avSpov, xa\ ydvowra ëptifios^' 

ffLa ville est située au-dessus de la mer, à la distance de sept stades; jadis 
célèbre, elle a été sapée par Alexandre et est demeurée déserte. « 

Mais cela est contredit par le texte formel d'Arrien , qui nous dit 
qu'Alexandre, après s'être rendu maître de Gaza, après en avoir 
fait massacrer les hommes et réduit en esclavage les femmes et les 
enfants, y introduisit une nouvelle population, tirée des» environs, 
et se servit de la ville comme d'une place d'armes pour la guerre : 

Ti}y ffôXâv Se çuvotxitras ix t&v tsrepio/x&n/, éxp^^o 6(Ta (ppovpi^ iç ihv 

Aucun autre auteur qui mentionne ce siège ne parle d'une en- 
tière destruction de Gaza*. 

Diodore de Sicile*, d'ailleurs, nous apprend qu'Antigone, après 
la mort d'Alexandre, s'empara de Gaza, lorsqu'il envahit et occupa 

* Quinte-Curce, IV, xxvi. * Quinte-Curce, IV, xxvi. — Plu- 
' Antiquités judaïques , XI, vui, S 3. tarque, Vie d'Alexandre, xxv. — José- 
' Strabon, 1. XVI, p. Ssâ, édit. Ca- phe, Antiquitéê judcuqu&f , XI, vm, S$ 3 

sauboD. et à. 

* Arrien, li, xxvii. * Diodore de Sicile, XIX, lix, S a. 



200 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

• 

la Syrie et la Palestine , Tan 3 1 & avant Jésus-Christ. Cette ville 
n était donc pas détruite et déserte. Mais bientôt Ptolémée, ayant 
défait, près de Gaza, Démétrius, fils d'Ântigone, reprit la Palestine 
(3 12 avant J. C), et, sur le point de retourner en Egypte, il ren- 
versa cette place avec d'autres villes. 

Aib xa\ xplvoLS êxXiTreîv jrjv ^vpioPf xaré<7xœife tÂ$ dStoXoyanàhas roiv 
xsxparnfiévùnf isoXécjv, kxtiv (lèv rifs Ooivlxris ^vpias, livriv Se xeà Sofué* 
petàp xa) ràZav rn$ ^vplaç ^ 

(f Aussi, ayant résolu de quitter la Syrie, il sapa les plus importantes des 
villes qu'il avait conquises, telles que Acé, de la Phénicie-Syrie, Joppé, Sa- 
marie et Gaza, appartenant à la Syrie. <» 

Gaza, par conséquent, n'avait point été détruite par Alexandre, 
puisque, vingt ans plus tard, elle le fut par Ptoîémée. 

Elle se releva presque aussitôt de ses ruines, et, sous les Ma- 
chabées, elle était redevenue une cité considérable. 

Jonathan brûla ses faubourgs (i&& avant J. C); mais, fléchi 
parles supplications de ses habitants, il se retira, après avoir reçu 
d'eux des otages, qu il envoya à Jérusalem. 

6i. Et abiit inde Gazam, et concluserunt se qui erant Gazas; et obsedlt 
eam et succendit qu® erant in circuitu civitatb, et prœdatus est ea. 

69. Et rogaverunt Gazeuses Jonathan, et dédit illis dexteram, et accepit 
iilios eorum obsides, et misit illos in Jérusalem^. 

Kan i&i avant Jésus- Christ, Simon investit Gaza avec une 
armée , dressa ses machines contre les remparts et emporta une 
des tours. Ceux qui étaient dans une de ces machines ayant pu 
s'élancer dans la ville , il s'y excita aussitôt un grand tumulte , et les 
habitants s'empressèrent de monter sur les murailles avec leurs 
femmes et leurs enfants; puis, déchirant leurs tuniques et poussant 
de grands cris, ils conjurèrent Simon de vouloir bien les recevoir 
à composition. Simon, touché de compassion, leur épargna la vie 
et les chassa seulement hors de la ville. Il donna ordre de purifier 
les édifices qui avaient été souillés par la présence d'idoles, établit 

' Diodore de Sicile, XIX, xciii, S 8. — ' Mackabées, I. I, c. xi, v. 61 , 69. 



CHAPITRE XXXVII. — HISTOIRE DE GAZA. 201 

dans Gaza de fidèles observateurs de la loi , la fortifia et en fit sa 
résidence. 

AS. In diebus iilis applicuit Simon ad Gazam, et circumdedit eam castris, 
et fecit machinas, et applicuit ad civitatem, et percussit turrem unam, et 
comprehendit eanu 

A&. Et eniperant qui erant intra machinam in civitatem : et factus est 
commotus magnus in civitate. 

45. Et ascenderunt qui erant in civitate, cum uxoribus et fiiiis, supra mu- 
rum, scissis tunicis suis, et clamaverunt voce magna, postulantes a Simone 
dextras sibi dari, 

/i6. Et dixerunt : Non nobis reddas secundum malitias nostras, sed secun- 
dum misericordias tuas. 

67. Et flexus Simon non* debellavit eos; ejecit tamen eos ex civitate, et 
muudavit «des in quibus fuerant simulacra, et tune intravit in eam cum 
hymnis benedicens Dominum. 

AS. Et, éjecta ab ea omni immunditia, collocavit in ea viros, qui legem 
facerent; et munivit eam, et fecit sibi habitationem ^ 

L'an 96 avant Jésus-Christ, Gaza fut de nouveau détruite par 
Alexandre Jannée, après un siège d'une année et un massacre af- 
freux. 

AirSXkcjvos lepév, , . ù Se AXé^apSpos roôrovs ts dvoupeT^ xx) Trjv 'OÔXtP 
aÙToIs imxaTourxàh^as vnéalpe^fev tU V^pooràhiiio., ivtaan^ "Ookiopxifaas^. 

crEes cinq cents sénateurs s'étaient tous réfugiés dans le temple d'ApoUon. . . 
Alexandre les fait mettre à mort, renverse ensuite la ville et s'en retourne à 
Jérusalem, après avoir assiégé Gaza pendant un an.n 

Ce passage nous montre qu il y avait alors à Gaza un sénat com- 
posé de cinq cents membres, ce qui prouve combien la ville était 
considérable. Une nouvelle marque de son importance et de sa 
force , c'est que le siège qii'elle soutint dans cette circonstance dura 
un an. Les divinités grecques, comme l'indique ce temple d'Apol- 
lon , dans lequel les sénateurs avaient cherché un refuge et furent 
massacrés, avaient remplacé les anciennes divinités philistaïques. 

' Machabée», I. I, c. xm, v. AS-iS. — ' Antiquités judaïques , XIII, xui, S 3. 



202 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Gaza fut enlevée aux Juifs par Pompée^ et, plus tard, réparée 
par Gabinius, avec d*autres viiles^. 

Auguste la donna à Hérode', et, à la mort de ce dernier, elle 
fut assignée à la Syrie. 

La ville est appelée grecque par l'historien Josèphe; en effet, les 
mœurs et la religion grecques y régnaient à cette époque presque 
exclusivement. 

Tris SêOiXfIdeGJS y ^vplas ^apocrOrlxtiv isTOieiTai ^. 

ff Gaza, Gadara et Hippos sont des villes grecques; Tempereur, les enlevant 
à ses États (ceux d'Archéiaûs) , les réunit à la Syrie.?) 

Strabon, ainsi que je lai déjà dit, a donc tort de prétendre que 
Gaza était déserte de son temps, et qu« cette dévastation et cet 
abandon dataient d'Alexandre , attendu qu'elle fut depuis prise et 
reprise, et, en dernier lieu, rebâtie par le général romain Gabi- 
nius. 

Toutefois, dans les Actes des apôtres, nous lisons ce qui suit : 

Angélus autem Domini locutas est ad Philippum, dicens : Surge et vade 
contra meridianum, ad viam quas descendît ab Jérusalem in Gazam; hœc est 
déserta \ 

(t Lange du Seigneur parla à Philippe et lui dit : Lever-vous et allez vers 
le midi , sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza; elle est déserte. i» 

Celte dernière épithète se rapporte-t-elle à Gaza ou à la route 
qui y conduisait de Jérusalem? 
Reland s'exprime ainsi à ce sujet : 

Alii ultima verba de urbe Gaza, quœ déserta fuerit eo tempore, utpote ab 
Alexandre eversa , nec postea inhabitata , teste Strabone , lib. XVI , accipiunt ; alii 
de ipsa via. De via ipsa non video cur ëptifÂOs diceretur magis quam alias viœ 
in terra Israelitica; adeoque ad Gazam ipsam hœc retulerim potius. Cell^rius 
jam notavit eam a temporibus Alexandri desertam non fuisse, quum ab An- 

' Josèphe, Anliquilés judaïques , XIV, ^ Josèphe, Anùq.jud. XV, vu, $ 3. 

IV, S 4. * W.t6îa. XVU.xi, S /i. 

* Id, ibid, XIV, v, S 3. * Actes des apôtres, c. viii, v. 96. 



CHAPITBE XXXVII. — HISTOIRE DE GAZA. 20S 

iiocho «versa sit, teste Polybio in exoerptis Valesianis, et a Gbasmoiiieis erepta 
aliquoties Syris» deinde expugnata ab Alexandro Janiueo; et ex hoc tempore 
videtur ei fuisse ipniMSy déserta, usquedom, uli ex nummis Tîti, Hadriani et 
sequentium imperatorum ibi cusis liquet, ex bac quoque clade surrexit. Certe 
sub Gabinio jam ex clade sua surrexit, quum instaura ta fuit, teste Josepho, et 
nummos cudit; adeoque tempore Philippi non videtur Ipriiios dici potuisse, 
ac si incolis omnino omnibus destituta fuisset ^ 

Pour se tirer d'embarras et résoudre cette difficulté , Reiand pro- 
pose l'explication de son ami Antoine Galland, professeur de langues 
orientales à l'Académie de Paris, qui prend le mot ëpvyuos dans le 
sens de à^xikcucros (non gardé, non protégé par des remparts). 

Gaza, quod non soium a Strabone, verum etiam in Actis apostolorum !priiios 
dicatiir, non est mirum , si attenderimus ad id quod ait Hesychius bis verbis : 
Ipnpuiy àK^Xoatray ea nimirum esse loca quœ non muni ta prœsidio carent, nec 
opus babent. Itaque putemus eam urbem, ab Alexandro Magno expugnatam, 
et Persis, qufeam munierant, ereptam, iisdem aut deletis aut fugatis, indigenis 
relictam esse ea conditione, ut ab ipsis denuo non muniretur^ 

Cette explication est loin, à mon avis, d'être satisfaisante, et elle 
est d'ailleurs contredite par les faits. Gaza ayant subi plusieurs 
sièges depuis Alexandre et, par conséquent, étant alors entourée de 
remparts. Autrement, si elle eût été ouverte, elle serait tombée 
immédiatement au pouvoir de l'ennemi : l'épithète épiffios, prise 
dans le sens de àj^vkctHTOs , ne lui convient donc nullement. Aussi 
j'incline de préférence vers le sentiment de ceux qui , dans le pas- 
sage précédent des Actes des apôtres, rapportent à la route condui- 
sant de Jérusalem à Gaza, et non à cette dernière ville, l'épithète 
de de9erta ou ëpvfios (déserte). 

Indépendamment, en effet, des considérations empruntées à 
l'histoire et qui empêchent d'attribuer alors a Gaza une semblable 
qualification , on ne voit pas trop pourquoi l'ange aurait ici donné 
à cette ville, où Philippe n'avait point à aller, une épithète quel- 
conque. Il s'agissait de fournir à ce disciple, qui se trouvait en ce 

' Reiand, Palœitina, p. 787. — ' Id. ibid. p. 788. 



20A DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

moment en Samarie, des indications précises pour qu* il rencontrât 
l'eunuque de la reine d'Ethiopie. L'ange donc lui dit : a Levez-vous 
et allez vers le midi , sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza 
et qui est déserte, n 

J'ai déjà fait observer, dans le premier tome de cet ouvrage^ à 
propos de YA'ïn el-Hanîehy regardée à tort comme étant la fontaine 
Saint-Philippe, que plusieurs routes conduisaient de Jérusalem à 
Gaza, et que la plus méridionale, celle d'Hébron, était probable- 
ment moins fréquentée que les deux autres, mais plus commode 
pour aller en char : voilà pourquoi l'eunuque 1 avait prise. On pou- 
vait donc l'appeler, jusqu'à un certain point, déserte. 

Mais revenons à l'histoire de Gaza. 

L'an 65 de l'ère chrétienne, durant le gouvernement de Gessius 
Florus, cette ville fut de nouveau ruinée par les Juifs révoltés ^ 

Cette destruction ne fut encore que temporaire ou partielle; 
car il existe des médailles de Gaza frappées en l'honneur de Titus, 
d'Hadrien et des empereurs suivants. 

Une église chrétienne paraît avoir été de bonne heure établie à 
Gaza. Voici les noms des principaux de ses évéques ^ : 

Philémon passe pour avoip été le premier. Ce serait le même 
auquel saint Paul aurait adressé une épître. 

Silvanus est mentionné par Eusèbe' comme ayant souffert le 
martyre à Césarée, dans la persécution de Dioclétien. D'abord con- 
damné aux mines, il fut ensuite décapité en 3io. 

Asclépas ou Asclépius assista au concile de Nicée, en 3 2 5, puis 
au concile de Sardes, en Siy. 

Irénion souscrivit au concile d'Antioche, en 363. 

Poi-phyrius obtint, en 4oi , un édit d'Arcadius et d'Eudoxie qui 
lui permit de détruire à Gaza les temples des faux dieux. J'ai déjà 
dit plus haut qu'avec leurs débris il construisit, sur l'emplacement 
du temple consacré au dieu Marnas, une basilique dont les colonnes 

' Guerre des Juifs, H, xviii, Si. ' Eusèbe, Histoire ecclésiaitique , Vlil, 

* Le Quien, Oriens Chrislianus, t. III, xiii, De martyribus Palœstinœ, 
p. 6oâ et suivantes. 



CHAPITRE XXXVIL— HISTOIRE DE GAZA. 205 

servirent probablement, plus tard, à orner la grande église de 
Saint-Jean-Baptiste, qui lui succéda et qui est depuis longtemps 
transformée en mosquée. 

Je renvoie à Le Quien pour les noms des autres évoques qui se 
sont assis successivement sur le siège épiscopal de Gaza. 

Eusèbe et saint Jérôme parlent de cette ville comme d'une cité 
encore importante de leur temps : 

Mévei Se eU ht vSv ia6\ts é7r/<m(ios tns ^akout/llviis* 

Saint Jérôme prétend que la nouvelle Gaza n occupait pas le 
même emplacement que lancienne: opinion très-contestable , ainsi 
que je l'ai montré. 

Vers la fin du vi*^ siècle ou au commencement du vn^, Gaza fut 
visitée par Antonin le Martyr, qui la décrit comme une ville splen- 
dide et délicieuse, dont les habitants sont très-honnêtes, cultivent 
les arts libéraux et aiment les étrangers. 

Gaza autem civitas splendida, deiiciosa; bomines honestissimi, omni libe- 
ralitate decori, amatores peregrinorum ^ 

L'an 63 i de notre ère, elle tomba dans les mains des généraux 
d'Abou-Bekr, le premier khalife mahométan, après une décisive 
bataille livrée par eux aux armées romaines. 

Depuis cette époque, il est peu question de Gaza jusqu'aux croi- 
sades. Nous savons seulement qu elle souffrit beaucoup pendant les 
nombreuses guerres qui surgirent entre les gouverneurs mahomé- 
tans d'Egypte et ceux de Syrie. 

Les croisés la trouvèrent déserte. 

En 1 1Û9, Baudoin III, roi de Jérusalem, afin de réprimer vers 
le sud les incursions des Ascalonites, releva les fortifications d'une 
partie de la ville de Gaza : 

Gazam , urbem antiquissimam , ab Ascalona decem distantem in parle australi 
milliaribus , dirutam et babilatoribus carentem , reformare proponunt 

' Antonini Martyris Iiinerarium, p. 33. 



206 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Fuerat autem eadem Gaza civitas antiqilisrima, sadificiis prsclara, cqui an- 
tiquœ nobilitatîs in ecclesiis et amplis domibus Hcet dinitisy in marmoré et 
magnis lapidibus, in multitudine cisternarum, jputeorum , aquarum quoque vi- 
ventium, multa et grandia extabant argumenta. Fuerat autem sita in colle ali- 
quantulum edito, magnum satis et diffusum intra muros continens ambitum. 
Videntes autem nostri, quod non satis expediret ut tota reformaretur, partem 
praedicti coUis occupant et opus maro insigne et turribus œdificant ^ 

La défense de la place fut confiée aux Templiers. 

En 1170, Saladin prit et saccagea la ville qui s'était formée à 
côté de la citadelle , et qui n'était protégée que par un mur faible 
et peu élevé ; mais il ne put forcer la citadelle, que défendait Milon 
de Plansy. Tous les habitants qui n'avaient pu s'y réfugier furent 
massacrés par les musulmans. 

Après la funeste bataille de Hattin, en 1187, et la reddition 
d'Âscalon à Saladin , Gaza se soumit également à ses armes. 

Elle ouvrit ensuite ses portes à Richard Cœur de Lion , mais pour 
retomber bientôt sous la domination des musulmans. 

En 1^39, l'armée de Thibaut fut complètement battue près de 
Gaza. 

En 1 s & 6 , les mêmes plaines furent encore le théâtre d'une grande 
défaite, que les chrétiens, alors alliés des musulmans, essuyèrent de 
la part des Kharizmiens. L'armée chrétienne était divisée en trois 
, corps. L'aile gauche, où se trouvaient les chevaliers de Saint-Jean, 
marchait sous les ordres de Gautier de Brieune, comte de Jaffa. 
L'aile droite se composait des troupes musulmanes, que comman- 
dait le prince d'Emèse. Au centre on remarquait le patriarche de 
Jérusalem avec tout son clergé, les Templiers et les barons de la 
Palestine avec leurs vassaux. La bataille fut acharnée et meurtrière 
de part et d'autre. Engagée dès le point du jour, elle se prolongea 
jusqu'à la nuit. Le lendemain le combat recommença avec la même 
fureur ; enfin , le prince d'Emèse , ayant pris la fuite avec le reste 
de ses troupes, décida la victoire en faveur des Kharizmiens. Les 
chrétiens, abandonnés à leurs seules forces, furent écrasés par le 

* WiHelm.Typ. XVII, XII. ' 



CHAPITRE XXXVII. —HISTOIRE DE GAZA. 207 

nombre de leurs adversaires; presque tous furent tués ou faits 
prisonniers. Les débris de Tarmée chrétienne avec le patriarche de 
Jérusalem se retirèrent à Saint-Jean-d'Acre, leur dernier refuge. 

Burchard, qui visita la Palestine vers lâSo, nous dit que, de 
son temps, Gaza était communément appelée Gazara : 

De Ascalona v leucis contra austrum est Gaza civitas, sita in littore maris. 
Nunc communiter dicitur Gazara ^. 

Cette confusion de Gaza avec Gazara vient de la ressemblance 
des noms de ces deux villes, dont la seconde, appelée aussi Gazer, 
est signalée par Ëusèbe comme étant à quatre milles an nord de 
Nicopolis, par conséquent bien loin de la première. 

A partir de la fin des croisades, Thistoire de Gaza ne présente, 
jusquaux temps modernes, aucun fait saillant. 

Dans les derniers jours de février de Tannée 1799, Bonaparte 
défit Abd-Allah, général de Djezzar, pacha d'Acre, près de Gaza; 
les cheikhs et les ulémas de la ville s'empressèrent d apporter au 
vainqueur les clefs de la cité , et le fort se rendit bientôt. Bonaparte 
le fit sauter avant de poursuivre sa route , et campa pour la nuit 
sur le Djebel el-Mountar. 

En terminant ce chapitre, il me reste à discuter une question 
qui se rapporte à Gaza et qui a été souvent débattue. Cette ques^- 
tipn roule sur le passage d'Hérodote que voici : 

Kûà ^vp{o$9t "Brelp à Hexifg avy&ikinf iv Ma/J'^X^ ivUncre, fterà Se Tfjv 
puixifiv KclStniP tir^Xiy rris 'Svpias éoSaop fisyihiv eIXe ^. 

(rNëchao, ayant attaqué par terre les Syriens, les vainquit à Magdoi, et, après 
le combat, il s'empara de Cadytis, grande ville de Syrie. t» 

Et sur cet autre : 

Kifh yàp ^OivUrjs [léy^i oSpoJv roiv KatSurtof tJÔXtos y ri èalt Supon/ tSv 
HaXaialivcliv xaXovfiivûJV ' dnh Se KaSinoÇy ioucrris ^iXiOSy ek éfio) Soxéeiy 
^apSlùfv où aroXk^ iXclaaoPOs, dirb raurvs rà ifinSpia rà M Q-àkourcrris yiéy^i 
\nvi<Tou "Of&Xtés i</li roS Apaêiou' énb Sa inuôaov aÔrif ^vpofv [léxpi 2)sp- 

' Burchardi de monte Sion lùnerarimn, c. x, p. 85, édition Laurent. — * Héro- 
dote, II, CLfX. 



208 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

êùntlSos \l(i»nSf "Oap* Hv Sii rh Koferiov oSpos reivst is âdkeuraap * énb Sa 2ep- 
ëùwlSos Xifivris ^ivT^Sri \6yos ibv Tv(pô X8xpu(p6ai , ânb roairns fiSiti Aîyin^oç ' 
rb Se (ÂSToS^ Itivucrov ffféXtos xa\ Kacriov Te oCpeos xa\ Tris ^epSawlSos XifivnSf 
ibv toSto ovx bXlyov y^dptov^ dtXX' ^aou re hù Tpus tiiAépas bSbvy iwSpév iaf]t 
SsivSs^. 

(rDans la Phënicie jusqu'aux confins de la ville de Cadytis, le pays appar- 
tient aux Syriens appelés Palestiniens. A, partir de Gadytis, ville, à ce qu'il me 
semble, peu inférieure à Sardes, les comptoirs maritimes jusqu'à lenysus sont 
sous la domination arabe. Dlenysus jusqu'au lac Serbonis, près duquel le 
mont Casius se dirige vers la mer, la côte appartient de nouveau aux Syriens. 
Du lac Serbonis, où Ton dit que Typhon reste caché, conmience l'Egypte. 
Quant à l'espace intermédiaire compris entre la ville d'Ienysus, d'un cAté, le 
mont Casius et le lac Serbonis, de l'autre, espace assez considérable et qu'on 
peut évaluer à trois journées de marche, il est affreusement aride et sans 
eau. 7) 

Généralement les savants ont cru que , dans ces deux passages , 
il s'agissait de Jérusalem sous le nom de Cadytisy et qu'il y avait 
identité pour le fond entre ce mot et celui à'El-Kods (la Sainte) , 
nom que porte encore aujourd'hui Jérusalem et que les géogra- 
phes arabes du moyen âge lui donnent souvent. Ce nom de Cadytis 
ne serait ainsi qu'une altération du mot araméen Kadischtha (la 
Sainte) , et il faudrait supposer que déjà dans l'antiquité Jérusalem 
était désignée de la sorte. 

Ce rapprochement est sans doute assez frappant, et j'incline- 
rais moi-même volontiers à admettre une pareille conjecture, qui 
a pour elle de la vraisemblance et de graves autorités , n'était une 
autorité plus grave encore qui m'empêche d'y souscrire, à savoir 
le texte même d'Hérodote , qui semble placer Cadytis sur le bord 
de la mer et qui assigne à l'Arabie tout le pays qui s'étend depuis 
Cadytis jusqu'à lenysos. 

ÂTrà Se KaSvTiOs rà iy^àpta t èià QuXàtaatis (Jiéxpi tvivwrov isr^Xi^ 

êolt ToS ApaSiov. 

Ce passage ne peut évidemment pas s'appliquer à Jérusalem, 

* Hérodote, III, v. 



CHAPITRE XXXVIL— HISTOIRE DE GAZA. 209 

qui est à quinze lieues de la mer. Gomment , en outre , considérer 
comme faisant partie de l'Arabie, à l'époque d'Hérodote, la con- 
trée immédiatement située au sud de cetle ville? La Palestine, en 
effet, s'étendait bien au delà de Jérusalem vers le midi. 

Aussi le savant Reland rejette-t-il cette opinion et en propose-t-il 
une autre : pour lui, Gadytis est probablement la ville de Gath^ 

Cette hypothèse de Reland a quelque chose de spécieux ; toute- 
fois on peut soulever contre elle plusieurs objections. 

D'abord Gath est pareillement assez éloignée de la mer, et, en- 
suite , à aucune époque , surtout à celle d'Hérodote , elle n'a pu être 
appelée grande ville de Syrie y fisydXv "uiShs Itvplas^ et peu inférieure 
en étendue à Sardes ^ ItapSlùJV ov 'doXkS) èXdtrcrùûv. 

Pour mon compte, je préfère de beaucoup le sentiment de ceux 
qui identifient Gadytis avec Gaza, opinion qui a été très-bien dé- 
veloppée par le docteur Stark ^. 

Get écrivain prouve , en premier lieu , qu'il y a identité entre les 
deux noms Tila et KdSvus, par un simple changement de lettres, 
le y étant remplacé par un x, et le ? (ou Ss) par un S; quant à la 
terminaison tcs, c'est celle du féminin, comme a. 

En second lieu. Gaza termine réellement la Syrie Palestine, 
vers le sud, et ensuite l'Arabie commence. 

De plus, l'épi thète de grande ville y (leydLkv tsr^i?, lui convient 
parfaitement. G'était la véritable capitale du pays des Philistins, et 
elle a pu être comparée, pour son étendue, à la ville de Sardes, 
^apSleov où '&o)<k& ikàacrùûv. 

Enfin , elle avoisine la mer, dont elle n'est séparée que par une 
heure de marche, et sur les bords de laquelle elle avait un port et 
un comptoir. 

Hérodote, dans ce même passage, nous fournit une précieuse 
indication pour chercher lenysus. Dans la carte de la Palestine 
dressée par Jacotin, cette ville est placée à l'endroit appelé aujour- 
d'hui Khan Younèsy situé à cinq heures environ au sud de Gaza, et 

^ Reland, Palœslina, p. 669. — ^ Stark, Gaza und die philûtâiscke Kûite, p. 918 
et suiv. 



11. 



%f\ 



210 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

cette position iui est également assignée dans la carte de Kiepert 
et dans celle de Van de Yelde. Le docteur Stark, au contraire, 
prétend qu il faut la reculer jusqu'à Rhinocoloura et Tidentifier 
probablement avec cette dernière ville. De cette manière , ajoute- * 
t-il , le texte d'Hérodote devient très-clair, et les è\tnï6pia ou comp- 
toirs maritimes dont parle cet historien seront compris entre Gaza 
et Rhinocoloura, aujourd'hui El-Arich, dans l'intervalle des cin- 
quante-neuf milles qui séparent ces deux localités. Tout l'espace 
signalé entre lenysus et le mont Gasius, évalué par Hérodote à 
trois journées de marche et décrit comme affreusement aride, est 
le petit désert qui s'étend entre El-A'rich et l'oasis dé Katieh, et où 
l'on ne rencontre, chemin faisant, que trois puits, qui marquent les 
différentes stations. Get écrivain ^ estime les journées de marche à 
cent cinquante stades par jour. Trois journées de marche , d'après 
cette évaluation , font quatre cent cinquante stades ou quatre-vingt- 
quatre kilomètres, ce qui est à peu près la distance qui sépare 
El-A nch du Ras el-Kasroun, l'ancien mont Gasius. Si les données 
d'Hérodote sont exactes, il est donc à présumer qu'Ienysus était à 
Rhinocoloura, tandis que, si l'on fait remonter cette ville jusqu'à 
Khan Younès, l'intervalle qu'il indique entre elle et le mont Ga- 
sius serait beaucoup trop faible. Toutefois, quand je décrirai Khan 
Younès, je montrerai qu'il y a aussi des raisons qui militent en 
faveur de ce dernier emplacement , relativement à la position d'Ie- 
nysus. 

Sans entrer pour le moment dans une plus longue discussion à 
ce sujet, je me borne à conclure que Gaza me paraît être la Gady- 
tis d'Hérodote, ville qui est appelée pareillement Calytis et Canytis 
par Etienne de Byzance : 

Kdkurts, ia6hs 2t;p/a$. npôSoros. 

Kdwrtff 'oéXis ^vpiojv (xeydkri, ds ExaTaîo^ Âa/a. 

Gette grande ville de Syrie prise par Néchao, oii peut-on mieux 
la reconnaître que dans Gaza, qui sut résister, plus tard, pendant 

* Hërodote, V, lui. 



CHAPITRE XXXVII. — HISTOIRE DE GAZA. 211 

deux mois, à tous les efforts d'Alexandre, et qui, d'ailleurs, comme 
nous le savons par un passage de Jérémie, tomba effectivement 
sous les coups du roi d'Egypte Néchao? 

Quod factum est verbum Domini ad Jeremiam prophetam contra Palœsthi- 
nos, antequam percuteret Pharao Gazam^ 

Gomme dans le chapitre précédent il est question de Néchao , 
le doute n'est pas possible sur ce pharaon, et il s'agit bien ici de 
la conquête, par ce monarque, de la même ville que nous voyons 
mentionnée par Hérodote sous le nom de Cadytis. 

Cette dernière raison est, ce me semble, l'une des plus fortes en 
faveur de l'identité de ces deux localités, qui, sous une dénomina- 
tion légèrement différente en apparence, ne sont au fond qu'une 
seule et même ville. 

' J4ràme,cjLm,y. i. 



i&. 



212 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE TRENTE-HUITIEME. 

EXCURSION DE GAZA \ TELL EL-A DJOUL. EMBOUCHURE DE L'OUED RHAZ- 

ZEH, PROBABLEMENT LE BESOR DE L'ANTIQUITE. OUALT CHEIKH EGHLIN. 

KHIBBET ES-SOUR, JADIS ANTB^DON. KHIRBET CHEIKH HASSAN, 

L'ANCIEN MAIUMAS GAZiE. OUALT CHEIKH RADHOUAN. RETOUR \ GAZA. 



TELL EL-A DJOUL. 



Le â8 mai, à six heures trente minâtes du matin, je m ache- 
mine vers TeU elr-A'djoul, J^4âJt Ja, où quelques voyageurs placent 
l'antique Anthédon. 

Ma direction est celle du sud-ouest. 

A six heures cinquante-sept minutes, laissant à gauche le che- 
min de Khan Younès et obliquant à Touest-sud-ouest, je prends 
celui de Deir el-Belahh. 

A sept heures trente minutes, je parviens à la colline connue 
sous le nom de Tell eUA'djoul; elle domine au nord TOued Rhazzeh. 
L'ayant gravie, je ny trouve que de petits fragments de poterie, 
épars çà et là , mais aucune ruine de quelque importance. Texa- 
mine ensuite plusieurs autres collines qui font suite à celle-ci; 
aucun débris antique qui vaille la peine d'être signalé n'attire 
mon attention. Si donc une ville a existé jadis en cet endroit, elle 
a été complètement effacée du sol; ce qui est peu vraisemblable. 
Aussi je crois que l'assertion de ceux qui placent là Anthédon ne 
repose sur aucun fondement sérieux. 

Tell el-A'djoul est plusieurs fois mentionné dans les auteurs 
arabes. C'est sur cette colline, comme nous l'apprend Boha Eddîn\ 

* Vita Saladini, p. ii5. 



CHAPITRE XXXVIII. — OUED RHAZZEH. 213 

que Saladin convoqua Tune des réunions de ses troupes. Malek- 
Adei, frère de ce prince, y établit ensuite son camp ^ Malek-Kamel, 
dans sa marche vers Damas, Tan 6a5 de Thégire, s y arrêta éga- 
lement et envoya de là des corps de troupes vers Jérusalem et 
d'autres villes^. Lorsqu'il retourna en Egypte, il campa de même 
à Tell el-A'djouL 

Dans quelques cartes , notamment dans celle de Yan de Velde , 
cette colline est placée par erreur au sud de TOued Rhazzeh et 
marquée sous le nom de TeU A* jour. La véritable prononciation 
est Tell el-A'djouly comme le prouvent les écrivains arabes aux- 
quels j'ai emprunté les renseignements qui précèdent Du reste, 
dans le dialecte vulgaire, le lam et le ra sont des lettres qui se 
mettent souvent lune pour l'autre, et il n'est pas étonnant que 
des voyageurs aient entendu prononcer par leur guide A'djour ou 
A'j&uTy au lieu de A'djoul. 



BMBOUGHURE DE L'OUED RHAZZEH. 

. Longeant ensuite TOued Rhazzeh sur sa rive droite, dans la di- 
rection de l'ouest, j'atteins son embouchure à huit heures trente 
minutes. Cet oued est très-large sur ce point. Pendant l'hiver, à 
l'époque des grandes pluies, il arrête quelquefois les caravanes. 
C'est très-probablement le Besar de l'antiquité, dans le texte hé- 
breu n^t^an ^n j , NiJuU kA-Besor^ chez les Septante x^V^P^^ '^^^ 
Boo-^p, dans la vulgate torrens Besor. 
' Il en est question dans le livre I des Rois. 

Abiit ergo David ipse et sexcenti viri qui erant cum eo, et venerunt usque 
ad torrentem Besor, et lassi quidem substiteraut'. 

C'est le même torrent que Jdsèphe désigne sous le nom de Bi- 
(Tzkos : 

nxpayePÔpLepos S'inl rtva jyilpiappovy ^ixrtkav \ey6iuvov ^. 

* Abulfedce Annaks, t. IV, p. i6&. ' Rms, 1. 1, c. iix, v. g. 

* Makrisi, Sohuk, 1. 1, p. i&5. * iliiàii^iuVàytMtatfice», VI,xv, S6. 



2U DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Il résulte du récit de la Bible et de Thistorien juif que ce tor- 
rent était au sud de Siklag et dans la partie la plus méridionale 
de^la Judée. David, après Tavoir franchi, surprit les Amalécites 
qui avaient incendié et pillé Siklag, et reconquit sur eux tout le 
butin qu ils avaient fait. 

La carte de Kiepert place la «ville d'Anthédon à Tembouchure de 
rOued Rhazzeh, opinion qui me paraît également erronée, car je 
n ai découvert en cet endroit aucune trace de ville, dans un rayon 
de plus d'un kilomètre. Il faudrait admettre , dans ce cas , que les 
débris en sont entièrement ensevelis sous le sable. 



OUALT CHEIKH BCHLIN. 

A partir de l'embouchure de TOued Rhazzeh , que je quitte vers 
neuf heures, après avoir vainement cherché les vestiges de la ville 
que j'espérais y rencontrer, je suis de près le rivage , dans la direc- 
tion du nord-nord-est. 

A neuf heures trente minutes, sur un monticule sablonneux 
qui domine la plage d'environ vingt mètres, je remarque un oua/y, 
consacré au Cheikh Echtin. En pénétrant dans cette kaubbeh, jy 
trouve quelques débris de marbres antiques. Quatre ou cinq mai- 
sons très-misérables avoisinent ce sanctuaire; elles sont habitées 
par un vieillard, qui le dessert, et par plusieurs membres de sa fa- 
mille. Des jardins peu étendus constituent en cet endroit une sorte 
de petite oasis. 

Cinq minutes plus loin, deux puits, l'un ancien, l'autre de date 
plus récente , me sont indiqués sous le nom de Biar Cheikh Echlin. 
Le premier est devenu saumâtre, de doux qu'il était, par suite 
de l'infiltration de l'eau de la mer. La base perforée d'une co- 
lonne antique de marbre blanc sert de margelle à ce puits, et un 
beau chapiteau du même marbre, et creusé intérieurement, est 
placé auprès, en guise d'auge. A côté de l'autre puits, la cuve 
d'un sarcophage antique est destinée actuellement à abreuver les 
animaux. 



CHAPITRE XXXVIII. — KHIRBET ES-SOUR. 215 



KHIRBET BS-SOIIR. 



En continuant à m'avancer le long de la côte, j aperçois une 
dizaine d'Arabes occupés à dépecer, planche par planche , un bâti- 
ment grec naufragé, qui faisait voile vers l'Egypte et qu'une tem- 
pête a fait échouer sur cette côte inhospitalière. 

A dix heures, je passe près d'un troisième puits, appelé Bir 
Zaaualan; il paraît antique. L'eau en est douce, bien qu'il avoisine 
le rivage. 

A dix heures quinze minutes, je remarque que, sur plusieurs 
points, on a maçonné les falaises de la côte, aBn de les soutenir et 
de les rendre plus verticales. Montant alors sur le plateau sablon- 
neux qu'elles bordent, j'observe, sur une étendue d'un kilomètre 
en longueur, une multitude de fragments de poterie concassée et, 
çà et là, des tas de pierres, restes de constructions détruites ou 
dont les assises inférieures sont peut-être ensevelies sous le sable. 
Deux vieux pans de murs, près du rivage, semblent indiquer, par 
l'intervalle qui les sépare, le diamètre du port qu'ils délimitaient. 

L'emplacement et les débris de cette petite ville anéantie sont 
appelés , par les Arabes , Kkirbet es-Sour, jyJ\ jUjj^ , sans doute à 
cause des pans de murs dont je viens de parler. Une kaubbek y 
recouvre la tombe d'un santon nommé Cheikh Batehan. 

A dix heures trente minutes , les ruines cessent de se montrer. 

A mon avis, c'est là qu'il faut placer la ville d'Anthédon, dont le 
site est fixé par d'autres soit à Tell el-A'djoul, soit à l'embouchure 
de l'Oued Rhazzeh. J'ai déjà dit que, dans ces deux derniers en- 
droits, les ruines manquent , tandis qu'au Khirbet es-Sour, sans être 
très-importantes, elles recouvrent un espace assez considérable. 
En outre, la position de ce khirbet par rapport à Gaza satisfait 
très-bien aux données que nous fournissent les anciens au sujet 
de celle d'Anthédon relativement à cette ville. 
• A la vérité, 'Ptolémée ^ marque la place d'Anthédon un peu 

' Plolémée, V, ivi, tabula IV Àsiœ. 



216 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

au nord du port de Gaza, sur le bord de la mer; mais cest là une 
erreur, comme le prouve un passage de l'historien Josèphe. Ce- 
lui-ci , en effet , énumérant les villes que les Juifs , à l'époque des rois 
Asmonéens , occupaient le long de la côte , après les avoir enlevées 
aux Gentils, les nomme dans l'ordre que voici, en s'avauçant du 
nord au sud : 

n^Xei; elxov ol lovSouoi ^mpbs â'oXdffap fièv ^rpélrcMms Hvpyov, AjroXka- 
vlaVf \&imvj Xdyivucuff Â^&rrov, TaSifliVj Av9fiS6va, Pa(piav, Ptvox6povpav ^. 

crLes Juifs possédaient près de la mer la Tour de Straton, Apolionia, Joppë, 
lamnia, Azot, Gaza, Anthédon, Raphia, Rhinocoroura. i» 

Dans d'autres passages, et en particulier dans le suivant, Josèphe 
mentionne également Anthédon comme ville maritime : 

Avaxtlcras Si \HpoiSns] xaà Av6nS6va rijv mapdkiop, juttappi^titra» iv 
"BfoXéiÂOiSf kyplmtuov ^mpocmyôpeua'ev '• 

trHërode, ayant rebâti la ville maritime d'Anthédon, qui avait été renversée 
pendant la guerre, la surnomma Agrippeeum.!) 

Cette position près du rivage et dans la proximité de Gaza et de 
la cité d'Anthédon est de même attestée par Etienne de Byzance : 

Je dois cependant signaler ici une assertion de Pline, qui la met, 
non plus sur le bord de la mer, mais dans l'intérieur des terres : 

Gaza et intus Anthédon' 

Mais cette assertion est contredite par les passages précédents; 
elle l'est aussi par un autre témoignage plus convaincant, que j'em- 
prunte encore à Josèphe : 

Kyplintas elsAv6fiS6va ^apayevéfisvos xaà XaSàfp vaSv iv àvetyejyais ijv^. 

ff Agrippa, étant arrivé à Anthédon et y ayant pris un navire, était sur le 
point de mettre à la voile. Ji 

Enfin le texte qui sert le mieux à déterminer la situation de 

* Antiquités judaïques, XIII, xv,8 4. * Pline, Histoire naturelle, V, xiv. 

* Guerre des Juifs, I, mi, S 8. • Antiquités judaïques , XVIII, vi, S 3. 



CHAPITRE XXXVIII. — KHIRBET ES-SOUR. 217 

cette ville et sa distance par rapport à Gaza est un passage de So- 
zomène qui nous apprend qu Anthédon était sur le bord de la mer, 
à vingt stades environ de Gaza. 

Tdln^ ùs ek </laS{ovs eïxoat ^. 

cr Ayant trouvé une occasion favorable, il s'enfuit à Anthédon, ville maritime 
et i vingt stades environ de Gaza.D 

Le même écrivain nous dit ailleurs que Gonstantia ou, en d'au- 
tres termes, le Maiunuu de Gaza, était approximativement à vingt 
stades de cette ville. 

Èmï Se ek rijp ^a&Ùxiav map^^Sev ïovXtavhs, SUiiv iXa^ov ol Taiaht 
rcSs Kùw</laprma't, Koà imau/liis xaBltras aùrbs 'OpoaévesiÂS FeZ^ t^i^ 
Kùnf(/la»Tiap àftÇiï ro^ ttxocri t/laSlous StsalSaap^. 

(T Lorsque Julien fut parvenu à Tempire, les habitants de Gaza intentèrent 
un procès à ceux de Gonstantia. Ge prince, s'étant constitué leur arbitre, ad- 
jugea à Gaza la ville de Gonstantia, qui en est distante d'environ vingt stades. n 

Gonstantia et Anthédon étaient cependant deux villes différentes, 
et Sozomène lui-même les distingue. Seulement, comme il les place 
toutes deux à la même distance de Gaza, sur le bord de la mer, 
il faut en conclure qu'elles étaient très-voisines Tune de l'autre. 
Effectivement, j'ai rencontré au nord du Khirbet es-Sour, à huit 
minutes à peine d'intervalle, d'autres ruines, dont je vais parler 
tout à l'heure, et qui me paraissent être celles du Maiumas de Gaza 
ou , ce qui est la même chose , de Constantin. 

Pour en revenir à Anthédon , cette ville n'a joué qu'un rôle peu 
important et peu connu. Elle n est pas mentionnée dans les Livres 
saints. Son nom étant grec, il est probable qu'elle fut fondée par 
l'un des princes Séleucides qui régnèrent en Syrie; mais il est 
impossible, faute de documents fournis par l'histoire, de préciser 
la date de ce fait. 

Nous savons par le scholiaste de Lycophron, Jean Tzetzès, qu'il 

* Sosomène, Histoire eeclémstique, V, u. — ' M. ibid. V, ni. 



n 



218 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

y avait en Béotie une autre ville du même nom , ayant eu autrefois 
une population thrace. 

H Se AvOriSàv, ^erôXis hotanias, ^v ^naav QpJxes' i Se lci<nnros xûà 
Ti)y vS» ^MyopJpnv kyptwKtdjSa KpOnSàva (^a\ mpérepov xcÙMiaOcu ^ 

rAnthédon, ville de Béotie , qu'ont habitée les Thraces. D'après Josëphe, 
celle qui s'appelle aujourd'hui Agrippias se nommait auparavant Anthëdon.D 

L'historien juif parle pour la première fois de TAnthédon de Pa- 
lestine, pour nous apprendre qu'elle tomba au pouvoir d'Alexandre 
Jannée *. 

Elle fut plus tard au nombre des villes qui furent rebâties par 
ie général romain Gabiniua. 

Auguste la donna à Hérode le Grand. Ce prince en devint 
comme le second fondateur et changea son nom en celui à^Agr^ 
piasy du nom de son ami et protecteur Agrippa'. 

Au commencement de la guerre judaïque , elle fut renversée de 
fond en comble par les Juifs ^. 

EUe se releva ensuite de ses ruines , ainsi que le rapporte Sozo- 
mène *. 

Cette ville, de fondation grecque, resta, longtemps après Tavé- 
nement de la religion chrétienne, attachée aux superstitions de 
Tidolâtrie. 

Le christianisme cependant finit par s y établir, et elle eut' un 
évéché particulier. Les noms de trois de ses évêques nous ont été 
transmis par les histoires ecclésiastiques, et nous voyons qu'alors 
elle avait repris la dénomination d'Anthédon. 

A partir de la domination des Arabes, il n'est plus question de 
cette ville, et elle n'est citée, que je sache, par aucun historien 
de l'époque des croisades : il est à croire qu'elle était déjà détruite 
et complètement abandonnée. 

^ Tzetxès, à propos du vers 75A de ^ Guerre des Juif s , hixi, S 8. 

la Cassandre de Lycophron. * Ibtd. II, xvni, S 1. 

' Antiquités judaïques , XIH, \m, S 3. ' Sozomène, Histoire eceUsiastiquê , V, 

— Guêtre des Juifs, I, iv, S â. ix. 



CHAPITRE XXXVIII. — KHIRBET CHEIKH HASSAN. 219 



KHIBBET CmiKH HASSAN. 

A dix heures trente minutes, je poursuis ma route le long du 
rivage, dans la direction du nord-nord-est, et, à dix heures trente- 
huit minutes, je traverse d'autres ruines, qui me sont désignées 
sous le nom de Khirbet Cheikh Hassan^ (^^^ ^ ^^j^^ parce 
quelles s'étendent près d'un audy ainsi appelé, qui s'élève sur 
un monticule sablonneux. Ces ruines sont d'ailleurs fort peu dis- 
tinctes; des pierres et de nombreux fragments de poterie antique 
sont épars sur 'le sol et percent à peine la surface du sable. Sur 
une petite éminence est une maison habitée par un garde-côte, et 
sur le rivage deux barques sont tirées à sec. 

Estrce là l'ancien établissement maritime des Gazéens? J'incline 
fortement à le croire, car la côte décrit en cet endroit une petite 
courbe, et cette anse, quoique peu prononcée, voit encore aborder 
aujourd'hui quelques barques, comme le prouvent celles que j'y 
ai observées moi-même, ainsi que la maison de ce douanier, dont 
le poste a été placé là comme sur le point de la côte le plus natu- 
reUement abordable près de Gaza. Cet ancien port était, du reste, 
plutôt une rade qu'un port proprement dit; je n'y ai remarqué 
aucune apparence de digue; et encore cette rade devait-elle être 
fort peu sûre, étant ouverte à tous les vents, excepté à ceux de l'est 
et du nord-est. 

Le Maiufnas de Gaza occupait les collines sablonneuses qui la 
dominent, et, sauf de faibles débris, cette ville a comme disparu 
du sol , soit qu'elle ait été détruite de fond en comble , soit que les 
restes en gisent ensevelis sous des dunes sans cesse envahissantes. 
Elle servait de comptoir maritime à Gaza, qui, bien qu éloignée 
de la mer d'environ vingt stades, comme cela résulte d'un passage 
d'Arrien que j'ai déjà cité, avait cependant^ un port dont l'existence 
nous est attestée, dans l'antiquité, par des historiens et des géo- 
graphes. 

Il en est question pour la première fois dans Diodore de Sicile, 



220 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

qui rapporte que, Tan 3iâ avant Jésu^-Christ, Démétrius fit voile 
de Gaza , vers le milieu de la nuit : 

Oi Se eepï rbv âkfifiïhpiOv éx rifs FJln^ iKTtkeùatttnts tirep) pÂKTOs vuxTO^^ 

Gaza avait donc un port assez considérable, puisqu'il pouvait 
contenir la flotte de ce prince. 
Ptolémée en fait mention : 

ÂvOfiSciVf 

Seulement ce géographe le place par erreur au sud d'Anthédon. 
Strabon le signale également : 

Ce port s'appelait MaiumaSy comme ceux dlamnia, d'Azot et d^As- 
calon. 

Sozomène^, qui parie de cet établissement maritime, nous ap- 
prend que, sous Constantin, les habitants de ce Maiunuu s'étant 
convertis au christianisme, Tempereur l'appela ConstarUiaj du nom 
de l'un de ses fils, et l'érigea en ville, avec une administration par- 
ticulière. Mais ensuite, lorsque Julien fut monté sur le trône, les 
Gazéens intentèrent un procès à ceux de Constantia, et ce prince 
adjugea aux premiers cette dernière ville, qui, à partir de ce mo- 
ment, perdit son nom de Constantia et fut appelée Quartier mari- 
time de Gaza : 



à rb ê^ ix&lvou rris zrporépas à(patptBu(Ta ^poaniyopias y ^apaûaXcMiOv 

Ailleurs, le même historien désigne ce Maiumas sous la déno- 
mination de Gaza maritime : 

Ev TdZrf 'Opbs Q'JXacraoPf iirep xaà Moiov/xâv bvoiiollùuatv ^. 

* Diodore de Sicile, XX, lxxiv. Si. * Sosomène, Histoire eeeUsiastique , V, 

' Ptolëmëe, V, xvi , tabuia IV Asiœ. m. 

' StraboDj.XVI,p.5Q3,ëd.Ga8aQboD. ' Id. ibid. VII, ui. 



CHAPITRE XXXVIII. — OUALY CHEIKH RADHOUAN. 221 

Saint Jérôme, dans S9i Vie de saint Hilarion, cite plusieurs fois 
cette petite ville, à l'occasion des miracles accomplis par ce saint. 
On sait, en effet, qu Hilarion était originaire de Thabatha, bourg 
situé à cinq milles environ au sud de Gaza. 

Le Maivmas de Gaza avait un évêché distinct de celui de la ville 
dont il était le port , et les historiens ecclésiastiques nous ont trans- 
mis les noms de cinq de ses évèques : de Zenon, qui mourut dans 
une extrême vieillesse , au commencement du v^ siècle ; de Paulia- 
nus et de Paulus, qui vivaient dans la première moitié de ce même 
siècle; de Procope, qui assista, avec Cyrille, évéque de Gaza, au 
concile tenu à Constantinople en 5 18; de Gosmas, enfin, qui oc- 
cupait le siège épiscopal dans le courant du vni^ siècle. 

Nous apprenons dans la vie de Zenon racontée par Sozomène, 
qui lavait vu âgé de près de cent ans, que cet évéque fut un jour 
obligé de s'enfuir à Anthédon, ville située, ajoute l'historien, sur le 
bord de la mer et à vingt stades environ de Gaza^ 

Ce passage, dont je me suis déjà autorisé plus haut pour fixer 
l'emplacement d' Anthédon au Khirbet es-Sour, la distingue, en 
outre, nettement du Maiumas GazŒy puisque l'évèque de ce Maiu' 
fnoê alla y chercher un asile. 

A quelle époque le comptoir maritime des Gazéens fut-il dé- 
truit? C'est ce qu'il est difficile de dire. Toujours est-il que, du temps 
des croisades, il n'est mentionné nulle part, et aujourd'hui la po- 
sition que je lui assigne n'est plus occupée que par la cabane d'un 
douanier et Yaualy solitaire d'un santon. 



OUALY CHEIKH RADHOUAN. 



A dix heures quarante minutes, quittant le Khirbet Cheikh Has- 
san, je me dirige vers Gaza, en traversant de hautes dunes de 
sable : ma direction est celle de l'est-sud-est, puis de l'est. 

A dix heures cinquante-deux minutes, je rencontre de nombreux 
fragments de poterie sur un plateau où surgissent,, du milieu des 

' Sozomène, HUtaire eeelmaâtique, V, ix. 



222 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

sables, quelques vieux oliviers, des sycomores et des caroubiers. 
Près de ce bouquet d'arbres s'élève un ouahfj consacré au Cheikh 
Radhùuan. La koubbeh qui recouvre le tombeau de ce santon a été 
bâtie en partie avec des pierres provenant d anciennes construc- 
tions, et le tombeau lui-même est orné de plaques de marbre qui 
sont pareillement antiques. 

Nous savons par Ëvagrius ^ que , entre Gaza et le Maiumas qui en 
dépendait, florissait un monastère dans lequel vécut Sévérus, qui 
devint évéque d'Antioche. 

Voualy du Cheikh Radhauan a succédé probablement au monas- 
tère renversé, et je serais disposé à voir, dans les arbres tombant 
de vétusté qui l'entourent, les restes du jardin de ce couvent. 



RETOUR À GAZA. 



Je continue ensuite ma marche vers l'est-sud-est et, à onze 
heures cinq minutes, j'atteins les premiers vergers de Gaza. 

A onze heures trente minutes, je suis de retour au lieu de mon 
campement. 

' Histoire eeeliMitique, III, xxtiii. 



CHAPITRE XXXIX. —DEIR EL-BELAHH. 223 



CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME. 

DElR EL-BELAHH, LE DARUM DE L'EPOQUE DES CROISADES. KHAN TOUNÂS. 

EST-CE VIENYSUS DE L'ANTIQUITE? RAISONS POUR ET CONTRE. KHIR- 

BET MA AN YO|]NE$, JADIS MINOIS, TRàs-ftiOBABLSMBNT. 



DEIR EL-BELAH0. 

Le 3 9 mai , à huit heures vingt minutes du matin , j'abandonne 
Gaza pour prendre la route de Khan Younès. Ma direction est celle 
du sud-sud-ouest. 

A neuf heures vingt-<;inq minutes, je passe au pied de Tel! el- 
A'djoul, colline dont j'ai déjà parlé. 

A neuf heures trente minutes, je franchis le lit, extrêmement 
large en cet endroit, de TOued Rhazzeh. 

A dix heures trente-cinq nûnutes , les jardins de Deir el-Belahh 
commencent à border la route. 

A dix heures quarante-cinq minutes , nous faisons halte sous un 
bouquet de palmiers. 

Le vUlage de Deir el^Belahhy iûJ^t^d (le Couvent de la Datte), 
est situé sur une petite hauteur; il renferme trois cent cinquante 
habitants. Un certain nombre de maisons sont abandonnées et ren- 
versées. En i86a , cette localité a subi une grande mortalité, due à 
des eaux stagnantes, que M. le docteur Espéron, médecin de la 
quarantaine de Gaza, a fait recouvrir de terre ^ ne pouvant leur 
donner d'issue. 

D'après la tradition du pays , une mosquée remplace la chapelle 
d'un ancien couvent démoli. En pénétrant dans ce sanctuaire mu- 
sulman, j'y remarque deux colonnes antiques de marbre gris- 
blanc. 



224 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Les plantations de dattiers qui, concurremment avec le sou- 
venir de ce couvent chrétien détruit, ont fait donner au village le 
nom qu'il porte, sont très-soignées. Chaque arbre est entouré d'un 
petit fossé, destiné à recueillir l'eau qui doit en arroser le pied. 
De distance en distance sont creusés des puits, appelés, ici comme 
en Egypte, sakia. A l'orifice de plusieurs d'entre eux, j'observe des 
fûts ou des tronçons mutilés de colonnes de marbre gris-blanc. 

Deir el-Belahh paraît éti% le Darum de l'époque des croisades, 
comme l'ont déjà supposé quelques critiques. 

Les détails les plus circonstanciés que nous possédions sur 
cette citadelle se trouvent dans le passage suivant de Guillaume 
de Tyr : 

Est autem, ut credimus, prœdictum castnim [Darum] in Idumsea situm, 
trans torrentem illum qui dicitur Mgyf^y qui etiam terminus est Palaestinie et 
prœdictœ regionîs. Hoc ipsum idem rex Amalricus, paucis ante annis, in ioco 
aliquantulum eminente fundaverat, occasione vetustonim ledificiorum, quo- 
rum aliqua adhuc ibi supererant vesligia. Traditur autem a senioribus illamm 
partium incolis, quod priscis temporibus ibi fuerit monasterium Gnecorum, 
unde adhuc et nomen tenet Darum ^ quod interpretatur damus Grœcomm. Fun- 
daverat autem, ut prœdiximus, dominus rex ibi castrum modicœ quantitatis, 
vix tantum spaiium intra se continens quantum est jactus lapidis, formas qua- 
dr», quatuor turres habens angulares, quarum una grossier et munitîor erat 
aliis, sed tamen absque vallo erat et sine antemurali. Distat autem a mari 
quasi stadiis quinque, a Gaza vero milliaribus quatuor. Convenerunt autem 
aliqui en locis finitimis agrorum cultores, et negotiationibus quidam operam 
dantes; aedificaverunt ibi suburbium et ecclesiam non longe a prœsidio facti 
loci illius habitatores. Erat enim locus commodus ^. 

(T Comme nous le pensons, la citadelle dont il a été question plus haut est 
située dans Tldumëe, au delà du torrent appelé torrent JP Egypte, qui sert de 
limite i la Palestine et à la région susdite. Cette citadelle avait été fondée peu 
d'années auparavant, sur une faible éminence, par le même roi Amamy, qui 
avait profité des matériaux de vieux édifices dont il subsistait là quelques ves- 
tiges. Les vieillards de l'endroit racontent qu'il y avait là autrefois un mo- 
nastère appartenant aux Grecs, d'où vient que cette localité a gardé le nom- 
de Darum, ce qui signifie maison des Grecs. Or le roi, comme nous l'avons dit, 

» Willelm. Tyr. XX,m. 



CHAPITRE XXXIX. — DEIR EL-BELAHH. 225 

y avait bâti une citadelle d'une étendue peu considérable, qu'on pouvait évaluer 
à peine intérieuremeiit i un jet de pierre. De forme carrée, elle était flanquée, 
à chaque angle, d'une tour; une de ces tours était plus grosse et plus fortifiée 
que les autres. Du reste, aucune palissade et aucun avant mur ne protégeait ce 
château. Il est éloigné de ia mer d'environ cinq stades, et de Gaza de quatre 
milles. Quelques cultivateurs .des lieux circonvoisins et aussi quelques mar- 
chands, s'étant réunis en cet endroit, y bâtirent un faubourg et une église, et 
en devinrent les habitants. Il offrait, en effet, certains avantages. n 

Jacques de Vilry, de son côté, s'exprime ainsi au sujet de cette 
même forteresse : 

Est autem Darum praesidium quoddam seu oppidum, in confinio Idumœsd 
et Palœstinœ situm, quinque stadiis distans a mare. Hanc autem munitionem 
rex Hierosolymorum Amalricus iu aliquantum eminenti loco fundavit, forma 
rotunda, quatuor turres angulares habentem, ubi quondam fuerat monaste- 
rium Grœcorum, unde adhuc priscum nomen retinet, id est Darum, quod 
interpretatur domus Gracorum. Post hanc sequitur Gaza, civitas antiquissima, 
a prsedicta munitione quatuor stadiis dîstans ^ 

(T Darum est une citadelle ou place forte, sur les confins de l'Idumée et de 
la Palestine , a cinq stades de la mer. Elle a été fondée par le roi de Jérusalem 
Amaury, sur un lieu un peu élevé, de forme ronde : quatre tours en défendent 
les angles. Là s'élevait jadis un monastère appartenant aux Grecs; de là vient 
que cet endroit a retenu son premier nom, je veux dire celui de Darum ^ ce qui 
signifie maiton des Grecs. Après cette forteresse suit Gaza, ville très-ancienne, 
qui en est distante de quatre stades. ^ 

Guillaume de Tyr, comme on le voit, affirme que la citadelle de 
Darum était à quatre milles au sud de Gaza ; Jacques de Yitry, au 
contraire, réduit cette distance à quatre stades. 

Cette dernière assertion est évidemment fausse, et il faut lire 
peut-être ici quatre millesy au lieu de quatre stades, comme dans le 
premier de ces historiens. Cet intervalle même est beaucoup trop 
faible, car, pour venir de Gaza à Deir el-Belahh , j'ai mis deux heures 
vingt-cinq minutes, et j'estime que j'ai parcouru au moins onze 
kilomètres, ce qui fait près de huit milles romains, c'est-à-dire 
presque le double de la distance indiquée par Guillaume de Tyr. 

' Jacobus de Vitriaco , xl. 

11. ii> 



Î226 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

D'un autre côté, cet historien, de même que Jacques de Vitry, 
fixe à cinq stades Tintervalle qui séparait Daruni de la mer. Cinq 
stades, à cent quatre-vingt-cinq mètres le stade, égalent neuf cent 
vingt-cinq mètres; tandis que, de Deir el-Belahh à la mer, il y a, 
en réalité, dix-sept cents mètres, c'est-à-dire près de neuf stades. 
Si donc, comme c'est mon avis, on place Darum à Deir el-Belahh, 
il faut admettre que les distances marquées par Guillaume de Tyr 
et par Jacques de Vitry sont inexactes. 

Tous deux s'accordent pour interpréter de la même manière 
le mot Darum^ en le traduisant par domus Grœcarum (maison des 
Grecs). M. Quatremère combat cette étymologie. 

«rSi elle était vraie, dit-iP, on aurait écrit Dar ar-Roumy j\:> 
P^^l, et il vaut mieux, avec Schultens, reconnaître dans ce mot 
le terme hébreu d^it, darôm (le midi).?) 

Ce même savant fait observer que, dans la Vie de Saladin par 
Boha Eddîn, on lit Daroun^ ux)^^^ ^^^^ qu'Âboulféda, Makrisi et 
d'autres écrivent, plus correctement, Daroum, ^j^\^. 

Cette forteresse, construite par Amaury, fut assiégée sans succès 
par Saladin en 1170; mais, après la prise d'Ascalon, elle tomba 
entre ses mains. 

En 1 192, Richard Gœur-de-Lâon s'en empara et la fit raser. 

KHAN YOUNÈS. 

A une heure trente-huit minutes , nous poursuivons notre marche 
vers le sud-sud-ouest. 

A deux heures, nous franchissons l'Oued Selga; il est peu consi- 
dérable et sans eau. 

La contrée que nous parcourons est inculte et sablonneuse ; sauf 
quelques vieux sycomores qui s'élèvent çà et là, le sol est seulement 
recouvert d'une herbe qui abonde dans le désert, et que l'on me 
désigne sous le nom de liader. 

^ Quatremère, Hûitoire des mdtantt Mamelouks, t. I, appendice, p. q38. 



CHAPITRE XXXIX. — KHAN YOUNÈS. 227 

A trois heures quinze minutes, la culture reparait, et nous tou- 
chons aux premiers jardins de Khan Younès. lis sont plantés d'un 
assez grand nombre d'arbres friiitiers, et principalement d'abrico- 
tiers. Bientôt après, nous faisons halte dans ce bourg. Il renferme 
un millier d'habitants; jadis il était beaucoup plus peuplé, comme 
le prouvent une centaine de maisons actuellement détruites. Il doit 
son nom de Khan Younès, fj^yj ^U., à un château ou khan for- 
tifié, construit, dit-on, sous le sultan Barkouk, par un émir appelé 
Younès, l'an 790 de l'hégire. D'autres prétendent qu'il faut voir 
dans ce nom celui du prophète Jonas, que les Arabes appellent 
Neby Younès. Dans tous les cas, à part la façade occidentale et 
quelques parties du mur d'enceinte, ce château est aujourd'hui 
très-dégradé et tombe complètement en ruine. Il formait un grand 
carré, flanqué, à ses quatre angles, d'une demi- tour ronde. Une 
mosquée, encore assez bien conservée, y porte le nom de Djama 
Soukhan Barkouk; elle est décorée à l'intérieur, et notamment la 
chaire à prêcher ou member, placée. près du mihrab, d'assez beaux 
morceaux de marbre gris-blanc, provenant, selon toute apparence, 
d'anciens édifices. Les autres matériaux qui ont servi à bâtir cette 
mosquée ainsi que tout le reste du château doivent être également 
en partie antiques ; mais ils ont été retaillés. 

Le dedans de la forteresse est actuellement envahi par des ha- 
bitations particulières très-délabrées. Elle était autrefois précédée 
d'une autre enceinte plus vaste, flanquée également de tours, qui 
est aux trois quarts démolie. 

En parcourant les autres parties du bourg, je remarque çà et là 
des tronçons de colonnes antiques, soit de marbre, soit de granit, 
quelques bases et chapiteaux mutilés et de superbes plaques de- 
marbre gris-blanc, attestant que Khan Younès a succédé à une an- 
cienne cité, dont les débris auront été utilisés pour la construire. 

Cette ville, comme on le suppose généralement, est lenysus, 
qui n'est mentionnée que par un seul écrivain de l'antiquité, dans 
le passage suivant d'Hérodote S dont j'ai déjà rapporté plus haut le 

* Hërodote, III, v. 



i5. 



228 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

texte original et dont je me contente, par conséquent, de repro- 
duire ici la traduction : 

tr Depuis Cadytis les comptoirs de la côte jusqu'à la ville d^Ienysus 

appartiennent aux Arabes. Depuis lenysus, la domination syrienne recommence, 
jusqu'au lac Serbonis, près duquel le mont Casius se prolonge vers la mer. 

Or rintervalle compris entre la ville d'Ienysus, d'une part, le mont 

Casius et le lac Serbonis, de lautre, intervalle qui est assez considérable, puis- 
qu'il est de trois jours de marche, est affreusement aride et dépourvu d'eau. d 

J'ai déjà dit, en pariant de Gaza, que je partage complètement 
l'avis de ceux qui identifient Cadytis avec cette dernière ville. C'est 
donc à partir de Gaza que, à Tépoque d'Hérodote, les comptoirs de 
la côte appartenaient aux Arabes jusqu'à lenysus, et, d'ienysus 
jusqu'au mont Casius, il y avait trois jours de marche. 

Si l'on fixe lenysus à Khan Younès, la distance qui séparait cette 
ville de Cadytis n'était que de vingt kilomètres au plus, et, par 
conséquent, il y avait peu de place le long de la côte pour les di- 
vers comptoirs maritimes que signale Hérodote. En outre , de Khan 
Younès au Ras el-Kasroun, l'ancien mont Casius, il y a environ 
cent trente-trois kilomètres, intervalle que les caravajies ne peu- 
vent guère parcourir qu'en quatre journées et non en trois. Enfin , 
au delà de l'emplacement de Khan Younès, supposé être celui 
d'Ienysus, on rencontrait, dans la direction de l'Egypte, et avant 
d'atteindre le désert proprement dit, la ville de Raphia et celle de 
Rhinocoloura ; c'est pourquoi, bien que la contrée où s'élevaient 
ces deux villes fût, comme maintenant, extraordinairement aride, 
le désert véritable ne commençait réellement qu'à partir de la 
dernière. 

Aussi le docteur Stark * incline-t-il à identifier lenysus avec 
Rhinocoloura, aujourd'hui El-AVich. De cette manière, il y a une 
place suffisante le long de la côte pour les comptoirs maritimes si- 
gnalés par Hérodote; en second lieu, il n'y a plus que trois petites 
journées de marche jusqu'au mont Casius; en outre, on chemine, 

' (raza und die phiHstàische Kûste, p. 9q3. 



CHAPITRE XXXIX. — KHAN YOUNÈS. 229 

jusqu'à cette dernière station, en plein désert, ne trouvant sur la 
route que trois puits , qui marquent autant d'étapes. 

Ces raisons, invoquées par Stark en faveur de son opinion, sont 
assez plausibles. Toutefois, je suis loin de les regarder comme con- 
vaincantes. 

En effet, bien que de Gaza jusqu'à Khan Younès il n'y ait guère 
que vingt kilomètres, plusieurs comptoirs maritimes, néanmoins, 
pouvaient jadis exister entre ces deux points, comme le prouvent 
les ruines qui sont dispersées sur la côte en trois endroits diffé- 
rents, et qui sont actuellement désignées sous les noms de Khirbet 
^SouVy Khirbet. Choubaneh et Khirbet Djinun. Les premières, ainsi 
que je l'ai dit, me paraissent représenter lancienne Anthédon. Mais, 
indépendamment de ces trois établissements maritimes, dont quel- 
ques débris sont encore visibles, il pouvait, dans cet intervalle, 
y en avoir d'autres, dont les vestiges, depuis tant de siècles, ont 
complètement disparu, détruits par les hommes ou ensevelis sous 
les énormes dunes de sable qui forment, le long du rivage, une 
bande si large et si épaisse. 

Quant à l'intervalle qui s'étendait entre lenysus et le mont 
Casius, Hérodote le décrit comme affreusement aride, avvSpév 
è(/li Se^vSjs^ mais il n'ajoute pas qu'il fût inhabité et sans aucune 
ville. Or, au delà de Khan Younès, la culture, faute d'eau, sauf en 
quelques points, est presque nulle, et jusqu'à El-A'rich on ne ren- 
contre qu'un seul puits, celui de Refah, l'antique Raphia. La con- 
trée présente donc l'aspect de la plus grande sécheresse. 

En ce qui concerne cette même distance d'Ienysus au mont 
Casius, l'historien grec l'estime à trois jours de marche, et comme 
il évalue quelque part ^ chaque journée de marche à cent cinquante 
stades, il en résulte que trois journées équivalent à quatre cent 
cinquante stades, c'est-à-dire à quatre-vingt-trois kilomètres un 
quart, chiffre qui diffère beaucoup, j'en conviens, des cent trente- 
trois kilomètres qui séparent Khan Younès du Ras el-Kasroun. 

* Hérodote, V, un. 



230 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

D'un autre côté, la distance âonnée par Hérodote est-elle ici par- 
faitement exacte, et faut-il, avec le docteur Stark, renoncer défi- 
nitivement à ridentification de Khan Younès avec lenysus, en cher- 
chant cette place soit à El-Arich, soit ailleurs? Mais El-A'rich 
me paraît, d'une manière incontestable, être l'ancienne Rhinoco- 
loura; le Khirbet el-Bordj répond pour moi à Beth-Taphou, et le 
Khirbet Refah est, de l'aveu de tous les critiques, la ville de Ra- 
phia. Reste donc Khan Younès, qui a dû être très-certainement 
une localité importante, et dont le nom arabe, au lieu d'être celui 
d'un émir ainsi appelé, ou, suivant d'autres, du prophète Jonas, 
pourrait bien être tout simplement une altération . du nom an- 
tique lenysus. 

KHIRBET Ma'aN YOUNES. 

Le gouverneur de Khan Younès m'avait signalé quelques ruines, 
à vingt minutes de ce bourg, vers l'est, et appelées Khirbet Ma an 
Younès, fj^yj ^j\m^ *j>»-. Je m'y transporte avec son Gis, qui m'y 
conduit en me faisant suivre une route bordée de jardins fertiles. 
Ces ruines sont fort indistinctes, étant dispersées dans des champs 
depuis longtemps livrés à la culture; mais le nom qui y est demeuré 
attaché est indubitablement antique. Le mot arabe ^U«, Maan, 
et le mot hébreu jiyç, Ma on, sauf une très -légère différence, sont 
identiques. 

11 ne faut pas, du reste, confondre celte Ma an avec la ville de 
Ma on mentionnée par la Bible au sud d'Hébron, dans la montagne 
de Juda. J'en parlerai en son lieu. La ville sur l'emplacement de 
laquelle nous sommes en ce moment est probablement la Minois, 
Mvvoek , dont il est question dans Eusèbe , au mot MtfieSvvd : 

MnSeêrivày (pv\vs lovSa * xal êal) vvv Kciixri MfivoeU ^eXrtcriov Fàl^riSf 'ffo- 

Minois est, à la vérité, citée par cet écrivain comme étant près 
de Gaza , Tsskrjalov Vàlv^. Or le Khirbet Ma'an Younès est à quatre 
heures de marclie au sud de cette ville; mais Eusèbe, dans plusieurs 



CHAPITRE XXXIX. — KHIRBET MA^AN YOUNÈS. 231 

passages de YOnomasticony emploie cette même expression de ^usXn- 
alov (près de), pour indiquer des distances à peu près analogues 
à celle-ci. Ce n'est donc pas là un argument péremptoire contre 
ridentification proposée. 

Dans la Notice des dignités de îempire romain il est fait mention 
des équités promoti Illyriciani Menoidœy établis dans la Palestine pre- 
mière. 

Gellarius ^ rapproche avec raison ce nom de Minois ou Menois du 
Menœnum eastrum^ cité dans le code Théodosien^ avec le castrum 
Versabini ou de Bersabée. 

L'histoire, du reste, garde un complet silence sur cette petite 
ville. Nous savons seulement qu elle eut un évêché à l'époque 
chrétienne , et nous connaissons les noms de trois des évéques qui 
occupèrent ce siège : de Zozime, vers 44 9; de Jean, vers 5 18, et 
d'Etienne, en 536, qui apposèrent leur signature aux actes de di- 
vers conciles. 

* Gellarius, Notitia orbis antiqui, 111, ' Cod. Tkeod. 1. XXX, De erog. miUt. 

XIII. amion. 



232 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE QUARANTIÈME. 

DEPART POUR BL-a'rICH. KHIRBET BIR REFAH, JADIS RAPHIA. OUALY 

CHEIKH ZOUÏEDD. KHIRBET EL-BORDJ (bETH-TAPHOu). OUED EL- 

a'righ, le ghihor de la bible. — el-a'righ (rhinocoloura). — 






HISTOIRE DE RHINOGOLOUBA. RETOUR A KHAN YOUNÈS. 



DEPART POUR BL-a'rIGH. 

Le 3o mai, la chaleur étant très-forte et la route que uous 
avions à parcourir jusqu'à Ël-A Vich offrant de grandes fatigues, à 
cause de la réverbération du soleil sur un sable fin et profond, 
nous ne nous mettons en marche qu'à deux heures quinze minutes 
de l'après-midi, au moment où une légère brise commence à souf- 
fler et à tempérer l'ardeur de l'atmosphère. Mon thermomètre, à 
l'ombre, marque encore néanmoins trente-neuf degrés centigrades. 
J'avais confié ma tente et mon bagage au gouverneur de Khan 
Younès, supprimant ainsi tout ce qui pouvait ralentir mes mouve- 
ments et tenter la cupidité des maraudeurs du désert : on m'avait 
appris, en effet, que deux Anglais avaient été, quinze jours aupara- 
vant, dévalisés, au delà de Raphia, par une bande de Rédouins. 

Nous commençons par traverser, dans la direction du sud-ouest, 
les verdoyants jardins de Khan Younès ; mais bientôt toute culture 
s'arrête , et nos chevaux cheminent péniblement sur un terrain on- 
duleux, recouvert d'une épaisse couche de sable, que percent çà 
et là des touffes de cette espèce d'herbe que les Arabes appellent 
hader. A notre droite s'élèvent de vastes dunes , qui nous dérobent 
la vue de la mer, que nous apercevons seulement par intervalle; 
à notre gauche s'étend le désert. 



CHAPITRE XL. — KHIRBET BIR REFAH. 233 



KHIRBBT BIR BEFAH. 



A trois heures trente-deux minutes, nous atteignons le puits 
appelé Bir Refahy ^>w. H est assez profond et bien construit, avec 
des pierres très-régulières, de moyenne dimension. Je remarque à 
Torifice trois colonnes de granit gris, placées horizontalement, et 
deux autres un peu au-dessous des premières. L'eau de ce puits est 
bonne et abondante. C'est là que viennent s'approvisionner, quel- 
quefois de fort loin , les Bédouins dont les douars sont disséminés 
dans la solitude; c'est là aussi que font halte, dans le même but, 
toutes les caravanes qui se rendent à E]-Â' rich ou qui en reviennent. 

Près du puits, un chapiteau de marbre blanc gît à terre. Un peu 
plus au sud , un fût de colonne de marbre gris est à moitié enseveli 
et couché dans le sable. En continuant à m'avancer dans la même 
direction, j'aperçois, sur un plateau parsemé de petits fragments 
de poterie, deux colonnes de granit, debout et intactes; elles sont 
ombragées par un acacia mimosa. Les Arabes les appellent Bob 
eIrMedinet (la Porte de la Ville), parce qu'elles semblent, par leur 
écartement l'une de l'autre, indiquer la largeur d'une des anciennes 
portes de la ville. 

Plus loin encore , je rencontre deux autres fûts de colonnes de 
granit, renversés sur le sol. 

Tels sont les seuls restes qui aient survécu à l'antique ville de 
Raphia. Les autres vestiges de cette cité ont été enlevés, ou sont 
enfouis sous des monticules de sable. Vers l'ouest, en effet, elle 
était adossée à des dunes mobiles, qui la séparaient de la mer et 
qui ont dû s'étendre sur l'emplacement qu'elle occupait. Au delà 
de ces dunes, elle avait un comptoir maritime près du rivage, 
autour d'une anse maintenant ensablée. 

Le nom àe Raphia y qui s'est conservé dans celui de Refahy attaché 
au puits dont j'ai parlé et au khirbet qui lui est attenant, se trouve 
écrit de deux manières dans les historiens et les géographes anciens : 
Pà^uoL et Pa^/a en grec, Raphia et Raphea en latin. 



234 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Strabon mentioune cette ville comme étant au sud de Gaza : 

Merrf TE Td^av Pa<p/a, iv ^ fidj(ti <TvvéSn UroXefJLai^ re ry Terûépry xai 

tr Après Gaza vient Raphia, où eut lieu un combat entre Ptolëmëe IV et An- 
tiochusle Grand, r 

Cette bataille célèbre est racontée avec de longs et intéressants 
détails dans Polybe^. Elle se livra l'an 217 avant Jésus-Christ, à 
cinquante stades environ au sud de Raphia. Ântiochus, vaincu, se 
retira dans cette ville; mais, à l'approche de Ptolémée, il s'enfuit 
à Gaza. 

Le même historien nous dit que cr Raphia était située au delà de 
Rhinocoroura [vers le nord], et que c'était la première ville de la 
Cœlésyrie , du côté de l'Egypte : n 

H [Pa(p/aj xeTrai (lerà Pivoxôpovpa, ^mpcirn tâv xarà KoiXriv ^vpia» 
^efoXéoûv (bs ^Gfphs tïIv AïyuTilov. 

Par Cœlésyrie, Polybe entend ici non-seulement ce que signifie 
le plus ordinairement ce mot, c est-à-dire la région comprise entre 
le Liban et l'Ânti-Liban, mais encore tout le pays qui s'étend de- 
puis la Séleucide jusqu'à l'Egypte. 

Josèphe, précisant davantage la position de Raphia, la place entre 
Anthédon et Rhinocoloura. 

HSXeis $lxov ol lovSatoi ^pbs Q-aXàurari Itèv ^rpohcûvof Ilvpyovy ÀiroA- 
Xuvtavj Ùtti;!', IdfivsiaVy A^Cirrov, TdlaVy AvOtiSévay ra<p/ai;, PivoKOÔpovpouf^. 

Prise par Alexandre Jannée, elle fut ensuite restaurée par Gabi- 
nius. 

Plus tard, elle eut une église chrétienne et un évéché spécial. 
Les noms de trois de ses évêques nous ont été conservés dans les 
actes des conciles : de Romanus, qui assista au concile d'Ëphèse, 
en /i3i ; d'Epiphanius, qui souscrivit au concile de Constantinople, 

' Strabon, 1. XVI, p. 5<is. ' Josèphe, Antiquités judaïques, XIH, 

' Polybe, V, g. lxxxh et suivants. xv, S A. 



CHAPITRE XL. — KHIRBET BIR REFAH. 235 

en 536, et de Stéphanus» qui prit part aux délibérations dun autre 
concile tenu également à Gonstantinople , en 553. 

Raphia est citée , dans l'Itinéraire d'Antonin, comme étant à vingt- 
deux milles de Gaza. Je ne la crois qu'à vingt et un milles, au plus, 
d'après le temps que j'ai mis à me rendre de l'une à l'autre. 

Suivant Pline, cette ville, qu'il nomme Raphea, était dans l'in- 
térieur des terres. 

Oppida Rhinocolura et intus Raphea ^ 

Cet écrivain veut sans doute dire par là qu'elle n'était pas tout 
à fait sur le bord de la mer, car elle n'en était pas fort éloignée, 
et j'estime seulement à une demi-heure la distance qui la séparait 
du rivage, où elle avait un établissement maritime et un port d'un 
difficile accès, comme cela résulte d'un passage de Diodore de Si- 
cile, dans lequel il est'raconté que la flotte de Démétrius, fils d'An- 
tigone, fut battue de la tempête près de cette ville, dont la rade, 
ajoute l'historien, est vaseuse et difficilement abordable. 

A l'époque des croisades, il n'est question de Raphia dans aucun 
des historiens du temps; il est donc à présumer qu'elle était détruite 
et inhabitée. 

En terminant, je ferai remarquer le rapport qui existe entre le 
nom de Raphia et celui de Rephaïm ou Raphaim, qui est donné, 
dans TEcriture, à une race particulière de géants. 

Et Hethœos et Pherezœos, Raphaim quoque ^. * 

Raphia n'aurait-elle pas tiré son origine et son nom de ce peuple 
célèbre , qui avait communiqué le sien également à une vallée voi* 
sine de Jérusalem ? 

• 

Ascenditque [terminus] per convailem filii Ennom ex latere Jebusœi ad me- 
ridiem, hœc est Jérusalem; et inde se erigens ad verticem montis, qui est 
contra Geennom ad occidentem , in summitate vallis Raphaim contra aquiionem ^. 

' Hine, Histoire naturelle, V, xiv. * Genèse, c. xv, v. ao. 

' Diodore de Sicile, XX, mxiv, S i. * Josué,c,\Y,v,S, — Rois, II, e.\,\.iS. 



236 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



OCJALY GHBIKH ZOUIRDD. 

A trois heures cinquante-cinq minutes, nous poursuivons notre 
marche dans la direction du sud-ouest. 

A six heures dix minutes, nous faisons halte pour la nuit près 
A'nnoualy dédié au Cheikh Zouteddy osi) ^. Une quinzaine de pal- 
miers s'élèvent alentour, et il est environné de tombes musulmanes, 
renfermant les morts des douars des Arabes nomades qui campent 
dans le voisinage. Cet endroit est, du reste, complètement inha- 
bité. Nous y trouvons de l'eau dans un trou creusé dans le sable au 
miheu des dunes, et que découvre fort heureusement l'un de mes 
bachibouzouks. 

Une fois la nuit arrivée, nuit transparente et constellée d'étoiles, 
chacun de nous fait la garde à tour de rôle, les autres dorment sur 
le sable. L'atmosphère, qu'ont embrasée les feux du jour, est encore 
tiède; mais ensuite la température baisse sensiblement, et, quand 
nous nous réveillons, nous sommes tout trempés de rosée. 

KHIBBET EL-BOBDJ. 

Le 3 1 mai , à trois heures trente-cinq minutes du matin , nous 
remontons à cheval. Notre direction, de sud-ouest qu'elle était, 
incline vers l'ouest-sud-ouest. Nous continuons à longer les dunes, 
à notre droite, et le rivage est à une distance qui varie entre trois 
et quatre kilomètres. 

A notre gauche, nous apercevons la fumée de quelques campe- 
ments de Bédouins , et nous entendons les aboiements lointains de 
leurs chiens. Le terrain est très-mamelonné et presque entièrement 
inculte; dans quelques rares endroits seulement, il a été labouré 
pour produire un peu d'orge ou de blé. 

A six heures vingt minutes, nous parvenons à une ruine appelée 
Khirbet el'Bordj ^ ^j-JI ibj^. Elle est peu considérable, et paraît être 
celle d'un bardj ou poste de défense, destiné à protéger la route. 



CHAPITRE XL. — OUED EL-A^RICH. 237 

Près de ce petit fort détruit est un puits, aujourd'hui à moitié 
comblé. Des vestiges de constructions presque entièrement rasées 
Favoisinent. 

Ëusèbe mentionne dans YOnomasticon une localité appelée Briô- 
rà^ov, BethtaphoUy k quatorze milles au delà de Raphia, et qui 
formait la frontière de la Palestine du côté de l'Egypte. 

hriOrd^Vj (pv\fis loiiSa' xcifirt ènéxtiva Pov(pias anfJiBiots iS>' elaiôvraw 
tU Aiytmiovy fi xa) 6pi6v èali HakoLial Ivrts. 

Saint Jérôme traduit ainsi ce passage : 

Bethaphu, in tribu Juda, vicus trans Raphaim millibus quatuordecim eun- 
iibus TEgyptum, qui est terminus Palœstinœ. 

Remarquons la manière dont ce Père de TËgiise rend le mot 
Pov<plas^ qui sans doute est pour Pajphs : nouvelle preuve à Tappui 
de la conjecture qui attribue aux Raphaïm la fondation de Raphia. 

Ëusèbe et saint Jérôme placent tous deux ce village à quatorze 
milles de Raphia , sur la route conduisant en Egypte. Cette indica- 
tion nous mène droit au Khirbet el-Bordj , qui est bien à quatorze 
milles du Khirbet Bir Refah, et que, pour cette raison, j'identifie 
avec Bethtaphou ou, mieux, Beth-Taphou, en hébreu sans doute 
Beth-Tappotuihf menT'»!, comme la localité de ce nom signalée dans 
le livre de Josué S et qui se trouvait dans les montagnes de Juda. 
J'en parlerai ailleurs. 

OUED EL-a'rIGH. 

A six heures trente-cinq minutes , nous poursuivons notre itiné- 
raire , en marchant toujours dans la même direction de l'ouest-sud- 
ouest. 

A huit heures, nous avançons presque directement vers l'ouest. 
Nous rencontrons alors deux caravanes, chacune d'une trentaine de 
chameaux, se rendant à Gaza. 

' Joiué, c. XV, V. 53. 



238 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A neuf heures, nous parvenons enfin, sous les rayons dun 
soleil dévorant, aux premiers pdmiers d'Ël-A Vich. Us forment en 
ce lieu une verdoyante oasis et un bois qui s'étend jusqu'à la mer. 
Sur un monticule qui domine le rivage, s'élève un ouabfy consacré 
au Cheikh Liezek. 

Nous franchissons ensuite XOued eUA'richj ^j^yi\ :Ay Le lit de 
ce torrent est extrêmement large; il ne renferme pas une seule 
goutte d'eau en ce moment; mais en hiver, à l'époque des pluies, 
il est quelquefois très-difficile de le traverser, et il faut, dans cer- 
taines .circonstances , attendre deux ou trois jours pour pouvoir le 
passer impunément. Il roule, en effet, alors des eaux rapides et 
jaunâtres, qui rongent ses rives et entraînent souvent dans leur 
cours des arbres déracinés, témoin plusieurs troncs de palmiers 
renversés, que j'observe le long de ses bords. 

L'Oued el-A rich est la frontière naturelle entre la Palestine et 
l'Egypte. Ou l'identifie généralement, d'une manière qui me semble 
incontestable, avec le Chihor de la Bible, en hébreu mp^ ^)np ou 
■)ln'»çf, mot qui signifie crnoir, trouble, tj et qui convient très- bien 
comme dénomination au torrent dont il s'agit ici, lorsqu'il recueille 
dans son lit, lors des grandes pluies, les eaux de divers affluents, 
et qu'il se précipite vers la mer, agité et d'un aspect sale et limo- 
neux. 

Dans le livre de Josué , les limites du pays des Philistins sont 
ainsi définies : 

A fluvio turbido qui irrigat TEgyptum, usque ad termines Accaron, contra 
aquilonem : terra Chanaan , quœ in quinque régules Phiiistiim dividitur, Gazœes 
et Azeties, Ascalenitas, Gethaees et Accarenitas ^ 

Ce Jluvius turbidus qui irrigat jEgyptum est pris pour le Nil par 
quelques commentateurs. 

Mais, d'abord, jamais la domination des Philistins ne s'est 
étendue jusqu'au Nil, et ensuite, ainsi que l'observe Reland, la 

' Jùsué, c. xin, V. 3. 



CHAPITRE XL. — OUED EL-A'BICH. 239 

traduction littérale du commencement de ce verset est la suivante : 

A Chihor, qui est ante faciem ^gypti 

(T Depuis le Chihor, qui coule devant la face de TÉgypte -^ 

Il ne s'agit donc pas ici du grand fleuve qui sillonne et fertilise 
cette contrée, mais d'un autre cours d'eau, beaucoup moins im- 
portant, qui formait la limite entre elle et la Palestine. 

Le livre de Josué mentionne ailleurs ce même torrent, à propos 
des frontières méridionales de la tribu de Juda. 

Atque inde pertransiens [sors] in Asemona, et perveniens ad torrentem 
^gypti; eruntque termini ejus mare magnum; hic erit finis meridianœ plagœ ^ 

Il est évident également que, dans ce passage, il ne faut pas 
entendre le Nil par le mot torrentem Mgypti^ en hébreu Dnjfp Sn?, 
Nahal Mitsraim (le fleuve de l'Egypte), mais bien le même torrent 
dont nous nous occupons en ce moment; le Nil, en effet, n'a ja- 
mais borné vers le sud la tribu de Juda. 

Ailleurs, dans le livre I des Paralipomènes , il est dit que David 
rassembla tout Israël , depuis le Chihor de l'Egypte jusqu'auprès de 
Hamath. 

Congregavit ergo David cunctum Israël , a Sihor /Egypti usque dum ingre- 
diaris Emath, ut adduceret arcam Dei de Gariathiarim ^. 

Ce Sihor Mgypti est bien certainement identique avec le torrem 
^gypti du verset précédent, et, par conséquent, ne peut pas être 
davantage confondu avec le Nil : il faut le reconnaître de toute 
nécessité dans l'Oued el-A nch, qui, autrefois comme maintenant, 
séparait la Palestine de l'Egypte et formait, vers le sud, la frontière 
du royaume d'Israël. 

Dans Isaîe nous lisons : 

Et erit : in die illa percutiet Dominus ab alveo fluminis usque ad torrentem 
iEgypti , et vos congregabimini , unus et unus , filii Israël '. 

Dans le texte hébreu , ce que la Vulgate rend par ad torrentem 

* Josué, c. XV, V. A. — • ParaUpomèneê , 1. I, c. xni, v. 5. — * haie, c. xxvu. 

V. 19. 



240 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

yEgypti est exprimé par les mots D^nsp ^nr*i^, ad Nahal MiUram (jus- 
qu'au fleuve d'Egypte), comme dans le verset k du chapitre xv du 
livre de Josué. 

J'ai déjà prouvé, en reproduisant ce dernier verset, qu'il fallait 
entendre par là, non pas le Nil, mais l'Oued el-A'rich actuel. 

Ce qui achève de le démontrer, c'est la manière dont les Sep- 
tante traduisent le passage précédent d'Isaïe : 

Ka\ i</loLi iv rfi liitép^ êxeivp ^ <Tuii(Pp(^t b Qebs ébrh tijs Sicipvyos rou 
worafÂoS ëûJS PivoxopoipGJv 

• 

Les Septante, comme on le voit, ont rendu les mots N(ûuil 
Mitsraim (fleuve de Mitsraïm ou de l'Egypte) par celui de Pivoxà- 
povpa^ ce qui prouve qu'ils sont analogues. Effectivement, l'an- 
tique ville de Rhinocoroura ou Rhinocoloura occupait l'emplace- 
ment du village actuel d'El-AVich, et, par conséquent, dire que 
Dieu étendra sa main , pour frapper, depuis le fleuve de FEuphrate 
jusqu'au fleuve de l' Egypte , ou bien, depuis le fleuve de F Euphrate jus- 
qu'à Rhinocoroura, c'est indiquer précisément les mêmes limites 
entre lesquelles doit s'exercer la vengeance du Seigneur; et, selon 
la remarque de saint Jérôme, dans son Commentaire sur ce verset 
d'Isaïe, si les Septante, au lieu des mots torrent d^ Egypte j ont mis 
celui de Rhinocoroura, c'est que cette ville se trouvait sur les confins 
de l'Egypte et de la Palestine. Par là ils ont rendu, sinon la lettre, 
du moins ]e sens de la sainte Ecriture. 

Pro torrente Mgypti Septuaginta Rkinocoruram transtulerunt, quod est oppi- 
dum in JEgYpii Palœstinœque confinio, non tam verba Scripturarum quam 
sensum exprimentes. 

Ces diverses raisons ne laissent plus , à mon avis , aucun doute 
sur l'identité de l'Oued el-A'rich avec le Chihor de la Bible, autre- 
ment dit le fleuve ou le torrent ^Egypte mentionné dans les versets 
qui précèdent. 

ei,-a'rich. 
A neuf heures vingt minutes, nous atteignons ]a quarantaine 



CHAPrTRE XL. — EL-A^RICH. 241 

d'Ël-Â Vich. Aprèsi avoir subi les formalités ordinaires , nous obte- 
nons la libre pratique. Le directeur du service sanitaire insiste 
avec beaucoup de bienveillance pour que j'accepte l'hospitalité dans 
sa maison. C'est un Italien de Livourne, appelé Antonio Biaiichi. 
Il habite le kalah. 

Ce fort date, dit-on, du sultan Sélim, et il aurait trois cent cin-r 
quante ans d'existence depuis l'époque de sa fondation. De forme 
rectangulaire, il est flanqué, à ses quatre angles, d'un bastion percé 
de six embrasures. La grande porte est, en outre, défendue par 
deux tours rondes. Le fossé qui environnait cette enceinte est main- 
tenant presque entièrement comblé par le sable. 

Elle renferme intérieurement un certain nombre de petites mai- 
sons, la plupart ruinées, et dont le3 moins délabrées sont habitées 
par le gouverneur, le chef de l'office sanitaire et quelques-uns des 
principaux employés d'El-A Vich. 

Presque tous les canons qui sont rangés sur les remparts sont 
en très-mauvais état et paraissent avoir été encloués, car la lu-^ 
mière en est beaucoup trop grande. 

Près du puits qui alimente d'eau le fort, quelques débris an^ 
tiques, entre autres plusieurs tronçons de colonnes, gisent à terre; 
mais ce qui attire surtout mon attention , c'est un petit naos mono- 
lithe égyptien en granit, placé là pour servir d'auge. En partie 
recouvert de décombres, il est revêtu d'hiéroglyphes sur deux de 
ses faces. Gomme j'avais laissé mon bagage à Khan Younès et mon 
papier d'estampage dans mes cantines, je ne pus malheureusement 
relever ces inscriptions, que je ne m'attendais pas à trouver, et qui, 
je crois, n'ont été signalées par personne. Elles pourraient, sans 
doute , révéler des faits nouveaux sur l'antique Rhinocoloura , dont 
cet édicule sacré est le plus précieux reste, édicule qui, à lui seul, 
suffirait pour prouver que cette ville appartenait autrefois , comme 
nâaintenant, à l'Egypte et non à la Palestine. Dans tous les cas, je 
recommande aux égyptologues qui auront l'occasion de se rendre 
de Palestine en Egypte, ou réciproquement, en passant par le 
petit désert, de s'arrêter un instant à El-A rich, afin d'étudier ce 

II. iG 



313 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

monument intéressant. Dans la même enceinte, et en continuant 
à la parcourir, j'observe plusieurs autres colonnes antiques, en- 
castrées dans des constructions modernes, ou renversées sur le sol, 
ainsi que des fragments de plaques de marbre épars çà et là. 

Autour du haJah s'étend le village , amas informe d'humbles habi- 
tations grossièrement bâties, soit en pierre, soit surtout en briques 
crues. Le toit consiste en une épaisse couche de terre et de paille 
mêlées, reposant sur des poutres et des broussailles. La population 
ne dépasse guère quatre cents âmes. 

Ce village est divisé en deux quartiers, souvent hostiles : l'un ap- 
pelé Fâkeriehy vers l'ouest; l'autre^ Larichiehy vers l'est. Le premier 
a été fondé, dit-on, par un Syrien, et le second par un Égyptien. 
Aussi, quand un habitant de la Syrie passe par Ël-A Vich, il va 
loger à Fôkerieh, et, quand c'est un Égyptien, il demande un asile 
à Larichîeh. Ces deux quartiers ont chacun un cheikh différent, 
et des querelles intestines surgissent souvent entre eux; mais ils 
sont d'accord momentanément, toutes les fois qu'il s'agit de renver^ 
ser le gouverneur et l'autorité instituée. M. Bianchi me donne à ce 
sujet des détails curieux, qui montrent combien les passions, les 
jalousies et les rivalités humaines sont parfois vivaces et démesu- 
rément développées dans les localités même les plus mesquines. 

Dans plusieurs endroits j'aperçois des tronçons de colonnes mu- 
tilées. Devant une maison, entre autres, quatre colonnes de marbre 
gris-blanc sont encore debout et enfoncées dans le soL Sur l'une 
d'entre dles est gravée une croix à branches égales ; d'où l'on peut 
conclure que. à l'époque byzantine, elle appartenait probablement 
à une église chrétienne, actuellement rasée. 

En dehors du village s'étendait jadis, sur un emplacement beau- 
coup moins restreint, la ville à laquelle il a succédé. Mais il est 
onze heures, et les rayons de plus en plus dévorants du soleil 
me forcent d'interrompre mes recherches et de rentrer au halak. 
Mon thermomètre, placé à l'ombre dans la chambre où M. Bianchi 
m'offre l'hospitalité, et où un courant d'air est établi, marque qua- 
rante degrés centigrades. 



CHAPITRE XL — EL-A'RICH. 243 

Vers les cinq heures du soir, je vais rendre ma visite au gou** 
vemeur. Il me propose une promenade jusqu'au bois de palmiers 
qui borde, près de son embouchure, les rives de TOued el-A nch. 
Tous les bachibouzouks qui forment la petite garnison du fort 
doivent laccompagner. J'accepte volontiers son invitation , et bien-*- 
tôt tout le monde est à cheval : le gouverneur seul est monté sur 
un dromadaire coureur, dont les formes sveltes et gracieuses ac-> 
cusent.une grande agilité. Effectivement rien n égale la rapidité 
de son allure. II semble pisser légèrement plutôt qu'il ne marche 
sur le sable, défiant les coursiers les plus ardents, lesquels, sur ce 
terrain mobile, qui n'offre pas une surface ferme à leurs pieds, ont 
beaucoup de peine à le suivre. 

Une fois parvenus dans le lit desséché de Yaued^ qui peut avoir 
cinq cents pas de large en cet endroit, tous les cavaliers s'arment 
Ae branches flexibles , enlevées aux palmiers qui s'élèvent le long 
du torrent, et ils se livrent, avec un entraînement qui devient 
peu à peu une sorte d'ivresse, au jeu du djerid. Ce jeu consiste i 
se poursuivre les uns les autres de toute la vitesse des chevaux, 
en se lançant réciproquement ces traits inoffensifs, que l'on tâche 
d'éviter; et comme en arabe le mot o^^ , djeridf signifie une palme, 
une baguette de pabnier, on a donné au jeu en question le nom 
qu'il porte. 

Au bout de trois quarts d'heure de courses et d'évolutions effiré- 
nées, hommes et chevaux ruissellent de sueur; ceux-ci sont tout 
haletants et blancs d'écume; seul le dromadaire du gouverneur 
pourrait fournir encore des courses nouvelles. 

Nous reprenons alors la direction d'Ël-A'rich, mais par une 
route différente et en côtoyant d'abord le bord de la mer, ce qui 
me permet d'étudier l'emplacement de l'ancienne marine de Rhi- 
nocoloura. A proprement parler, aucune baie naturelle et aucune 
digue artificielle ne dessinent sur cette côte l'enceinte d'un véri- 
table port; il n'y avait là qu'une rade, ouverte à presque tous les 
vents. 

Non loin du rivage, au milieu d'un bois de palmiers, on re- 

16. 



244 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

marque des magasins, aujourd'hui en ruine, qui avaient été cons- 
truits par Ibrahim-Pacha pour l'approvisionnement de son armée. 

A huit heures du soir, nous sommes de retour au kala'h. 

Le lendemain, i*' juin, à six heures du malin, je parcours de 
nouveau le village d'El-A'rich , et je vais examiner ensuite les ruines, 
ou, pour mieux dire, remplacement de lantique cité de Rhino- 
eoloura. Celle-ci était beaucoup plus considérable que le village 
actuel, qui, avec le kala'h, parait occuper le centre de 1^ ville 
primitive. Toutes les anciennes constructions ont disparu , les ara- 
sements mêmes n en sont plus reconnaissables : le sable a tout 
envahi et tout recouvert. On rencontre seulement en quantité 
innombrable de petits fragments de poterie épars de tous côtés, 
et, là où le sol est plus compacte et résiste davantage aux pieds, il 
est à croire que Ton marche sur des amas de décombres, qui ont 
exhaussé et affermi le terrain. 

Au sud-ouest du village actuel , la ville antique se rapprochait 
de la mer, qui, autrefois, sans doute, battait presque ses remparts, 
ou, du moins, en était très-rapprochée. 

Les cinq puits qui alimentent d'eau les habitants sont saumâ- 
très, à l'exception d'un seul; un sixième puits, aujourd'hui com- 
blé par le sable, est entouré à son orifice de quatre colonnes de 
marbre , et un bouquet de palmiers Tavoisine. 
- A neuf heures, je rentre au kala'k. M. Bianchi m'apprend que 
la quarantaine doit être prochainement transportée à Ël-Kantarah, 
sur les bords du canal de Suez. Lorsque ce changement aura été 
accompli et qu'El-A'rich aura perdu la quarantaine , ce poste per- 
dra alor9 le peu de vie et d'importance qu'il garde encore, et le 
canal de Suez deviendra la véritable frontière politique et com- 
mierciale de l'Egypte , du côté de la Palestine. 



HISTOIRE DE RHINOGOLOURA. 



S'il faut en croire Diodore de Sicile \ Rhinocoloura aurait été 

* Diodore de Sicile, I; lx. 



CHAPITRE XL. — HISTOIRE DE RHINOCOLOURA. 245 

fondée par Actisaues, roi d'Ethiopie, qui s'empara de l'Egypte sur 
le roi Amasis. Il y envoya tous les criminels de ses Etats, auxquels 
il avait fait couper le nez, et de là serait venu le nom de cette ville : 

ATTorefiànf S* œùtSv tovç iwxrfipasy xœttpxiazv iv toU éaj(ohoiSTvs éprffiov 
Xfi^paSf Kslaas iireiXiii ti^v àith tov crvfntleipLoros tôûv olxtitàponf Vtvox&kovpa 
ispoaayopeuOsîaap (fiîye^ x6\ovpoi) ' aSrri Se xeifiévui 'Cfpbs toÎs fuBopiots jiis 
AlyvTrlov xoà ^vplasj ov (lotxpàv tov "Brapffxovrot alytaXoS, ^dvtanf (rj^iSov 
t&v ^pb$ àvBpùmlvrtv Siourav dvtixôvrcûv êt/lépriTOu * tsTepis^^i yàp aùrrlv 
Xoipa 'Oktipriç dkfivpiSos, êvrbs Se rov rei^ovs b\lyov è</l\v CSùJp êv (Ppéaai, 
xoà TOtho Sie(pOap(jLévoVf xa) «ravTsXd!; Tri yevaet "csixpàv, 

crLeur ayant fait couper le nez, il les transplanta aux conGus extrêmes du 
désert, et fonda une ville qui, en raison de ce qui était arrivé à ses habitants, 
fut surnommée Rkinocolmira (nez mutités). Or cette ville, située sur les li- 
mites de rÉgypte et de la Syrie et non loin du rivage, est privée de presque 
toutes les choses qui concernent Tenlretien de la vie humaine ; car autour d'elle 
tout le terrain imprégné est de sel , et, au dedans de ses murs, le peu d'eau que 
fournissent les puits est détestable et d'une grande amertume au goût. v. 

L'historien ajoute que les malheureux habitants de Rhinoco- 
loura, manquant de tout dans ce pays stérile, vivaient de cailles, 
qui s'abattaient en bandes nombreuses sur le rivage et qu'ils pre- 
naient au moyen d'immenses filets tendus le long de la plage. 

Strabon reproduit le même fait et adopte la même étymologie. 

Merc re Tdiav Pa^la Elra Ptvox6\ovpa iwà tôv ela^xicriiévûjv 

ràs pîvas * o&rcâ xakoufiévri • t£v yàp klOiémoav ns énekOàv éitï ti^v 

ÂîyunloPf ivTÏ tov dvcupciv tovs xaxoùpyovSf àiroréfivcjv ràs fiivaSy èvraSBa 
xar^xtaev, (bs ovx iv ht ToXiirlaoïnas dvsXOstv Sià tHv odcf/yvriv rifs S^eci« • 
xa} auTti [dv oSv i} (tirb Tdlvs XvTtpà xa\ dfifJuiSvs ' ht Se (lâXXov è^e^rjs ^, 

ff Après Gaza on rencontre Raphia Puis vient Rhinocoloura, ainsi 

nommée à cause de ceux qui y furent transportés pour Thabiter, et dont les nez 
étaient coupés. Un conquérant éthiopien , ayant envahi TEgypte, au lieu d'y 
mettre à mort les malfaiteurs, leur fit couper le nez et les établit en cet endroit, 
dans la pensée qu'ils n'oseraient plus en revenir, par honte de l'aspect hideux 

* Il y a ici une lacune d un mot qu'on d'Etienne de Byzance que je citerai tout 
peut suppléer par celui de Tjxpùmjpia- à Fheure. 
(Tnévùïp, qui se trouve dans un passage * Strabon, l. XVI, p. 59a. 



U6 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

qu'ils prëseotaient. Toute la contrée, à partir de Gaia, est tnste et sablon* 
lieuse; mais celle qui suit Test encore davantage, n 

De même, dans Etienne de Byzance nous lisons : 

frRhinocouroura, ville d'Egypte, ainsi appelée k cause des habitants qui y 
furent établis autrefois et dont le nez avait été mutilé. ?> 

Sénèque attribue cet acte à un roi de Perse et place en Syrie 
la ville en question : 

Sicut rex Persarum totius populi nares recidit in Syria : inde Rhinocolura 
loci nomen est^. 

(r Cest ainsi qu'un roi de Perse a fait couper le nei à tout un peuple en Syrie : 
de là le nom de la ville de Rhinocoloura. yt 

Le nom de cette ville est écrit dans les auteurs anciens de dif- 
férentes manières, tantôt cest PêvoxdXovpa, tantôt Pivoxépovpaj 
tantôt enfin Pivoxovpovpa. Dans ces deux derniers cas, Tétymo- 
logie, au lieu d'être pives xdXovpoi (nez coupés), est pTvas xeipeiVy 
pris dans le sens de réfiveiv (retrancher les nez). Il est impossible 
de croire cependant que la ville ait porté dès le commencement 
une dénomination grecque , ayant été fondée par un roi éthiopien 
et peuplée d'Egyptiens et d'Arabes. Seulement les Grecs, à une 
époque postérieure, auront remarqué dans le nom par lequel on 
la désignait les racines de deux mots qui se retrouvent dans leur 
propre langue, et ils auront alors probablement forgé l'histoire ra* 
contée par Diodore, comme explication de l'étymologie prétendue 
de ce nom. 

La ville étant égyptienne , il est présumable que la désignation 
quelle portait Tétait également, et, dès lors, il faut trouver une 
autre étymologie, dont je laisse la recherche aux égyptologues. 

Dans YOnomastican^ au mot Pivoxovpovpa, Ëusèbe s'exprime 
comme il suit : 

Ptvoxoupovpa^ naatas, ^6Xt§ Afyunlov. 

' Etienne de Byzance, iv i^atott. — ' Sénèque, De tra, III, xz. 



CHAPITRE XL. — HISTOIRE DE RHINOCOLOURA. 247 
Passage que saint JérÀme traduit et commente ainsi : 

Rhinocorura , civitas iEgypii cujiis meminit Isaias. Sciendum autem quod 
hoc Yocabuium în libris hebraicis non habetur, sed a Septuaginta Interpretibus 
propter noiitiam ioci additum est. 

Plus loin, au mot Sicjp, Eusèbe ajoute : 

Cette Star qui regarde FÉgypte ne serait-eHe pas, par hasard, la 
ville qui s'élevait près du torrent Sihor ou Chikor^ mentionné plu- 
sieurs fois dans la Bible, aujourd'hui Y Oued eUA'rich; et de même 
que, actuellement, le village d'El-A rich porte le nom de Youed au 
sud duquel il est situé, la ville antique qui occupait le même em- 
placement a pu également être désignée par la même dénomina- 
tion que le torrent qu'elle avoisinait. 

Dans ce cas, Rhinocoloura et Siôr, en hébreu CAiW, seraient 
deux noms différents d'une seule et même ville, l'un égyptien, 
l'autre hébraïque. 

Josèphe mentionne plusieurs fois cette place, qu'il appelle Pivo- 
xovpovpa : 

H6Xets eixov ol lovSaioi isrpè^ Q-àkdlatTp yàv ^Tpéxcavo^ IltSpyoy, \isok^ 

Dans l'Itinéraire d'Antonin , elle est marquée à vingt-deux milles 
de Raphia, distance trop faible de dix milles. 

A l'avènement du christianisme , Rhinocoloura eut un siège épi»- 
copal, qui dépendait de l'archevêché de Péluse. Sozomène^ parle 
d'un certain nombre d'hommes pieux qui y vécurent. 

A l'époque des croisades , elle était détruite et inhabitée , et elle 
est, à diverses reprises, citée, dans les auteurs du temps ^, sous le 
nom de Loris, corruption évidente du nom arabe El-A'ricL 

Baudoin I^, roi de Jérusalem, y mourut en 1 118, au retour 

* Josèphe, Antiquités judaiques, XIII, * Histoire ecclésiastique , VI,xxxi. 

XV, S *; XIV, XIV, Sa. — Guerre des ^ Willelm. Tyr. XI, xxxi; XII, xxiii; 

Juifs, I, XIV, S â ; IV, xi, S 5. XIX, xiv; XXI, xx. 



248. DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

d'une expédition en Egypte. Ses entrailles furent enterrées près de 
la ville. Un tas de pierres amoncelées sur un tertre porte encore 
le nom de Hadjeret Berdaouily cKs^i^ «v^ (la Pierre de Baudoin), 
les musulmans, en passant devant ce tombeau, ayant l'habitude d'y 
jeter une pierre, comme pour insulter la sépulture d'un ancien 
ennemi, jadis si redoutable, de la religion de Mahomet. Quant au 
corps de ce prince, il fut embaumé et rapporté à, Jérusalem, pour 
y être déposé dans un sarcophage , au pied du Golgotha , au milieu 
de l'église du Saint-Sépulcre. 

El-A'rich se releva ensuite un peu de ses ruines et reprit une 
certaine importance, à cause de sa position à l'entrée du désert. 

A la fin du dernier siècle, le 9 février 1799, ^^ général Régnier, 
formant l'avant-garde de l'armée de Bonaparte, qui d'Egypte al- 
lait envahir la Syrie, s'empara du village d'El-A'rich, après avoir 
éprouvé une assez vive résistance de la part des habitants et d'un 
détachement considérable des troupes de Djezzar-Pacha et d'ibra- 
him-Bey. 

Maître du village , il essaya de pratiquer une brèche dans une 
des faces du fort 'avec des boulets de huit ; mais comme le parc 
d'artillerie n'était pas arrivé, manquant bientôt de munitions et 
de projectiles, il dut se borner à bloquer étroitement la place. 
• Cependant Ibrahim-Bey en personne accourait au secours de la 
garnison, et, le i/i du même mois, il vint établir son camp sur un 
plateau qui domine au nord l'Oued el-A'rich. Le même jour, heu- 
reusement, Kleber, avec le gros de sa division, rejoignait Régnier, 
et, le lendemain, l'armée d'Ibrahim essuya une déroute complète 
sur les bords et dans le lit de ce torrent, qui fut jonché de ca- 
davres. 

Profitant de cette victoire, les deiïX généraux français firent de 
nouveau battre en brèche, le 16, les murailles du fort, et commen-^ 
cèrent quelques travaux d'approche. 

Le 17, Bonaparte arriva devant El-A 'rich, et," le 18, toute l'ar- 
mée expéditionnaire était réunie autour de la citadelle. Une partie 
de l'artillerie de position fut aussitôt mise en batterie pour en fou- 



CHAPITRE XL. —HISTOIRE DE RHINOCOLQURA. 249 

droyer les murs, et, dès que la ))rèche fut praticable, Bonaparte fit 
sommer le commandant de se rendre. La garnison, qui se montait 
à quinze cents hommes, capitula, et, le 19* il fut convenu qu'ils 
pourraient tous sortir avec leurs armes, mais en laissant leurs che- 
vaux , leurs approvisionnements et Tartillerie. Us devaient se di- 
riger vers Bagdad , par le désert , et s'engageaient à ne point servir 
dans larmée de Djezzar avant une année révolue. 

L'armée française, après la reddition d'El-Arich, resta deux 
jours campée en cet endroit, pour se remettre un peu de ses fa- 
tigues , et Bonaparte , ayant donné l'ordre de réparer les ouvrages 
défensifs du fort, y laissa une garnison avant de poursuivre sa 
marche vers Gaza , Jaffa et Saint-Jeàn-d'Acre. 

Le funeste échec qu'il subit devant cette dernière place et les 
graves événements qui surgirent en Europe le forcèrent, malgré 
la brillante victoire du mont Thabor, de quitter la Syrie et de 
repasser en Egypte. Ce fut le a juin qu'il traversa de nouveau 
El-A'rich, et, convaincu plus que jamais de l'importance de ce 
point des frontières égyptiennes, il ordonna d'en augmenter les 
fortifications et de l'approvisionner amplement de munitions et 
de vivres. 

Six mois plus tard, comme on le sait, la garnison française qui 
défendait ce fort, travaillée par le découragement et par la trahi- 
son , fut presque entièrement massacrée par les Turcs , et ce fut là 
que, le s 4 janvier 1800, fut signée, après de longs pourpariers, 
la triste et déplorable convention si connue sous le nom de con- 
vention d'El-A'rich , par laquelle les Français s'engageaient à éva- 
cuer l'Egypte. 

RETOUR X KHAN TOUNÂS. 

A quatre heures de l'après-midi, je me remets en marche dans 
la direction de Gaza. 

A sept heures , le soleil se couche et descend lentement dans la 
mer avec une grande majesté ; à l'orient se lève en même temps la 
lune, qui est alors dans son plein. Ce double spectacle simultané 



350 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

est partout admirable; mais, dans ie désert, il emprunte à la soli- 
tude qui vous environne de toutes parts une solennité nouvelle. 
Nous saluons avec joie l'apparition de Tastre des nuits, dont le 
doux éclat, en argentant rimoiense surface des sables qui se dé- 
roulent au loin devant nous, illumine la route que nous avons à 
parcourir, sans l'embraser, comme le soleil , de rayons étincelants. 

A dix heures trente minutes du soir, nous atteignons Youaly du 
Cheikh Zouteddy où nous faisons halte pour laisser reposer nos che- 
vaux et goûter nous-mêmes quelques heures de sommeil. La source 
que nous avions découverte en venant est malheureusement 
tarie, à la suite probablement du passage d'une caravane, et nous 
cherchons vainement un autre filet d'eau au milieu des dunes qui 
ondulent à notre gauche. Nos pauvres bétes, après une marche si 
pénible, gémissent de ce contre-temps inattendu; mais il faut bien 
à la fin qu'elles se résignent, comme nous le faisons nous-mêmes. 
La nuit, d'ailleurs, est incomparable de sérénité et de fraîcheur, 
et le silence le plus absolu règne autour de nous. 

Le 3 juin, à trois heures du matin, nous poursuivons notre 
route, et, à cinq heures, nous désaltérons nos chevaux au puits 
de Raphia. Plusieurs Bédouins y puisent en même temps que nous, 
et ils chargent de cette eau précieuse, recueillie dans de grandes 
jarres noires, une dizaine de chameaux, qui doivent la transporter 
à une dizaine de kilomètres de là, vers l'est, dans leurs douars 
respectife. 

A cinq heures trente minutes, nous nous remettons en marche; 
à six heures quarante-einq minutes, nous sommes de retour à Khan 
Younès. 



CHAPITRE XLI. — BENI-SELEH. 251 



CHAPITRE QUARANTE ET UNIÈME. 

NOCVKL EUMBN DB KHAN YOUNib. BKNI-SBLEH. UIRBBT DMBTl. — 

UIRBBT GHOUBANBH. OUBD RHAZZBH. QUELQUES RUINES SANS NOM. 

RETOUR X GAZA. 



NOUVEL EXAMBN DE KHAN YOUNÉS. 

Nos chevaux étaient trop fatigués pour ne pas obtenir un jour 
entier de repos. Je consacre cette journée à revoir en détail Tinté- 
rieur du château et le bourg de Khan Younès. Plus j'eiamine cette 
localité, plus je me convaincs, vu le nombre considérable de débris 
antiques que j'aperçois partout employés dans des constructions 
modernes ou même gisants sur le sol, que la bourgade actuelle, 
de création musulmane, sans doute, s'est élevée sur remplacement 
et avec les restes d'une ancienne ville. Or, malgré les arguments 
invoqués par Stark, si cette ville n'est point celle d'Ienysus, 
j'ignore complètement quelle elle a pu être. 

BENI-SELBH. 

Le 3 juin , à quati*e heures cinquante minutes du matin , nous 
prenons, au sortir de Khan Younès, la direction du nord-est. 

A cinq heures quinze minutes, nous arrivons à Bêni^khf 
âLm <^. Situé sur une ùjhle éminence , ce village est divisé en plu- 
sieurs hameaux, peu éloignés les uns des autres, dont 1 ensemble 
forme une population de treize cents habitants. Les maisons sont 
construites en briques crues ou en menus matériaux de toutes di- 
mensions. Dans la cour de deux d'entre elles, j'observe plusieurs 
fats de colonnes antiques mutilées. Des plantations de tabac envi- 
ronnent le village. 



252 , DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



KUIRBET DMETI. 



Notre direction devient eni^uite celle du nord. 

A six heures trente minutes , nous franchissons le lit desséché de 
Youed qui se jette dans la mer, un peu au sud de Deir el-Belahh, 
sous le nom de Selga. 

A six heures cinquante-cinq minutes, à dix-huit cents mètres en- 
viron vers l'est de Deir el-Belahh , nous traversons le Khirbet Dmeti, 
(^j^ s^j^i restes d'un village complètement détruit, au milieu de 
champs cultivés ou de touffes de broussailles. Un vieil acacia mi- 
mosa y ombrage la tombe d'un santon , vénéré sous le nom de Cheikh 
Merazin. Près de cet oualyy je remarque un fût brisé de colonne 
antique de marbre gris-blanc. 

KHOIBET CHOUBANEH. 

A sept heures dix minutes, nous poursuivons notre marche vers 
le nord-ouest. 

A huit heures, nous parvenons au Khirbet Choubaneh, iu^ 
Ajlyâ. A huit cents mètres à l'est de la mer, sur un monticule 
sablonneux, dont le sommet est couronné par un bosquet de 
sycomores et d'acacias mimosas, j'observe de nombreux débris 
de poterie et de menus matériaux provenant d'une construction 
presque entièrement démolie. Au bas et autour de ce tertre, il y 
avait peut-être un village antic[ue, dont les traces auront disparu 
sous le sable. 

Dix minutes plus au nord s'élève un aualy, consacré au Cheikh 
AbdnAUah. 

OUED RHAZZEH. 

A huit heures quinze minutes , nous franchissons l'Oued Rhazzeh , 
à l'endroit où il se jette dans la mer. Cet ouedy k son embouchure, 
est dominé, vers le sud, par des collines qui forment sur ce point 



CHAPITRE XLI.— QUELQUES RUINEIS SANS NOM. 253 

une sorte de promontoire haut d'environ vingt-cinq mètres. Une 
barre de sable, que le torrent ne parvient à rompre qu'à l'époque 
des pluies, refoule ses eaux du côté de la terre dans un assez vaste 
bassin elliptique, qui constitue un petit lac poissonneux, profond 
de trois ou quatre mètres dans sa partie centrale. 

QUELQUES RUINES SANS NOM. 

A huit heures vingt-cinq minutes, à douze cents mètres au nord- 
est de l'embouchure de Voued, je remarque, sur les dunes qui 
bordent le rivage, de nombreux fragments de poterie épars sur le 
sable et mêlés à de menus matériaux. Ce khirbet, qui avait échappé 
à mes recherches lors de ma première exploration de cette côte, 
atteste qu'il y a eu là également un établissement antique, dont 
ces débris peu importants sont les seuls restes. Mon guide ignore 
le nom de ces mines, qui sont d'ailleurs peu étendues et ne sem- 
blent avoir appartenu qu'à un simple village. Je persiste di)nc tou- 
jours à placer la ville d'Anthédon au Khirbet es-Sour, dont il a été 
question précédemment et qui est situé un peu plus au nord. 

RETOUR A GAZA. 

Traversant ensuite obliquement les dunes dans la direction du 
nord-est, nous faisons halte à Gaza à neuf heures trente-cinq mi- 
nutes. 



254 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE QUARANTE-DEUXIEME. 

KHIBBBT OUMM BL-HADJAR OU KHIBBBT NASRA. KHIBBBT BL-BBIDJE (tHA- 

BATHA?). KHIBBBT ATBHAOUÎ. OUALY BCH-GHEIKH NBBAN. KHIB- 
BBT OUMM BL-DJEBAR (gBBAb). KHIBBBT BZ-ZBTTAOUÏBH. HISTOIBE 

DB GBBAB. KHIBBBT BL-KHABSA. KHIBBBT DJBDBIDBH. AD- 

JOUAR. 



KHIBBBT OUMM BL-HADJAR. 



Avant de me rendre à Beit-Djibrin, Tancienne Éleuthéropoiis, 
j avais formé le projet, ihalgré les chaleurs toujours croissantes de 
la saison, d explorer le désert de Djerar, d'El-Khalasah et de Bir 
es-Seba\ où les Bédouins m avaient signalé lexistence de ruines 
nombreuses. Ne voulant pas laisser derrière moi ces ruines peu 
connues ou même complètement ignorées des voyageurs, sans les 
avoir visitées, je traitai devant le mout^ellim de Gaza, Mustapha- 
Bey, avec l'un des principaux cheikhs de la tribu des Hanadjereh, 
l'une des cinq tribus nomades qui errent dans ce désert. Il m'était 
impossible, en effet, de m'aventurer, avec les deux bachibouzouks 
qui me servaient habituellement d'escorte, dans ces vastes solitudes, 
où l'autorité des pachas est à peine reconnue. 

J'employai la journée du U juin à cette petite négociation et à 
divers préparatifs. 

Le lendemain , 5 juin , à cinq heures quarante-cinq minutes du 
matin, Salem Abou-Hadjadj (tel est le nom du cheikh en question 
de la tribu des Hanadjereh) arrive avec l'un de ses neveux, autre 
cheikh de la même tribu et appelé Neban. Ils sont montés l'un et 
l'autre, principalement le cheikh Salem, sur d'admirables juments, 
qu'ils manient avec une rare dextérité, et ils portent chacun, outre 
un sabre et des pistolets, une de ces lances qui, par leur extrême 



CHAPITRE XLIL — KHIRBBT ATRHAOUÏ. 355 

longueur, sont lemblème du commandement et demandent, pour 
être brandies sûrement, une main ferme et exercée. D'après leurs 
conseils, je simplifie le plus possible mon bagage, afin de moins 
embarrasser ma marche, et surtout afin de moins tenter la con- 
voitise de leurs compatriotes. 

Nous partons bientôt dans la direction du sud-sud-ouest , puis du 
sud, en laissant à notre gauche le Djebel el-Mountar. 

A six heures vingt minutes, nous passons devant des ruines ap- 
pelées Khirbet Oumm el-Hadjar, j\d\ Il kfj^ ; elles sont connues aussi 
sous le nom de Nasray 1^, qui est regardé par les Bédouins comme 
celui que cette localité portait autrefois. Il y avait là un vdlage, 
aujourd'hui entièrement détruit , «t sur l'emplacement duquel on 
remarque de nombreuses excavations, pratiquées pour extraire les 
pierres des fondations; ce qui explique la dénomination A' Oumm 
el-Hadjar (Mère des Pierres), donnée communément aujourd'hui 
à cet endroit. 

KHIRBET BL-BRIDJE. 

A sept heures, nous franchissons l'Oued Rhazzeh. 

A sept heures cinq minutes, un amas de menus matériaux sur 
un plateau peu élevé m'est désigné sous le nom de Khirbet el- 
Bridje, ^\ ib^. 

KHIRBBT VTRHAOUÏ. 

Nous inclinons alors vers le sud-sud-est, et bientôt nous ren- 
controns d'autres ruines sur les bords de l'Oued Rhazzeh ; on les 
appelle A%ftr6eM(r&aotfî, (53^ '^i^* Quelques pierres éparsessont 
les seuls vestiges d'un village presque entièrement effacé du sol. 
Un ancien puits, creusé dans le lit de Y oued, porte le nom de Bir 
Aîrtuwui. 

Sozomène mentionne au midi de Gaza , près d'un torrent c[ui se 
jette à la mer, et à la distance du rivage d'environ vingt stades, 
un village appelé Thabatha, Baêodà, qui était la patrie de saint 
Hiiarion. 



256 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Tovrqi Se ^œrpU fJtiv }fv SaSoBà xéfifif t^pè^ virov Se Td^fiç xetfiépn "Bfapà 
rbv x£i|ua|3fk>t;vy &ç in\ â-dXaaffûtv rৠéfiJSoXàs fyfiw èwix^plcûç àn^ eairifç T91? 
Xûifins rijv inojvviiiap Ihxêe, êv êpvffjup TÔnq) vfapà â^^Xoaaov, d(i(p\ rà ehtwri 
aldSia riis aùrov xoifirfs Si$(/lâTi ^ 

Saint Jérôme, au commencement de la Vie de ce saint, cite ce 
même village, quil place à cinq milles au sud de Gaza. 

Hiiarion, ortus vico Thabatha^, qui circiter quinque millia a Gaza, urbe 
Palœstinœ, ad austrum situs est, cum haberet parentes idolis deditos, rosa, 
ut dicitur, de spinis floruit. 

En combinant ces deux données de Sozomène et de saint Jérôme, 
on arrive, pour l'emplacement de Thabatha ou Tabatha, soit au 
Khirbet el-Bridje, soit au Khirbet Atrhaouï. Tous deux sont à cinq 
milles, approximativement, au sud de Gaza, à vingt stades à peu 
près de la mer et sur les bords de l'Oued Rhazzeh, qui est évidem-^ 
ment le torrent dont il est question dans le passage précédent de 
Sozomène. 

D'un autre côté, je l'avoue, il n'y a pas le moindre rapport entre 
le nom actuel de l'une ou l'autre de ces ruines et celui de Thaba- 
tha : mais ce dernier a pu disparaître, depuis tant de siècles, pour 
faire place à une désignation d'origine purement arabe. 

4 

OUALY BGH-<:HBnLH NBBAN. 

Nous poursuivons notre marche dans la direction du sud-sud~est 
et, à sept heures trente minutes, nous parvenons à Youaly du Cheikh 
Nebariy ^Iv ^: Situé sur un monticule peu élevé, il est couronné 
de deux petites coupoles et a succédé probablement à des construc- 
tions antérieures, peut-être à un ancien couvent chrétien. Autour 
de l'enclos qui le renferme s'étend un cimetière musulman, où 
les Arabes des douars les plus rapprochés viennent enterrer leurs 
morts. 

' Histoire ecclésiaMiifpte , ll\ , M\ . — ' D'autres manuscrits portent Ta^fAa. * 



CHAPITRE XLII. — HISTOIRE DE GÉRAR. 257 



KHIRBBT OUMM KL-DJERAR. 



Inclinant ensuite vers l'est-sud-est, nous franchissons de nou- 
veau rOued Rhazzeh, qui serpente en de nombreux replis. 

A sept heures quarante-sept minutes , nous atteignons le A%ir- 
bet Oumm el-Djerar^ jl^jtt It a^^. Les ruines de l'antique cité de 
Gérar, dont le nom presque seul a survécu dans la dénomination 
actuelle de Djerar^ prononcé vulgairement Gerar ou Guerar, sont 
aujourd'hui à peine distinctes, et consistent uniquement en quelques 
citernes et divers tas de pierres éparses au milieu de champs de 
blé. Cette ville était bordée, à l'ouest et au sud, par l'Oued Rhaz- 
zeh , qui ici prend le nom à' Oued Djerar. Les rives de ce torrent sont 
ici presque verticales; assez profondément encaissé, il est actuelle- 
ment à sec. Plusieurs puits ont été jadis creusés dans son lit. On en 
compte en cet endroit cinq principaux; le plus voisin d'Oumm el- 
Djerar s'appelle Bir Zaouieh, i^^Vjj^. Construit avec des pierres 
très-régulières, il passe pour fort ancien. 



KHIRBBT BZ-ZBTTAOUIEH. 



Près de là, à l'ouest d'Oumm el-Djerar, quelques arasements de 
constructions presque entièrement démolies me sont désignés sous 
le nom de Khxrbet ezr-ZeUaoutehy iss^l^l i 



HISTOIRE DE G^RAR. 

Gérar, en hébreu Guérar, ina, en grec Fepapa, en latin Gerar ^ 
aujourd'hui en arabe Djerar ^ j\jsm^ , est célèbre comme le premier 
siège de la puissance philistine dans le pays de Kanaan. Les Phi- 
listins, qui, ainsi que nous avons essayé de le montrer, étaient sor- 
tis de l'Egypte, occupèrent naturellement tout d'abord la- partie la 
plus méridionale de la contrée dont les Hébreux devaient plus tard 
s'emparer, et Gérar semble avoir été leur capitale primitive. Elle 

II. 17 



258 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

avait pour roi , à Tépoque où Abraham vint s'y établir, après la des- 
truction de la Pentapole, un prince nommé ÂbimélechK Celui-ci, 
ayant fait enlever Sara , qu'il croyait la sœur de ce patriarche , pour 
l'introduire dans son harem, fut averti en songe de sa méprise, et 
il s'empressa de rendre Sara à Abraham, qu'il combla de richesses, 
en lui permettant d'habiter où il voudrait sur le territoire de ses 
États. 

C'est dans cette région, la GerariUm rêgiô, que Sara mit au 
monde Isaac. C'est de là aussi ou de Bersabée que, plus tard, 
Abraham partit, sur l'ordre du Seigneur, avec son fils Isaac, devenu 
grand, pour aller l'immoler sur le montMoriah, qu'ils atteignirent 
au bout de trois jours de marche. Effectivement, de l'un et l'autre 
de ces deux points on peut, dans ce laps de temps, se rendre h 
Jérusalem. Néanmoins, la distance étant plus grande à partir de 
Gérar, j'inclinerais plutôt pour Bersabée , comme étant le lieu où 
Abraham entendit pendant la nuit la voix céleste qui lui enjoignait 
d'aller sur le Moriah offrir en holocauste son fils unique , et d'où il 
se mit en route avec Isaac et deux de ses serviteurs, pour se diriger 
vers la montagne qui lui avait été indiquée. 

Après la mort d'Abraham, Isaac continua d'abord à demeurer 
dans les environs de Bersabée. Une famine ayant ensuite affligé le 
pays, il résolut de s'acheminer vers l'Egypte; mais Dieu l'avertit 
dans une vision de ne pas abandonner une contrée qui devait un 
jour appartenir à sa postérité, et il alla à Gérar ^. 

A l'exemple d'Abraham, il fait passer sa femme pour sa sœur, 
dans la crainte d'être mis à mort par les habitants du pays , à cause 
de la beauté de Rébecca, s'il avouait qu'elle était son épouse. Mais 
le roi Abimélech, ayant appris la vérité, reproche à Isaac d'avoir, 
par ce mensonge, exposé ses sujets à se rendre coupables envers lui 
et envers sa femme; en même temps, il commande h son peuple, 
sous peine de mort, de respecter l'honneur de Rébecca. Isaac, dé- 
livré de toute crainte, se fixe sur le territoire de Gérar et s'y livre 

* Genèse, c. xx. — * Ibid. c. xxvi. 



CHAPITRE XLII. — HISTOIRE DE GÉRAR. 259 

aux fioins de ! agriculture. Grâce à la bénédiction du ciel, tout lui 
réussit; ses biens deviennent bientôt si considérables, qu^il excite 
contre lui la jalousie des habitants, et ceux-ci, par envie, comblent 
tous les puits qu'Abraham avait creusés. Abimélech lui-même or- 
donne à Isaac de se retirer, comme étant devenu trop riche et trop 
puissant. Isaac s'éloigne et débouche, dans le lit du torrent de Gérar, 
d'autres puits, que les serviteurs de son père avaient pratiqués et 
que les Philistins, après sa mort, avaient remplis de terre; mais ses 
bergers se voient repousser par ceux de Gérar, qui prétendent que 
l'eau est à eux. Il va alors à Bersabée. 

J'ai déjà dit plus haut que le lit de YOued Djerar, le Naknl 
Guéran, i^r^m, de la Bible, renferme encore aujourd'hui plusieurs 
puits qui, d'après les Arabes, dateraient de l'antiquité la plus re- 
culée. 

Abimélech, se repentant d'avoir chassé un homme qui sem- 
blait l'ami et le privilégié du Seigneur, se rend avec son général 
Phichol à Bersabée, pour se réconcilier avec Isaac et contracter une 
nouvelle alliance avec lui. 

fc Tout ce récit, dit M. Munk \ offre tant d'analogie avec ce que 
la Genèse raconte de l'alliance conclue entre Abraham et Abimé- 
lech, qu'on est disposé à croire que ces deux documents différents, 
dont l'un attribuait à Isaac ce que l'autre faisait remonter jusqu'à 
Abraham, ont une même source. Dans les deux récits, nous voyons 
paraître Abimélech, accompagné du général Phichol, et cependant, 
si l'on admettait la vérité historique des deux récits, il y aurait 
entre les deux événements un espace de cent ans environ. Il faudrait 
alors supposer que l' Abimélech dlsaac n'est pas le même que celui' 
d'Abraham. Nous avons déjà dit dans un autre endroit que Abimé- 
lech (père roi) était le titre des rois de ces contrées. Quant au nom 
de Phichol (bouche de tous), on pourrait le considérer aussi comme 
un titre donné au grand vizir. 'n 

Pour moi, je ne rejette ni l'un ni l'autre des deux récits, et j'aime 
mieux ne pas confondre en un seul ces deux événements, malgré 

* Paleêtrne, p. 109 a. 

17- 



260 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

la ressemblance frappante qui les unit. Seulement, bien que la 
Bible oflre de nombreux exemples d'une très-grande longévité dans 
ces temps reculés, je ne vois aucune difficulté à admettre que, dans 
cette dernière circonstance , je veux dire lors des démêlés qui sur- 
vinrent entre Isaac et le roi de Gérar, démêlés qui se terminè- 
rent par une alliance réciproque, il s'agit d'un roi du même nom, 
il est vrai , mais autre que celui qui traita avec Abraham , la dé- 
nomination d'Abimékchy comme l'observe M. Munk, paraissant être 
le titre héréditaire des rois de ces contrées. 

Les Livres saints ne font plus ensuite mention de Gérar avant 
l'époque d'Asa, roi de Juda. Sous ce prince, une armée innom- 
brable, composée d'Éthiopiens et de Libyens, envahit la Palestine, 
et s'avança jusqu'à Marésa, sous la conduite de l'Ethiopien Zérach. 
Asa marcha au-devant de l'ennemi et lui livra bataille dans la vallée 
de Séphata, près de Marésa. Les hordes immenses de Zérach fu- 
rent battues et poursuivies jusqu'à Gérar par les troupes de Juda, 
qui s'emparèrent de cette ville et de toutes les villes voisines, les 
pillèrent et rapportèrent à Jérusalem un butin considérable. 

9. Egressus est autem contra eos Zara iEthiops cum exercitu suc, decies 
centena millia et curribus trecentis, et venit usque Marésa. 

10. Porro Asa perrexit obviam ei et instruxit aciem ad bellum in valie 
Sephata, quœ est juxta Maresn 

19. Exterruit itaque Dominus iGthiopes coram Asa et Juda; fugeruntqne 
iEthiopes. 

1 3. Et persecutus est eos Asa et populus qui cum eo erat usque Gerara 

1 &. Et percussenint civitates omnes per circuitum Gerarœ ' 

Josèphe, en racontant le même fait, nous apprend, ce que la 
Bible ne dit pas d'une manière formelle, que non-seulement les 
villes situées autour de Gérar tombèrent au pouvoir d'Asa, mais 
encore qu'il s'empara de cette dernière ville elle-même : 

A(péfievoi Se riiç dvatpéa-eekys , énï rtlv Siapitaytiv tùjv ^SXeatv ê^GjptitTav * 
^ Paralipomènes , I. II, c. xiv, v. 9, 10, 1 sm 4. — ' Antiquités judaïques , VIII, xri, S 2. 



CHAPITRE XLU. — HISTOIRE DE GÉRAR. 261 

«rLes Juifs, cessant le carnage, se mirent à pilier les villes, car Gérar était 
prise, fl 

Eusèbe place Gérar à vingt-cinq milles au midi d*Ëleuthéro- 
poHs, au delà du Daroma, et nous dit qu elle donnait son nom à 
la région Gérarilique; il ajoute qu'elle formait jadis, vers le midi, 
la limite du pays occupé par les Kananéens, et que c était une ville 
royale des Philistins. 

répapa, àÇ^ lif vSv xaXerrai li repapmxïj ùnèp rhv ^pojfiàv xeifiévriy 
dné/pvaa ÈXeuOepoitéXsofs arifielois xe ^aphi v6rov. Hv Se rb eaXatbv tgjv 
Xopopaiùw iptov tsphi (leatifiSpiovy xa\ vfoXiÇ ^aatXixri râv OiAio^a/aii/. 

Etait-ce Gérar ou la contrée Géraritique qui se trouvait, par son 
extrémité septentrionale, à vingt-cinq milles au sud d'Eleuthéro- 
polis? Le texte grec aussi bien que la traduction latine de saint 
Jérôme ne me paraissent pas très-nets sur ce point; mais, comme 
la distance qui sépare Beit-Djibrin, Tancienne Ëleuthéropoiis, du 
Khirbet Oumm el-Djerar, jadis Gérar, est au moins de trente milles, 
je pense plutôt qu il s'agit ici de la région à laquelle cette dernière 
ville avait donné son nom , et qui pouvait fort bien , dans sa partie 
septentrionale, se rapprocher davantage d'Ëleuthéropolis. 

Convertie au christianisme, Gérar eut un évèché, qui dépendait 
de la Palestine première, dont la métropole était Gésai*ée. Le ndm 
de Marcianus comme évêque de cette ville se trouve parmi les 
signatures du concile tenu à Ghalcédoine en ii5i. 

Sozomène nous parle d'un monastère florissant de son temps 
dans le torrent de Gérar, ou plutôt, sans doute, sur les bords de 
ce torrent : 

Tijv i» Ytpdpois év t& x^^y^ppV f^^f^W Te xa} iitt(ni[tJOtdtriv ^Xstc/lafp 
dyaBûHv àvSpûh (Tvvoixlop crwea1rf<raro ' . 

ffU fonda à Gërar, dans ie torrent, un grand et célèbre monastère, qui ren- 
fermait une réunion nombreuse d'hommes vertueux.?) 

Je serais disposé à reconnaître remplacement de ce couvent, soit 

' Histoire ecclésiastique, VI, xxxu. 



262 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

au Khirbet ez-Zettaouïeh , soit à Voualy du Cheikh Nehan, dont il a 
été question plus haut, et qui sont l'un et Tautre sur les bords de 
rOued Djerar. Cet oualy^ comme je lai dit, semble avoir succédé à 
une plus ancienne construction; quant au Khirbet ez-Zettaouîeh , 
dénomination qui me parait un diminutif du terme zaouieh (cha* 
pelle, école et couvent), il indique assez par lui-même le caractère 
religieux de rétablissement qui s élevait sans doute en cet endroit. 



KHIRBET EL-KHARS4. 



A huit heures quinze minutes , nous quittons le Khirbet Oumm 
el-Djerar, et, repassant Voued du même nom, nous nous dirigeons 
vers le sud, à travers quelques plantations de concombres, de pas- 
tèques et de tabac. 

A huit heures cinquante minutes , nous traversons un petit oued^ 
appelé Oued eUKharsa, U^ ^1^. Près de ses rives, sur un plateau, 
s'étendent les ruines d'un village dont il ne subsiste plus qu'un 
amas de menus matériaux épars , et connues sous le nom de Khirbet 
el-Kharm, L^j î 



KHIRBET DJEDEIDEH. 

Notre direction est alors celle du sud-est; mais bientôt nous con- 
tinuons à marcher droit vers le sud. 

A neuf heures dix minutes, nous rencontrons les ruines d'un 
autre village; on les appelle Khirbet Djedeidehy îiosi^x» Hy^- ^i\es 
consistent seulement en des débris de poterie dispersés sur le sol. 

ÂDJOUAR. 

Tournant ensuite vers Touest-nord-ouest, nous franchissons de 
nouveau, à neuf heures vingt minutes, TOued Kharsa, et, à neuf 
heures trente minutes, nous faisons halte dans une vallée où sont 
rangées en cercle une trentaine de tentes appartenant à la tribu des 



CHAPITRE XLII. — ADJOUAR. 268 

Hanadjereh. C'est le douar qu'habite le cheikh Saiem Abou^Hadjadj. 
Cette vallée est dominée par un plateau appelé AdjouaVyjiysrS. 

A notre gauche, vers l'ouest, est le village de Deir el-Belahh. 

J'aurais désiré pousser ce jour-là plus avant ; mais , à peine arrivé 
dans son douar, le cheikh , afin de me faire honneur, avait donné 
Tordre à l'un de ses gens de tuer un mouton , et il m'avait invité à 
un festin patriarcal, auquel devaient prendre part les principaux 
cavaliers du douar. J'avais trop l'habitude des mœurs arabes pour 
refuser cette invitation, ce qui aurait pu, dès le début, indisposer 
le cheikh contre moi, et je profitai de ce repos forcé pour tirer de 
mes hôtes tous les renseignements qu'ils purent me fournir sur la 
contrée que j'allais explorer. 



264 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME. 



> 



KHIRBET SEMBEA . TELL DJEMMA. KHIRBET DJEMHA. KHIRBBT BS- 

SLATEB. - — KHIRBET ARHILTA. KHIRBET CHELLAL. KHIRBET DJELLAL. 

TELL EL-FARAH. — KHIRBET KOUYEFIRBH. KHIRBET RHALALET RA- 

GHED. KHIRBBT ASNY. KHIRBET EL-KHALASAH, JADIS ^LUSA. 

HISTOIRE D'ÉLUSA. HALTE DANS UN DOUAR DES a'zASHEH. 



KHIRBET SEMBEa'. 



Le 6 juin, à cinq heures vingt minutes du matin, nous nous 
mettons en marche dans la direction du sud-est. 

A six heures , nous arrivons au Khirhet Sembea\ ^f«w îbj^ , vil- 
lage complètement renversé, au milieu dun champ de blé. 



TELL DJEMMA. 



Notre direction s'incline alors vers Test-sud-est. 

A six heures vingt minutes, une colline qui se dresse devant 
nous m'est désignée sous le nom de Tell Djemmay Ur Ja. Cette 
colline, dont le sommet forme un plateau oblong, jadis peut-être 
fortifié, est couverte de débris de poterie et de menus matériaux 
épars. Elle domine de quatre-vingts mètres environ le fond de 
rOued Rhazzeh, qui serpente au pied de son flanc septentrionsd et 
la sépare du Khirbet Oumm el-Djerar, situé à quatre kilomètres 
plus au nord. 

La tribu des Hanadjereh promène ses tentes à l'est et à Touest 
du Tell Djemma, jusqu'auprès des vergers de Gaza ; au sud de ce 
même telly campent les Térabin. Ces deux tribus réunies comptent 
deux mille fantassins et quinze cents cavaliers. 



CHAPITRE tUII. — KHIRBET GHELLAL. 265 



KHIRBET DJEMMA. 

Notre direction continue à être celle de l'est-sud-est. 

A six heures vingt-six minutes, nous rencontrons sur un plateau 
les vestiges d'un village entièrement rasé. On les appelle Khirbet 
Djemma, ùr j^^à.. 

KHniBET ES-SLAYEB. 

Nous marc;hons ensuite vers le sud; puis, à sept heures, nous 
inclinons vers le sud-est. 

A sept heures vingt minutes, quelques ruines peu importantes, 
qui recouvrent un monticule, au midi de TOued Rhazzeh, me sont 
signalées sous le nom de Khirbet es-Slayehy <^MjiaJI a^^. 

KHIRBET ARMILTA. 

Tournant alors vers l'est, nous franchissons TOued Rhazzeh. Les 
rives en sont, sur ce point comme en beaucoup d'autres, profon- 
dément ravinées par les pluies d'hiver. 

A sept heures trente minutes, j'aperçois, sur deux petites collines 
séparées par une faible dépression du sol , les traces d'un village 
détruit. Ces ruinés s'appellent Khirbet Armilta, UJu^l î^j^. 

KHIRBET CHBLLAL. 

Après avoir cheminé jusque-là , depuis Gaza , à travers une con- 
trée accidentée , où la culture , sans être riche ni abondante , n'a pas 
néanmoins manqué , nous voyons maintenant s'étendre au loin de- 
vant nous un vaste plateau , généralement uni , où les semences ont 
été complètement dévorées, cette année, par une quantité innom- 
brable de mulots. Le sol est partout perforé par ces myriades de 
petits rongeurs , dont les ravages ont réduit à la misère plusieurs 
tribus; et nos chevaux trébuchent, à chaque pas, sur un terrain 



266 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

miné de toutes parts. Des troupeaux de brebis et de moutons , con- 
duits par des jeunes pâtres à demi nus, errent çà et là, cherchant 
une maigre et rare nourriture sur ce plateau dévasté. 

Notre direction est celle du sud-sud-^st. 

A huit heures vingt minutes, nous faisons halte sur les bords de 
rOued Rhazzeh. Le lit en est sillonné, en cet endroit, par plusieurs 
ruisseaux , qu'alimentent trois sources qui tombent en cascade ; ce 
qui a fait donner à ce lieu le nom de CheUal, Jy^â (Chutes d eau). 
Une foule considérable de Bédouins, avec leurs bestiaux, leurs cha- 
meaux, leurs ânes et leurs chevaux, encombrent ce point de Youed 
et assiègent tumultueusement ces sources précieuses. Nous avons 
beaucoup de peine à nous ouvrir un chemin à travers cette masse 
compacte et bruyante , pour aller abreuver nos chevaux , qui se 
précipitent avec une sorte de fureur vers cette eau si désirée. Elle 
est toute trouble , polluée et piétinée qu'elle est par tant d'hommes 
et d'animaux. Mais, sous ce rapport comme sous beaucoup d'autres, 
les Bédouins sont peu difficiles; et leurs animaux, encore moins. 
Après s'être bien désaltérés eux-mêmes, ils emplissent à l'envi de 
cette eau noirâtre de grandes jarres, pour les reporter, à dos d'ânes 
ou de chameaux , dans leurs douars respectif. La chaleur d'ailleurs 
est si intense et l'eau est si rare dans le désert, que je ne puis 
résister, à mon tour, à la tentation d'en humecter mes lèvres des- 
séchées. 

Je vais ensuite examiner les débris de deux villages qui cou- 
ronnent deux monticules, à droite et à gauche de Youed y et qui 
s'appellent pareillement Khirbet CheUaly J^Lâ ï^j^. 

Près de l'un de ces monticules, un petit ravin qui débouche dans 
rOued Rhazzeh, non loin des chutes d'eau, porte de même le nom 
d'Oued Ghellal. 

Au moment où nous allions nous remettre en route, nous winines 
rejoints par le principal cheikh des Térabin, personnage riche et 
considérable, propriétaire de nombreux troupeaux, mais dont la 
physionomie est loin de respirer la franchise et la loyauté qui 
brillent sur le visage du cheikh des Hanadjereh ; son nom est Sak- 



CHAPITRE XLIII. — TELL EL-PARAH. 267 . » 

» 

kar Âboo^etteh. Il est aceompagné de plusieurs cavaliers armés, 
et vient savoir quel est l'étranger qui parcourt le territoire de sa 
tribu. 

KHIRBET DJELLAL. 

A midi dix minutes, nous remontons tous à cheval, et, franchis- 
sant rOued Bhazzeh , dans la direction du sud-ouest , nous parvenons 
bientôt à une ruine appelée Khirbet Djellal, J^ii^ i^/^. C'est celle 
d'un simple hameau, qui s'élevait sur les bords du torrent. 

TELL EL-FAHÂH. 

A midi vingt minutes, nof;re direction devient celle du sud, puis 
du sud-est. 

A midi quarante-cinq minutes, nous arrivons au pied d'un tell 
appelé Tell eUFarah^ 'ij\jà\ «>j. Il domine, vers le nord, le lit de 
rOued Rhazzeh d'une hauteur de cent mètres. Son sommet était 
jadis occupé par des constructions, comme l'indiquent de nombreux 
fragments de poterie et quelques grosses pierres éparses sur le sol. 
Peut^tre y avait-il là un poste d'observation; car, du point culmi- 
nant de cette colline, le regard plonge au loin dans le désert et 
suit les nombreux détours du torrent, qui se replie sans cesse sur 
lui-même. Or, il était d'autant plus nécessaire de surveiller cet oued y 
que beaucoup de puits y étaient creusés et que ses rives étaient 
bordées, pour ce motif, d'un certain nombre de villes, de villages 
et de hameaux, comme l'attestent les ruines que l'on y voit encore. 

Aujourd'hui une partie du Tell el-Farah est transformée en 
cimetière, et c'est là que les douars environnants des Térabin en- 
terrent d'ordinaire leurs morts. Tous les tombeaux sont construits 
avec des pierres antiques, trouvées sur place. 

Nous poursuivons notre marche vers le sud-est, et, à une heure 
trente minutes , nous allons demander l'hospitalité à un douar des 
Térabin, qui a dressé ses tentes à une faible distance des rives de 
l'Oued Rhaszeh. 



268 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Ces Arabes se plaignent tous de l'invasion des mulots, qui ont 
ruiné leurs espérances de récolte , en rongeant les semences qu'ils 
avaient confiées à la terre, dans les parties du sol qu'ils avaient 
cultivées. 



KHIRBET KOUTEFIREH. 



Le 7 juin, à cinq heures vingt-deux minutes du matin, nous 
prenons la direction de l'est. 

A cinq heures trente-cinq minutes, après être repassés sur la 
rive droite de l'Oued Rhazzeh, nous cheminons vers le sud-est, puis 
vers le sud. 

A six heures , nous rencontrons une ruine peu considérable , qui 
couvre un monticule au nord de Vaued; elle est connue sous le nom 
ieKhirbet Kouyefirehy ëyÂ^^ ioj^. 

Une autre ruine , voisine de celle-ci et sans importance également, 
m'est désignée sous la même dénomination. 



KHIHBET RHALALET RAGHED. 



Nous longeons alors, vera l'est, sur notre droite, l'Oued Rhazzeh. 
A six heures quarante-cinq minutes, notre direction incline vers le 
sud-sud-est. 

Le cheikh des Hanadjereh me signsde, chemin faisant, deux 
plantes qui servent, quand elles sont réduites en cendre, à la fabri- 
cation du savon; les Bédouins appellent l'une adjereniy et l'autre 
serr. 

A six heures cinquante-cinq minutes, nous recommençons à 
marcher droit vers l'est. 

A sept heures, nous rencontrons, au pied et au sommet d'un 
monticule arrondi , quelques tas de décombres auxquels est attaché 
le nom de Khirbet MaUdet Rachedy ù^\j ii"^ ib^. 

Nous sommes sur le territoire de la tribu des A zasmeh. 

A sept heures dix minutes, nous faisons hsdte, beaucoup plus 
longtemps que je ne l'aurais voulu , dans un douar appartenant à 



CHAPITRE XLIII. — KHIRBET EL-KHALASAH. 269 

cette tribu; mais les A'zasmeh, pour fraterniser avec les Hanadje- 
reh et les Térabin qui m'accompagnent, s'empressent d'amener 
un mouton; et Tun d'eux, aiguisant son yataghan, égorge sous nos 
yeux la pauvre bète, qui se débat un instant dans les convulsions 
de la mort; puis elle est cuite à petit feu, à la grande joie de mon 
escorte, qui s'en repaît avidement les yeux, en attendant qu elle 
puisse s'en partager les morceaux. 

KHIRBET ÂSNT. 

A midi quinze minutes seulement, nous nous remettons en 
marche , dans la direction du sud-sud-est. 

A midi quarante minutes , nous franchissons Tun des affluents de 
rOued Rhazzeh; il est peu considérable. Les rives en sonttuffeuses 
et blanchâtres. 

A midi quarante-huit minutes, nous retrouvons TOued Rhazzeh. 
Je remarque quelques ruines sur les collines composées de tuf et 
de craie qui bordent le torrent en cet«ndroit; on les nomme Khir- 
bet Amyy (^\ ^j^- 

Autour de cinq à six trous peu profonds , creusés dans le lit de 
Y oued et où Teau affleure, se pressent de nombreux Bédouins, appar- 
tenant à différentes tribus, et notamment à celle des A'zasmeh. Une 
multitude de chameaux attendent impatiemment leur tour d'être 
abreuvés. 

Nous franchissons le lit de ï(med et, quelques centaines de pas 
plus loin, nous parvenons à YOued Khalamk, s.éo'^^ ^i^, près de son 
confluent avec TOued Rhazzeh. 



KHIRBET EL-KHALASAH. 



L'Oued Khalasah peut avoir en cet endroit soixaate mètres de 
large. Nous descendons dans son lit, qui est rempli de gros cailloux 
et de pierres à feu , et nous y marchons quelque temps dans la di- 
rection du sud-est; puis, remontant sur sa rive droite, nous le cô- 



270 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

toyons un instant. Mais bientôt il s'éloigne de la route que nous 
suivons , qui est alors celle de Test-sud-est. 

A trois heures, nous inclinons davantage vers le sud. 

A trois heures vingt minutes, nous rejoignons la rive droite de 
rOued Khalasak , et , à trois heures trente minutes , nous atteignons 
des ruines très-étendues, appelées Khirbet eUKhalasahy îJo^ *i^' 

Ces ruines occupent, sur la rive droite et au nord de Youed du 
même nom , un espace dont le pourtour dépasse trois kilomètres. 
Près de Youed est un beau puits, bâti avec des pierres de moyenne 
dimension , très-régulièrement agencées entre elles. Celles de l'ori- 
fice sont usées et profondément entaillées par toutes les cordes au 
moyen desquelles, depuis tant de siècles, on y a puisé de l'eau. 

La ville était environnée de murs , que flanquaient des tours de 
distance en distance , et dont on peut suivre encore presque partout 
le périmètre. On avait profité, pour les asseoir, de plusieurs émi- 
nences naturelles, qu'on n'avait plus eu qu'à fortifier, afin de mettre 
la place à l'abri d'un coup de main de la part des tribus nomades qui 
jadis, sans doute, l'entouraient, et qui devaient être aussi pillardes 
qu'elles le sont aujourd'hui. Dans l'intérieur de cette enceinte, 
maintenant aux trois quarts démolie , on remarque une multitude 
de compartiments qui marquent la place et les dimensions d'autant 
de maisons, dont les arasements seuls sont visibles. Quelques com- 
partiments plus considérables indiquent d'anciens édifices publics, 
qui sont eux-mêmes non-seulement renversés, mais encore comme 
arrachés du sol , la plupart des pierres avec lesquelles ils avaient 
été construits ayant été transportées ailleurs. D'innombrables exca- 
vations pratiquées de toutes parts , et dont quelques-unes paraissent 
très-récentes , montrent que toute cette ville a été et est encore 
fouillée, soit dans l'espérance d'y déterrer des trésors enfouis, soit 
dans l'intention d'en extraire des matériaux tout taillés , afin . d'aller 
les vendre aux habitants des villes, les Bédouins n'en ayant pas 
besoin eux-mêmes, puisqu'ils vivent sous la tente. Mais cette vaste 
carrière estioin d'être épuisée, et une quantité énorme de pierres 
de toutes dimensions attendent encore qu'on les emporte et gisent 



CHAPITRE XLIII. — HISTOIRE D'ELUSA. 271 

pêle-mêle, réunies en gros tas ou dispersées. Ces pierres, qui con- 
sistent en un ealcaire tuffeux et crayeux , sont extrêmement rongées 
par ie temps; elles proviennent des rives de TOued Khalasah. 

Quant au nom que portait cette antique cité, Robinson ' a déjà 
prouvé que c'était celui d'Elusa, identification qui me semble in- 
contestable. 

HISTOIRE D'^LUSA. 

Elusa, située au sud de Bersabée, était par conséquent en de- 
hors des limites de la Terre promise. La Bible ne la mentionne pas. 
Saint Jérôme, il est vrai, dans son Commentaire sur Isaie , remarque, 
à loccasion du verset k du chapitre xv de ce prophète, que, au lieu 
d'entendre le mot hébreu *«sSn dans le sens du mot latin expediti^ 
interprétation que la version de la Vulgate a reproduite, on peut 
aussi y voir un nom de ville : 

Quidam putant non viros, sed nomen urbis intelligi, qua^ hodie appellatur 
Elusa et in Moabitidis partibus sita. 

Il ne s'agit pas dans ce passage , comme on le voit , de notre ville 
d'Ëlusa, puisque celle-ci, par sa position à l'ouest de la mer Morte 
et loin de la Moabitide, n a jamais dû appartenir à cette contrée, 
tandis que celle-là en faisait partie. Seulement , il ressort de cette 
observation que la forme araméenne du nom latin Eltisa était r^t^bn 
ou nsSn, forme dont il est impossible de ne pas reconnaître l'ana- 
logie avec celle de iU9>iUi». 

Quoi qu'il en soit, l'Ëlusa qui nous occupe en ce moment est 
marquée très-nettement par le géographe Ptolémée parmi les cités 
de ridumée, à l'ouest de la mer Morte, et la Table de Peutinger 
la place à soixante et onze milles romains au sud de Jérusalem , 
sur la route conduisant de cette ville à Memphis. J'estime à vingt- 
trois heures de marche environ ou de soixante-neuf milles la dis- 
tance directe qui sépare le Khirbet el-Khalasah de la Ville sainte, 
ce qui s'accorde assez bien avec le chiffre de la Table de Peutinger. 

* BibHcal Researches in Palestiite, t. I, p. aoi. 



272 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Dans un passage de la Vie de saint HUarian composée par saint 
Jérôme, il est question de l'arrivée du vénérable anachorète dans la 
ville d'Ëlusa , un jour où une solennité anniversaire avait rassemblé 
tout le peuple dans le temple de Vénus. 

Voici ce passage intéressant, que je crois devoir donner en en- 
tier, parce qu'il nous fournit de précieux détails sur Ëlusa. 

Vadens in desertum Cades [Hilarion] ad unum de discipulis suis visendam, 
cum infinito agmine monachorum, pervenit Elusam, eo forte die que anniver- 
saria solemnitas omnem oppidi populum in templum Veneris congregaverat 
Coiunt autem iilam ob Luciferum, cujus cidtui Saracenonim natio dedita est 
Sed et ipsum oppidum ex magna parte semibarbarum est propter loci situm. 
Igitur audito quod sanctus Hilarion prseteriret (multos enim Saracenorum ar- 
reptos a dsemone fréquenter curaverat), gregalim ei cum uxoribus et liberis 
obviam processere, submittentes colla et voce syra barecky id est, benedic, incla- 
mantes. Quos ille blande humiliterque suscipiens, obsecrabat ut Deum magis 
quam lapides colerent; simulque ubertim flebat, cœlum spectans etpoliicens, 
si Ghristo crederent, ad eos se crebro esse venturum. Mira Dominigratia, non 
prius abire passi sunt, quam futurœ ecclesiœ lineam mitteret, et sacerdos 
eorum ut erat coronatus Christi signe denotaretur^ 

(T Hilarion, se rendant au désert de Gadës pour visiter Tun de ses disciples, 
accompagné d'une troupe innombrable de moines, parvint à Ëlusa, le jour où 
une solennité anniversaire avait réuni tout le peuple de la ville dans le temple 
de Vénus. Or cette déesse y est adorée à cause de Lucifer, au culte duquel toute 
la nation des Sarrasins est adonnée. Quant à la ville elle-même, elle est à 
demi barbare, par suite du site du lieu. Les habitants, ayant donc appris que 
saint Hilarion passait (car il avait souvent guéri un grand nombre de Sarrasins 
saisis par le démon) , s'avancèrent en foule à sa rencontre avec leurs femmes et 
leurs enfants, en s'inciinant devant lui et s'écriant en syriaque : barech^ c'est-à- 
dire , béms. Hilarion les accueillit avec autant de douceur que d'humilité et les 
conjura d'adorer plutôt Dieu que des pierres; en même temps il pleurait abon- 
danmient, les yeux élevés vers le ciel , et il leur promit, s'ils croyaient au Christ , 
de venir souvent les voir. Par une grâce merveilleuse du Seigneur, ils ne le 
laissèrent partir que lorsqu'il eut tracé le plan d'une église future et marqué 
du sceau du Christ leur prêtre, encore ceint de la couronne qu'il portait. i» 

Convertie au christianisme, Elusa eut un évéché, qui dépendait 

' S, Hieronymi opéra, t. II, p. Ai, éd. Migne. 



CHAPITRE XLIII. — HISTOIRE D'ÉLUSA. 273 

de la Palestine troisième, ou Palestine Salutaire. Les noms de 
quatre de ses évèques nous ont été conservés dans les signatures 
apposées aux actes de divers conciles. 

Ce sont ceux : de Théodule, autrement dit, en arabe, Abdallah y 
qui assista, en /i3i, au synode d*£phèse; d'Arétas, qui, en /i5i, 
prit part aux actes du concile de Ghalcédoine ; de Pierre , qui flori»- 
sait vers l'année 5 1 8 , et de Zénobius, qui , en 536 , assista au con- 
cile de Gonstantinople. 

Ântonin de Plaisance ou le Martyr ^ dans sa route de Jérusalem 
au mont Sinai, signale, à la limite du désert, un endroit, qu'il ap- 
pelle Eukuiay où se trouvaient un castrum et une hôtellerie destinée 
à recevoir les étrangers et les moines, et dédiée à saint Georges. 
De là il atteignit, en huit jours de marche, le mont Sinai. 

Robinson pense avec raison , selon moi , qu'Ëulatia doit être la 
ville d'Elusa, qui, effectivement, est séparée du Sinai par huit jours 
de marche, en suivant, à travers le désert, la voie la plus directe. 

A cinq heures du soir, nous franchissons TOued Khalasah, et, 
quelques centaines de pas au sud de ce torrent, j'observe, au som- 
met d'une colline tuffeuse , de nombreux tombeaux musulmans , ren- 
fermant les morts des douars voisins. Sur ce même monticule était 
jadis l'un des cimetières d'Elusa, car dernièrement, en y pratiquant 
une excavation pour enterrer un cadavre , on a découvert l'ouver- 
ture de plusieurs chambres sépulcrales creusées dans le tuf, et 
évidemment antiques. 

A cinq heures trente minutes, au sud de la colline précédente, 
j'examine, sur un autre tertre de forme ronde, des débris épars, 
qu'on me désigne pareillement sous le nom de Khirbet elrKhalasah. 
Il y avait peut-être là un poste d'observation , destiné à défendre , 
vers le sud, au delà de Yauedy les approches d'Elusa. 

Un peu plus loin, un douar de la tribu des A'zasmeh a établi 
ses tentes; nous lui demandons l'hospitalité pour la nuit. 

* Antonini Plaeentini Itmerarimn , xsxv. 



II. i8 



274 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME- 

KHIRBET MARTABAH. KHIRBET EL-HEFARRADA. KHIRBET BRADJ ES-^BBa'. 

KHIRBET ACHKIB (aKZIB?). KHIRBET BIR ES-SEBa\ JADIS BEEB 

GHEBa' ou BERSABÉE. HISTOIRE DE CETTE VILLE. 



KHIRBET MARTABAH. 



Le 8 juin, à cinq heures du matin, nous partons dans la direc- 
tion du nord-est-nord. 

A cinq heures trente minutes, nous repassons TOued Khaiasah, 
et, laissant à notre gauche les ruines étendues d'El-Khsdasah , nous 
nous avançons sur un plateau sablonneux, à travers des champs 
semés de dourah , mais dont la semence n a pas levé , tant à cause 
de l'insuffisance des pluies durant le dernier hiver dans cette par- 
tie de la Palestine, que par suite des ravages causés par les mulots. 

A notre droite apparaissent dans le lointain quelques chaînes de 
montagnes. 

A six heures vingt-cinq minutes , nous commençons à gravir suc- 
cessivement plusieurs collines pierreuses, appelées Martahakj â^s^. 
Sur trois de ces monticules gisent des débris antiques, très-peu 
importants d'ailleurs , restes d'anciennes habitations complètement 
détruites et qui me sont toutes désignées sous le même nom de 
Khirhei Martabah, à^j^ ib^. 

A sept heures, nous franchissons l'Oued Martabah; il peut avoir 
quarante pas de large à Tendroit où nous le traversons. C'est l'un 
des affluents de l'Oued Rhazzeh. Des collines crayeuses en suivent et 
en dessinent les contours. Nous trouvons cinq ou six trous prati- 
qués dans son lit desséché et où l'eau affleure; nous en profitons 
pour abreuver nos chevaux. 



CHAPITRE XLIV. — KHIRBET EL-MEFARRADA. 275 

Après une halte de vingt minutes, nous nous remettons en, 
marche, en nous dirigeant constamment vers l'est-nord-est. 

A sept heures cinquante minutes, des vestiges antiques sur 
une colline me sont encore indiqués sous la même désignation de 
Khirbet Martabah, dénomination commune à toutes les ruines qui 
avoisinent sur ce point ïoued ainsi appelé. 

A huit heures quinze minutes, nous traversons une vallée nom- 
mée AhourCharj jm^ ^t ; elle court de l'est à louest et est ordi- 
nairement assez fertile. Cette année, l'orge qu'on y a semée n'a pas 
germé. 

A huit heures vingt minutes, nous faisons halte dans un douar 
de la tribu des A zasmeh. 



KHIRBET EL-MEFARRADA. 



A midi quinze minutes, nous poursuivons notre route vers le 
nord-est, en cheminant sur un plateau de plus en plus élevé, et 
entrecoupé de plusieurs vallons dont le fond seul est cultivable; 
les rebords, en effet, en sont très-pierreux, et il n'y pousse que du 
thym et diverses plantes, que les Bédouins me désignent sous les 
noms de adjerem, serr, hader et retem. Cette dernière, qui s'écrit 
en arabe ^ , est une sorte de genêt , dont les chameaux sont très- 
friands. C'est évidemment l'arbuste que la Bible appelle en hébreu 
Djn*ï, rothemy mot que la Vulgate traduit à tort, ainsi que l'observe 
Robinson\ par celui àejuniperus (genévrier), et qui est identique 
avec l'arabe retem. Dans le livre III des Rois nous lisons qu'Elie, 
fuyant la colère de Jézabel, s'enfuit dans le désert de Bersabée, 
celui précisément que nous parcourons en ce moment, et que, 
après y avoir marché l'espace d'un jour, il s'assit à l'ombre d'un 
de ces arbustes. 

3. Timuit ergo Elias, et surgens abiit quocumque eum ferebat voluntas; 
Tenitque in Rersabee Juda, et dimisit ibi puerum suum; 

* BibUcal Hesearehes in Palestine, t. 1, p. 9o3. 

i8. 



276 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. . 

U, Et perrexit in desertum viam unius diei. Cumque venisset, et sederet 
subter unam juniperum, petivit animœ suœ ut moreretur, était : Sufficit mihi. 
Domine, toile animam meam; neque enim me^ior sum qnam patres mei. 

5. Projecitque se , et obdormivit in umbra juniperi; et ecce angelas Domini 
tetigit eom et dixit illi : Surge et comede ^ 

(tÉlie eut donc peur et, se levant, il s'en alla comme son cœur le lui disait, 
et vint à Bersabëe de Juda; là il congédia son serviteur, 

frEt il s*avança vers le désert Tespace d'une journée de marche. Y étant arrivé, 
il s'assit sous un genévrier (ou plutôt, d'après le texte original, $aus un genêt y 
en hébreu rofAan), et, implorant la mort, il s'écria : C'est assez, Seigneur, 
prenez maintenant mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères. 

ffPuis il se coucha et s'endormit à l'ombre du genêt; et voici qu'un ange du 
Seigneur le toucha et lui dit : Lève-toi et mange. r> 

Dans la version des Septante cet arbuste est exprimé par le mot 
padfiéVy qui est le terme hébreu légèrement altéré. 

A midi quarante-deux minutes, j'aperçois sur une colline, le 
long de la route que nous suivons , les débris d'un petit village ; on 
les appelle Khirbet eUMefarrada, \^JJd} i^/^. 

Quelques centaines de pas plus loin , d'autres ruines analogues 
me sont signalées sous le même nom. 



KHIRBET BRADJ ES-SEBa\ 



 une heure cinq minutes, je rencontre des arasements antiques, 
assez indistincts, appelés Khirbet Bradj es-Seba^ çuêJ\ ^\jf ^j^^ 

A une heure cinq minutes, nou» franchissons YOued €»S^\ ^l^ 
^xiJl; c'est le nom que porte en cet endroit l'Oued Rhazzeh. Il est 
bordé de collines tuffeuses et blanchâtres , dont il ronge les flancs 
inférieurs, à l'époque des grandes pluies. 

A une heure vingt minutes, nous foulons aux pieds d'autres 
ruines, qui s'appellent pareillement Bradj esSeba. Cinq minutes 
plus avant, sur un plateau, un troisième khirbet , semblable aux deux 
précédents, m'est indiqué avec la même dénomination. Y avait-il 

' Roisf I. III, c. XIX. V. 3-5. 



CHAPITRE XLIV. — KHIRBET BIR ES-SEBV. 277 

là des tours de défense pour surveiller les deux rives de ïouedy ou 
bien étaientp-ce simplement des villages établis le long du torrent? 
Car le mot bradj ou dfradj^ pluriel de berdj (tour, fort) , est souvent 
pris également dans le sens de maisons de campagne. 

A une beure trente minutes, nous traversons de nouveau l'Oued 
es-Seba\ dont les replis sur lui-même sont très-multipliés dans la 
plus grande étendue de son cours, et notamment en ce point. 

Au delà de Youed s'étend un vaste cimetière où la tribu des Teia'a 
enterre ses morts. Il couvre une sorte d'étroite péninsule, comprise 
entre l'Oued es-Seba', au sud, et, au nord, l'Oued Achkib, torrent 
qui se jette dans le premier. 



KHIRBBT AGHKIB. 



A une beure quarante-cinq minutes, après avoir franchi l'Oued 
Acbkib, je jette un coup d'oeil sur des ruines assez étendues, consis- 
tant en des amas de menus matériaux , qui jonchent confusément 
le sol. On les appelle Khirbet Achkib, v%«i^l Sjj^. Ne pourrait-on 
pas rapprocher ce nom de celui d'Akziby en hébreu snDK, en grec 
KeK€ et kxiéë, en latin Achziby ville mentionnée dans le livre de 
Josué parmi les cités de la plaine de Juda? 

Et Ceila, et Achzib, et Maresa ^ . . . 

Néanmoins, comme elle est citée, dans ce verset, entre Ceila et 
Marésa, qui étaient situées beaucoup plus au nord, je ne propose 
cette identification qu'avec une extrême réserve. 



KHIRBBT BIR ES-SEBa'. 



A deux heures, nous avons encore à franchir l'Oued es-Seba*, dont 
les sinuosités et les cbéandres sont infinis. Votted, en cet endroit, 
mesure trois cents pas de large; son lit est rempli de gros cailloux 
et même de blocs considérables, que l'impétuosité du courant roule 
et entraine, lors des pluies d'hiver. 

* Jùêué, c. XV, V. kk. 



278 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Sur sa rive septentrionale, deux puits, renommés tant pour 
l'abondance que pour la bonne qualité de leur eau, ont été cons- 
truits avec des pierres très-régulières, de moyenne dimension. L'un 
de ces puits a douze mètres de circonférence et une dizaine de mè- 
tres de profondeur jusqu'au niveau de l'eau; le second est moins 
large, mais à peu près aussi profond. Ils sont entourés d'auges en 
pierre, destinées à abreuver les animaux, et offrent le caractère 
d'une haute antiquité; car leur orifice est profondément sillonné par 
le frôlement des cordes avec lesquelles on tire de l'eau à la main. 
Nous les trouvons tous les deux assiégés par plusieurs centaines de 
Bédouins, appartenant à diverses tribus, et principalement à celle 
des Teia a , dont les douars sont dispersés dans un rayon de sept à 
huit kilomètres autour de ces puits. Nos chevaux trépignent d'im- 
patience et de joie, à la vue de l'eau claire et limpide qui ruisselle 
incessamment à flots dans les auges , tirée par une dizaine de bras 
à la fois, et dont ils ne peuvent s'approcher qu'avec peine, tant 
sont nombreux et pressés les troupeaux de chameaux, de brebis et 
de moutons qui s'y abreuvent. 

Après avoir examiné ces puits célèbres, que la tradition des 
indigènes fait remonter jusqu'à Abraham, je vais étudier les restes 
de la ville à laquelle ils appartenaient , et que les Arabes désignent 
encore aujourd'hui sous le nom de Bir esSebay j*^!^^ (Puits du 
Lion ou Puits des Sept, le mot ^j^ ayant la double signification de 
lion et de sept). 

La ville occupait sur les bords de Xoued une plate-forme inclinée, 
dont le pourtour est d'environ trois kilomètres. Dans toute l'éten- 
due de cet emplacement le sol est jonché de matériaux provenant 
d'anciennes constructions démolies. On distingue les arasements de 
nombreuses maisons, la direction de plusieurs rues et les vestiges 
de quelques édifices publics, dont les fondations seules subsistent 
en partie. Mais, sauf les deux beaux puits en question, qui sont 
intacts, rien n'est demeuré debout, et la ville est renversée de fond 
en comble. D'autres puits avaient été creusés dans le lit de Xùuedy 
mais ils sont actuellement comblés. 



CHAPITRE XLIV. — HISTOIRE DE BEER CHEBA\ 279 



HISTOIRE DE BEER GHEBà'. 



Cette antique cité est mentionnée dans la Bible sous le nom de 
Béer Chaba\ yyiû *)K3 (Puits du Serment) ou de Béer Cheba\ ysi^ ih2 
(Puits des Sept), parce qu'Abraham et Abimélech y conclurent une 
alliance ensemble par un serment réciproque, serment qui fut 
accompagné du don de sept brebis, que le patriarche fit au roi de 
Gérar, et qui garantit au premier la possession du puits qu'il avait 
creusé. En souvenir de ce serment ou de ce don, le puits fut dès 
lors appelé puits du Serment ou puits des Sept^ attendu qu'en hébreu 
le même mot, avec le seul changement d'un des points-voyelles, 
signifie à la fois les deux choses. En arabe, le mot ^«mi», qui, pour 
la prononciation , est identique avec l'hébreu n^ , a le sens de lion 
ou de sept y comme je l'ai dit plus haut, deux significations très- 
différentes l'une de l'autre; en hébreu, au contraire, le sens de ser- 
ment peut se ramener peut-être à celui de sept^ vu que le nombre 
sept jouait un grand rôle dans l'antiquité et, en particulier, sans 
doute, lors de la prestation de serments réciproques. Dans tous les 
cas, voici le passage de la Genèse où il est, pour la première fois, 
question de la localité dont nous traitons maintenant et de l'origine 
du nom qui lui avait été donné. 

â8. Et statuit Abraham septem agnas gregis seorsum. 

99. Cui dixit Abimélech : Quid sibi volunt septem agnœ istœ, quas stare 
fecisti seorsum? 

3o. At ille : Septem, inqait, agnas accipies de manu mea, ut sint mihi in 
testimonium quoniam ego fodi puteum istum. 

3i. Idcirco vocatus est locus ille fiersabee, quia ibi uterque juravit. 

Sa. Et inierunt fœdus pro puteo juramenti^ 

trEt Abraham mit à part sept jeunes brebis de son troupeau, 
rr Abimélech lui dit : Que signifient ces sept brebis que tu as tirées à part? 
vEtil répondit : Tu prendras ces sept brebis de ma main, afin qu'elles mo 
.servent de témoignage que j'ai creusé ce puits. 

* Genèse, c. \xi, v. 98-.3«. 



280 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

ff C'est pourquoi on appela ce lieu-là Bersabëe (en hébreu Béer Chaba\ ^H^ 
ystf ) , car tous deux y jurèrent 

ffEt ils conclurent une alliance près du puits du serment « 

La Bible ajoute qu'Abraham planta en cet endroit un bois qu'il 
consacra, en quelque sorte, par l'invocation de Jéhovah, le Dieu 
éternel. 

Ce patriarche continua à y habiter jusqu'au sacrifice de son fils 
Isaac; puis, de retour avec celui-ci du mont Moriah, il séjourna 
encore plusieurs années à Bersabée K 

Plus tard Isaac vint également s'y fixer ^. A peine y fut-il arrivé, 
que Dieu lui apparut pendant la nuit , et lui promit de bénir et de 
multiplier sa race , à cause d'Abraham , son serviteur. Isaac s'em- 
pressa alors d'élever un autel au Seigneur et ordonna à ses gens 
de creuser un puits. Était-ce le même que celui qui avait été pra- 
tiqué par son père et qui pouvait alors être comblé , ou bien était-ce 
un autre puits? La Bible ne nous le dit pas. 

Pendant que les serviteurs d'Isaac étaient occupés à ce travail, 
le roi de Gérar, Abimélech , survint avec le général de son armée 
et l'un de ses confidents, pour renouveler avec lui l'alliance que 
son père probablement ou son grand-père avait contractée avec 
Abraham et scellée d'un serment. Bientôt on accourut annoncer à 
Isaac que l'eau était trouvée. 

Il appela alors le puits Chiba'h, nvstf, d*où vient le nom de Béer Cheba\ 
niû 1K3, donné à la ville située en ce lieu, nom qu'elle porte jusqu'à ce 
jour *. 

Il n'y a ici qu'une apparente contradiction dans l'Ecriture sainte; 
car, si l'auteur sacré attribue dans ce passage à Isaac, avec une lé- 
gère modification du nom de la ville , ce qui , dans un autre cha- 
pitre, est rapporté d'Abraham, il ne faut pas en conclure nécessai- 
rement que l'un de ces deux passages soit apocryphe. Pourquoi , 
en effet, le même fait ne se seraitr-il pas reproduit deux fois, dans 

* Genise, c. xxn, v. 19. — ' Ibid, c. xxvi, v. aS et suiv. — * Ibid. c. xxvi, v. 33. 



CHAPITRE XLIV. — HISTOIRE DE BEER CHEBA'. 281 

des circonstances analogues , à une centaine d'années d'intervalle , 
sans que pour cela on soit suffisamment autorisé à révoquer en 
doute l'un ou lautre? 

C'est de Bersabée que Jacob ^ partit pour se rendre en Méso- 
potamie, afin d'y chercher une femme parmi les filles de Laban, 
son oncle. 

Longtemps après, dans sa vieillesse, Jacob, avant de descendre 
en Egypte avec toute sa famille , s'arrêta en passant à Bersabée. 
Là il immola des victimes au Dieu de son père Isaac, et le Sei- 
gneur, lui apparaissant également en songe, lui apprit qu^il de- 
viendrait, en Egypte, père d'un grand peuple, et que son fib 
Joseph lui fermerait les yeux \ 

Lors de la conquête du pays de Kanaan par les Hébreux , Ber- 
sabée (ut d^abord assignée à la tribu de Juda ', mais ensuite elle 
fut cédée par celle-ci à la tribu de Siméon^. Elle devint, vers le 
sud, la limite de la Palestine. 

C'est pourquoi on trouve assez souvent dans la Bible l'expres- 
sion : de Dan à Benabée^ pour indiquer tout le pays du nord au 
midi. 

Ainsi, par exemple, nous lisons dans le livre I des Rois : 

C!oDgregetur ad te uDiversus Israël a Dan usque Bersabée ^ 

Ensuite, quand le royaume fut divisé en deux Etats, les fron- 
tières de Juda s'étendirent depuis Bersabée jusqu'aux montagnes 
d'Ëphraim ^. 

Avant l'établissement de la royauté, Samuel, devenu vieux, ins- 
titua ses fils juges d'Israël. Joël, l'aîné, et Abia, le cadet, jugeaient 
à Bersabée; ils provoquèrent par leurs arrêts iniques les plaintes 
du peuple, qui se mit alors à demander un roi à Samuel. 

9. Puitque Domen filii ejus primogeaiti Joël et nomen secundi Abia , judi- 
cum in Bersabée. 

* Geniie, c. xxviii, y. lo. * Jasué, c. xix, v. o. 

* Ibid. c. XLYi. ' Bois, 1. 1, c. xvii, v. 1 1. 

* Jotué, c. XV, V. «8. * ParaUpomènei, 1. Il, c. xix, v. 4. 



282 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

3. Et non ambulaverunt filii illius ia viis ejus; sod declinaverant post 
avaritiam , acceperuntque munera et perverterunt judicium ^ 

La mère de Joas, roi de Juda, était une femme de Bersabée, 
nommée Sebia^. 

On peut inférer d'un passage du prophète Amos que, de son 
temps, un culte idolâtrique régnait à Bersabée. 

&. Quia hœc dicit Dominus domui Israël : Quœrite me et vivetis. 
5. Et nolite quœrere Bethei, et in Galgalam noiite iatrare, et in Bersabée 
non transibitis'. 

(T Voici donc ce que le Seigneur dit à la maison d'Israël : Cherchez-moi et 
vous vivrez. 

ffEtne cherchez point Bethel, et n'entrez pas à Galgala, et ne passez point 
à Bersabée. y> 

Un autre passage du même prophète conduit également à ia 
conclusion précédente. 

Qui jurant in delicto Samariœ, et dicunt : Vivit Deus tuus, Dan; et vivit via 
BersabeÀ, et cadent et non résurgent ultra ^. 

cr Ils jurent par le péché de Samarie, et disent : 6 Dan, vive ton Dieu! et vive 
la voie de Bersabée! Mais ils tomberont et ne se relèveront plus.^ 

Nous savons, par le livre II d'Esdras, que, au retour de la capti- 
vité, Bersabée fut réhabitée par les Juifs ^. 

Postérieurement à cette époque, il n'est plus question de cette 
ville dans TAncien Testament. Le Nouveau Testament ne la men- 
tionne nulle part. 

A l'époque d'Eusèbe, c'était encore un bourg important, où était 
établie une garnison romaine. 

htfparaSeè, (pvkrjs \oiSa xcà ^vyLeàiVj hi xcà vSv èali xaipifi yueylc/lriy darf- 
ypvfra ILs&pàv crtifieiots elxoat tspbs vStov, èv }j xa) (Ppoupsov dlpaTsanôv 
êyxdOnrar iOev dpyàs el^ev rà 6pta Tris lovSaJaSy rsapaTtlvovTa èn\ trjv Aàv 
Ti)v tsrXrifriov liavsd^s. ÈpfÂtiveuerai Se hriporaëeè inb Tris Aêpaàfi xeà laraàx 
tsrpbs Thv AêifiéXe^ àpxofiocrias. 

* Rois, !. 1, c. vm. * Amos, c. viii, v. lû. 

* Ibid, 1. IV, c. xu, v. 1. * Esdras, 1. II, c. xi, v. 3o. 
' Amos, c. V, V. h et 5. 



CHAPITRE XLIV. — HISTOIRE DE BEER CHEBA \ 28S 

irBersabëe, de la tribu de Juda ou de Simëon. C'est eneore aujourd'hui un 
très-grand bourg, éloigné de vingt milles d'Hébron, vors le sud; un poste de 
soldats y a été placé. C'est de là que commençaient les limites de la Judée, qui 
s'étendaient jusqu'à Dan, auprès de Panéas. Le nom de Bersabée vient de l'al- 
liance accompagnée de serments qu'Abraham et Isaac conclurent en ce lieu 
avec Abimélech. y* 

Je ferai remarquer ici que la distance de vingt milles indiquée 
par Eusèbe et reproduite ensuite par saint Jérôme, comme sépa- 
rant Hébron de Bersabée, est trop faible d'au moins sept milles. 

Dans ia Notice des dignités de ï empire romain y nous voyons que le 
dux Palœstinœ avait à sa disposition et sous ses ordres les eqvites 
Dafmatœ lUyriciani Berosabœ, 

Les Notices ecclésiastiques mentionnent l'évéché de cette ville 
parmi ceux qui appartenaient à la Palestine troisième ou Salutaire 
et qui dépendaient de Pétra comme sîége métropolitain. 

A Tépoque des croisades, on la confondait, par erreur, avec 
Beil>-Djibrin. Je réfuterai bientôt cette méprise, relevée déjà par 
Reland et par Bobinson. 

Actuellement, ce n'est plus qu'un amas de décombres, qui offri- 
raient peu d'intérêt si les souvenirs des trois premiers patriarches 
de l'ancienne loi ne s'y rattachaient d'une manière intime. Car c'est 
là qu'Abrabam, Isaac et Jacob ont dressé leurs tentes, près de Tun 
des puits, sans doute, qu'on y voit aujourd'hui, et qui, depuis plus de 
trois mille sept cents ans, a constamment gardé le nom qu'Abraham 
lui avait jadis donné. Est>-ce à dire pour cela que l'un ou l'autre des 
deux puits remonte à l'époque de ce patriarche, qui l'aurait creusé 
et bâti tel qu'il existe encore maintenant? Bien que la chose ne 
soit point impossible, je ne la regarde pas néanmoins comme vrai- 
semblable, et je les attribue plutôt, dans l'état où ils sont de nos 
jours, à l'époque où une ville véritable s'éleva en cet endroit, époque 
fort ancienne elle-même et dont je ne puis préciser la date. Seule- 
ment rien n'empêche de penser et tout porte à croire, au contraire, 
à cause de la persistance singulière des traditions en Palestine, 
que l'un des deux n'a été que réparé et reconstruit sur l'emplace- 



28A DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

ment qu'occupait le fameux cr puits du Serments [Béer Chaba) ou 
(T puits des Sept 7) [Béer Cheba)^ à propos et près duquel Abraham 
et Isaac scellèrent par des serments réciproques une alliance avec 
le roi de Gérar. 

Nous campons nous-mêmes en cet endroit , non loin d'un douar 
appartenant à la tribu des Teia a. J'errai jusqu'au soir, la Bible à 
la main, dans cette antique localité, dont le nom et les souvenirs 
toujours vivants me reportaient aux premiers âges de l'histoire, 
et j'éprouvai un charme indescriptible à les évoquer dans mon es- 
prit. Les Bédouins que j'avais sous les yeux contribuaient, en outre, 
par leur vie pastorale, par la simplicité de leurs mœurs, par leur 
costume même, à faciliter pour moi cette réapparition d'un passé 
depuis si longtemps évanoui, et auquel tant de siècles écoulés 
ajoutent un prestige indéfinissable. Ici , me disais-je , Abraham , Isaac 
et Jacob ont planté leurs tentes et fait paître leurs troupeaux. Ici 
l'Ëterud s'est manifesté à ces patriarches et leur a annoncé qu'un 
grand peuple devait sortir de leur race. C'est d'ici également qu'Is- 
maël a été chassé avec la pauvre Agar et a erré, mourant de soif, 
dans le désert qui s'étend vers le sud. Il devait, lui aussi, devenir 
le chef d'une nombreuse postérité, et ses descendants, dont quel- 
ques-uns sont devant moi , ont dépossédé , à leur tour, de leur pa- 
trimoine, les petits-fils d'Isaac. 

La nuit me força de rentrer soùs ma tente, et bientôt le silence 
profond de cette solitude ne fut plus interrompu, à certains mo- 
ments, que par les cris lugubres des hyènes et des chacals, auxquels 
répondaient les chiens du douar par des aboiements répétés. 



CHAPITRE XLV. — OUMM EL-BARRHOUT. 285 



CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME. 

RniRBET OUMM BL-BARRHOUT. KH1RBET BOU-ARKBIK. DJIR BT-TERRA- 

KAT. KHIRBBT OUED BL-FTIS. TBLL ECH*CHER1AH. KHIRBET EL- 

b'uRK. KHIRRET BL-BAHA. KHIRBET SAHAN. KHIRBET KOUFIbH. 

RETOUR X GAZA. 



KHIRBET OUMM EL-BARRHOUT. 

Le 9 juin, à cinq heures trente-cinq minutes du matin, nous 
quittons le Khirbet Bir es-Seba\ en nous dirigeant d'abord vers le 
nord-ouest, à travers un vaste plateau couvert d'une herbe flétrie 
et desséchée , que l'ardeur du soleil a déjà comme rissolée. 

A SIX heures, nous parvenons à d'anciennes carrières, où les 
habitants de l'antique Bersabée ont dû puiser une partie de leurs 
matériaux de construction. Elles sont pratiquées dans un calcaire 
tùffeux et blanchâtre, qui se taille avec la plus grande facilité, 
mais dont la surface extérieure durcit à l'air. 

De là, marchant droit à l'est, nous arrivons, à six heures quinze 
minutes , aux ruines d'un village , connues sous le nom de Khirbei 
Otmm elnBarrhoutf «â^j^^i II Sifjj^ (la ruine Mère des Puces). Ce 
nom, comme on le voit, ne peut nous mettre sur la trace de celui 
que portait le village ou le bourg antique qui s'élevait en cet en- 
droit, et dont il ne subsiste plus que des arasements d'habitations 
renversées et un certain nombre de citernes et de silos aux trois 
quarts comblés. 

Au nord de ces ruines serpente un oued, appelé pareillement 
Oued Oumm el-Barrhùut, *^^jj^ pt dt^. Le long de ses rives, des 
carrières ont été jadis creusées dans un roc tufleux. 



286 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



KHIRBET BOU-ARKEIK. 

A sept heures vingt minutes, nous franchissons cet oued y que 
nous longeons quelque temps sur notre gauche. 

Notre direction est celle de louest-nord-ouest. 

A sept heures trente minutes , nous franchissons un autre oued 
moins considérable, nommé Oued el^Mouyekhy ik^^i dl^^à cause de 
la nature de son lit, qui communique aux eaux qui y coulent un 
goût saumâtre. 

Puis , laissant ce torrent à notre gauche , nous marchons presque 
directement vers le nord , en inclinant néanmoins toujours un peu 
vers l'ouest. 

A huit heures, nous faisons halte près d'un puits antique, creusé 
dans le lit de YOuedBou-Arkeiky é^\ yi ^\y 

Sur la rive septentrionale de cet tmedy quelques ruines , qui sont 
celles d'un village détruit, portent le nom de Khirbet Bou-Arkeiky 
Ju5^i ^ ^j^' Des ruines analogues et désignées de la même ma- 
nière existent sur la rive méridionale. 

DJIR BT-TERRÀKAT. 

A huit heures quarante-cinq miimtes, nous poursuivons notre 
marche vers l'ouest-nord-ouest, et nous commençons à descendre 
graduellement du plateau élevé sur lequel nous cheminions. La 
culture reparait peu à peu. 

A dix heures , après avoir franchi Y Oued Ftis , (j«^.«xà ^i^ , nous 
faisons halte sur sa rive droite. 

A une heure trente minutes, nous nous remettons en route, 
en inclinant vers le sud*ouest et en laissant sur notre gauche une 
colline appelée TeU e^Siefer^ ji^l Ja. 

A une heure quarante-cinq minutes, nous rencontrons une car- 
rière antique , servant aujourd'hui de refuge aux Bédouins du voi- 
sinage, tant pour eux que pour leurs bestiaux. Cette carrière, dans 
laquelle on pénètre par une grande porte carrée, a été pratiquée 



CHAPITRE XLV. — TELL ECH-CHERIAH. 287 

dans les flancs d'une colline excavée presque tout entière intérieu- 
rement, et forme une salle, longue de soixante-trois pas sur trente- 
cinq de large. De gros piliers carrés y ont été ménagés à dessein , 
pour en soutenir le plafond. On l'appelle Djir et-Terrakaty ^j^»» 

KHIRBET OUED EL-FTI8. 

De là, nous traversons d'abord, vers l'est, une vallée fertile, 
semée de dourah; puis nous suivons, quelques instants, le lit 
d'un petit torrent, appelé Oued el-Melah ^ ^i >l^, dans lequel nous 
trouvons un puits antique, dont l'eau est saumâtre, ce que faisait 
supposer d'ailleurs le nom de Xoned. 

Après ce détour, nous prenons la direction de l'ouest-nord-ouest, 
et, à trois heures, nous dressons nos tentes pour la nuit près d'un 
douar de la tribu des Hanadjereh. 

A vingt minutes au nord-est de l'endroit où nous campons, un 
Bédouin me signale des ruines assez considérables , qu'il me désigne 
sous le nom de Khirbet Oued eUFtis^ ct^axâ]! ^I^ H^^ parce qu'elles 
avoisinent Xoued ainsi appelé. Guidé par lui, je vais les examiner. 
Elles occupent un plateau accidenté , sur la rive méridionale de ce 
torrent. Des amas de matériaux jonchent partout le sol sur une 
étendue de dix-huit cents mètres environ de pourtour. Tout y est 
renversé de fond en comble, à l'exception d'une dizaine de cons- 
tructions rondes, surmontées d'une petite coupole pointue et bâ- 
ties avec des pierres bien cimentées , qui ont pu servir à emmaga- 
siner du blé»ou de l'orge. Dans le lit de Youed est un puits antique 
dont l'eau est abondante et de bonne qualité. 

A cinq heures quarante minutes du soir, je suis de retour au 
lieu de notre campement. 

TELt EGH-GHERUH. 

Le 1 o juin , à cinq heures quinze minutes du matin , nous com- 
mençons à traverser, vers le nord, une belle plaine unie et semée 
de dourah. 



288 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A cinq heures cinquante minutes, nous franchissons fOued 
ei-Ftis, en laissant sur notre droite, à la distance d'un kilomètre 
et demi , le khirbet que j'avais visité la veille au soir. 

Nous inclinons alors vers le nord-ouest. 

A six heures trente minutes, nous rencontrons un autre oued, ap- 
pelé Oued echr-Chertah, ÂijAi\ d)^. On sait que le Jourdain est éga- 
lement désigné de la même manière ; seulement les Arabes ajoutent 
à cette dénomination Tépithète d'Et-Kebir^ ^^jSii] (le grand). 

Plusieurs trous où Teau affleure sont creusés, de distance en 
distance , dans Vouedy à l'endroit où nous le passons. 

A sept heures, nous gravissons, au delà de ¥ oued y vers le nord- 
ouest, une colline appelée Tell ech-Chertah, i^^i J^. Elle forme à 
son sommet un plateau, que couronne une koubbeh consacrée au 
Cheikh Abou-Ghrara, De nombreuses tombes avoisinent cette cha- 
pelle funéraire et appartiennent à la tribu des Hanadjereh. Mais, 
avant de devenir un cimetière musulman, ce plateau avait été jadis 
habité ; car on remarque sur le sol de nombreux débris de poterie 
qui paraissent antiques. 

De là un Bédouin me montre dans le lointain , au sud-ouest de 
ïouedy l'emplacement d'un assez grand village ruiné, appelé Khir- 
bet elnE'urky ^^\ i^^, et situé à sept kilomètres environ du point 
où nous sommes. 

KHIRBET BL-BAHA. 

Poursuivant notre marche vers le nord-ouest, nous traversons, 
à huit heures cinq minutes, Y Oued el-Baha^ WJt ^t^; d est peu 
large et se jette, après avoir décrit de nonabreuses sinuosités, dans 
l'Oued ech-Gheriah. 

A huit heures vingt minutes, les ruines d'un autre village me 
sont indiquées sous le nom de Khirbet el-Baha^ WsJI ^>^. Le site 
qu'il occupait est aujourd'hui livré à la culture; aussi a-t-O été 
complètement rasé, à l'exception de quelques magasins ou réser- 



CHAPITRE XLV. — KHIRBET KOUFÎEH. 289 

voirs souterrains, bâtis avec de petites pierres que joint entre eiles 
un excellent ciment, et qui ont pu être soit des silos, soit des ci- 
ternes. 



KHIRBET SAH\N. 



Notre direction devient celle de l'ouest-nord-ouest- 
A neuf heures, j'aperçois, sur une faible éminence, à droite de la 
route que nous suivons, des fragmentas de poterie et des matériaux 
divers, restes d'anciennes constructions. Là existait autrefois un 
village , dont l'emplacement seul est reconnaissable. Cette ruine se 
nomme Khtrbet Sahan, (^^U^ ^4^* Plusieurs silos, qui ont échappé 
à la destruction générale, rappellent par leur forme les bâtisses ana- 
logues du Khirbet el-Ftis. 

KHIRBET KOUFÎEH. 

« 

A neuf heures vingt minutes, nous faisons halte sur un mon- 
ticule situé à l'est^ud'-est de Gaza. Le fils de l'un des effendis de 
cette ville y a dressé sa tente, surveillant de là les nombreux fel- 
lahs qui moissonnent alentour les champs de son père. Il m'apprend 
qu'une bonne partie des terres appartiennent au gouvernement, 
qui les afferme, en exigeant le cinquième des revenus. Les habi- 
tants des montagnes, au contraire, sont, pour la plupart, proprié- 
taires du sol qu'ils cultivent. 

A dix heures trente-cinq minutes, nous nous remettons en 
marche; mais, au lieu de prendre la route de Gaza, nous nous 
dirigeons d'abord vers le nord-est, pour aller visiter le Khirbet 
Koufiehy i^^Aj»^, que nous atteignons à onze heures. Ce sont 
les restes d'un grand village , qui couvrait une colline peu élevée 
et ses pentes. Il n'en subsiste plus que des citernes et des silos. 
De nombreuses excavations ont été pratiquées de tous côtés, afin 
d'extraire les pierres même des fondations, pour les transporter à 
Gaza. 



il. 



y 



290 • DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



BETOUR A GAZA. 



Marchant alors vers rouest-nord-ouest, puis vers le nord-ouesl, 
nous parvenons enfin à Gaza, à midi quinze minutes, après avoir 
heureusement accompli notre exploration du désert jusqu'aux 
limites extirémes de la Palestine vers le sud. Ce désert, comme 
on la vu, renfermait jadis des villes importantes, telles que Gérar, 
Ëlusa et Bersabée, ainsi qu'une multitude de villages épars le long 
des principaux oued, où il était facile d'avoir de l'eau, en creusant 
des puits dans le lit de ces torrents. Aujourd'hui , villes et villages 
n'offrent plus que des amas confus de décombres; mais à quelques- 
unes de ces ruines s'attachent des noms et des souvenirs que la 
Bible a rendus immortels, et qui reportent la pensée vers les pre- 
mières origines du peuple hébreu. 

Les descendants d'Ësaû, mêlés à ceux d'Ismaël, sont les seuls 
habitants de ces solitudes, où ils promènent leur vie errante et leurs 
troupeaux, tels actuellement qu ils étaient il y a plus de trois mille 
ans, et divisés^ en plusieurs tribus, qui révèrent toutes Abraham 
comme leur père commun. 



CHAPITRE XLVI. — TELL DAHAB. 291 



CHAPITRE QUARANTE-SIXIÈME. 

KHIRBET BEIT-DIRDIS. TELL DAHAB. HOUDJ. NEDJBD. KHIRBET 

OCMU THABOUN. SIMSIM. BBIB. EHIRBET DJELAMÈH. TABAKA 

OU TAKABA, JADIS TAGABA. KUIRBET DJEHMAHA. KHIRBET EL-HAH- 

MAM. KHIRBET KOUFEIR. KHIBBET TELL-NEDJILEH. KHIRBET 

TELL EL-HESY. KHIRBET a'dJLAN, JADIS e'gLON. KHIRBET OUMM 

EL-LAKIS, L'ANCIENNE LAKHIGH. FALOUDJA. a'rAK EL-MENGHIEH. 

SOUKKARIEH. KHIRBET TENNAR OU KONITHREH. a'rAK BL-KHA- 

BAB. KHIRBET MANSOURA. ZITA. ARRIVEE À BEIT-DJIBBIN. 



KHIRBET BEIT-DIRDIS. 



Le i 1 juin, à une heure quinze minutes de raprès**inidi, je 
quitte définitivement Gaza, pour prendre la route de Beit*Djibrin* 

Laissant à notre droite, vers le sud, le Djebel Mountar, nous 
parvenons, à une heure quarante-cinq minutes, en suivant la 
direction de l'cst-nord-est, à TembranchenAent de deux chemins, 
conduisant, Tun, à Beit-Hanoun, Tautre, au Khirbet Beit-Dirdis. 
Là deux tronçons de colonnes de granit enfoncés dans le sol 
ressemblent à d'anciennes bornes milliaires. Sur la partie visible 
de ces fûts mutilés, je ne dislingue aucune trace d'inscription. 

A deux heures trente minutes, nous arrivons au Khirbet Beit" 
Dirais y ^^jd oHtf ^j^' L'emplacement de ce village détruit, qui 
couvrait une petite colline, est aujourd'hui livré à la culture, et la 
plupart des matériaux en ont été enlevés pour être transportés 
à Gaza. 



TELL DAHAB. 



Notre direction devient alors celle du nord-est. A deux heures 

M) 



292 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

quarante-cinq minutes, nous atteignons Tell Dahab^ u^^i Jo* (la col- 
line d'Or), que d'autres appellent Tell Alimar, j^\ Jj (la colline 
Rouge), à cause de la couleur rougeâtre du sol. J'ignore quelle est 
l'origine de la première dénomination. Cette colline est oblongue 
et peu élevée. Les pentes et le sommet sont parsemés de nom- 
breux débris de poterie, les uns antiques, les autres d'apparence 
moderne. Dans les champs qui l'entourent, on observe plusieurs 
citernes et silos antiques, creusés en forme d'entonnoirs. 



HOUDJ. 



Nous nous remettons bientôt en marche vers l'est. 

A quatre heures, après avoir traversé un petit ouedy nous incli- 
nons vers l'est-sud-est. 

A quatre heures quinze minutes, nous parvenons à Hotidjy 
^^, village de trois cents habitants au plus. Les maisons sont 
grossièrement bâties avec des briques crues. Près du puits, qui est 
très-profond, quelques fragments de colonnes antiques de marbre 
gris-blanc gisent à terre. 

ISKDJBD. 

A quatre heures vingt minutes, nous franchissons l'un des petits 
(affluents de YOued el-Hesy, tp^JL 3I3. 

Le plateau onduleux que nous parcourons a pour principales 
cultures du blé, de i'orge, du sésame, du dourah et des con- 
combres. 

Notre direction est celle du nord-nord-ouest. 

A cinq heurçs dix minutes, nous sommes kNedjed, «xj^, village 
situé sur une faible éminence, et qui compte trois cents habitants. 
Les maisons sont bâties en briques crues» 

KHIRBÇT OUHM THABOUN. 

A cinq heures vingt minutes, quelques ruines sur une colline 



CHAPITRE XLVI. — KHIRBET DJELAMEH. 293 

voisine de Nedjed, vers le nord, me sont indiquées sous le nom de 
Khirbet Oumm Thabaun, ^J^ Il *^jâ- Elles couvrent les pentes et 
le sommet de ce monticule, et sont fort indistinctes, à lexception 
de plusieurs citernes ou silos dont il subsiste des restes apparents. 
Une carrière antique a été pratiquée, vers Touest, dans les flancs 
rocheux de la colline. 



SIHSIM. 



A cinq heures quarante-cinq minutes, en poursuivant notre 
marche vers le nord, nous traversons TOued el-Hesy. 

A six heures cinq minutes, je remarque, au puits de Sirmimy 
^cw^^w , des fûts mutilés de colonnes antiques de marbre gris-bLauc. 
Quant au village ainsi appelé ,^ il renferme cinq cents habitants. 
Quelques bouquets d'oliviers l'environnent, dispersés au milieu de 
plantations de tabac et de sésame. Une vingtaine de maisons sont 
détruites. Un otuilyy consacré à NebyDanyaly est orné intérieurement 
de deux colonneltes antiques. 



BRIB. 



Au delà de Simsim, nous nous dirigeons vers l'est-nord-est, 
puis bientôt vers l'est. Des troupeaux de bœufs, de moutons, de 
chèvres, et principalement de chameaux, sont épars dans la plaine. 

A six heures quarante minutes, nous dressons nos tentes pour 
la nuit à BrtVy ^^ , grand et florissant village d'un millier d'habi- 
tants. Les maisons cependant sont toutes construites en pisé, à part 
celle du cheikh, qui est bâtie en pierre. Autour du puits, qui est 
large et profond, une dizaine de tronçons de colonnes antiques de 
marbre gris-blanc sont encastrés dans de la maçonnerie, et servent 
à former les auges qui l'environnent. De belles plantations de tabac 
croissent dans des jardins, que délimitent et protègent des haies de 
gigantesques nopals. 

KHIBBET DJELAMEH. 

Le 13 juin, à six heures vingt-cinq minutes du matin, nous 
prenons la direction du sud-sud-ouest. 



294 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

A six heures vingt-neuf minutes, nous passons un petit ruisseau 
nommé Oued Chakafaty c»UjL£ ^l^. 

 sept heures, nous franchissons TOued el-Hesy, dont il a élo 
déjà question plus haut, et, presque immédiatement après, nous 
foulons les vestiges d'un village renversé de fond en comble , qu'on 
me désigne sous le nom de Khii^bet Djelamehj iU^^ n^j^^ li était 
situé sur un monticule peu élevé ; deux citernes antiques sont 
seules assez bien conservées. 

Nous traversons de nouveau l'Oued el-Hesy, que nous côtoyons 
quelque temps vers l'est. 

A sept heures quarante-cinq minutes, nous franchissons un autre 
bras du même ouedy qui se replie souvent sur lui-même. Un douar 
de Bédouins appartenant à la tribu des Kalazieh a dressé ses tentes 
en cet endroit. 

KlflRBET TABAKA. 

Notre direction incline alors vers le nord-est. 

A huit heures cinquante minutes, nous parvenons à un khirbet 
vulgairement connu parmi les fellahs sous le nom de Khirbet Tahaka^ 
l^ iHjj^ ; mais les Bédouins lui donnent celui de Kkirbet Tahaba, 
\jS3 Siij^y qui, prononcé à la manière égyptienne, est précisément 
le nom antique Tagabuy que portait cette localité. 

Dans les Actes des saints^, il est fait mention d'un bourg des 
Tagabéens, situé à douze milles de Gaza. Roland^ incline à l'iden- 
tifier avec Beit-Djibrin; mais Beit-Djibrin, l'ancienne Eleuthéro- 
polis, est beaucoup plus éloignée de Gaza, tandis que le Khirbet 
Takaba ou Tagaba est, en ligne directe, à quatre heures de marche 
de Gaza, ce qui répond exactement à la distance de douze milles. 
Aujourd'hui, l'emplacement de ce bourg est en partie livré à la 
culture et en partie hérissé d'énormes chardons. Sauf quelques 
citernes et silos assez bien conservés, il ne présente qu'un amas 
confus de matériaux. 

' Bollandiis, \cta sanctorum, l. Il, p. 3a6, — * PaÙBsttna, p. 6a 8. 



CHAPITRE XLVI. — KIIIUBET TELL NEDJILEH. 295 



KHIBBET DJEHMAHA. 

A neuf heures, nous marchons vers Test, puis vers le sud-est, 
laissant derrière nous, à la distance de quatre kilomètres au moins, 
à Touest, des ruines peu considérables, appelées KhirbetDjemmamay 

KHIBBET EL-HAMMAM. 

Plus près de nous, vers le sud-est, on me signale un autre khir- 
bel y d'une très-faible importance également, qui se nomme Khirhet 
eUHammam, Jl^\ i^^. 

KHIBBET KOUFEIB. 

Changeant encore de direction sur le plateau extrêmement acci- 
denté que nous explorons, nous inclinons vers le sud-sud-ouest. 

A neuf heures trente- cinq minutes, nous arrivons au Khirhet 
Koufeir, j^^^io^, village presque entièrement détruit. Trois mai- 
sons seules y sont encore habitées et uniquement à Tépoque des se- 
mailles et de la moisson ; les autres sont abandonnées et tombent 
en ruine. De nombreux silos les environnent. 



KUIBBET TELL NEDJILEH. 



A dix heures, nous franchissons, vers Test, Y Oued es-Sid, 
«x^l dl^, Fun des affluents de TOued el-Hesy, et, bientôt après, 
nous gravissons un tell appelé Tell Nedjilek. Cette colline, qui peut 
avoir trente mètres de hauteur et neuf cents mètres de circonfé- 
rence à sa base, domine, à Test, le cours de l'Oued el-Hesy. Ses 
pentes et son sommet sont parsemés de ruines peu distinctes, 
nommées Khirhet Tell Nedjilehy sXxa^ J<3 *^j^. Elle est transformée 
actuellement en un vaste cimetière musulman, où les Arabes des 
douars voisins viennent enterrer leurs morts. 



296 DESCRIPTIOIS DE LA JUDEE. 

KHIBBET TELL EL>IIESY. 

Une fois descendus du Tell Nedjileh, nous prenons la direction 
du nord-nord-ouest, et nous traversons l'Oued el-Hesy. Il est bordé 
en cet endroit de rochers crayeux, et rempli de roseaux, au milieu 
desquels coule un peu d'eau légèrement saumâtre, où nos chevaux 
s'empressent néanmoins d'étancher leur soif; ils avalent en même 
temps plusieurs sangsues, qui leur mettent la bouche toute en sang, 
et dont nous avons beaucoup de peine à les débarrasser, 

En continuant à nous avancer dans la même direction, nous ren- 
controns et franchissons encore trois fois Voued précédent, tant 
sont multipliés les zigzags qu'il décrit. Ses rives sont couvertes de 
bœufs, de moutons, de chèvres et de chameaux, appartenant à la 
tribu des Djebarat. Ces divers troupeaux paissent le long de son 
lit, ou sont groupés par masses confuses autour d'une vingtaine de 
trous circulaires, creusés çà et là dans Youedy et où l'eau affleure. 
Les moutons ont tous une large queue, extrêmement grasse; les 
chèvres sont noires. 

A onze heures trente minutes, nous faisons halte un instant au 
Tell elrHestfy ^^wJl Jo. 

Celte colline est très-escarpée vers l'est. De ce côté, elle com- 
mande d'une hauteur de cinquante mètres, et presque verticale- 
ment, l'Oued el-Hesy, qui l'environne également vers le nord et le 
nord-ouest. Là où elle était plus facilement accessible , on observe 
les arasements d'un mur d'enceinte, presque entièrement démoli. 
Quelques traces d'anciennes constructions se remarquent pareille- 
ment, mais d'une manière peu distincte, sur plusieurs points du 
sommet. Au bas du tell, ces vestiges sont plus nombreux dans 
l'espace qui le sépare, au nord-ouest, de Youed. 

KUIRBET \'dJLAN. 

A onze heures cinquante minutes, nous nous remettons en marche 
vers le nord. 



CHAPITRE XLVl. — KHIRBET VDJLAN. 297 

A midi quinze minutes, nous parvenons au Khirbet À^djlanj 
^J:i^ ^^- ^'^^^ l'ancienne ville d'Ë'glon, mentionnée par la Bible 
parmi les villes de la Ghéphélah. En hébreu, elle s'écrivait f^^^s;, 
en grec ÉyXcôfx, en latin Egloti. 

Après la prise de Gabaon, qui suivit la prise d'Aï, dans les com- 
mencements de la conquête du pays par les Hébreux, Adonisédek, 
roi de Jébus ou de Jérusalem, fit un appel aux rois d'Hébron, 
d'Iarmouth, de Lakhich et d'Ë'glon, pour marcher tous ensemble 
contre les Gabaonites et les punir de leur trahison. Le roi d'E'glon 
se nommait Dabir. Vainqueur de ces cinq rois, Josué les prit dans 
la caverne de Makkédah, où ils s'étaient réfugiés, et les fit mettre 
à mort. Ils s'empara alors successivement de plusieurs villes, entre 
autres d'Eglon, dont il extermina la population, comme il venait 
de faire à Lakhich. 

36. Transivitque [Josue] de Lachis in Egion, et circumdedit 
35. Atque expugnavit eam eodem die, percussitque in ore gladii omnes 
animas quœ erant in ea, juxta omnia quœ feccrat Lachis ^, 

Cette ville échut plus tard, dans le partage, à la tribu de Juda, 
Lachis, etBascalh, etEglon^. 

Dans les versets correspondants des Septante, à la place du nom 
à'E'glon^ nous lisons celui d'Orfo/fam, OSoWdfi. 

De là vient sans doute qu'Eusèbe et son traducteur, saint Jérôme, 
ne font qu'une seule et même ville, dans YOnornasticonj, d'E'glon et 
d'Odollam. 

Èy'Xèvy 4 xa) ÙSoXXàfiy Us thv jSaaiAéa AaSsïp énaka^sv IttfrovSy ^Xifs 
lovSa' xaï vvv icrli xQjfitj fieyidlff 'Ufphs âvaroXàs ttXevOepovSXecjs , dirb ati-* 

(rE'glon, nommée aussi Odollam, dont Josué tua le roi Dabir; elle appar- 
tenait h la tribu de Juda. C'est maintenant encore un très-grand bourg, à dix 
milles à Test d'Éleuthéropolis.^ 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, semble admettre éga*- 

' Josite, c. X, V. 34. 35. — * Ibid. c. xv, v. 89. 



298 DESCRfPTION DE LA JUDÉE. 

lement Tidentité de ces deux villes; il ne modifie, en effet, le texte 
d'Eusèbe que pour dire qu*Odollam. était à douze et non à dix 
milles d'Ëleuthéropolis; du reste, il le reproduit fidèlement, sans 
le corriger. 

A ces deux autorités néanmoins , quelque graves qu'elles soient , 
on peut en opposer une troisième, beaucoup plus grave encore., 
c^est celle de la Bible elle-même, qui distingue très -nettement 
OdoUam d'Ë'glon , et qui , en plaçant celle-ci dans la plaine de Juda , 
et la mentionnant avec Lakhich, dont je vais parler tout à Theure, 
empêche de la chercher à dix milles, encore moins à douze milles 
d'Ëleuthéropolis ; car, à cette distance-là et dans cette direction, 
on se trouve au milieu des montagnes de Juda et nullement dans 
la Ghéphélah. 

Quant au Khirbet Â'djlan, il est situé à quatre heures de marche 
à l'ouest de Beit-Djibrin , l'ancienne Eleuthéropolis , c'est-à-dire 
précisément à douze milles de cette localité. Aussi peut-être, dans 
le texte d'Eusèbe, au lieu de fspos àvaroXàs ÈXevdepoTst^eojs , faut-il 
lire : fSpos Sv(T(jÀs ÉXevôepoTrrfXew? ; correction qu'il faudrait éga- 
lement faire subir à la traduction de saint Jérôme, en remplaçant 
les mots contra orientem par contra occtdentem. De cette manière, la 
position d'E'glon serait parfaitement déterminée, surtout par saint 
Jérôme, et l'assertion de cet écrivain serait pleinement confirmée 
par l'existence du Khirbet A'djlan à douze milles à l'ouest d'Eleu- 
théropolis. 

Les ruines de cette ancienne cité, antérieure à l'arrivée des 
Hébreux en Palestine, s'étendent sur un plateau actuellement livré 
à la culture; elles sont fort indistinctes et consistent uniquement 
en des amas confus de pierres, disséminés dans des champs de 
blé, ou formant divers enclos autour de plantations de tabac. Tout a 
été détruit et rasé; le nom seul de la ville, sauf de légères dif- 
férences, s'est fidèlement conservé dans la dénomination arabe 
d'A^djlan^ ^J%^^ où il est impossible de ne pas reconnaître celle 
A'E'gUniy fi^3^, le j ayant été seulement changé en ^, ce qui est 
très-fréquent dans le passage de ta langue hébraïque à la langue 



CHAPITRE XLVL — KHIRBET OUMM EL-LAKIS. 299 

arabe, et la terminaison ayant été un peu modifiée. Du reste, les 
autres lettres formatives des deux mots sont identiques. 

KHIRBET OUMM EL-LAKIS. 

A midi trente minutes, nous prenons la direction de louesl- 
nord-ouest, puis bientôt de Touest. 

A une heure quinze minutes, nous traversons un ruisseau 
appelé Otied Oumm el-Lakis, (j^^\ Il ôI^, qui se jette dans l'Oued 
el-Hesy. 

A une heure vingt minutes, nous sommes en présence d'autres 
ruines, appelées Khirbet Oumm el-Lakisy juniS^^i r»t *^j^ ; elles cou- 
vrent un espace qui peut avoir un kilomètre et demi de circonfé- 
rence, et sont situées partie sur un monticule, partie au milieu de 
champs cultivés ou hérissés de ronces et de chardons. Une multitude 
d'excavations indiquent qu'on a extrait des pierres de cet endroit, 
restes d'anciennes constructions. Il subsiste néanmoins encore un 
assez grand nombre de matériaux, qui sont épars sur le sol. Dans 
un de ces trous, je remarque un chapiteau corinthien de marbre 
gris-blanc, qui attend encore qu'on l'enlève. Une quinzaine de silos 
antiques continuent à servir aux Arabes des environs. 

Tels sont les uniques débris de la ville de Lachis, en hébreu 
Lakhichy tf'»?S, en grec Aayjs^ en latin Lachis, dont le roi se joignit 
à celui d'E'glon, sur la demande d'Adonisédek, roi de Jérusalem, 
pour aller châtier les Gabaonites. 

3. Misit ergo Adonisedec, rex Jérusalem, ad Oham, regem Hebron, et ad 
Pharam , regem Jerimoth, ad Japhia quoque, regem Lachis, et ad Dabir, regem 
Ëgion , dicens : 

il. Ad me ascendite, et ferte prœsidium, ut expugnemua Gabaoo, quarc 
transfugerit ad Josueet ad Clios Israël ^ 

Vainqueur de cette coalition , Josué , après s'être emparé de Lib- 
nah, marcha contre Lakhich, qu'il assiégea pendant deux jours, et 

* Josué, c. X, V. 3, 4. 



300 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

quil prit de force, malgré la diversion de Horam, roi de Gazer. 
Tous les habitants furent passés au Gl de Tépée. 

3i. De Lebna transivit in Lachis cum omni Israël, et exercitu per gyrum 
disposito oppugnabat eam. 

39. Tradiditque Dominus Lachis in manus Israël, et cepit eam die allero, 
alque percussit eam la ore gladii omnemque animam quœ erat in ea, sicut 
fecerat Lebna. 

33. Eo tempore ascendit Horam, rex Gazer, ut auxiliaretur Lachis; quem 
percussit Josue cum omni populo ejus usque ad internecionem. 

Immédiatement après, Técrivain sacré ajoute: 
3&. Transivitque de Lachis in Eglon ' . . . 

Ce dernier verset semble prouver la proximité des deux villes 
qui y sont mentionnées l'une à côté de l'autre, ce qui est confirmé 
par le rapprochement du Khirbet Â'djlan et du Khirbet Oumm 
el-Lakis, que sépare un intervalle de quatre kilomètres au plus. 

Lakhich échut à la tribu de Juda , et elle était comprise parmi 
les villes de la Ghéphélah. 

Lachis, et Bascath, et Eglon ^. 

Or Oumm el-Lakis se trouve précisément dans l'ancienne Ghé- 
phélah. 

Plus tard, Lakhich fut fortifiée par Roboam^. 

Dans la suite, Amasias, roi de Juda, pour se dérober à une 
conjuration qui avait éclaté contre lui à Jérusalem, se réfugia à 
Lakhich; mais là il fut atteint par des éniissaires envoyés par les 
conspirateurs, et qui lui ôtèrenl la vie, l'an 8 1 o avant Jésus-Christ. 

Factaque est contra eum [Amasiam] conjuratio in Jérusalem; at ille fugil 
in Lachis. Miseruntque post eum in Lachis, et interfecerunt eum ibi^. 

Sous le règne d'Ezéchias (710 avant J. C), cette ville fut assiégée 
par Sennachérib, roi des Assyriens. La Bible ne nous dit pas qu'elle 
tomba au pouvoir de ce conquérant. On pourrait même induire le 
contraire d'un verset du livre IV des Rois ; 

* Josué, c. X, V. 3 1-3 A. ' ParaUpomcnes , I. II, c. xi, v. 9. 

' Josue, c. w, V. 39. * Paralipomine^ , I. H, c. xxv, v. «7. 



CHAPITRE XLVI. — KHIRBET OCMM EL-LAKIS. 30t 

Reveraus est ergo Rabsaces, et invenit regem Assyriorum expugnantem 
Lobnam. Audierat enim quod recessisset de Lachis K 

De même, au livre II des Paralipomènes , il est seulement 
question du siège et non de la prise de cette place par le roi 

d'Assyrie, 

Quœ postquam gesta suni, misit Sennachorib, rex Assyriorum, servos suos in 
Jérusalem (ipse enim cum universo exercitu obsidebat Lachis) ad Ezechiam, 
regem Juda, et ad omnem populum qui erat in urbe^. . . 

Néanmoins, parmi les monuments rapportés par M. Layard des 
ruines de Niùive et qui ornent le Musée Britannique, on trouve 
deux bas-reliefs dont l'un, si l'inscription qui l'accompagne a été 
bien interprétée, représente la ville de Lakhich résistante l'attaque 
de Sennachérib, grâce à sa puissante enceinte flanquée de nom- 
breuses tours; et l'autre semble Ggurer cette même cité, après sa 
prise par les Assyriens. 

Quoi qu'il en soit, un passage de Jérémie nous apprend que, sous 
Sédécias, l'an Bgo avant Jésus-Christ, Lakhich fut de nouveau 
assiégée par Nabuchodonosor, roi de Babylone« 

Et exercitus régis Babylonis pugnabat contra Jérusalem et contra omnes 
civitates Juda quœ reliquœ erant, contra Lachis et contra Azecha; hœ enim 
supererant de cîvitatibus Juda, urbes munitœ ^ 

Au retour de la captivité, Lakhich fut réhabitée par les Juifs. 

Zanoa, Odoilam et in villis earum, Lachis et regionibus ejus, Azeca et filia- 
bus ejus^. 

Dans VOnamasticon d'Ëusèbe, cette ville est mentionnée sous le 
nom de Aé^sts et marquée à sept milles au sud d'Ëleuthéropolis, 
en se dirigeant vers le Daroma. 

liiy^us' xcà Tavrriv efXev Iriaovs, rbv fiatXTiXéa œÙTrjs dveXaip. Méfwrirai aoi^ 
tifs xai ^aaios * Kcù eh ht vvv xcipLif ÈXeuOeponéXeûJç detcé)(W<foi OTifiiioiç ^' 
tarpà^ vizov àiti6v7<ûv eh rh àapœfid' xerrai xa) iv lepeyUaLj (pvikiis \aiSa. 

' Rois, I. IV, c. XIX, V. 8. * Jérémie, c. xxxiv, v. 7. 

* Paralipomhies , I. Il, c. xixu, v. 9. * Néhéme, c. xi, v. 3o. 



302 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, place également cette 
ville à sept milles d'ËieutbéropoHs, distance beaucoup plus faible 
que celle qui sépare Beit-Djibrin, Tancienue Ëleuthéropolis, du 
Kbirbet Oumm el-Lakis; en outre, ce dernier khirbet n'est point au 
sud, mais à Touest-sud-ouest de Beit-Djibrin. 

Aussi Robinson , se fondant sur cette raison et sur d'autres en- 
core, qui sont loin, à mon avis, d'être péremptoires , ne veul-il pas 
reconnaître dans Oumm el-Lakis la ville de Lakhich. 

ffLes restes qu'on observe en cet endroit, dit-iP, ne sont certai- 
nement pas ceux d'une ancienne place forte qui fut capable de 
résister, pour un temps du moins, aux assauts d'une armée assy- 
rienne. 7) 

Mais, depuis tant de siècles, et dans un pays qui a subi tant 
de fois les ravages de l'ennemi , est-il étonnant qu'une cité , même 
jadis puissante et fortifiée , n'ait laissé d'elle que de faibles vestiges? 
Beaucoup d'autres villes plus considérables encore que Lakhich 
sont maintenant rasées presque entièrement et comme effacées du 
sol. D'autres, comme Azot, par exemple, qui résista pendant vingt- 
neuf ans, au dire d'Hérodote, à tous les efforts de Psammétichus, 
roi d'Egypte, ne sont plus que de misérables bourgades, où Ton 
cherche en vain les traces des redoutables enceintes qui les entou- 
raient autrefois. 

Cette objection opposée par Robinson me paraît donc facile à 
renverser; autrement, si elle devait nous arrêter, il faudrait douter 
pareillement des identifications les plus certaines et les moins 
contestables, l'état actuel d'une foule de localités détruites, en 
Palestine, ne répondant plus en aucune manière aux données que 
nous fournissent sur leur primitive importance les écrivains sacrés 
ou profanes. 

Quant au désaccord qui existe entre la distance et la situation 
indiquées par Ëusèbe et par saint Jérôme et celles du Khirbet 
Oumm el-Lakis, il ne doit pas nous surprendre, ces deux savanU 

' BibUcal Researchesin PahêdnB, t. II. p. /iy. 



CHAPITRE XLVI. — FALOUUJA. 303 

écrivains n ét^nt pas toujours très-exacts en ce qui concerne les ren- 
seignements de cette nature. Ainsi la ville d'E'glon, que Robinson 
reconnaît dans le Khirbet A'djlan, est placée à tort, par Ëusèbe, 
à dix, et, par saint Jérôme, à douze milles à l'est d'Ëleuthéro- 
polis. 

Elle se trouvait, au contraire, à l'ouest de cette cité, puisque la 
Bible la mentionne parmi les villes de la Chéphélah. Sans se laisser 
égarer par la méprise qui avait échappé à l'auteur de YOnomasticon 
et à son traducteur, sans se laisser non plus déconcerter par le peu 
d'importance qu'offrent, de nos jours, les restes d'une ville jadis 
considérable, Robinson, en se basant sur la similitude ou plutôt 
sur l'identité des noms E'gkm et A'djlaUy ainsi que sur la position 
qu'assigne à la ville ainsi appelée le livre de Josué, n'hésite pas 
un seul instant à proposer cette identification. Qr l'admettre, c'est 
admettre en même temps, et pour les mêmes raisons, l'identité du 
Khirbet Oumm el-Lakis avec la ville de Lakhich, dont le nom est 
associé plusieurs fois, dans la Bible, à celui d'E'glon, et qui, par 
conséquent, devait être très-voisine de cette dernière ville. Le rap- 
prochement de ces deux khirbet et les noms sous lesquels on les 
désigne encore portent à placer avec une égale certitude E'gUm 
à A'djlan et Lakhich à Oumm eULakis. Ces deux identifications se 
corroborent, en effet, réciproquement, et se prêtent un mutuel 
appui. De là la nécessité, soit de les adopter toutes les deux, soit 
de les rejeter toutes les deux. 



FALOUDJA. 



A une heure quarante-cinq minutes, nous nous dirigeons vers 
le nord-est, en traversant des champs onduleux, et couverts de 
riches moissons de blé, que de nombreux fellahs sont en train de 
couper. Pour ranimer leurs forces sous le soleil qui le$ dévore, 
ils accompagnent leur travail d'un chant monotone et cadencé. 

A trois heures, nous passons en vue du village de Falmtdja^ 
l>yU, que nous laissons h notre gauche. 



304 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



a'rak el-menghîeh. 



Noire direction devient ensuite celle de l'est, puis de Test-sud- 
est, et, après avoir franchi plusieurs ravins, nous atteignons, à trois 
heures cinquante minutes, A'rak el-Menchieh, mAâH ^, village 
que j'ai déjà décrit, et où nous passons la nuit. 

S0UKK\RIEH. 

Le 1 3 juin , à cinq heures quinze minutes du matin , nous mar- 
chons d'abord droit vers le sud. 

A six heures, nous arrivons à Soukkariehy io^^^ grand village 
musulman, abandonné depuis une vingtaine d'années seulement 
et qui avait succédé à une localité antique, comme le prouvent de 
nombreux blocs provenant d'anciennes constructions et employés 
dans des bâtisses modernes. 

On y trouve deux puiUs, qui doivent également dater de l'anti- 
quité. 

L'emplacement de ce village solitaire est actuellement occupé 
par de magnifiques plantations de tabac, qui s'élèvent dans toutes 
les rues. En le parcourant dans diverses directions, je remarque, 
gisant sur le sol , un tronçon de colonne de marbre gris-blanc. 

A quelques centaines de pas de Soukkarieh, un douar d'Arabes 
nomades a établi ses tentes. 



KHIRBET TENNAR OU KONITHREH. 



A six heures quinze minutes, nous tournons nos pas vers le 
nord-nord-esl , laissant derrière nous, au sud-sud-ouest, à la dis- 
tance de quelques kilomètres, un tell que couronnent des ruines 
peu importantes, désignées par les fellahs sous le nom de Khirbêt 
Tennaryj\h *j>»-, et par les Bédouins sous celui de Khirbet Koni-- 
threh, «JaxÂj x. 



CHAPITRE XLVI. ~ KHIRBET MANSOURA. 305 ^ I 



a'rak bl-kharab. 



A sept heures, nous parvenons à de vastes excavations, appelées 
A'rak el^Kharab, u»!^ q^. Pratiquées dans un calcaire blanc et 
tu£feux, elles formaient autrefois, autour d'une sorte d'immense 
cour, une suite de salles taillées en forme de coupoles et éclairées 
à leur sommet central par une ouverture circulaire ou soupirail. 
Quelques-unes de ces salles sont encore intactes; mais la plupart 
sont détruites, soit en totalité, soit en partie. Faut-il voir là d'an* 
ciennes carrières? Faut-il y reconnaître, au contraire , des habitations 
souterraines, creusées jadis par une population troglodyte? Je me 
suis déjà posé cette question, à propos des excavations analogues 
qui avoisinent Tell e&-Safîeh. A mon sentiment, elles ont pu servir 
à ces deux usages : après avoir été exploitées primitivement comme 
carrières, elles auront été probablement habitées par les Horim, 
qui, saint Jérôme nous l'apprend \ ont vécu dans des cavernes. 

Quoi qu'il en soit, leur circonférence totale dépasse un kilo- 
mètre. Au fond de plusieurs galeries, j'observe des silos creusés 
dans le tuf et où les Arabes des environs mettent encore en réserve 
leur paille et leurs grains. D'autres silos analogues et un certain 
nombre de citernes existent ça et là au milieu de la cour, que 
couvrent de hautes herbes, maintenant desséchées. 



KHIRBBT MANSOUBA. 



A sept heures quarante-cinq minutes, nous nous remettons en 
marche vers l'est-nord-est , puis bientôt vers l'est. 

A huit heures vingt minutes, nous rencontrons, sur une cpUine 
hérissée de broussailles , des amas de pierres , la plupart non équar- 
ries et de différentes dimensions, provenant de maisons renversées, 
dont on distingue encore les assises inférieures. Ces ruines portent 
le nom de Khirbet Mansoura^ I 



* Commentaire »ur le prophète Ahiioft, c. i. 

11. •!() 



306 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



ZITA. 



Notre direction devient alors celle du nord. 

A huit heures quarante minutea, nous passons à Zita, U^j, simple 
hameau, dont les maisons sont étagées sur les pentes d'une colline. 
Au sommet du monticule, s'élève une tour à moitié détruite. Les 
habitations elles-mêmes tombent aussi en ruine pour la plupart. 
Quelques-unes renferment des débris antiques encastrés parmi 
d'autres matériaux : dans l'une, entre autres, je remarque une 
colonne de marbre blanc. 

Au bas du village est un puits, large mais peu profond, consis- 
tant en un simple trou circulaire mesurant trois mètres de dia- 
mètre, et qu'entoure une ceinture de grosses pierres, mal équarries 
et non cimentées. 

ARRIVEE À RBIT-DJIBRIN. 

Nous marchons ensuite vers le sud-sud-est et, bientôt après, 
vers Test Des collines rocheuses, couvertes néanmoins de lentisques 
et de caroubiers nains, succèdent aux immenses plaines acciden- 
tées que nous venons de traverser. 

A neuf heures huit minutes, nous parvenons sur un {bateau 
ensemencé de dourah; puis nous franchissons une vallée bordée 
de collines en partie incultes et en partie fertilisées par le travail 
de l'homme, 

A neuf heures cinquante-deux minutes, nous faisons halte à 
Beit-Djihrin, ^^jas^ c<aj , où nous dressons nos tentes sous un 
bouquet d'oliviers. 



CHAPITRE XLVII. — BEIT-DJIBRIN. S07 



CHAPITRE QUARANTE-SEPTIÈME. 

DESCRIPTION DE BE1T-DJ1BBIN , JADIS BBTOGABRA OU KLBUTHBROPOLIS. 

SBS IMMENSES CAVERNES ABTIPIGIELLES. 



DESCRIPTION DE BEIT-DJIBRIN. 



La viUe antique qua remplacée le village de Beit-Djibrin étail 
entourée d'un rempart construit en belles pierres de taille, de 
dimensions considérables , et bien agencées entre elles sans ciment. 
Il est impossible de suivre maintenant partout le périmètre de 
cette enceinte, soit parce qu elle est détruite sur beaucoup de points, 
soit parce qu'elle est ensevelie sous des amoncellements de décom- 
bres. Néanmoins il subsiste encore de la section septentrionale des 
restes importants, sur une longueur de trois cents pas environ. 
L'épaisseur du mur dépassait un mètre; il était lui-même défendu 
par un fossé. A l'est et à l'ouest, cet^.eface de l'enceinte aboutissait 
à deux châteaux forts, là où la place était le plus facilement atta- 
quable. Celui de l'est est aujourd'hui en grande partie démoli et 
occupé par un cimetière; plusieurs fûts de colonnes antiques y 
ornent une dizaine de tombeaux musulmans. On y remarque aussi 
une large et belle porte, dont l'arcade cintrée est intacte, et qui 
ressemble à un petit arc de triomphe. Près de là est un bassin de 
forme oblongue, qui recevait autrefois les eaux d'une source assez 
éloignée, appelée A'ïn Ferahy ^jà (^jv*. 

La seconde forteresse, située au nord-ouest de la ville, avait 
des dimensions plus étendues et s'élevait sur une faible éminence. 
Plus vaste dans le commencement qu'elle ne le fut dans la suite, 
elle avait été bâtie primitivement avec de belles pierres de taille , 
dont quelques-unes étaient relevées en bossage. Plus tard, à 



flO 



»08 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Fépoque des croisades, elle fut reconstruite, mais dans des pro- 
portions plus restreintes, parles chrétiens. Peut-être même, avant 
eux, avait-elle déjà subi des remaniements de la part des musul- 
mans, quand ils se furent rendus maîtres du pays. Dans tous les 
cas, depuis la fin des croisades, les musulmans la réparèrent en- 
core, comme le prouve une inscription arabe gravée sur la porte 
principale, et qui date de l'année 968 de l'hégire, ce qui répond 
à l'an i55i de l'ère chrétienne. Actuellement, elle tombe en ruine 
de toutes parts, et l'on y pénètre par plusieurs brèches. Dans les 
proportions oij elle a été réduite, elle mesure approximativement 
soixante et dix pas sur chaque face. Elle était défendue, à chacun 
de ses quatre angles, par une tour carrée; de plus, deux autres 
tours la protégeaient vers l'est. De ce côté, on distingue deux portes, 
aujourd'hui obstruées, qui permettaient de communiquer avec un 
grand puits, construit en magnifiques pierres de taille et appelé 
encore maintenant Bir eUKalahj t^^à^S^ (le puits du Château). 

Dans l'intérieur de cette forteresse, vers le sud, est une galerie, 
dirigée de l'est à l'ouest, et qui semble avoir été jadis l'une des 
ailes latérales d'une église détruite. Elle est flanquée, à droite et à 
gauche, de tûnq piliers, auxquels étaient adossées autant de colonnes 
de marbre blanc. Six de ces colonnes sont encore à leur place, 
couronnées de leurs chapiteaux corinthiens; les quatre autres ont 
été enlevées. Datant elles-mêmes, soit de l'époque romaine, soit de 
l'époque byzantine, elles sont surmontées d'arcades légèrement ogi- 
vales, qui accusent une époque postérieure. Près de cette galerie, 
mais en dehors du château , sur une plate-forme attenante à la fece 
sud et maintenant plantée de tabac, on aperçoit deux autres co- 
lonnes de marbre, identiques avec celles que je viens de signaler, 
et qui sont encore enfoncées dans le sol; elles appartenaient, sans 
doute, à la même église. Cet édifice occupait ainsi une partie de la 
plate-forme, et il est depuis longtemps complètement rasé, à l'ex- 
ception de la nef dont j'ai parlé. 

En parcourant les autres parties de l'intérieur du château , on 
heurte à chaque pas des amas de décombres, résultant de voûtes 



CHAPITRE XLVII. — EXCAVATIONS DE BEITDJIBRIN. 309 

et de murs écroulés. Quelques magasins souterrains cependant sont 
assez bien conservés. Les uns sont à voûtes cintrées et bâtis en 
pierres de taille d'un appareil très-régulier; je les considère comme 
étant d origine romaine. Les autres sont à voûtes ogivales et cons- 
truits à la fois avec moins de soin et avec des matériaux plus petits; 
ils sont évidemment moins anciens. 

Si Ton sort de l'enceinte actuelle du château, on trouve d'autres 
magasins souterrains construits de même en belles pierres de taille 
et à voûtes cintrées; ils sont maintenant, soit obstrués par des 
éboulements, soit divisés en un certain nombre de petits compar- 
timents, parce qu'ils servent de refuge à plusieurs familles, qui s'y 
sont installées. 

Quant au village, il n'occupe qu'un tiers tout au plus de l'em- 
placement de l'ancienne ville. Dans presque toutes les maisons, 
notamment dans celle du cheikh , qui est la mieux construite et la 
plus grande, les autres étant grossièrement bâties et fort petites, 
on remarque des débris antiques, plus ou moins mutilés. Les deux 
autres tiers de l'enceinte primitive sont, de nos jours, remplis 
par un cimetière, des vergers, des plantations de tabac, des amas 
de décombres et des monticules de cendres et de fumier, qui s'ex- 
haussent progressivement de siècle en siècle. 

Située sur les pentes et sur le plateau mamelonné d'une colline 
peu élevée, qu'environnent des hauteurs peu considérables, cette 
cité était alimentée d'eau par plusieurs puits profonds et bien 
construits en pierres de taille; voici les noms des quatre principaux 
qui existent encore : 

1^ Bir el-Kalah, iuJUJt^, déjà mentionné plus haut; 

s"" Bir Cheikh eIrHadjemy, ^^S ^^j^ ; 

3® Bir eUHamam^ -UJl^ju; 

4® Bir Oumm-Ioudeia, ^.:>y?. II^. . 



EXCAVATIONS DE BEIT-DJIBRIN. 



Les excavations qui entourent Beit-Djibrin sont les plus remar- 



310 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

quabies de toute la Palestine. A quinze minutes à peine au nord- 
est de ce village, se trouvent celles qui sont vulgairement connues 
sous le nom ai A reJcel-Mouï^^ â^^^. Creusées dans des collines 
d'un calcaire crayeux, elles sont divisées en deux parties et pré- 
cédées d'assez vastes emplacements, aujourd'hui plantés de tabac, 
mais occupés autrefois par une série de salles, qu'on a, depuis long- 
temps sans doute, détruites, pour en extraire des matériaux de 
construction, et dont quelques-unes ont pu aussi s'écrouler d'elles- 
mêmes, par suite de la démolition des autres salles auxquelles elles 
étaient attenantes. 

Après avoir traversé l'une de ces cours, on pénètre, vers la 
gauche, par une porte colossale, dans de belles et magnifique» 
salles, qui se succèdent les unes aux autres et qui, comme celles 
que j'ai déjà signalées, affectent l'apparence d'immenses enton- 
noirs renversés ou, si l'on veut, de cloches gigantesques. Elles 
sont éclairées à leur sommet par un ou plusieurs soupiraux, soit 
ronds, soit carrés, qui laissent pénétrer dans l'intérieur une lumière 
douce et suffisante. Quelques-unes de ces salles sont très«*dégradées. 
Le sol en est inégal, à cause des éboulements qui sont survenus, 
ou des amas de matériaux qui ont pu être jetés par les orifices 
supérieurs. Il en est qui sont percées intérieurement d'un ^and 
nombre de niches étroites et peu profondes, disposées par ran- 
gées parallèles, et qui sont trop exiguës pour avoir servi jadis de 
columbaria. J'incline donc à regarder cette suite régulière de trous 
comme une simple ornementation, à moins, par hasard, que, à 
certains jours solennels, on n'y ait placé de petites lampes pour 
illuminer ces galeries souterraines. Sur les parois de Tune de ces 
salles , j'ai remarqué une croix très-nettement gravée. Ailleurs une 
inscription en caractères coufiques parait avoir été tracée à la hâte; 
les caractères en sont peu marqués. 

Après avoir examiné cette série de salles et traversé de nouveau 
la cour qui les précède , j'entrai par une seconde cour, en tournant 
vers la droite, dans une deuxième série de salles analogues, dont 
l'ensemble, en y comprenant celles dont je viens de parler, se 



CHAPITRE XLVII. — EXCAVATIONS DE BElT-DJIBRIN. 311 

compose d'une trentaine de superbes rotondes successives, encore 
debout, qui remontent probablement à la plus haute antiquité, et 
attestent dans leur exécution une rare habileté dans la manière 
d'excaver le roc. A la vérité, les collines dans lesquelles elles ont été 
pratiquées consistent en un tuf calcaire et crayeux, très-facile à 
tailler. Néanmoins la forme de chacune de ces salles accuse par son 
élégance un art véritable. 

J'ai revu les deux inscriptions coufiques mentionnées et repro- 
duites par Robinson , d'après une copie prise' par son compagnon 
de voyage, Eli Smith. La traduction qu'en a donnée le savant pro- 
fesseur Rôdiger de Halle est la suivante : 

I. Dieul Ibn-Souleïman témoigne quil ny a pas d'autre dieu que 
Dieu. 

II. Dieu I pardonne à Yëzid , fils d'Omar, fils de Kandy. 

Ces deux inscriptions, qui semblent dater, par la forme de leurs 
caractères, des premiers temps de l'islamisme, n'éclairent eu rien, 
comme on le voit, le mystère de ces remarquables excavations, qui 
leur sont antérieures de bien des siècles , puisqu'il faut attribuer 
celles-ci, trèfr-vraisemblablement, à une population très-ancienne, 
désignée dans la Bible sous le nom de Harim. 

J'oubliais de dire que l'une de ces salles renferme une source, 
aujourd'hui obstruée par un éboulement; de là vient la dénomina- 
tion d'Arak el-Mauïeh (la Colline rocheuse de l'Eau), donnée par 
les Arabes à la série tout entière de ces excavations. 



312 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE QUARANTE-HUITIÈME. 

BNVIRONS DE BBIT-DJIBRIN. A RAK GHRRAF. KHIRBET EL-KATT. 

KHIBBBT EL-HATBR. KHIRBBT BL-HASAHiSH. TELL BOURNAT. 

KfiIRBET A RAK HALA. A RAK BL-FENEGH. —^ KHIRBBT EL-RAS8AL. 

KHIRBBT DJBDBIDEH. KENAÏBT a'ÏN LBHI BS-SAFBB. KHIRBBT BBDD 

ES-SAOUMBH. KHIRRET HÂR HANNA, JADIS PEUT -ÊTRE MOREGHETH- 

GATH. a'rAK UÂR HANNA. TELL UÀR HANNA. KHIRBBT MBRACH, 

L'ANGIENNE MAREGHAH ou UArIsA. A RAK TELL UAR HANNA. 



a'rak GHERAF. 



Avant de résumer ce que l'histoire nous apprend sur Betogabra 
ou Eleuthéropolis , qu'a remplacée le village moderne de Beiê- 
Djibrifiy parcourons-^n les environs les plus rapprochés. 

Le 1 & juin , à quatre heures quarante-cinq minute» du matin , 
je me dirige d'abord vers l'ouest, sous la conduite d'un habitant 
du pays. Au bout de cinq minutes de marche, nous arrivons à des 
excavations, appelées A'rak Cheraf, oj^ ^. Elles se composent 
de trois vastes salles, creusées en forme d'entonnoirs renversés, et 
qui sont aujourd'hui très-dégradées. Pendant la mauvaise saison, 
elles servent de refuge aux bestiaux. 



KHIRBBT EL-KATT OU EL-KATTH. 



De là, nous avançant vers le nord-ouest, nous atteignons bientôt 
une colline oblongue, en partie cultivée et en partie couverte de 
broussailles, principalement de touffes de lentisques. Des pierres 
dispersées par petits tas, plusieurs citernes pratiquées dans le roc 
et trois ou quatre cavernes artificielles sont les restes d'un village 



CHAPITRE XLVIII. — KHIRBET EL-HASAMÎEH. 313 

antique, qui existait en cet endroit et qui est sans doute depuis 
longtemps renversé. Ces ruines portent le nom de Khirbet etr-KoU^ 
^\ iî^j^j que j'ai cru entendre prononcer également Khirbet 
eInKatthy kidl iy^ , et encore Khirbet eUGaU ou el-GoUh, par l'adou- 
cissement du d) ou du ^. 

Ce nom rappelle singulièrement celui de Gath ou GeÛ^ en 
hébreu rj, en grec TéB ou F/rra, en latin Gethy que portait Tune 
des cinq métropoles des Philistins, et dont j'ai cru devoir fixer l'em- 
placement au Khirbet Dikrin; mais cette ressemblance prouve seu- 
lement qu'il y avait plusieurs villes ou villages de ce nom dans la 
Palestine, le mot hébreu signifiant « pressoir tj et ayant pu être ap- 
pliqué à plusieurs localités où la vigne abondait. Quant à la ruine 
qui nous occupe en ce moment, elle s'étend sur un espace trop 
peu considérable, délimitée qu'elle est par le plateau supérieur 
de la colline , pour être celle d'une ville de quelque importance : 
on ne peut y voir que les débris d'un simple village. 



KHIRBET EL-HATER. 



A cinq heures trente minutes, nous nous remettons en marche 
vers le nord-ouest, et, à cinq heures quarante-huit minutes, j'exa- 
mine d'autres ruines, nommées Khirbet eïrHater^ jXÂ m^jà.. Elles cou- 
vrent une colline dont une partie seulement est cultivée ; le reste 
est hérissé de broussailles. Là s'élevait jadis un petit village, dont 
il ne subsiste plus que certains arasements de murs et des vestiges 
confusément épars. 

KHIRBET EL-HASAMÎEH. 

Notre direction devient ensuite celle du nord; puis elle incline, 
de nouveau vers le nord-ouest. 

A six heures cinq minutes, nous rencontrons les débris d'ua 
autre village, qui sont dispersés sur les pentes d'une, colline , 
au milieu de touffes de broussailles ; ils me sont désignés sous le 
nom de Khirbet eUHasamiehy &mU4 îi^j^> Un puits creusé dans 



3ià DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

le roc y fournit encore de l'eau aux pâtres qui mènent paître leurs 
troupeaux en cet endroit. 

TELL BOUBNAT. 

Nous poursuivons notre route vers le nord-nord-est, et, à six 
heures trente minutes, nous gravissons la hauteur du Tell Boumai, 
cvb^ Jj. Les flancs de cette colline sont jonchés de matériaux, 
provenant d'anciennes constructions démolies. Quant au plateau 
supérieur, on y remarque les traces d'un mur d'enceinte en grosses 
pierres , à peine équarries et placées sans ciment les unes sur les 
autres. Ce mur mesurait quatre-vingts pas sur chaque face; peut- 
être enfermait-il un poste militaire. 

Au bas du teU serpente Y Oued MeMjed, ^y.jç'^ ^1^. Ce torrent 
est à sec les trois quarts de l'année ; mais si l'on y pratique des 
trous même peu profonds , l'eau affleure presque aussitôt. 



KHIRBET a'rAK HALA. 



A sept heures, nous marchons droit vers l'est. 

Chemin faisant, j'observe deux anciennes bornes milliaires, cou- 
chées horizontalement et presque entièrement enfouies dans le sol. 

A sept heures dix minutes , nous indinons vers le sud--est. A sept 
heures quinze minutes, nous faisons halte au Khirbet A*rak Hala, 
^L.^ ^ ^j^. Je visite d'abord de vastes excavations , analogues à 
celles de Beit-Djibrin. Une de ces galeries se compose d'une série 
de sept grandes salles à coupoles, dont quatre contiennent des en- 
foncements voûtés, creusés dans leurs parois. Elles servent, pen- 
dant l'hiver, de refuge aux bergers et à leurs troupeaux; aussi le 
sol est-il recouvert d'une couche énorme d'engrais. D'autres exca- 
vations semblables ont été pratiquées dans les flancs de la même 
colline, sur une étendue assez considérable; mais l'entrée en étant 
obstruée, je n'ai pu y pénétrer. 

Sur le plateau au-dessous duquel régnent ces galeries souter- 
raines gisent de nombreuses pierres, soit éparses, soit amoncelées 



CHAPITRE XLVIII. — KflIRBET A'RAK HALA. 315 

par tas, et provenant d anciennes constructions renversées. Quel- 
ques-unes sont parfaitement taillées et d'un grand appareil; mais 
la plupart ont été à peine équarries et sont extrêmement rongées 
et brunies par le temps. Si la surface extérieure en est trè^ure 
et d'une couleur foncée, on reconnaît, en les brisant, que Tinté- 
rieur est d'une grande blancheur et fort tendre, en un mot qu'elles 
proviennent certainement du même roc dans lequel les cavernes 
précédentes ont été creusées. Ceci contredit formellement l'opinion 
de Robinson, qui pense que les pierres tirées des excavations de 
Beit-Djibrin, exécutées dans le même calcaire crayeux que celles 
d'A rak Hala, ne sont pas assez dures pour bâtir, et qu'on ne voit 
dans le voisinage de ces cavernes artificielles aucun reste de cons- 
tructions faites avec de pareils matériaux. 

What then could hâve been ihe object ob thèse cavems? Cisterns they were 
not; and quarries they coald hardly hâve been ; as the stone is not hard enoagh 
for bailding, and there is no place in the vicinity erected mth such stone ^ 

Cette assertion est évidemment erronée; car, sans sortir de Beit- 
Djibrin même , on n'a qu'à ramasser la première pierre venue tirée 
des débris de l'ancienne ville, pour se convaincre sur-le-champ 
que ces immenses souterrains, creusés pour servir d'habitations 
et de magasins à un peuple troglodyte, ont été en même temps 
des carrières, d'oii l'on a dû extraire une prodigieuse quantité de 
matériaux de construction. Ces matériaux, il est vrai, peuvent pa- 
raître, au premier abord , trop tendres et trop friables; mais, comme 
je l'ai déjà dît, ils ont la propriété de durcir à l'air et à la pluie. 

En continuant mon examen du même plateau , qui mesure en- 
viron quatorze cents mètres de circonféi'ence, je rencontre plu- 
sieurs citernes pratiquées dans le roc ; j'y aperçois aussi deux 
oualy musulmans, consacrés, l'un au Cheikh Sidi Salem y l'autre au 
Cheikh Sidi Mohammed. Entre ces deux sanctuaires , deux tronçons 
de colonnes antiques sont placés au centre d'une petite enceinte 
de grosses pierres confusément entassées. 

' Bibiicnl Researche» in Palestine, t. II, p. 33. 



316 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Quelle était la ville qui s'élevait jadis en cet endroit? Sur cette 
question le nom qu on donne actuellement à ce khirbet ne jette 
aucune lumière. Détruite et inhabitée sans doute depuis de longs 
siècles, elle a été rasée de fond en comble, sauf les galeries sou- 
terraines dont j'ai parlé, et remplacement qu'elle occupait est 
maintenant en partie hérissé de broussailles et en partie livré à la 
culture, ou parsemé de vieux oliviers. 



A RAK EL-FENEGH. 



A huit heures dix minutes, nous repartons, dans la direction de 
l'est-nord-est. 

A huit heures quinze minutes, je distingue les traces d'un long 
mur, qui semble avoir servi jadis d'enclos à une vaste propriété, 
connue parmi les indigènes sous la désignation de Kerm el-Fenech, 
fjjJd\ 1^. Ce Fenech est, suivant eux, un prince qui aurait autre- 
fois régné dans ces contrées ; du moins , ainsi le prétendait mon 
guide, qui, du reste, n'en savait pas davantage à ce sujet. 

A huit heures vingt minutes, nous arrivons à des excavations 
appelées A'rak et-Fenech^ uft^Âill (j^. A l'entrée de ces cavernes arti- 
ficielles, est une salle voûtée, servant en quelque sorte de vestibule; 
puis on suit un corridor taillé dans le roc et long d'une cinquan- 
taine de pas; le toit qui le surmonte affecte une forme presque 
triangulaire. Ce corridor conduit à trois vastes salles^ pareilles à 
toutes celles que j'ai déjà décrites, et dont le sol disparaît sous 
une énorme couche d'engrais, parce que, depuis bien des siècles, 
sans doute, elles servent d'asile, durant l'époque des pluies, à des 
troupeaux de chèvres et de brebis. 

Non loin de là s'élève, sur un monticule, une koubbeh en l'hon- 
neur du Cheikh Mahmoud. 



KHIRBET EL-BASSAL. 



A huit heures cinquante-cinq minutes , nous prenons la direc- 
tion du nord-nord-est, et, à neuf heures, nous traversons quelques 



CHAPITRE XLVni. — KENAÏET A'ÏN LEHI ES-SAFER. 317 

ruines, appelées Khirbet el-Bassal^ JuwliJl ib^. Elles se réduisent 
à divers amas de pierres rongées par le temps, restes d'anciennes 
constructions renversées, qui jonchent une colline aujourd'hui 
hérissée de broussailles et surtout de touffes de lentisques. 



KHIRBBT DJB0Sn)EH. 



Nous avançant alors directement vers le nord, nous atteignons , 
à neuf heures quinze minutes, les ruines d'un autre village anti- 
que , qui me sont indiquées sous le nom de Khirbet Djedeidehy îujà^ 
»4Xj4>a- . Les arasements de petites maisons, trois citernes creusées 
dans le roc , plusieurs cavernes artificielles , tels sont les principaux 
débris qui en subsistent sur un monticule. 

Cette colline est elle-même dominée, au nord-est, par un tell 
oblong et plus élevé , jadis habité très-probablement , bien qu'on n'y 
découvre les traces distinctes d'aucune construction; mais, comme 
il est depuis longtemps livré à la culture , il n'est pas étonnant que 
ces vestiges aient presque entièrement disparu. 



KENAÏET A m LEm ES-SAFER. 



Descendus des hauteurs de ce telly nous rencontrons, dans la 
direction de l'est-nord-est, les restes d'un petit canal antique^ qui 
amenait autrefois jusqu'aux portes d'Ëleuthéropolis les eaux d'une 
source aujourd'hui tarie ou, du moins, perdue. Ce canal, construit 
en pierres de taille bien équarries, est encore en partie conservé 
dans une certaine étendue. Je l'ai longé pendant dix minutes; il 
fortele nom de KenaïetA'inLehies-Safer y jÂmi\ ^ (jv^ iL^Us,nom 
qui rappelle à l'esprit la fontaine E'n hak-Kore Ramath Lehiy dont 
il est question dans l'histoire de Samson , et qui, d'aprèis la Bible \ 
jaillit soudain d'une manière miraculeuse pour désaltérer ce héros 
mourant de soif, lorsque, avec une mâchoire d'âne, en hébreu khi- 
fiamory il eut tué mille Philistins. Une tradition, qui paraît s'être 

' Jtiges, c. XV, V. 1 9. 



318 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

longtemps maintenue, place cet événement et, par conséquent, 
cette fontaine près d'Eleuthéropolis. 
.Dans rÉpitaphe de sainte Paule, saint Jérôme s'exprime ainsi: 

Transibo ad iGgyptum, et in Sochoth atque apud fontem Samson, queni 
de molari maxillœ dente produxit, subsistam parumper; et arentia ora coUuam, 
ut refociilatus videam Morasthim, sepulcrum quondam Michaeœ prophetœ, 
nune ecciesiam. Et ex iatere derelinquam Chorrœos et Getthœos, Maresam , Idu- 
mœam et Lachis^ 

Ce passage nest pas, à la vérité, très-procis. Nous apprenons 
seulement que sainte Paule , se rendant de Jérusalem ou de Beth- 
léheni en Egypte , passa par Sochoth , et ensuite s'arrêta à la fon- 
taine de Samson, avant d'arriver à Morasthi, oiï avait été enterré 
le prophète Michée. Or cette ville de Morasthi, comme nous le 
savons par ce même Père de l'Église, était, de son temps, un petit 
village, voisin d'Eleuthéropolis : 

Ad Michœam de Morasthi, qui usque hodie juxta Eleutheropoiim, urbem 
Palœstinœ, haud grandis est viculus^. 

Dans YOnomasticon^ ce village est indiqué comme étant à l'est 
d'Eleuthéropolis : y 

McûpaaOeïf iOev ifv Mi^a/a^ à ^po<pTQtnSj fspbs dvaroXàs ÈXeuBeponSXsoâs. 

Ce serait donc au nord de Morasthi, sur la route de Sochoth, 
aujourd'hui Khirbet Ghoueikeh, dont je parlerai ailleurs, qu'il fau- 
drait chercher la fontaine de Samson. Dans ce cas, notre A'ïn Lehi 
es-Safer répondrait à la fois , par une partie de son nom , à la fon- 
taine E'n hak-Kore Ramath Lehi de la Bible , et, par sa position , aux 
données d'Eusèbe et de saint Jérôme. Car le canal dont j'ai signalé 
les débris sous la désignation de Kenaiet A'in Lehi es-Safer est à 
trente-cinq minutes environ au nord de l'emplacement assigné 
à Morasthi, et la source dont il apportait les eaux à Ëleuthéropolis 
coulait plus au nord encore, en se rapprochant de Sochoth. 

Antonin le Martyr mentionne plus tard cette même fontaine en 

' Hieronymi opéra , ëdit. Migne, 1. 1, p. 889. — ' Comment, sur le prophète Miehcc. 



CHAPITRE XLVUl. — KËNAIET AiN LEHI ES-SAFER. 319 

parlant d'fïeuthéropolis , qui dans son Itinéraire est nommée par 
corruption ElûarapoUs : 

§ 

Venimus in cÎTitatem quœ dicitur Eiiotropolis, in loco' obi Sampson ille 
fortissimos maiilla asini mille occidit nros« ex qua maxilla, illo crante, aqua 
profluxit, qui fons loca illa usque in hodiemum diem îrrigat, nam in loco 
ubi surgit fuimus ^ 

Au xn* siècle, Thistorien grec Glycas rapporte que, de son temps, 
on montrait encore , dans les faubourgs d'Ëleuthéropolis , une fon- 
taine qui s'appelait la source de la Mâchoire : 

H roiooirn ^nyij fJLéj(jpi xa) rtffiepov iv to7s ^poax/lzlois ^'kevOeponiXtcas 
(palverau ^iaySvos iirovofÂalofiévrf fsviyi(^. 

Il est hors de doute, à mon avis, que la fontaine citée dans ces 
deux passages, et qui est probablement la même que celle à la- 
quelle fait allusion saint Jérôme dans son Ëpitaphe de sainte Paule , 
doive être identifiée avec l'Ain Lehi es-Safer dont j'ai retrouvé le 
canal; mais est-ce bien réellement celle dont il est question dans le 
chapitre XV du livre des Juges, et sa situation aux portes d'Ëleuthé- 
ropolis est-elle en parfait accord avec les indications de la Bible? 
C'est là un point qui me semble contestable. En effet, qu'appre- 
nons-nous aux versets 8 et 9 de ce chapitre? C'est que, après avoir 
incendié les moissoiis des Philistins, Samson se retira dans la ca- 
verne du rocher d'Ëtam. A cette nouvelle, les Philistins, montant dans 
le pays de Juda , campèrent dans un endroit qui fut ensuite appelé 
Lehi ou Lechi (Mâchoire), et oii leur armée fut dispersée. 

8. Percussitque eos [Samson] ingenti plaga, ita ut stupentes suram femori 
imponerent. Et descendens habitavit in speiunca petr» Etam. 

9. Igitar ascendentes Philisthiim in terram Juda castrametati sunt in ioco 
qui postea vocatus est Lechi, id est Maxilla, ubi corum eiTusus est exercitus. 

De ces deux versets, comme de ceux qui suivent, il me parait 
résulter clairement qu'il faut chercher le lieu du campement et de 
la défaite des Philistins par Samson non loin de la roche d'Ëtam. 
Cette roche devait, très-probablement, être voisine elle-même 

' Antoniiii Marlyris Itinerarium , p. 3o. — * Glycas, Annales, q* partie, p. i64. 



320 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

de la ville d'Etam, qui conBnait aux fameuses Vasques de Salo- 
mon. Or, à une heure et demie de marche tout au plus au nord- 
nord- ouest de «ces vasques, j'ai trouvé une source considérable, 
désignée encore aujourd'hui par les Arabes sous le nom d'il m Lehiy 
au milieu d'une ruine appelée Khirbet A'in Lehiy et que je décrirai 
en son lieu. Nous sommes là dans un voisinage, sinon immédiat, du 
moins assez rapproché de la roche Étam, et, par conséquent, les 
Philistins, en poursuivant Samsôn, n'étaient plus séparés de l'en- 
droit de sa retraite , en campant à Lehi , que par un intervalle de 
six à sept kilomètres ; tandis que si , conformément à la tradition 
que j'ai rapportée plus haut, nous identifions l'A m Lehi es-Safer 
des environs de Beit-Djibrin avec l'A'ïn Lehi qui désaltéra miracu- 
leusement Samson dans cette circonstance , nous sommes au moins 
à vingt et un kilomètres de l'emplacement d'Etam , et , dès lors , il 
est difficile de comprendre pourquoi les Philistins auraient été 
fi^er leur camp à une si grande distance de l'asile choisi par l'en- 
nemi qu'ils poursuivaient.' 

KHIRBET BEDD ES-SAOUMfiH. 

A dix heures , nous nous dirigeons presque en droite ligne vers 
le sud, pour retourner à Beit-Djibrin, en longeant le lit de l'Oued 
Lehi es-Safer; la vallée qu'il traverse est semée de dourah. 

A dix heures vingt minutes, nous laissons à notre gauche des 
ruines appelées Khirbet Bedd e8-Sa>oumeh , jU^Wlo^Jb^. Elles con- 
sistent en un amas de pierres, dont quelques-unes assez grosses, 
provenant de constructions renversées, sur un monticule aujour- 
d'hui planté d'oliviers. Une auge, destinée à recevoir de l'eau, 
parait avoir été primitivement la cuve d'un sarcophage. 

KHIRBET MÂR HANNA. 

A dix heures trente- cinq minutes, nous sommes de retour à 
Beit-Djibrin. 



CHAPITRE XLVIII. — KHIRBET MAR HANNA. 321 

A quatre heures trente minutes de l'après-midi, je me remets 
en route, avec un autre guide, dans la direction du sud-est, en 
suivant une vallée plantée de vieux oliviers. 

A quatre heures cinquante minutes , j'atteins les belles ruines 
dune ancienne église chrétienne, que les indigènes désignent 
encore sous le nom de Mdr Hanna^ Us^^U (Sainte- Anne). Elle for- 
mait un rectangle long de soixante-deux pas sur cinquante -trois 
de large , orienté de l'ouest à Test et terminé de ce côté par une 
abside formant saillie au dehors. Cette abside, presque intacte, 
est construite, comme tout le reste de Tédifice primitif, en magnifi- 
ques pierres de taille, parfaitement agencées entre elles, et elle est 
percée de trois fenêtres cintrées. La voûte qui la couronne est 
également en plein cintre, et existe en partie. L'église était divisée 
en trois nefs. Celle du sud a été rasée complètement, sauf une 
chapelle affectant la forme d'une demi-rotonde, qui est encore à 
moitié debout et qui touchait au mur méridional de la basilique, 
vers le bas de la nef. Une chapelle semblable et correspondante 
touche de même , par l'un de ses côtés , au mur de la nef septen- 
trionale. Sous cette dernière nef, règne, dans la partie nord-ouest, 
une double crypte voûtée en plein cintre et formant deux chambres 
souterraines contiguës. Quant à la grande nef ou nef centrale, elle 
est actuellement recouverte de monceaux de décombres. 

Pour en revenir à l'abside dont j'ai déjà parlé, elle se reliait, à 
droite et à gauche, à un mur droit, percé de fenêtres cintrées et 
à deux étages , qui est encore en partie debout. 

Au nord du chœur, deux compartiments carrés, dont les voûtes 
sont tombées , semblent avoir servi de sacristie. 

Cette remarquable basihque, qui date peut-être des premiers 
siècles du christianisme, a dû subir des remaniements considérables 
à l'époque de l'occupation des croisés; car, au devant du chœur, 
on observe encore les débris d'une voûte légèrement ogivale, bâtie 
avec des pierres d'un moindre appareil que le reste de l'édifice , 
et reposant sur quatre piliers beaucoup mieux construits, qui 
paraissent appartenir au plan primitif. 

II. 9 I 



322 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Telle est 9 en peu de mots, la description de ce monument, qui, 
après la grande basilique de Bethléhem, bien entendu , est l'un 
des spécimens les plus précieux de l'architecture religieuse des 
Byzantins en Palestine. Il offre une ressemblance frappante avec la 
basilique d'A mouas, dont il a été question dans le premier tome 
de cet ouvrage. 

Non loin de Mâr Hanna est un puits antique, moitié construit 
eu belles pierres de taille et moitié creusé dans le roc. Plus bas, 
sur les pentes de la vallée et dans la vallée elle-même, sont éparses 
les ruines d'un ancien bourg, appelées Khirbet Mdr Hanna y ib^ 
U>-jU . De nombreux amas de pierres, les unes taillées, les autres 
à peine dégrossies , constituent beaucoup de compartiments distincts , 
la plupart de forme circulaire, et disposés ainsi parles Arabes; ce 
sont les débris d'autant d'habitations détruites. Ces ruines s'éten- 
dent vers le sud jusqu'au pied d'un tell oblong, qui domine tous 
les environs et est nommé Tell Mdr Hanna , ll»>jU Jor. 



a'rax mâr hanna. 



Avant d'atteindre cette colline, je visite plusieurs vastes excava- 
tions, pratiquées dans des collines tuffeuses et connues sous le nom 
d'Arak Mdr Hanna y \jm^jU^^. L'une d'entre elles renferme une 
série de plusieurs salles successives et identiques pour la forme 
avec celles que j'ai déjà décrites. Les parois sont toutes noircies, 
parce que les bergers s'y retirent pendant l'hiver avec leurs trou- 
peaux et y allument des feux de broussailles. 

Je remarque aussi des silos, des citernes et des tombeaux prati- 
qués dans le roc, en assez grand nombre. Quelques-uns de ceux-ci 
sont considérables et renferment plusieurs chambres sépulcrales 
percées de fours à cercueils. On y descend par des degrés. 



TELL MÂR HANNA. 



Parvenu au tell, je distingue sur ses pentes, en les gravissant. 



CHAPITRE XLVIII. — KHIRBET MERACH. 323 

c[uelque6 arasements de murs antiques. Des vestiges analogues, 
mais beaucoup moins importants qu on ne s'y attendrait, s'obser- 
vent de même sur le plateau supérieur. Ce plateau, en effet, qui 
semble avoir été nivelé par la main de l'homme, passe pour avoir 
été jadis fortifié et pour avoir servi d'acropole à une ville, actuel- 
lement détruite. De là le regard embrasse au loin tous les envi- 
rons, et une position aussi avantageuse n'a certainement pas dû être 
négligée dans l'antiquité. 

A six heures quarante-cinq minutes, je reprends la route de 
Beit-Djibrin , où je suis de retour à sept heures cinq minutes. 



KIURBET MERACH. 



Le 1 5 juin , à cinq heures du matin , je me rends aux ruines de 
Merach, situées à vingt minutes au sud de Beit-Djibrin, en suivant 
une vallée plantée d'oliviers et comme divisée en plusieurs étages 
successifs par de petits murs de soutènement. 

Le Khirbet Merach, ^\yè â^^â., s'étend sur une colline oblongue 
et peu élevée, aujourd'hui hérissée de broussailles et notamment 
de lentisques. La ville dont ce khirbet présente les restes débor- 
dait, en dehors de cette colline, dans la plaine adjacente. Des amas 
confus de pierres, des silos, des citernes et des excavations en 
forme d'entonnoirs renversés , voilà tout ce qui subsiste de l'antique 
Marésa, en hébreu Marechah, nc^Kiç ou ncfnç, appartenant à la 
tribu de Juda, dans le district de la Chéphélah, et dont le nom s'est 
conservé fidèlement dans celui de Merach. 

Il est pour la première fois question de cette ville dans le livre 
de Josué, oil elle est mentionnée avec les villes de Ceila et d'Achzib. 

Geila, et Achzib, et Maresa '. 

Plus tard , elle fut fortifiée par Robôam , qui l'entoura de murs ^. 
Sous le règne d'Asa. une armée formidable d'Ethiopiens, com- 

* Jo9uê, c. XV, V. 4/4. — ' Paralipomenes , I. FF, c. xi, v. 8. 

91 . 



324 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

mandée par Zara (en hébreu Zérach), envahit la tribu de Juda, 
et s'avança jusqu'à Marésa. Asa marcha au-devant de ces hordes 
innombrables, et rangea ses troupes en bataille dans une vallée 
voisine de cette ville, appelée Séphata. Les Ethiopiens, vaincus, 
furent poursuivis avec acharnement jusqu'à Gérar. (9Û1 avant 
J. G.) 

9. Egressus est autem contra eos Zara iSthiops cum exercitu suo, decies 
centena miliia et curribus trecentis, et venit usque Maresa. 

10. Porro Asa perrexit obviam ei, et instruxit aciem ad beilum in valle 
Sephata, quœ est juxta Maresa ^ 

Le lieu oh se livra cette bataille célèbre est désigné dans le texte 
hébreu par les mots suivants : nr^içS nnçx K^ja, be-gué Tsephathah 
le-Maréchah, que la Vulgate traduit ainsi : in valle Sephata, quœ 
est juxta Maresa y trdans la vallée de Séphata, qui est près de Ma- 
résa p mais les Septante les rendent par : èv rri (pipayyi xarà 
^oppàv Ma|997(Ta, trdans la vallée qui est au nord de Marésa; t) d'où 
l'on peut conclure qu'ils ont eu sous les yeux un autre texte que 
celui que nous avons maintenant, et que, au lieu du mot nnss, 
Tsephathah y ils ont lu, selon toute vraisemblance, n:iss, tsapko- 
nahy (fvers le nord, tï 

Josèphe appelle cette même vallée Za^da, sans marquer sa 
position par rapport à Marésa, qu'il écrit MapiWa, et se contente 
de dire, comme dans le texte hébreu, qu'elle était voisine de cette 
ville : 

oÛTOtl {jusnà tUs olxeias Svvd(Aeù)s, àTtifvTnatv Aaavos . xoà àvrtiraparrd^ avrÇ 
Ttjv (/Ipariàv Iv ti vi (pdpayyi 2a^Â Xeyofiévp , tUs w&ke6âs ot!x inoOev ^ . . . 

(r[Zara] s'étant avancé avec son armëe jusqu'à Marissa (c'est une ville de 
la tribu de Juda) , Asa marcha à sa rencontre, et rangea ^on armée en bataille 
contre ce prince, dans une vallée. appelée Saphtha, non loin de là ville. . . » 

Robinson ^ incline à voir quelque ressemblance entre le nom de 

* ParaUpamènes, 1. II , c. xiv, v. 9 , 1 o. * Biblical Researches in Palestine, t. IF, 

* A ntiqvités judaïques , VIII, xii, S i. p. 3i. 



CHAPITRE XLVIII. — KHIRBET MERACH. 325 

Tell es^fieh et celui de la vallée de Tsephathah, théâtre de cette 
grande victoire. A la vérité , la colline dite Tell esSafieh et la vallée 
qu elle domine sont à deux heures trois quarts au nord-nord-ouest 
de Merachy Tancienne Marésa^ distance qui paraît bien grande, si 
Ton songe que la Bible et Thistorien Josèphe s'accordent égale- 
ment à placer la vallée en question dans le voisinage de Marésa. 
D'un autre côté, cette vallée de Tsephathah, comme le remarque 
Robinson, est peut-être celle qui de Beit-Djibrin court vers Tell 
es-Safîeh. Dans ce cas, elle a pu porter le nom de cette dernière 
localité, même bien longtemps avant de l'atteindre. 

Dans les Paralipomènes, Marésa est citée comme étant la patrie 
du prophète Ëliézer, sous le règne de Josaphat. 

Prophetavit autem Eliezer, filius Dodau, de Maresa, ad Josaphat, dicens : 
Quia habuisti fœdus cum Oebozia, percussit Dominus opéra tua, contritaeque 
sunt naves, nec poluerunt ire ia Tharsis'. 

Judas Machabée, dans une campagne contre les Iduméens, in- 
cendia et pilla Marésa, en se rendant d'Hébron à Azdt. (i63 avant 
J. C.) 

Se loiiSa^ xai ol âSe\(^ol outov utoXefiovvres roU iSoviiaiots ovx àvUaav^ 
àXk^ivéxeivTO "tsfavrax^sv olùtoÎSj rrfv re^eSpGJvazrôXiv xaraXaSéfxevot y 6<tov 
ijv by^yphv avrils KotBeTkoVy xa\ roùs ariipyovs êfATTprfaavrsç êSriovv Ttjv éWo^- 
Xoûv "j^épav xa\ Mdpiao'av ifféXtv, ek te AC&rrov éXûévres xa\ XaSôtncs aÔTfjv 
SttfpTracrav^. 

tr Judas et ses frères ne cessèrent point de combattre les Iduméens; mais ils 
les pressaient de toutes parts. Après s'être emparés d'Hébron et avoir renversé 
ses fortiGcations, ils brûlèrent les tours et ravagèrent le pays des étrangers 
(Philistins), ainsi que la ville de Marissa; puis ils marchèrent vers Azot, et, 
rayant prise, ils la livrèrent au pillage.?) 

L'an 110 avant Jésus-Christ, elle tomba au pouvoir de Jean 
Hyrcan , qui la conquit sur les Iduméens '. 

Pompée la rendit à ses anciens habitants^. (63 avant J. C.) 

* ParaUpomènea , 1. If, c. xx, v. .ly. ' Antiquités judaïques , XIII, ix, S i. 

* Antiquités judaïques , XII, viii, 8 6. * Ihidem, XIV, iv, S 4. 



326 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Restaurée par Gabinius, elle fut bientôt après, Tan 89 avant 
Jésus-Christ 9 renversée par les Parthes, et Josèpbe, dans cette 
occasion , lui donne Tépithète de ville puissante : 

» 

Ta iièv oSp xaTfl^ rriv zréXiv ovx àité'j^jprKTZtoU WdpQoiSy àWà xai rijv y^fipav 
aùrSv i^iévres iKcIxovv, Mdptaaav ts, ^6Xiv Svvarnvy dvéaltitrav ^ 

trCe qui était renfermé dans la ville [deJérusalem] ne suffit pointauxParthes; 
mais , sortant de ses murs , ils saccagèrent la contrée des Juifs et détruisirent 
Marissa, ville puissante, i» 

Ëusèbe, dans YOnomasliemi, mentionne Marésa, au iv^ siècle de 
notre ère, comme étant déserte de son temps, et située à deux milles 
d'Eleuthéropolis. 

Maprjaàf (pvXiis îovSa' Ipnfiéç è(/li vSp ds êirb <nifisioj» EXevtfspoir^Xea);. 

Cet écrivain ne nous indique pas d'ailleurs quelle était la posi- 
tion de Marésa par rapport à Ëleuthéropolis. Mais, attendu que, 
vingt minutes au sud de Beit-Djibrin , qui est incontestablement 
Tancienne Ëleutbéropolis , nous trouvons les ruines d'une cité 
détruite, appelées Khirbet Merachy nom dans lequel on reconnaît 
facilement celui de Marechahy en latin et en grec Maresa^ nous ne 
pouvons douter que nous ne soyons sur l'emplacement de l'antique 
ville ainsi désignée , bien que la distance de vingt minutes de marche 
qui sépare ces ruines de Beit-Djibrin soit inférieure à la distance 
de deux milles, marquée par Eusèbe et reproduite sans modifica- 
tion par saint Jérôme, son traducteur. * 

Le prophète Michée^ cite une ville du nom de MorecheU^Gaih , 
nrnttfilD , et comme , immédiatement après , il fait mention de 
celle de Marechahy il est à présumer qu'elles étaient voisines l'une 
de l'autre. 

La version des Septante, il est vrai, et celle de la Vulgate tra- 
duisent les mots hébreux Morecheth-Gath^ la première par xknpo^ 
vofjJa réd, la seconde par hœreditas Geth , «r héritage de Geth ; y^ mais 

* Antiquités judaïques, XIV, xui, S 9. — * Michee, c. 1, v. i4. 



CHAPITRE XLVIII. — KHIRBET MERACH. 327 

la plupart des hébraïsants s'accordent actuellement à voir un 
nom propre de ville dans le mot Morecheth. Quant à celui de Gath 
ou de Geth, il paraît avoir été ajouté au précédent, soit parce 
que Morecheth était dand la dépendance de Gath, Tune des cinq 
métropoles des Philistins, dont j'ai fixé la position à Dikrin, à 
cinq milles environ au nord de Beit-Djibrin, soit parce que son 
territoire était planté de vignes et renfermait, par conséquent, des 
pressoirs, ce que signifie le moi gath y n3. 

Un passage du prophète Michée confirme l'opinion de ceux qui 
reconnaissent un nom propre de ville dans le mot Morecheth; nous 
lisons en effet dans ce prophète : 

Verbum Domini, quod factum est ad Michœain Morasthiten, in diebus 
Joathan, Achaz et Ezechiœ, regum Jada : quod vidit super Samariam et Jéru- 
salem ^ 

Dans le texte hébreu, ce prophète est appelé hmn^Marachthi , 
••rtriDn, ce qui veut dire tr originaire de Morecheth tî ou trde Mo- 
rasthi , 1) d'après la Vulgate et les Septante. 

Cette ville de Morecheth ou de Morasthi n'est pas, du reste, 
mentionnée ailleurs dans les Livres saints. 

Eusèbe, dans YOnomasticon^ la signale comme étant à l'orient 
d'Eleuthéropolis , sans indiquer autrement l'intervalle qui la sépa- 
rait de cette ville : 

Saint Jérôme , en traduisant ce passage , ne marque pas davan- 
tage l'éloignement de cette localité par rapport à Eleuthéropolis. 

Morasthi, unde fuit Michœas propheta. Est autem vicus contra orieutem 
Eleutheropoleos. 

Les mots est autem vicus prouvent que cette ville existait encore 
à l'état de bourg, ou plutôt seulement de village, du temps de saint 
Jérôme; car, dans son Commentaire sur Michée, ce même Père de 

' Michée, c. I , V. i . 



328 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

TEglise , en parlai;it de Morasthi comme de la patrie de ce prophète , 
ajoute : 

Usque hodie juxta Eleutheropoiim, urbem Palœstinae, haud grandis est 
Viculus. 

Dans l'Ëpitaphe de sainte Paule, un passage que j'ai déjà cité 
plus haut nous apprend que, à l'époque de cette nohle patricienne, 
et, par conséquent, du temps de saint Jérôme, l'endroit oii se trou- 
vait à Morasthi le tomheau du prophète Michée avait été transformé 
en église : 

Ul refocillatus videam Morasthim , sepulcrum quondam Michaeie, nunc 
ecciesiam. 

Il en résulte aussi que Morasthi ou Morecheth-Gath était diffé- 
rente de Marésa, en hébreu Marechahy malgré la ressemblance des 
deux noms, puisqu'il est spécifié que sainte Paule visita la première 
et laissa de côté la seconde : 

Et ex latere derelinquam Ghorrœos et Getthœos, Maresam. . . 

Ëusèbe, dans YOnomasticon, et saint Jérôme, son traducteur, pla- 
çant tous deux Morasthi à l'orient d'Eleuthéropolis , et le même 
saint Jérôme , dans son Commentaire sur le prophète Michée , disant 
en outre qu'elle touchait à cette dernière ville, je suis porté à 
l'identifier avec le Khirbet Mâr Hanna, situé à vingt minutes au 
sud-est de Beit-Djibrin, et à voir dans l'église Sainte-Anne celle 
que signale ce Père de l'Eglise, et qui avait été construite sur le 
tombeau du prophète Michée. Peut-être même l'une des deux 
cryptes qui s'étendent sous la nef septentrionale de cette basi- 
lique aura-t-elle contenu les précieuses reliques de ce prophète. 

Dans Sozomène * il est rapporté que , vers la fin du règne de 
Théodose le Grand, sous l'épiscopat de Zebennus, évêque d'Eleu- 
théropolis, les corps des prophètes Abacnc et Michée furent re- 
trouvés, le premier à Ceila, et le secondià Berathsatia, à dix stades 

' Hisinire crd^sinstiqm , Vil, x v i \ . 



CHAPITRE XLVIII. — A'RAK TELL MÂR HANNA. 329 

environ d'Ëleuthéropolis , dans un monument que les indigènes, 
sans trop comprendre ce qu'ils disaient, appelaient, dans leur 
idiome maternel, Nephsameeamanaj c'est-à-dire cr monument des fi- 
dèles, -n 

Ce chiffre de dix stades ou de dix-huit cent cinquante mètres 
nous mène droit au Khirhet Mâr Hanna, qui est précisément à 
cette distance-là de Beit-Djihrin. De ce passage il résulte également 
que Morecheth-Gath ou Morasthi s'appelait aussi , à l'époque byzan- 
tine, Berathatia, par corruption probablement de la dénomination 
grecque M(opct(T6$i. 



a'rAK tell mâr HANNA. 



En quittant le Khirbet Merach, qui m'a amené à faire cette di- 
gression, et qui paraît représenter d'une manière indubitable, je le 
répète, l'antique Marechah ou Marésa, j'allai visiter des excava- 
tions très-remarquables , pratiquées sur le flanc méridional du Tell 
Mâr Hanna, qui sépare les ruines de Merach de celles de Mâr 
Hanna, situées à l'est-nord-est des précédentes, à la distance d'en- 
viron vingt minutes de marche. Chemin faisant, je descendis dans 
plusieurs anciens souterrains , très-intéressants eux-mêmes et divi- 
sés en un certain nombre de compartiments par des espèces de cor- 
ridors. Les parois de quelques chambres sont percées de niches, 
qui peuvent être regardées soit comme des columbariay soit comme 
de petites armoires, destinées à renfermer des objets divers. Dans 
le premier cas, il faudrait voir des tombeaux dans ces excavations; 
mais j'incline plutôt à y reconnaître des habitations souterraines 
d'une haute antiquité. 

Non loin de là, en me dirigeant vers l'est, je pénétrai dans les 
excavations qu'on m'avait signalées au sud du tell. Pour y entrer, 
il faut se glisser par une ouverture étroite et difficile, et, pour les 
parcourir, il est nécessaire de se munir de lumières; car les ori- 
fices supérieurs, qui jadis sans doute les éclairaient, sont actuel- 
lement bouchés, par suite d'ébouloments. Je m'avançai ainsi, à la 



330 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

lueur de deux bougies, à travers ce souterrain ténébreux, par- 
tagé en plusieurs salles. L'une d'entre elles est soutenue par des 
piliers carrés, ménagés dans l'épaisseur du roc. Elle est eu grande 
partie obstruée par des amas de terre et des blocs entassés, qui 
en ont exhaussé singulièrement le sol , et qui ne permettent pas 
d'en reconnaître toute l'étendue. De là un corridor me conduisit 
au sommet d'une autre salle, taillée en forme d'entonnoir, et au fond 
de laquelle je descendis par un escalier tournant très-dégi*adé* Afin 
de rendre les montées et les descentes moins dangereuses, il était 
protégé par un petit garde-foû, aujourd'hui à moitié détruit. Un 
second corridor me mena à une deuxième salle, analogue à la pré- 
cédente. M. le docteur Tobler* les considère, à cause des petites 
niches qui sont creusées en grand nombre le long de leurs parois, 
comme d'anciennes citernes, transformées plus tard, à l'époque 
romaine, en columbaria; mais j'hésite à adopter l'avis de ce savant 
voyageur : ces niches me paraissent trop petites pour avoir jamais 
contenu des urnes cinéraires. 

Outre ces salles, j'en visitai d'autres d'un moindre développe- 
ment et qui font partie du même souterrain. La voûte tuffeuse de 
deux d'entre elles s'était écroulée probablement dès l'antiquité; car 
elle présente les traces de réparations qui semblent attester l'époque 
romaine, et qui ont été exécutées au moyen de pierres disposées 
en plein cintre. 

En sortant de ces mystérieuses excavations, je repris la route de 
Beit-Djibrin , où j'étais de retour à dix heures du matin. 

* Dritte Wûnderung naeh PoiàsUna, p. i3i et i3ti. 



CHAPITRE XLIX. — BETOGABRA. 331 



CHAPITRE QUARANTE-NEUVIÈME. 

IDKNTfTE DE BEIT-DJIBRIN AVEC L'ANCIENNE BETOGABRA DE PTOLEMJÎE, LA 

BET06ABRI DE LA TABLE DE PBUTINGER. BETOGABRA EST ELLE-MâlIE 

IDENTIQUE AVEC BLEUTHEROPOLIS. HISTOIRE DE CETTE VILLE. 



IDENTITÉ DE BEIT-DJIBRIN AVEC BETOGABRA. 

Il est temps maintenant, avant de nous éloigner définitivement 
de Beit-Djibrin , de résumer en peu de mots les principaux faits 
historiques qui s'y rapportent. 

Robinson * a prouvé depuis longtemps , par des arguments qui 
me semblent irrécusables, l'identité de Beit-Djibrin avec l'ancienne 
Betogabra, en hébreu probablement Beth-GtAra ou Beth-Gebara. 

Il est d'abord hors de doute que la dénomination arabe Beit-Dji- 
brin et la dénomination hébraïque Beth-Gabra on BethnGebara (Bouto- 
yaSpi chez Ptolémée, Betogabri dans la Table de Peutinger) ren- 
ferment absolument }es mêmes racines , Beit et Beth étant identiques , 
et Djibrin ainsi que Gabra ou Gebara provenant pareillement d'un 
radical tout à fait semblable, y^sf^ en arabe, cril a consolidé, il a 
été fort, puissant,^ et "133 en hébreu, dont le sens est absolument 
le même. 

Beit-Djibrin j qui est pour BeilnDjibrily J^jj^a^ v^^aj, par suite de 
la permutation, si fréquente en arabe dans le dialecte vulgaire, du 
/amen noun^ signifie (t maison de Gabriel,?) c'est-à-dire cr maison du 
fort de Dieu;fl et Betagobray en hébreu Betk-Gabra ou Beth-Gebara^ 
peut se traduire par (t maison de la force, des hommes forts, des 
géants,*» sans doute parce que le territoire où cette ville était située 

' Biblical Researcheë in Palestine, t. II, p. 58 et suiv. 



332 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

fut primitivement habité par des populations d'une taille gigan- 
tesque , comme étaient les Horim , qui , d après saint Jérôme , s'étaient 
établis dans, le district d'Ëleuthéropolis. 

La première fois néanmoins que la ville de ce nom apparaît dans 
rhistoire, c'est seulement dans un passage de Josèphe où cet his- 
torien raconte que Vespasien , après s'être emparé de Lydda , d'Iam- 
nia et d'Emma us, prit, au milieu del'Idumée, deux bourgs appelés 
Betaris et Caphartoba. 

Karàka€6fJLSvos Se Svo xciptas ràs fisaanehas tris \SouiicuaSy "Rvfrapiv xaï 
Ka^apréëaaf, xreivei (lèv ihrèp fivpiovs, aljfjKtkùnCt^erat Se thrèp ^iXtovs^. 

rS'étant rendu maître de deux bourgs, au cœur même de ndumée,a savoir 
Betaris et Gaphartoba, il tue au delà de dix mille hommes et en fait prison- 
niers plus de mille. ^ 

Reland soupçonne, avec quelque raison peut-être, que, au lieu 
de ^rfrapts^ il faut lire avec Rufin Brryaêpts, et il ajoute que cette 
Brfyaêpts lui paraît être Bethagabra. 

hffrapig in média Idumœa; sed Rufinum credo rectius legisse "Rtfyaëpis: 
videtur esse Bethagabra^. 

On sait que l'Idumée proprement dite était située à l'est de la 
grande vallée d'Ârabah, dans la péninsule Arabique; mais, à l'époque 
dont il est question dans Josèphe, par suite des invasions des Idu- 
méens dans le sud de la Palestine, ce même nom s'appliquait aussi 
à toute la partie méridionale de la tribu de Juda, et notamment à 
tout le district d'Éleuthéropolis. Hébron même était comptée parmi 
les villes de l'Idumée'. 

C'est ce qui explique pourquoi cet historien, en parlant de 
l'expédition de Vespasien dans le sud de la Judée , nous dit que ce 
général s'avança au milieu de l'Idumée. 

Si, au contraire, dans le passage précédent, le mot BiffroLpis ne 
doit point être changé en Brryaêpts et est, par conséquent, différent 
de Beth-Gabra, la plus ancienne mention que nous connaissions 

' Guerre des Juifs, IV, vm, Si. ^ Antiquités judaïques , XII, vin, S 6. 

* Reland, Palœsiina, p. 6a6. — Guerre des Juifs, IV, i\, Sy. 



CHAPITRE XLIX. — ÉLEUTHÉROPOLIS. 338 

de cette localité se trouve dans Ptolémée, au commencement du 
ii"^ siècle de notre ère; ce géographe l'appelle BauroyaJSpA ^ Elle est 
également citée plus tard dans la Table de Peutinger sous le nom 
de Betogabriy et marquée comme étant à seize milles d'Âscalon , sur 
la roule de cette ville à Jérusalem, distance qui est trop faible de 
plusieurs milles. 

IDENTITE DE BETOGABRA AVEC litEUTHinOPOLIS. 

Que si l'identité du bourg actuel de Beit-Djibrin avec la Beto- 
gabra de Ptolémée et la Betogabri de la Table de Peutinger n'est 
plus contestée par personne, celle de Betogabra ou Betogabri elle- 
même, par conséquent de Beit-Djibrin, avec Ëleuthéropolis n'est 
. pas moins certaine, et les preuves apportées par Robinson à l'appui 
de cette dernière opinion me semblent également irrécusables. 
Ëleuthéropolis, en effet, est très-souvent mentionnée dans VOno- 
mastican comme un point central, à partir duquel sont indiquées un 
assez grand nombre de distances et vers lequel convergent plusieurs 
routes. Or, comme Robinson l'a très-bien montré , Beit-Djibrin est 
précisément le point auquel ces distances et ces routes se rappor- 
tent le mieux. On est donc pleinement autorisé , après avoir reconnu 
à Beit-Djibrin l'ancienne Betogabra, à y reconnaître pareillement 
Ëleuthéropolis, dont le nom grec a disparu, comme cela est arrivé 
à une foule d'autres localités en Palestine, pour être remplacé, 
lors de l'cfccupation arabe, par la désignation primitive qu'elle por- 
tait, et qui, selon toute probabilité, s'était maintenue constamment 
parmi le peuple , concurremment avec la dénomination grecque et 
officielle que la conquête avait imposée. 

D'ailleurs, dans deux anciennes listes des sièges épiscopaux de 
la Palestine, l'une grecque et l'autre latine, qui sont reproduites 
par Reland, on trouve mentionné, dans la première 2, le siège 
d'Ëleuthéropolis, et, dans la seconde ^ à la place de ce nom, celui 

^ Ptoiëmëe, c. xv : Tabula guarta ^ Reland, Palœstina, p. 91 5. 

Asiœ, * HM, p. aay/ 



334 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

de BeUfrGerbmnj ce qui prouve que ces deux villes étaient identiques 
et que, par conséquent, Ëleuthéropolis se confondait elle-même 
avec Betogabra, dont Beitt-Gerbein, notre Beit-Djibrin , a gardé 
fidèlement le site et le nom. 

Un autre document très-concluant, c'est celui qua découvert 
en i8/iâ le professeur Rodiger de Halle dans les Acia $aneiorum 
fnartyrum publiés par Assemani, en syriaque, en grec et en latin. 
Dans cet ouvrage il est question du martyr Pierre Âbselama comme 
étant né à Anea , localité qui , d'après le texte syriaque , est située 
dans (T le district de Beth-Gabrin , t) tandis que les textes grec et latin 
portent (t dans le district d'Ëleuthéropolis. ^ 

A quelle époque le nom de Betogabra se changea-tr-il en celui 
d'EletUhérapoUs? C'est ce qu'il est difficile de dire. Toujours estr-il 
que, si dans Ptolémée nous lisons BauTorya€pd et non ÈXsvOepà- 
ndhs^ d'où l'on pourrait conclure que, à l'époque où vivait ce 
géographe, cette localité était encore connue sous son appellation 
primitive-, dès l'année âos de notre ère, le nom à' Ëleuthéropolis 
est empreint sur des médailles frappées en l'honneur de Julia 
Domna, femme de Septime Sévère, prince qui, lors de son voyage 
en Palestine, avait conféré des immunités et des privilèges à plu- 
sieurs villes de cette contrée. Nous possédons également une autre 
médaille d'Ëleuthéropolis, frappée au nom de Garacalla, successeur 
de Septime Sévère. 

Est-ce aux immunités accordées par Septime Sévère à Betogabra 
qu'elle dut de porter le nom à' Eleuthéropoli$ (ville libre)? C'est une 
opinion qui semble assez vraisemblable. Toutefois, saint Jérôme 
prétend que cette ville était ainsi appelée, parce qu'elle fut, dans 
le principe, habitée par les Horréens (en hébreu florwn), peuple 
dont le nom signifie « hommes libres, n 

Unus ergo atque idem tribus nominibus appeliatur Esau , Ëdora , Seir, pos- 
Heditque cam regionem quœ nunc Gebalena dicitur, et in finibus est ÈXeuOa- 
po7r6XeûJS^ ubi ante habitaverant Homei, qui inlerpretantur Uberi, uode ipsa 
urbs postea sortita vocabulum est K 

' Commentaire sur Abdias, c. i. 



CHAPITRE XLIX. — ÉLEUTHÉROPOLIS. 335 

Ce Père de TEglise , comme le pense Reland ^ reproduisait appa- 
remment en cela Topinion du professeur juif qui lui avait enseigna, 
rhébreu; car elle est consignée dans d'anciens ouvrages hébraïques « 
ainsi que le témoigne le passage suivant, tiré du Bereschith Rabba^ 
et cité par l'auteur du livre d^Aruch : 

La ville des Horim, c'est Éleuthëropolis. Mais pourquoi s'appelle-t-elle 
Eleuthëropolis? C'est que, au moment du partage, les Horim choisirent cette 
place, et s'y retirèrent pour y vivre en liberté; car, en grec, iXeôSepos signifie 
Ubrey et triXigj m'Qe. 

Cette étymologie parait peu satisfaisante à Reland , qui croit que 
Ton doit plutôt chercher la véritable origine de cette dénomination 
dans l'indépendance accordée à l'ancienne Betogabra par Septime 
Sévère, d'où serait résulté le nom d'Eleuthéropolis , comme témoi- 
gnage authentique du don de la liberté. 

Le docteur Sepp propose de son côté de voir, dans la dénomi- 
nation grecque di Eleuthëropolis, une simple traduction de l'hébreu 
Bethr-Gehara, cria ville des forts, des puissants, t) d'où les Grecs au- 
raient fait (fia ville des libres. -n 

En parlant des Horim dans un précédent chapitre, j'ai déjà dit 
que , si quelques hébraïsants , à l'exemple de saint Jérôme , dérivaient 
ce nom du mot hébreu nin, «t liber, nobilis fuit, t d'autres le tiraient 
de n^n, (Tcaverna, foramen,Y> ce peuple, comme nous l'atteste saint 
Jérôme lui-même, étant troglodyte et habitant dans des excavations 
souterraines; car, après avoir dit : 

In finibus est ÉAft^depov^Xeâi^ , ubi ante habitaverant Horrcei, qui interpre- 
tantur Hheri. . . 

il ajoute : 

Omnis austraiis regio Idumœorum, de Eleutheropoli usque ad Petram et 
Ailam (hœc est possessîoEsau), in specubus habitatiunculas habet, et propter 
nimioscaloressolis, quia meridiana provincia est, subterraneis tuguriisulitur'. 

Ailleurs, dans son livre Denominibus hebraicisy il donne au mot 

* Reland ,' PalœMiina , p. ySo. — ' Bereschith Robba, section xlii. — ^ Commentaire 
sur Ahditts, c. i. 



336 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Ckarrœi ou Hcrrad une étymoiogie différente de celle qu il avait 
lui-même proposée , et identique avec celle que nous venons d'in- 
diquer. 

Chomei de foraminîbus, quos vocant troglodytas. 

Ce serait donc aux Horim (en latin Charrœi ou Horrœi)^ primi- 
tifs habitants du district d'Eleuthéropolis, quil faudrait attribuer 
les magnifiques excavations souterraines que jai décrites, et qui 
abondent, comme on Ta vu, dans cette partie si curieuse de la 
Palestine. 

HISTOIRE D'ÉLEUTIliBOPOLIS. 

Les documents relatifs à l'histoire d'Ëleuthéropolis se réduisent 
à fort peu de chose. Eusèbe, il est vrai, dans son OnamasUcon, fait 
souvent mention de cette ville; mais il se contente de la citer 
comme point central ou point de départ auquel il rapporte les 
distances d'une vingtaine de localités, et qui était elle-même le 
chef-lieu d'un district qui portait le même nom à cette époque; elle 
était déjà depuis longtemps le siège d'un évêché. 

Si nous devons en croire Dorothée , évêque de Tyr, qui souffrit 
le martyre souâ le règne de l'empereur Licinius, Simon, surnommé * 
Judas, l'un des douze apôtres, aurait le premier prêché l'Evangile 
à Eleuthéropolis : 

^tfÂûJv Si, à inikkffOeU louSas, év È\eu6epo7r6Xet xeà dnb Fd^fiç Icâç A/- 
yvTrlov xijpv^ rbv Xptalbvy QrcMsTat év rfi ùarlpaxivri y tiréXei tiis Afyvir7ov ^ 

ff Simon, surnommé Judas, après avoir annonce ie Christ à Eleuthéropolis 
et depuis Gaza jusqu^en Egypte, fut enseveli à Ostracine, ville d'Egypte. t) 

Nous lisons également dans le Martyrologe romain, à la date du 
2 5 janvier et à propos d'Ananias, qui baptisa saint Paul : 

Hic cum Damasci et Eieutheropoii alibique Evangelium prœdicasset 

Damasci martyrium consummavit. 

Le même évêque de Tyr, Dorothée, nous dit que Jésus, sur- 

' Reland, Palœstina, p. 761. 



CHAPITRE XLIX.— HISTOIRE D'ÉLEUTHÉROPOLIS. 337 

nommé le Juste, lun des soixante eidix disciples, devint évèque 
d^Éleuthéropolis. 

ïtiaovs, à Xeyéiisvoi lovai Oi^ oS xaï avrov (léfAvnrai 6 diréc/loXos év rais 
Wpi^isaiv tSv diroa16Xù)Vf ts xai èiriaxonos yéyovev èv ËX6t;0epo?r^Xei. 

(T Jésus, surnommé le Juste, dont Tapôtre fait mention dans les Actes des 
apôtres, et qui devint évéque d*EIeuthéropoIis. » 

Mais Reland, en citant ce passage, fait observer que l'écrit qui 
nous est parvenu sous le nom de Dorothée n'a qu'une authenticité 
très-problématique, et que, par conséquent, les renseignements 
qu'il nous fournit n'ont que fort peu de valeur. 

En effet si, dès le premier siècle de l'Église, Eleuthéropolis 
avait été connue comme ville et avait joui d'une assez grande 
importance pour posséder un siège épiscopal , il est probable que 
l'historien Josèphe en aurait parlé quelque part dans l'un de ses 
ouvrages. 

Sans donc pouvoir marquer d'une manière précise l'époque à 
laquelle Eleuthéropolis commença à posséder un évèché, je vais 
me borner ici à énumérer les évoques de cette ville dont l'existence 
est hors de doute * : 

i^ Macrinus, qui assista au premier concile de Nicée, en SsB; 

3^ Aetius, qui souscrivit aux actes du concile de Sardes, en 3 67; 

3® Theophilus; 

lx° Eutychius, qui prit*part, en 369, au conôile de Séleucie, et 
fonda un monastère à Eleuthéropolis ; 

5^ Turbo; 

6^. Zebennus ou, suivant d'autres, Bezenus, dont le nom est 
apposé aux actes du concile de Diospolis , tenu en 4 1 5 ; ce fut sous 
son épiscopat que furent découverts les corps des prophètes Abacuc 
et Michée, le premier à Ceila, et le second à Berathsatia, que j'ai 
identifiée plus haut avec Morecheth-Gath; cette découverte pré- 
cieuse eut lieu, au rapport de Sozomène^, à la suite d'une vision 
qu'eut en songe l'évêque que nous venons de nommer; 

* Le Qaien, Orien$Cltristianus, Itt, 633 etsniv. — * Histoire ecclés, VU, xxix. 
II. aa 



338 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

7"" Gregorius , dont le nom se trouve dans une lettre synodale 
envoyée en 5i8 par Jean, patriarche de Jérusalem, à Jean, pa- 
triarche de Constantinople, relativement à Thérétique Severus; 

8^ Anastasius, qui assista en 536 au concile tenu à Jérusalem, 
sous le patriarche Pierre , contre Anthimus et d'autres hérétiques. 

Un passage d'Ammien Marcellin a fait croire à quelques cri- 
tiques qu'Ëleuthéropolis avait été seulement fondée dans le courant 
du iii^ siècle. Voici le passage de cet écrivain, qui vivait lui-même 
vers la fin du iv* siècle : 

Cœsaream . . . Eleutheropolim et Neapolim, itidemque Ascalonem, Gazam, 
œvo superiore exstnictas ^ 

11 ne faut pas prendre, évidemment, à la lettre ces trois der- 
niers mots. Ces villes, ainsi que le montre très-bien Robinson \ ont 
pu être reconstruites, mais non bâties pour ta première fois daris 
le siècle qui a précédé celui où vivait Ammien Marcellin. En eflPet, 
qui ne sait que Césarée, Néapolis et surtout Ascalon et Gaza avaient 
été fondées à une époque bien antérieure au m* siècle de notre 
ère? Par conséquent, comme lauteur a employé pour ces villes 
la même expression que pour Ëleuthéropolis, il ne faut pas lui 
appliquer un sens trop rigoureux par rapport à celle-ci, puis- 
qu'il est impossible de l'interpréter dans un pareil sens en ce qui 
concerne celles-là. 

Déjà, en parlant d'une tradition relative à la fontaine miracu- 
leuse de Samson, j'ai cité une phrase d'Antonin le Martyr, qui, vers 
la fin du vi*^ siècle ou vers le commencement du vn% visita cette 
ville, qu'il appelle par erreur EliotrapoUs; d'autres éditions portent 
Heliopolis. Mais il faut évidemment corriger ces deux mots par 
celui à' Ëleuthéropolis , ainsi que cela résulte du reste de la phrase. 

Un fait qui est raconté dans le grammairien Suidas' nous four- 
nit quelques détails sur un certain Thrace, nommé Eutocius, qui, 
bien que simple soldat et après s'être enfui en Palestine avec une 

' Ammien Marcellin, XIV, viii. S ft. — * Biblieal Researehes in Palestine, l. II, 
[). Gi. — ' Au mot Evràmos. 



CHAPITRE XLIX.— HISTOIRE D'ÉLEUTHÉROPOLIS. 339 

somme d argent considérable, qu'il avait dérobée à sa cohorte, 
voulut, à force de largesses, devenir citoyen et ensuite sénateur de 
la ville d'Ëleuthéropolis; mais les habitants de cette ville ne Tayant 
pas reçu, il se retira à Ascalon, où il obtint le droit de cité. 

Le même Suidas ' rapporte ailleurs que Marianus , poëte romain 
de la décadence , ayant émigré avec son père à Ëleuthéropolis pour 
y habiter, devint patricien de cette Ville sous le règne de l'empe- 
reur Anastase. 

Lan 636 de notre ère, Ëleuthéropolis tomba avec toute la Pa- 
lestine au pouvoir des musulmans. 

En 796 ou 797, elle fut ravagée cruellement, ainsi que Gaza, 
Ascalon et Saripha^a, par les Sarrasins, qui la transformèrent en 
un désert^. 

A partir de l'invasion musulmane, le nom grec Ëleuthéropolis dut 
disparaître pour faire place au nom indigène Betogabra (Beth- 
Gabra), que les Arabes changèrent en Beit-Djibrtn ou Beit-Djibril, 
par suite d'une légère modification dans la terminaison du mot; et 
comme l'archange Gabriel joue un grand r61e dans le Koran , ils 
furent naturellement portés à voir dans le mot Gabra une allusion 
à cet archange plutôt qu'un souvenir, qui pour eux n'existait pas, 
de» forts ou des géants qui avaient jadis habité en cet endroit. 

Quand les croisés s'emparèrent de la Palestine, ils trouvèrent 
cette ville abandonnée et attestant seulement par ses ruines son 
ancienne importance. Gomme elle était située à la limite orientale 
de la plaine et au pied du massif montagneux de Juda, ils s'ima- 
ginèrent à tort que c'était l'ancienne Bersabée. trLes indigènes 
l'appelaient Bethgehrimy dit Guillaume de Tyr', c'est-à-dire Maison 
de Gabriel, n 

Sous le roi Foulques d'Anjou , en 1 1 3& , une citadelle y fut cons- 
truite sur d'anciennes fondations, avec un mur très-fort, flanqué de 
tours et entouré de fossés profonds. La défense en fut confiée aux 
Hospitaliers de SainWean. Elle avait été élevée pour servir de bar- 

* Au mot Maptavàs. — * Acta mnctorum tnartyrum, t. lU, p. 167. — * XIV, xxii. 

Îl9. 



f 



I 



340 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

rière, dece côté, aux incursions des Âscalonites, dont la ville n'était, 
selon Guillaume .de Tyr, éloignée de Bethgebrim que d'un inter- 
valle de douze milles : distance beaucoup trop faible , s'il faut donner 
à ces milles la même longueur seulement qu'aux milles romains; 
car la distance de seize milles marquée dans la Table de Peutinger 
entre ces deux points est déjà inférieure de plusieurs milles à la 
véritable. 

Les croisés corrompirent le nom arabe, dont ils Brent Gibelin. 
Benjamin de Tudèle, qui visita la Palestine pendant l'occupation 
latine, et qui mentionne avec soin toutes les communautés juives 
qu'il y a rencontrées, ne trouva que trois juifs à Beth-Gebarin , 
qu'il identifie à tort avec l'antique Marésa, située vingt minutes 
plus au sud^ 

Le nom de Beth-Gebarin, en chaldéen D^narn^a, en hébreu 
onarn''? (la ville des Forts), pourrait être considéré comme le 
nom primitif, dont la forme BcuroydSpoL de Ptolémée et la forme 
Betogabri de la Table de Peutinger ne seraient que la reproduction 
sans la désinence véritable. 

En 1187, la bataille de Hattin ayant livré à Saladin la plus 
grande partie de la Palestine, la forteresse de Œbelin [^eit-îiyhnn) 
tomba entre ses mains. 

Béoccupée ensuite par les Latins, elle fut de nouveau prise par 
Bibars en ia&/i. 

Sous la domination turque , elle subit une réparation , comme 
le prouve l'inscription gravée sur la porte, et qui date de i55i. 
Actuellement, comme je l'ai dit, elle est en ruine et l'on y pénètre 
par de nombreuses brèches. • 

Quant au village ou bourg attenant, il compte neuf cents habi- 
tants et est administré par un cheikh, qui appartient à une très- 
ancienne famille, dont l'autorité s'étend de père en fils sur tout 
le district dont Beit-Djibrin est comme le chef-lieu. 

' Benjamini Tudelensis Itinerariwm, p. 66. 



CHAPITRE L — DÉPART DE REIT-DJIRRIN. Zài 



CHAPITRE CINQUANTIÈME 



DEPART OB BBIT-OJIBRIN. OQO/ÙMBB. KHIRBBT BEIT-BABBR. KHIRBBT i 

EL-KOUM. KBIRBBT SIKU. KHIRBBT BL-MBRAK. KHIRBBT DBIB 

I 

SAMIT. KHIRBBT TOUAGH. KHIRBBT MBDJBD. KHIRBBT HAMRA. i 

KHIRBBT DBIR EL-a'sAL. KHIRRBT BBIT-RHOUGH. KHIRBBT 

EN-NASSRANT. KHIRBBT BBIT-MIBSIM. KHIRBBT BOUDRHOUGH. 

I 
KHIRRBT MOURRAN. 



DEPART DR RBIT-DJIBRIN. 



Le même jour, à deux heures et demie (ie f après-midi, nous 
quittons Beit-Djibrin , dont j'avais achevé Tétude , pour nous rendre 
à Douaïmeh. 

Nous suivons d'abord , vers ie sud-sud-est , une vallée plantée 
d'oliviers. 

A deux heures quarante-sept minutes, je salue pour la dernière 
fois les belles ruines de l'église Sainte-Anne , que nous laissons à 
notre gauche. 

A notre droite s'élève le Tell Mâr Hanna. 

Les oliviers cessent bientôt de se montrer, et la vallée dans la- 
quelle nous continuons à cheminer est couverte de moissons de blé, 
que Ton est en train de couper. Elle est bordée de hautes collines 
hérissées de broussailles, telles que lentisques, houx et caroubiers 
nains, au-dessous desquels croissent d'énormes touffes de thym odo- 
rant. 

La plupart de ces collines étaient autrefois cultivées jusqu'à 
leur sommet, comme le prouvent les restes de nombreux petits 
murs de soutènement, qui maintenaient les terres sur les pentes. 



342 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



DOUAIMEH. 



A trois heures quinze minutes , notre direction devient celle du 
sud-est, puis de nouveau celle du sud-sud-est. 

Quatre grandes pierres rondes, assez larges à leur base et placées 
les unes à côté des autres sur le bord de la route , attirent mon 
attention. Elles me paraissent d'anciennes bornes milliaires. Gomme 
ellçs sont très-rongées par le temps, si elles portaient jadis quelque 
inscription, aucun caractère n'est plus visible maintenant. 

A trois heures quarante-cinq minutes, je rencontre, chemin fai- 
sant, d'autres bornes semblables. 

A quatre heures dix minutes, nous franchissons YOued Douaimeh^ 
Adct^> ^t^; puis nous escsdadons, vers Test, tes pentes escarpées et 
rocheuses de la montagne dont le village de Douaimeh occupe le 
plateau et les pentes supérieures. 

Ce village renferme neuf cents âmes. Les maisons en sont très- 
grossièrement construites. Dans quelques-unes d'entre elles, des 
pierres de taille encastrées au milieu de menus matériaux pro- 
viennent certainement de l'antiquité. Ce qui prouve également 
que cette montagne était jadis habitée, c'est un grand nombre de 
citernes et de silos creusés dans le roc, et dont plusieurs servent 
encore aujourd'hui aux besoins des habitants; ce sont aussi quel- 
ques grandes excavations affectant la forme d'entonnoirs renversés , 
et dont les parois intérieures sont percées d'une fouie de petites 
niches, soit carrées, soit triangulaires , régulièrement espacées et dis- 
posées sur différentes lignes parallèles, comme des trous de pigeon- 
niers. 

Nous dressons nos tentes pour la nuit dans une plantation d'oli- 
viers. Quand les ténèbres sont le plus épaisses, un voleur essaye de 
couper la corde qui retient l'un de nos chevaux et d'enlever la can- 
tine de mon drogman. Heureusement, l'un de mes bachibouzouks , 
qui n'était qu'à moitié endormi , ayant entendu un léger bruit, 
donne aussitôt l'alarme. En un instant nous sommes tous sur pied: 



CHAPITRE L. — KHIRBET EL-KOUM. 343 

mais le voleur était déjà loin , après avoir renoncé à son butin , pour 
fuir plus vite, et, grâce à l'obscurité de la nuit ainsi qu'aux nom- 
breux accidents de terrain du lieu oii nous étions campés, il échappa 
à notre poursuite. 

XHIRBBT BEIT-BAHJSR. 

Le i6 juin, à sept heures du matin, nous descendons des hau- 
teurs de Douaimeh dans la direction du sud-sud-est. 

Les pentes de la montagne sont, de ce côté, parsemées de fi- 
guiers et d'oliviers. 

A sept heures dix minutes, nous parvenons à une vallée, que 
nous suivons vers Test. Elle est couverte de beaux blés, au milieu 
desquels une grande partie de la population de Douaimeh est dis- 
persée. Hommes, femmes et enfants moissonnent en chantant et 
répètent incessamment le même refrain. 

A sept heures quinze minutes, nous arrivons au Khirbet Beit- 
BahcTy ^If iSA4^ iLfj^ ; ce sont les ruines d'un village sur les pentes 
d'une colline, aujourd'hui hérissée de broussailles, de ronces et 
de hautes herbes. J'y observe une trentaine de petites enceintes en 
grosses pierres, la plupart non équarries, qui sont les restes d'au- 
tant de maisons renversées, des citernes et des silos pratiqués dans 
le roc, et une dizaine de cavernes artificielles. L'entrée de quel- 
ques-unes parait avoir été jadis fermée par une porte; d'autres, sans 
être fermées, étaient comprises comme étage ioférieur dans des habi- 
tations élevées au-dessus et construites en pierre , et servaient soit de 
celliers, soit de magasins, soit même de demeures souterraines. 

KHIRBET EL-KOUM. 

A sept heures cinquante-cinq minutes , nous nous remettons en 
marche dans la direction de l'est-sud-est , puis, bientôt, de l'est. 

A huit heures quinze minutes, d'autres ruines me sont signa- 
lées sous le nom de Khirbet eUKaum, p^l i^^. Elles occupent le 
sommet d'une colline, haute d'environ cent cinquante mètres, dont 



344 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

les flancs sont en partie cultivés et en partie embarrassés de gros 
quartiers de roche, au milieu desquels croissent diverses plantes 
épineuses. On y remarque aussi , de même que sur le plateau supé- 
rieur, des cavernes, des citernes et des silos pratiqués dans le roc. 
Le point culminant de la colline est couronné par une assez 
grande enceinte rectangulaire en blocs non équarris, qui semble 
avoir eu une destination militaire. Parmi les cavernes que j'y ai vi- 
sitées, il en est plusieurs qui offrent l'apparence de boursouflures 
naturelles d^ns l'intérieur du sol calcaire et crayeux qui compose 
le massif principal de cette hauteur, boursouflures que l'homme n'a 
eu qu'à agrandir et à régulariser, pour leur donner la forme de 
coupoles et d'entonnoirs renversés. 



KHIRBET SIMIA. 



A neuf heures, nous poursuivons notre route vers l'est. 
A notre gauche serpente un auedpen large et peu profond, qui, 
en quelques endroits , parait avoir été canalisé. On l'appelle Oued 

A neuf heures dix minutes, nous atteignons le Khùrbet Sùrnuy 
t^^ym hljj^. Il consiste en un grand nombre de petites enceintes, 
vestiges d'anciennes habitations, qui avaient été construites généra- 
lement avec de grosses pierres, les unes bien équarries, les autres 
presque brutes. 

KHIRBET EL-MERAK. 

Du haut de la colline que recouvrent ces ruines , on me montre , 
dans la direction du nord-est , sur une montagne éloignée de trois 
kilomètres environ, l'emplacement d'une autre localité antique, 
appelé Khirbet d-Merak, ^jX\ lu 



KHIRBET DEIR SAMIT. 



A neuf heures trente minutes, nous abandonnons le Kbirbet 



CHAPITRE L. — KHIRBET MEDJED. US 

Simia j et, marchant vers le sud-est, nous faisons halte un instant, 
à neuf heures trente-huit minutes, au milieu des débris d'une 
petite ville détruite , qui me sont indiqués sous le nom de Khirbei 
Deir Samitf <i;u^^«SM^d H^^ ^^ peut-être Samith, ia^^, 

La place que cette ville occupait sur les pentes et sur le sommet 
d une colline est maintenant couverte de nombreux amas de grosses 
pierres, soit taillées avec soin, soit presque brutes. Les citernes 
et les silos y abondent. Plusieurs excavations, qui paraissent être 
d'anciennes carrières, servent aujourd'hui de refuge aux bergers 
et à leurs troupeaux , pendant la mauvaise saison. 






KHIRBET TOUACH. 



A neuf heures cinquante -cinq minutes, nous continuons notre 
itinéraire vers le sud-est, puis vers le sud. Le chemin devient de 
plus en plus accidenté. 

A dix heures trente-cinq minutes , nous prenons la direction de 
Test. 

A dix heures cinquante-cinq minutes , j'aperçois , dans une belle 
vallée et sur les pentes d'un monticule, les assises inférieures de 
beaucoup de petites enceintes en pierres assez régulièrement tail- 
lées, et qui déterminent le périmètre d'autant de maisons démo- 
lies. Une de ces enceintes, plus considérable que les précédentes, 
mais rasée presque jusqu'au sol , renferme intérieurement cinq co- 
lonnes de pierre , dont trois renversées et deux encore debout. Les 
chapiteaux sont à peine ébauchés. Cet édifice a conservé, parmi 
les Arabes, le nom à'EIrKnigeh (l'Eglise). A l'époque chrétienne, en 
effet , il a pu , avant l'arrivée des musulmans , avoir cette destina- 
tion. Quant à l'ensemble de ces ruines, on l'appelle Khirbei Tmtuchy 

KHIRBET MEDJED. 

A onze heures quinze minutes, nops repartons dans la même 
direction. 



346 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A ouze heures vingt-cinq minutes, d'autres ruines, très-étendues, 
sur les pentes et sur le sommet d'une haute colline, sollicitent mon 
examen : elles se nomment Khirbet Medjedy «Xdçs '^j^^ ^^^ ^^î ^^ 
à la fois arabe et hébreu , et qui signifie <r gloire , honneur, excel- 
lence. -» Cette localité porte donc probablement encore aujourd'hui 
la dénomination qu'elle avait autrefois, bien que ni la Bible, ni 
l'historien Josèphe, ne fassent mention d'une ville ainsi appelée dans 
la tribu de Juda. Quoi qu'il en soit, on observe en cet endroit des 
vestiges considérables de nombreuses constructions en pierres bien 
équarries, les unes d'un grand appareil, les autres .de dimension 
moyenne. Des silos, des citernes, des souterrains, qui ne sont plus 
connus maintenant que des bergers , auxquels ils offreM un asile , 
ont été pratiqués sur beaucoup de points. 

KHIRBET HAMRA. 

A midi deux minutes, nous poursuivons notre marche vers le 
sud. 

A midi cinq minutes, je remarque, à droite et à gauche de la 
route j des ruines éparses sur un plateau et nommées Khirbet Hamraj 
\j^ Sifj^. On y distingue surtout les restes d'un ancien bardj, bâti 
avec de puissantes pierres de taille; alentour étaient groupées 'des 
habitations particulières, actuellement renversées. 



KHIRBET DBIR EL-a'sAL. 



A midi vingt-cinq minutes, notre direction est celle du sud-sud- 
est, et nous franchissons, bientôt après, un oued peu large et peu 
profond, appelé OuedelrKis, jm,A\ ^t^. 

A midi trente-cinq minutes, nous avons à notre droite des ruines 
considérables, dont le nom est Khirbet Deùr eV^A'sal, «>«yjJt^^ à^^â.. 
Elles sont disséminées sur les fla.ncs et sur le plateau d'une petite 
montagne rocheuse. En les explorant, je heurte à chaque pas, au 
milieu de broussailles plus ou moins épaisses, des vestiges d'habita- 



CHAPITRE L. — KHIRBET BEIT-RHOUGH. 3A7 

tions détruites. Des citernes , des silos et des magasins souterrains , 
creusés dans le roc, remontent vraisemblablement à une haute an- 
tiquité. 

I^HIRBBT BBIT-RHOUGH. 

« 

A une heure, nous repartons vers le sud. 

A une heure vingt minutes, je jette un coup d'œil, à gauche de la 
route, sur d'autres ruines, appelées Khirbet Beit-Rhauchj ca^ ju^ 
^yà. Elles consistent en une foule d amas distincts de matériaux 
irréguliers; chacun de ces tas entoure une sorte de cave creusée dans 
le roc, où Ion descend soit par des degrés, soit par une petite rampe 
inclinée. Ge^ demeures souterraines formaient ainsi le sous-sol des 
maisons à un seul étage qui les recouvraient, et qui ont pu être 
plusieurs fois relevées et démolies, tandis que les caveaux dont je 
parle sont tels, selon toute apparence, qu'ils ont été taillés par les 
habitants primitifs du pays , étant de leur nature beaucoup plus 
indestructibles. Quelques-uns servent aujourd'hui ie refuge aux 
bergers et à leurs troupeaux, comme l'atteste la quantité énorme 
d'engrais qui s'y trouve accumulée; d'autres sont habités tempo- 
rairement, à l'époque de la moisson, par des laboureurs des envi- 
rons. J'ai trouvé une cinquantaine de ces fellahs occupés en cet en- 
droit à faire tourner sur plusieurs aires antiques trois ou quatre 
bœufs attelés ensemble de front, et qui foulaient sous leurs pieds, 
dans ces évolutions circulaires, des gerbes de blé amoncelées. 

Nous savons par la Bible que les aires, en Palestine, étaient 
une place ronde et aplanie , non couverte , située soit au milieu des 
champs, soit près des villes et des villages. Quant au battage du 
blé , il se pratiquait de trois manières différentes : 

1^ On employait le bâton ou le fléau, surtout pour les petites 
quantités de blé ou d'orge. Ainsi, nous lisons dans le livre de Ruth : 

Collet ergo in agro usque ad vesperam : ai quœ collegerat virga cœdens el 
exciitiens, invenît hordeî qaasi ephi mensuram, id est ires modios'. 

* Ruth, c. II /v. 17. 



us . DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

«rRuth glana donc dans le champ jusqu'au soir, et elle frappa et battit aret 
un bâton ce qu'elle avait recueilli, et elle trouva environ un ëpba d'oi^e, c est- 
à-dire trois mesures. ^ 

â° On faisait passer sur les gerbes , disposées en cercle , des bœuEs 
ou des chevaux, qui foulaient les épis avec les pieds. 
C'est ce que prouve un précepte du Deutéronome : 

Non ligabis os bovis terentis in area fruges tuas^ 

crTu ne lieras pas la bouche de ton bœuf lorsqu'il foulera tes moissons sur 
Taire. ^ 

Cette seconde méthode est la plus généralement pratiquée 
encore aujourd'hui en Palestine et dans la plus grande partie de 
l'Orient et de l'Afrique. Néanmoins, j'y ai vu également employer 
un troisième système, consistant à se servir d'une machine de 
bois chargée de pierres et dont le dessous est armé de caillous 
aigus ou de pointes de fer. Cette machine est mue circulairement 
par des bœufs, des chevaux, des chameaux ou des mulets. Des cha- 
riots analogues sont mentionnés dans la Bible^ : 

Ego posui te quasi plaustrum triturans novum , habens rostra serrantia : tri- 
turabis montes et comminues, et colles quasi pulverem pones^. 

(T Je vous rendrai comme un de ces chariots tout neufs qui foulent les blés, 
qui ont des pointes et des dents de fer : vous foulerez et vous briserez les mon- 
tagnes, et vous réduirez en poudre les collines, t» 

KmRBET EIiHNASSRANY. 

A une heure trente minutes, nous recommençons à marcher vers 
le sud. 

A une heure quarante-cinq minutes , nous franchissons de nou- 
veau l'Oued el-Kis. 

A une heure cinquante-cinq minutes, nous laissons sur notre 
gauche un monticule couvert de ruines semblables à celles de 

* Deuiéronoine , c. xxv, v. 4. — "^ Isaie, c. xli,v. i5. 



CHAPITRE L. — KHIRBET BOUDRHOUCH. 549 

fieit-Rhouch, et qui s appellent Khirbet en-Nasgrany, jl^jiaJI iû^. 
Ces ruines appartiennent pareillement à un ancien village, dont 
remplacement est de même parsemé de silos, de citernes et de 
caveaux souterrains, pratiqués dans le roc. 



KHIRBET BEIT-MIRSIM. 



Nous inclinons alors vers le sud-sud-ouest, et, à deux heures 
dix minutes, nous arrivons au Khirbet Betl-Mirsim y i<v«^ «^^^ H^- 
11 m'offre les débris, non plus d'un simple village, mais d'une petite 
ville, qui couronnait le plateau d'une haute colline rocheuse. Des 
centaines de tas circulaires de pierres , soit taillées , soit à peine 
équarries, qui sont les restes d'autant d'habitations démolies, ren- 
ferment presque tous intérieurement un caveau creusé dans le roc. 
Quelques-uns de ces magasins ou réduits souterrains sont peut- 
être des grottes naturelles; mais la plupart sont dus à la main de 
l'homme. Plusieurs servent encore aujourd'hui de refuge, pendant 
la nuit, aux fellahs qui, à l'époque de la moisson , viennent battre 
le blé sur les aires de Mirsim. Un certain nombre d'entre eux, au 
moment où je parcours ces ruines, sont occupés à ce travail. Ils 
mettent en réserve leur récolte dans des silos antiques. Des tom- 
beaux pratiqués dans le roc sont épars sur les flancs de la colline. 

En face, à l'ouest, s'élève un tellj appelé Tell Mirsim^ fi^j^ J^* 
De forme très-régulière , il présente à sa partie supérieure une 
circonférence dont le pourtour peut être évalué à six cents pas. 
Actuellement livré à la culture , son plateau paraît avpir été envi- 
ronné autrefois d'un mur d'enceinte grossièrement construit. Des 
matériaux provenant de ce mur ou d'autres bâtisses renversées 
y sont çà et là ramassés en tas. 



KHIRBET BOUDRHOUCH. 



A deux heures cinquante minutes, nous nous remettons en 
marche vers le sud, en suivant une vallée semée de dourah. 



350 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A trois heures quinze minutes, nous commençons à gravir, vers 
l'ouest, les pentes d'une montagne, à travers des ruines assez con- 
sidérables, qui me sont désignées sous le nom de Khirbet Boudrhouch , 

KHIBBET MOUBBAN. 

A quatre heures, nous dressons nos tentes pour la nuit dans 
vn vallon, près dun puits antique, bâti en belles pierres de taille 
et appelé Bir Mourran^ u'J^j^- 

Des ruines très-étendues, sous la dénomination de Khirbet Maur- 
rany ^l^ ^^^ ^^ ^^ Khirbet Beit-^Mourran^ ^j\]y ouo iû^, cou- 
vrent le sommet accidenté de la montagne au bas de laquelle nous 
sommes campés. Là s'élevait jadis une petite ville , dont il ne sub- 
siste plus que de nombreuses cavernes artiCcielles, creusées dans 
le roc, au-dessus desquelles avaient été construites des habitations, 
depuis longtemps sans doute démolies. Celles-ci, comme l'attestent 
les débris qui jonchent partout le sol, disposés par tas circulaires, 
avaient été bâties, les unes en pierres de taille, les autres avec 
des moellons irréguliers et d'un moindre appareil. 



CHAPITRE LI. — KHIRBET BREIDEH. 351 



CHAPITRE CINQUANTE ET UNIÈME. 

KHIRBET EZ*Za'aK. KHIRBET BREIDEH. KHIRBET KHOUÏELFEH. 

KHIRBET OUMM ER-ROUMM AMIN , JADIS RIMMON. TRIBU DES DOULAM. 

TELL LEKÎBH. TELL HÔRA. — KHIRBET OCMM EL-ROTHRÏN. BIR 

EL-KHOUifBLFEH. KHIRBET MTAa' KHOUÏELFEH. RETOUR AU RIR 

MOURRAN. 



KHIRBET EZ-ZA'aK. 



Le 1 7 juin , à cinq heures du matin , laissant mon bagage près 
du Bir Mourran, sous la garde de lun de mes bachibouzouks , je 
pars avec Tautre, mon drogman, et un fellah pour guide, pour 
aller examiner, vers le sud, plusieurs ruines qui m^avaient été 
signalées. 

A cinq heures quinze minutes, nous franchissons un ruisseau 
appelé Oued AhourKhIeif, uL^^t ^t^. 

A cinq heures trente minutes, nous rencontrons un puits, pro- 
bablement antique , auquel Tamertume de son eau a fait donner le 
nom de Bir ez-Zaaky ^U>Ji j^ (le puits de l'Eau saumâtre). 

Près de là, sur une colline, s'étendent les ruines d'une localité 
antique, sous la désignation de Khirbet ez-Zaaky ê>^>'' ^J^- ^^^ 
citernes, des silos, des caveaux creusés dans le roc» qu'environnent 
de petits enclos en pierres sèches, provenant d'habitations ren- 
versées, qui les surmontaient jadis, d'autres matériaux jonchant 
çà et là le sol, tout atteste qu'un village de quelque importance 
a existé en cet endroit. 



KHIRRET BREIDEH. 



Descendus de la colline de Za'ak, nous poursuivons notre che- 



352 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

min vers le sud, en traversant une vallée dont une partie est semée 
de dourah et le reste est inculte. 

A six heures, nous laissons à notre droite, sur un monticule, 
le Khirhet Breidehy ««x^ ^j^^ simple hameau entièrement dé- 
truit, à l'exception de quelques silos pratiqués dans le roc. 

KHIRBET KHOUÎELFEH. 

A six heures trente minutes, d'autres ruines beaucoup plus 
considérables me sont indiquées sous le nom de Khirbet Khûuielfeh, 
^kV»y^ *4r*- ^^^^ recouvrent les pentes et le sommet d'une col- 
line. Ce sont celles d'une petite ville, dont il ne reste plus que des 
citernes, des silos, les vestiges de nombreuses habitations et ceux 
d'un édifice qui, à l'époque chrétienne, avant l'invasion de l'isla- 
misme, était probablement une église. Ce monument, qui est 
presque entièrement rasé, était orné intérieurement de colonnes 
monolithes, dont quelques-unes sont gisantes à terre en cet en- 
droit. Plus loin , cinq ou six autres colonnes analogues sont renver- 
sées également sur le sol. 

A l'ouest de ces ruines, s'élève le Tell Khouîelfehy ÂiXjy^ Jo*, col- 
line longue de cinq cents pas et sur le sommet de laquelle j'observe 
quelques débris de constructions antiques, mais peu importants, 
plusieurs silos creusés dans le roc et un cimetière musulman, où 
les douars des tribus voisines enterrent leurs morts. 



KHIRBET OUMM ER-ROUMHAMIN. 



A six heures cinquante- deux minutes, nous continuons à mar- 
cher vers le sud. 

A sept heures huit minutes, nous atteignons les ruines d'une 
autre petite ville , qui portent le nom de Khirbet Oumm er-Roumma- 
min^ (jss^l^t II t^y^' Elles sont éparses sur une colline peu élevée, 
sur le point culminant de laquelle on remarque les débris d'un 
édifice divisé en plusieurs compartiments et dont les assises infé- 



CHAPITRE Ll. — OUMM ER-ROUMMAMIN. 353 

rieures sont encore en place. Il avait été bâti avec des pierres de 
taille dun appareil très- régulier, et les murs extérieurs étaient 
très-épais. La plupart des maisons, à en juger par les matériaux 
qui jonchent partout le sol , avaient été de même construites avec 
des pierres généralement bien équarries et de dimensions assez 
considérables. Des citernes, des silos et des magasins souterrains 
abondent au milieu des ruines. 

Cette ville, comme l'indiquent son nom et la position qu'elle 
occupe, parait être l'ancienne RimmoUj en hébreu j^Dn, en grec 
Psfifieiôv^ en latin Remmon et RemoUy qui appartenait au district 
méridional de la Judée et qui fut adjugée à la tribu de Siméon. 

91. Erantque civitates ab extremis partibus filiorum Juda juxta termines 
Edom a meridie ... 

39. Et Lebaoth, et Selim, et Aen, et Remon ^ . . . 

Plus loin, dans un autre chapitre du livre de Josué, nous lisons : 

1. Et egressa est sors secunda filiorum Simeon per cognationes suas; 
fuitque hœreditas 

9. Eorum in medio possessionis filiorum Juda. . . 

7. Ain, et Remmon, et Athar, et Asan, civitates quatuor, et villœearum^. 

Le livre I des Paralipomènes nous apprend également que 
Rimmon ou Remmon était la possession des fds de Siméon. 

â/i. Filii Simeon : Namuel et Jamin, Jarib, Zara, Saul. 
Ss. Viilœ quoque eorum : Etam, et Aen, Remmon, et Thochen, et Asan, 
civitates quinque '. 

La dénomination qu'elle portait dérivait peut-être des grenadiers 
qui croissaient dans ses jardins. En hébreu, effectivement, le mot 
}to") , rimmon, signifie or grenade d ou (t grenadier; t) en arabe le même 
mot, avec une terminaison différente, ^jCj, roumman, a une signi- 
fication identique. Peut-être aussi ce nom avait-il pour origine le 
culte rendu dans cette ville à la divinité ainsi appelée, qu'on ado- 
rait à Damas dans un temple particulier, comme cela résulte d'un 

' Josué, c. XV, V, 9 1, 3-j. ^ Paratipomines , i. I. c. iv, v. *xh et 

■ Ibid. c. XIX, V. 1, o, , 7. 39. 

11. 23 



su DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

passage du livre IV des Rois, et qui pouvait également avoir un 
sanctuaire à Riramon, bien que la Bible n en parle pas. 

Hoc autem solum est, de quo depreceris Dominum pro servo iuo, quando 
ingredietur dominus meus templum Remmon , ut adoret ; et iilo innîtente super 
manum meam, si adoravero in temple Remmon, adorante eo in eodem loco, 
ut ignoseat mihi Dominus servo tuo pro hac re ^ 

Au retour de la captivité, Rimmon vit revenir dans son enceinte, 
pour l'habiter, des enfants de Juda : 

95. ... De filiis Juda habitaverunt in Gariatbarbe . . . 
29. Et in Remmon, et in Saraa, et in Jerimuth ^. 

D'ailleurs, aucune autre mention n'est faite de cette localité 
dans les Livres saints. 



TRIBU -DES DOULAM. 



A huit heures, nous continuons à nous avancer vers le sud-sud- 
ouest. Devant nous se déroule une vaste plaine accidentée, par- 
courue par la tribu des Doulamy ^^:> , dont le nom rappelle celui 
de la ville à'A'doullamy en hébreu o^ns;, en latin Adullamy en grec 
Ô&XXajx, Tune des cités appartenant à la tribu de Juda dans la 
Chéphélah*. Faut-il voir un rapport fortuit entre ces deux déno- 
minations, ou, au contraire, peut-*on admettre que cette tribu a 
emprunté la sienne à cette antique cité, dont l'emplacement jus- 
qu'ici n'a encore été retrouvé nulle part d'une manière certaine? 
C'est un point sur lequel, faute de documents, je ne saurais me 
prononcer. Quoi qu'il en soit, nous rencontrons, chemin bisant, un 
cheikh de cette tribu» qu'accompagnent deux autres cavaliers. 
S'approehant aussitôt de moi, il me demande de quel droit j'ose 
fouler sans sa permission le territoire de sa tribu. Je lui réponds 
que j'y suis autorisé par le pacha de Jérusalem , et que d'ailleurs je 
n'ai aucune intention hostile. — <rQue m'importe, dit-il, l'autori- 

* Roiê, \. IV, c. V, V. 18. — * Esdras, l, II, c. xi, v. s5, «9. — ' Jomè, c. xv, 
V. 35. 



CHAPITRE LI. — T«LL LEKÎEH. 855 

sation du pacha de Jérusalem ? Tu n iras pas plus loin sans la mienne, 
et celle-là tu ne lauras que paoyennant une somme d'argent. n 

Pour faire taire ces menaces et ces injonctions, j arme aussitôt 
mon revolver, en le dirigeant vers sa poitrine; j'ordonne en même 
temps à mon drogman et à mon bachibouzouk de coucher en joue 
chacun un des deux autres cavaliers. A cette vue » ils s'éloignent 
tous les trois au galop de leurs chevaux, et nous poursuivons 
notre marche, l'œil attentif à toutes les évolutions de nos Bé- 
douins, et prêts à faire feu sur eux, s'ils se disposaient eux-mêmes 
à tirer sur nous. 

TRLL LEdEH. 

Nous arrivons ainsi, à neuf heures vingt minutes, au Tell Lekieh, 
iûa] J^. Le sommet de cette colline rocheuse est couronné de 
débris d'anciennes constructions, et dans ses flancs ont été creusés 
des silos et plusieurs caveaux, qui ont pu servir soit de magasins, 
soit de demeures souterraines. 

M. Yan de Velde ^ voit dans le Tell Lekieh le Ramatk Lehi de 
l'Ecriture sainte , si célèbre comme ayant été le théâtre de l'un des 
exploits de Samson ^ ; mais cette position est beaucoup trop éloignée 
du rocher d'Ëtam pour justifier cette identification, qu'une certaine 
ressemblance accidentelle de noms a seule pu suggérer. D'ailleurs , 
il n'y a, sur les flancs de ce uM ou dans le voisinage, aucune source 
qui puisse être considérée comme XEn hak-Kare Ramath Lehi dont 
il est question dans le livre des Juges, Ensuite la ressemblance 
alléguée des noms n'est qu'apparente. Tell Lektehy en arabe a^ J^', 
signifie <r la colline de la Rencontre, de la Trouvaille; Ji en hébreu, les 
mots Ramath Lehi, ^n^npi, ont pour sens « la colline de la Mâchoire, d 
et le terme correspondant à celui de ^nV est, en arabe, ^^^ qui a la 
même signification et offre précisément les mêmes lettres formatives. 

En parlant de la colline connue , près de BeilrDjibrin , sous le nom 
d'il m Lehi e^Safer, j'ai montré que, par sa position et la dénomi- 

* Memoir to aceanqHtn^ tke map ofike Holy Ltmd, p. 3&3. — ' J^*, c. w, v. 9, 
14,19. 

a3. 



356 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

nation qu'elle porte, elle semblait répondre à la fontaine de Sam- 
son, qu'une tradition assez ancienne place en cet endroit. Mais, 
d'un autre côté , j'ai contesté l'authenticité de cette tradition , en 
ajoutant que j'avais découvert, dans une localité beaucoup moins 
distante, de la roche Etam que ne l'est Beit-Djibrin , les ruines 
d'un village antique où coule, sur les pentes d'une hauteur, une 
source très-abondante, appelée encore aujourd'hui A'ïn Khirbet 

TELL HÔRA. 

Du sommet de la colline de Lekîeh, le fellah qui me sert de 
guide me montre dans le lointain, à la distance de huit kilomètres 
environ, vers l'est-sud-est, un autre tell, appelé Tell Hdra, \jy^ Jks, 
et que couronnent, dit-il, quelques ruines. 

KHIBBBT OtMM EL-BOTHBÏN. 

Il me signale également, à une distance analogue vers le sud- 
est, non loin des bords de \Oued el-Khalily Juisll ^1^, les restes d'un 
village antique, sous le nom de Khirbet Oumm etr-Bothemy It Hojs^ 
(^j^kJt. Ces ruines, d'après les renseignements qu'il me donne, se 
bornant comme les précédentes à quelques amas confus de maté- 
riaux éparssur le sol, je me dispense d'aller les visiter. 



BIR BL-KHOUIELFBH. 



Au moment où nous descendons du Tell Lekieh, but extrême de 
mon excursion pour ce jour-là, le cheikh des Doulam, qui, avec ses 
deux cavaliers, ne me perdait pas de vue, se rapproche de moi et, 
mettant humblement pied à terre : (rJe veux, dit-il, faire la paix 
avec toi; viens dans mon douar, tu te reposeras sous ma tente, et je 
tuerai un mouton en ton honneur, ti En entendant cette proposi- 
tion, le fellah que j'avais pris pour guide me murmure à l'oreille : 
(r Garde-toi de te rendre à son invitation, car il est connu comme 



CHAPITRE LI. — RETOUR AU BIR MOURRAN. 357 

voleur de grand chemin, et il te tend là un guet-apens. NoUwS 
sommes tous perdus si nous le suivons dans son douar, n Je n'avais 
pas, du reste, l'intention d'accepter, la mine fausse et hypocrite 
du cheikh m'inspirant peu de conBance, et, malgré ses belles pro- 
testations d'amitié et ses instances réitérées, nous reprenons, à son 
grand désappointement, la route du Khirbet Mourran. Pour lui, 
avec ses deux acolytes, il s'enfonce vers le sud, du côté de son 
douar, dont nous apercevons à l'horizon les tentes, comme autant 
de petites taches noires, dans un coin de la plaine. 

A onze heures, nous sommes de retour au Khirbet el-Khouïel- 
feh. A une faible distance, vers l'ouest, des ruines de cette petite 
ville, est situé dans une vallée un puits antique, dont l'eau est très- 
abondante; il est appelé Bir eUKhouïelfeh, iuU^yHjj^. Nous trouvons 
rassemblés autour de ce puits environ deux cents Bédouins , appar- 
tenant pour la plupart à la tribu des Doulam. Beaucoup d'entre eux 
sont à moitié nus et d'un aspect sauvage et menaçant. Après avoir 
bataillé longtemps pour obtenir le droit d'abreuver nos chevaux, 
qui mouraient de soif, nous finissons par nous frayer un passage 
à travers la foule tumultueuse qui assiégeait les abords du puits 
'ivec de nombreux chameaux. 



KHIRBET MTAa' KHOUÏELFBH. 



Un peu au nord de ce puits, j'examine les restes d'un village 
antique, appelés Kkirbet Mtaa' Khouielfeh , tUuLjty^s^ ^\jla ii^. Ce 
groupe d'habitations dépendait probablement, comme son nom ac- 
tuel l'indique encore, de la ville voisine dont le Khirbet el-Khouïel- 
feh nous offre les débris. 



RETOUR AU BIR MOURRAN. 



A midi quinze minutes, nous faisons enfin halte au Bir Mourran^ 
o^jy^j^' A quatre heures du soir, je jette un nouveau et dernier 
coup d'œil sur les ruines qui couronnent le Djebel Mourran. 



358 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE CINQUANTE-DEUXIÈME. 

BIB EL-BORDJ. KHIRBET EL-BORDJ. KHIRBET OUIOI EGH-GHOUKOF. 

KHIRBET ER-RATEH. KHIRBET BEIT EL-HAOUA. KHIRBET BBIT- 

BAHBB. KHIRBET TOUT. KHIRBET EL-KASR. DOUAIMBH. 

KHIRRET MEDJDELEH. RETOL^R A DOUAÏIIBH. 



BIR EL-BORDJ. 



Le 1 8 juin , à quatre heures cinquante-cinq minutes du matin , 
nous quittons le puits de Mourran pour nous diriger vers Test. 

Pendant la nuit, nous avions entendu des cris retentir et se ré- 
percuter, en quelque sorte, de montagne en montagne. 

Ces cris étaient ceux de fellahs qui se transmettaient ainsi, à 
distance, avec la plus grande célérité, un certain mot d'ordre, qui 
n'était autre chose que le signal d'une insurrection contre le nou- 
veau pacha de Jérusalem. Leur but était d'essayer de se soustraire 
à Timpôt et à la levée d'hommes dont ils étaient menacés. 

A cinq heures vingt-cinq minutes, en passant près d'un puits 
antique bâti en pierres de taille, nous rencontrons une dizaine de 
ces paysans, armés de fusils, de sabres et de matraques, qui tra- 
versaient la vallée au milieu de laquelle est situé ce puits, dont 
le nom est Btr el-Bordj, g^'j^. Ils nous demandent d'où nous 
venons et ce qui se passe à Jérusalem. Nous leur répondons que, 
arrivant du sud et étant depuis assez longtemps absents de la Ville 
sainte, nous ne pouvons leur donner aucune nouvelle de fraîche 
date. 



KHIRRET EL-RORDJ. 



Noos gravissons bientôt après la hauteur que couvrent les ruines 
du Khirhet el-Bordj , g^l ib^. 



CHAPITRE LU. — KHIRBET OUMMECH-CHOUKOF. 359 

A cinq heures quarante minutes , nous parvenood à un oué^y cou- 
sacré au Cheikh Mahmoud. Bâti avec des matériaux antiques, dont 
quelque^uns sont taiiiés en bossage, ce sanctuaire musulman affecte 
la forme d'une petite tour carrée* Non loin de là est un birket, long 
de vingt pas et large de douze. Il est en partie creusé dans le roc 
et en partie entouré d'un mur d'un mètre d'épaisseur, que revêt 
intérieurement un excellent ciment. Un escalier placé à l'un des 
angles permet d'y descendre. Ce réservoir, parfaitement conservé , 
reçoit , pendant l'hiver, les eaux pluviales qui coulent le long des 
flancs rocheux de la montagne. 

En continuant mon ascension, j'arrive à un bordj ou citadelle, 
qui mesure soixante-quatre pas de long sur cinquante et un de 
large. Fondé sur le roc, à cent mètres au moins au-dessus de la 
vallée qu'il commande, il est' construit avec de gros blocs assez 
régulièrement taillés. Dans l'intérieur de l'enceinte qu'il circons- 
crit il y a une seconde enceinte, beaucoup plus mal bâtie et évi- 
demment plus moderne. 

Autour de ce bordj , actuellement abandonné, règne un fossé 
creusé dans le roc vif, et les parois rocheuses qui constituent la 
contrescarpe sont percées de plusieurs cavernes, dont quelques-unes 
servent aujourd'hui de refuge aux bergers, quand ils viennent faire 
paître leurs troupeaux sur cette montagne. 

Des silos pratiqués dans le roc et un certain nombre d'habita- 
tions renversées avoisinent également cette citadelle, dont l'origine 
est probablement antique, mais qui a dû subir des remaniements, 
soit au temps des croisades, soit à une époque plus récente encore. 

KHIRBET OUMM KCH-GHODKOF. 

A six heures trente minutes, nous descendons du plateau d'El- 
Bordj, en suivant, vers le nord, une vallée cultivée en céréales. 
Nous côtoyons l'Oued el-Kis ou l'un de ses affluents; il est peu 
considérable. Des touffes d'agnus castus eu bordent les rives. 

A sept heures dix minutes , nous le franchissons. 



360 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A sept heures vingt-cinq minutes, des ruines qui s'étendent sur 
deux monticules, à droite et à gauche de la route, et qui se rejoi- 
gnent dans la vallée, me sont désignées sous le nom de Khirhet 
Oumm eehr-Choukofy uUùôJl pi *j^. Il y avait là jadis un village, 
dont l'emplacement est aujourd'hui envahi par des broussailles 
et de hautes herbes; une partie est aussi livrée à la culture. Des 
restes de maisons renversées couvrent le monticule occidental; 
celui de Test, de nature rocheuse, est percé en outre de cavernes 
artificielles, dans lesquelles on descend par des degrés. 



KiilRBET ER-RAYEH. 



A sept heures cinquante-deux minutes, nous nous remettons en 
marche vers le nord-nord- est. 

A huit heures vingt minutes , après avoir franchi un petit oued, 
j'examine sur une colline les vestiges d'un autre village antique, 
consistant en amas confus de pierres, les unes assez bien taillées, 
les autres à peine équarries. Ces ruines s'appellent Khirhet er-Rayeh , 

KHIRBET BBIT EL-HAOUA. 

A huit heures vingt-cinq minutes , notre direction devient celle 
de l'est-nord-est. Le sentier que nous suivons serpente à travers 
des collines hérissées de rochers et de broussailles, que nous traver- 
sons successivement, et, à neuf heures dix minutes, nous gravissons 
une petite montagne sur le sommet de laquelle sont éparses des 
rmnes Bf celées Khirbet Beit eUHaoua, t^l c>jo iu^. Les flancs de 
cette montagne sont percés de nombreuses cavernes artificielles, 
dont les unes sont vastes et creusées en forme de coupoles, d'autres 
sont plus petites et à plafond carré. L'entrée de la plupart d'entre 
elles est environnée de tas de pierres, provenant d'anciennes cons- 
tructions démolies, 

KHIRBET BEIT-BAHER. 

A neuf heures vingl-rinq minutes, nous redescendons dans une 



CHAPITRE LU. — DOUAIMEH. 361 

vallée, au milieu de laquelle on aperçoit un puits antique , nommé 
Bir eUHcumay I34II jju , et nous marchons alors vers le nord-ouest. 
A neuf heures trente-sept minutes, après avoir traversé le Khirbet 
Beit-Baher, dont j ai déjà parlé, nous nous avançons directement 
vers le nord. 



KHIRBET TOUT. 



A dix heures cinq minutes, plusieurs amas de décombres autour 
de magasins souterrains pratiqués dans le roc me sont indiqués 
sous la désignation de Khirbet Tout^ c» 



KHIRBET EL-KASR. 



A dix heures sept minutes, passant TOued Douaïmeh, qui sil- 
lonne une vallée, nous faisons ensuite, vers Test, l'ascension d'une 
haute colline , sur le plateau de laquelle je trouve les débris d un 
château fort, appelés JSTAir&^t^^AWyj^oAit is>^. Les murs d'enceinte , 
dans leurs assises inférieures, sont en talus et très-épais. Ils sont 
construits avec des blocs de puissantes dimensions , mais grossière- 
ment taillés. A côté de cette enceinte , s'en élève une seconde , moins 
considérable , dont les murs sont également très-solides et en talus. 

Autour de cette ancienne forteresse on observe plusieurs vastes 
excavations souterraines en forme d'entonnoirs renversés. D'énormes 
toufles de lentisques et d'autres broussailles couvrent partout le 
sol. 



DOUAIMEH. 



A dix heures quarante-cinq minutes, nous prenons la direction 
de l'ouest. 

A dix heures cinquante minutés, nous franchissons l'Oued Douaï- 
meh, et, bientôt après, nous gravissons, pour la seconde fois, les 
pentes abruptes de la montagne sur laquelle est sitiié le village du 
même nom, et où nous avions déjà campé. Nous y dressons de nou- 
veau nos tentes sous des oliviers. 



362 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



KHIRBET MEDJDELEH. 



A quatre heures du soir, quand la chaleur est un peu tombée, 
je vais, avec un habitant du village, examiner, à vingt-cinq minutes 
à Touest, les ruines d'une localité antique, dont le nom actuel est 
Khirbet Medjdekh, iiù^ ic^. 

m 

Une fois descendus des hauteurs de Douaimeh , nous traversons 
une vallée plantée d'oliviers séculaires; puis nous voyons se dresser 
devant nous une colline rocheuse toute percée de silos, de citernes 
et de magasins souterrains. Parvenu sur le sommet de cette colline, 
je remarque que le sol est jonché de blocs, dont quelques-uns sont 
grossièrement taillés en bossage. On distingue les arasements de 
plusieurs maisons et ceux d une petite enceinte mesurant treize pas 
sur chaque face et en pierres très-considérables. Divisée intérieu- 
rement en deux compartiments ^ elie occupe le point culminant 
du monticule; les murs sont épais d'un mètre. Les Arabes la dé* 
signent sous le nom d'El-Bordj, ^/^'î ^^^ paraît, en effet, avoir 
eu une destination militaire et être une ancienne tour de défense. 

Quant à l'appellation de la localité, elle est elle-même bien cer- 
tainement antique , car on reconnaît facilement dans le mot arabe 
ll«X:â, medjdekh, le terme hébreu hiyo.mgdaly qui signifie « tour, ^ 
et qui est appliqué dans la Bible à plusieurs places fortes de la 
Palestine. Il n'est, du reste, aucunement question dans les saintea 
Écritures de la Migdal dont il s'agit ici; mais le nom seul de Medjdeleh 
et le caractère des ruines de ce khirbet prouvent leur antiquité. 

A six heures, nous sommes de retour à Douaïmeh. 



CHAPITRE LUI. — KHIRBET EL-HAMAM. 363 



CHAPITRE CINQUANTE-TROISIÈME. 

KHIBBIT BBITEL-BAN. KHIRBET SL-HAMiUi. IDNA, MDI8 lEDNA. 

KBIBBET BEIT-AA'lAM. KHIRBET CHEIKH BBHRAD. DEIR NAKKHAS OU 

DEIR NAHHAS, L'ANCIENNE IR-NAHAGH. KOUDNA. KHIRBET CHAYBH. 



KHIRBET BEIT EL-BAN. 

Le 1 9 juin , à cinq heures dix minutes du matin , nous quittons 
Douaimeh pour suivre, dans la direction de l'est-nord-est, une 
vallée semée de dourah. 

A cinq heures cinquante-cinq minutes , j'observe , à gauche de la 
route, sur les pentes et principalement sur le sommet d'une col- 
line, les restes d'un grand village antique , appelés KhirbetBeiteUBan, 
^UJt (^uAj io^. De nombreux amas de gros blocs, provenant d'an- 
ciennes constructions; une trentaine de petits magasins souterrains 
creusés dans le roc , avec escaliers pour y descendre ; plusieurs salles 
plus vastes, en forme d'entonnoirs renversés, dont quelques-unes 
sont encore intactes et servent de refuge aux bergers et à leurs 
troupeaux, comme le prouve l'énorme quantité de fumier qui y est 
entassé, tout atteste qu'il y avait là, jadis, à une époque très- 
reculée, une localité d'une certaine importance. Aujourd'hui, cette 
colline est envahie par un fourré de broussailles , parmi lesquelles 
domine le lentisque. 

KHIRBET EL-HAMAM. 

A six heures quatorze minutes, nous prenon» la direction de l'est. 

A six heures trente minutes, d'autres ruines, appelées Khirbet 
elr-Hamam^ pUJI ^^> sollicitent mon attention; elles sont situées, 
à droite de la route, sur une colline. Je remarque plus particuliè- 



364 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

rement une enceinte mesurant quarante-quatre pas sur chaque 
face. Le mur qui la constitue est très-épais et construit avec de 
gros biocs, régulièrement taillés et superposés sans ciment. C'est 
probablement un ancien poste militaire. L'intérieur de l'enceinte 
est hérissé de lentisques , au milieu desquels on distingue deux ma- 
gasins souterrains , creusés dans le roc. Près de là , sur les pentes de 
la colline , gisent les débris de quelques autres constructions entiè- 
rement renversées; j'y rencontre aussi plusieurs grandes excavations 
en forme de coupoles et analogues à celles que j'ai déjà signidées 
ailleurs. Au moment où j'y pénètre, des nuées de colombes s'en 
échappent. C'est probablement l'abondance et le séjour perma- 
nent de ces oiseaux qui ont fait donner par les Arabes à cet endroit 
le nom qu'il porte, Khirbet el-Hamam signifiant cria ruine des 
Colombes, d 

IDNA. 

A six heures quarante-cinq minutes, nous continuons à marcher 
vers l'est, puis bientôt notre direction est celle du nord-est. 

A sept heures dix minutes , un sentier difficile et rocailleux nous 
conduit à Idna^ b^l. Ce village, divisé en deux quartiers, a deux 
cheikhs distincts. Sa- population totale ne dépasse guère cinq cents 
habitants. Dans plusieurs maisons particulières, et notamment dans 
les substructions d'un petit hordj^ ont été encastrées des pierres de 
taille qui, selon toute apparence, datent de l'antiquité. Au-dessus 
de la porte de cette espèce de tour carrée , règne un linteau mono- 
lithe, où, à l'époque chrétienne, a été gravée une croix pattée, en- 
core maintenant reconnaissable. 

Idna est dominé par un tell de forme oblongue, depuis long- 
temps livré à la culture , et qui , s'il a été jadis fortifié , comme on 
pourrait le supposer, ne garde plus de traces des constructions 
qui s'y élevaient. 

Dans la vallée qui s'étend au pied des deux monticules qu oc- 
cupe le village, et sur les flancs de ces deux hauteurs, croissent 
des oliviers et des figuiers. 



CHAPITRE LUI.— KHIRBET CHEIKH BERRAD. 365 

Il n'est question dans les Livres saints d aucune ville dont le nom 
ait le moindre rapport avec celui d'Idna; mais YOnomasticon signale 
une localité appelée teJva , à six milles d*ËIeuthéropolis, sur la route 
d'Hébron : 

leSvày ânb ç' (TtifJteicâv ÈXevOepon6Xeojs àniàvtODv èisï Xe€poiv, 

Saint Jérôme reproduit sans modification ce passage : 
ledna , in sexto ab Eleutheropoli lapide pergentibus Chebron. 

Cette indication ne laisse aucun doute sur l'identité du village 
actuel d'Idna avec Y ledna d'Ëusèbe et de saint Jérôme, identité qui 
contribue elle-même à démontrer celle de Beit-Djibrin avec l'an- 
cienne Eleuthéropolis. 



KmRBET BEIT-Aa'lAM. 



Nous nous remettons ensuite en marche vers le nord-ouest, puis 
vers l'ouest. 

A l'entrée d'une vallée assez étroite , nous rencontrons bientôt un 
puits antique, appelé Bir Idm, \}:>\ja^.A droite et à gauche de cette 
vallée s'élèvent des montagnes rocheuses et hérissées de broussailles. 

A huit heures quinze minutes , j'examine sur le plateau de l'une 
d'entre elles des ruines connues sous le nom de Khirbet BeU-Aalam , 
j^t cuAj A{;Â.. On y heurte partout, au milieu des broussailles, les 
débris de petites habitations bâties avec des matériaux de toutes 
sortes et mal équarris. Des citernes, des silos et des magasins sou- 
terrains ont été creusés sur beaucoup de points. D'autres excava- 
tions paraissent être d'anciennes carrières; je trouve l'une d'entre 
elles habitée par un vieux berger, qui Ta transformée en étable. 

Au bas de la montagne est un puits antique, pratiqué dans le 
roc, et dont l'eau est excellente. 



KHIBBET CHEIKH BERRAD. 



A huit heures quarante-cinq minutes, nous poursuivons notre 
marche dans la même direction. 



366 DESCBIPTION DE LA JUDÉE. 

A huit heures cinquante-cinq minutes, nous franchissons vers 
le nord une colline rocheuse, couverte de touffes de lentisques, de 
hou)^ et de caroubiers nains; puis nous longeons une étroite vallée 
vers le nord-ouest. 

A neuf heures trente minutes , les restes de quelques construc- 
tions antiques, près d'un aualy qu'ombrage un vieux chêne vert, 
me sont signalés sous le nom de Khirbet Cheikh Berrady ^1^ ^ ^^' 
J'y observe aussi d'anciennes carrières et une belle salle à coupole, 
dont les parois sont percées d'une foule de niches disposées sur 
plusieurs rangs parallèles. 



DBIR NAKKHAS OU NAHHAS. 



En continuant à marcher vers le nord-ouest, nous atteignons, à 
dix heures , Deir Nakkhas, ^j-\i? ^^ ; d'autres prononcent Deir Nahhas , 
^\j^jii:>. Ce village est situé sur une montagne dont les flancs ont 
été jadis exploités comme carrières* Les assises inférieures de quel- 
ques maisons sont en belles pierres antiques. Un puits très-profond , 
en partie construit et en partie creusé dans le roc, doit dater éga- 
lement de l'antiquité. 

Sur les pentes de la hauteur dont le village occupe le sommet , 
croissent des bouquets d'oliviers et de figuiers; çà et là aussi un 
certain nombre de cavernes artificielles ont servi jadis d'habitations 
ou de magasins. 

Deir NakkhM ou Nahhas paraît être l'ancienne Ir-^Nakach, 
tt^nj-17, en grec ^dkis Nota^ , en latin urh$ Naos y qui ne se trouve 
mentionnée qu'une seule fois dans la Bible, et que Schwarz et le 
docteur Tobler ont les premiers, je crois, identifiée avec le village 
dont nous venons de parier. 

Cette identification me semble effectivement très-plausible, car, 
dans le livre I des Paralipomènes , au nombre des descendants de 
Juda qui fondèrent des villes dans la partie de la Palestine qui leur 
échut en partage, il est question de Tehinna, père ou fondateur de 
la ville de Naas , en hébreu Nahach. 



CHAPITRE LUI.— KOUDNA. 367 

Porro Esthon genuit Bethrapha et Phesse, et Tehinna, patrem urbis Naas : 
hisuntviri Recha^ 

Cette ville était par conséquent située dans la tribu de Juda, 
et comme le nom de e^n: offre une ressemblance incontestable avec 
celui de ^Jj^ ou (fJC^, aucune raison sérieuse ne s'oppose à ce 
rapprochement^ qui réunit au contraire en sa faveur une grande 
probabilité. 

KOUDNA. 

A dix heures quinze minutes , nous franchissons Y Oued elrFrandj, 
^1^1 âl^ , dont le nom semble un souvenir permanent de lancienne 
occupation des Francs; puis nous suivons, dans la direction de 
1 ouest-nord-ouest, une vallée semée de dourah et plantée çà et 
là de quelques oliviers. 

A dix heures trente minutes, après avoir traversé une colline ro- 
cheuse, nous parvenons à une seconde vallée, celle qui, se dirigeant 
du nord au sud, mène droit à Beit-Djibrin. Là sont les ruines dun 
village détruit, dont je n ai pu obtenir le nom. Des pierres, restes 
d anciennes constructions, sont dispersées sur le sol. Ty trouve 
aussi trois grandes salles à coupole, creusées dans le tuf, et au- 
jourd'hui très-dégradées. 

Laissant à notre gauche, à la distance de vingt-cinq minutes 
vers le sud, le village de Beit-Djibrin, nous passons bientôt au 
pied du Tell Djedeideh, que j'ai mentionné ailleurs; ensuite nous 
cessons de marcher vers l'ouest pour tourner nos pas presque direc- 
tement vers le nord. Le sentier où nous cheminons monte entre 
des fourrés de lentisques et de chênes verts nains. 

A onze heures , nous commençons à descendre. 

A onze heures dix-sept minutes, nous faisons halte à Koudna, 
b^Kâ». Ce village renferme cinq cents habitants et est situé sur 
une colline dont le sommet est rocheux et dont les flancs sont 
couverts d'oliviers et de figuiers entremêlés de plantations de tabac. 

* ParaUpomines , l I, c. iv, v. ia. 



368 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Sur le point culminant du monticule, on remarque les restes d*uii 
vieux château, long de soixante pas sur cinquante-sept de large. Les 
assises inférieures, sans être antiques, sont peut-être byzantines; 
les assises supérieures, au contraire, d'un appareil beaucoup moins 
beau, trahissent un travail musulman el plus moderne. Quant 
aux maisons des habitants, elles sont très-grossièrement bâties el 
encore plus mal entretenues. 

KHIRBET GHAYEH. 

A vingt-quatre minutes au nord de Koudna , je vais visiter les 
débris d'un village antique, appelés Khirbet Chayeh^ iûU i^^. Peu 
considérable, il s'étendait sur un plateau qui est maintenant en 
partie livré à la culture et en partie couvert de broussailles. Les 
flancs de la colline où il s'élevait sont percés de plusieurs cavenies 
artificielles , creusées dans le roc et afl^ectant la forme de vastes en- 
tonnoirs renversés. Elles sont peuplées de nombreuses colombes, 
qui semblent y avoir élu domicile depuis longtemps , à en juger 
par l'épais guano qui couvre le sol. 

De retour à Koudna , j'y passe la nuit. 



CHAPITRE LIV. — KHIRBET KENIA. 361) 



CHAPITRE CINQUANTE-QUATRIÈME. 

KHIRBEt SOURA. KHIRBET KENIA. KHIRBET DROUSIA. KHIRBET 

DJENNABEH. TELL ZAKARIA. ZAKARIA, JADIS CAPHAR ZAGHARIA. 

KHIRBET TARMODK, L'ANCIENNE lARMOUTH. KHIRBET NEBY BOULOS. 

BEIT-NETTIF, JADIS NETOPHAH 01) BETH^NETOPHAH. 



kiilRBET SOURA. 

Le 9 juin, à quatre heures trente-cinq minutes du matin, 
nous partons dans la direction de 1 est. 

Après avoir franchi successivement plusieurs collines rocheuses , 
où ne croissent que des broussailles, nous descendons dans une 
vallée plantée d'oliviers. 

A cinq heures, nous gravissons une montagne qui s'élève d'en- 
viron deux cents mètres au-dessus de la vallée précédente , et dont 
le sommet est couronné par des ruines appelées Khirbet Souruy 
\jym i^ij^. Je remarque plus particulièrement les vestiges d'une en- 
ceinte longue de vingt-deux pas sur quinze de large. Construite 
en belles pierres de taille, elle renferme intérieurement une citerne 
creusée dans le roc et une énorme meule de pressoir. Près de là 
gisent les débris d'une dizaine de maisons, qui avaient été bâties 
avec des matériaux d'un moindre appareil. 

Les flancs de la montagne paraissent avoir été exploités comme 
carrières. 

KHIRRET KENIA. 

A cinq heures trente minutes, nous redescendons vers l'est, et 
nous suivons une vallée fertile, qui nous mène bientôt au Khirbel 
Kenia, Ua aj«^. Ces ruines consistent en un certain nombre d'ha- 



II. ùU 



370 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

bitations antiques , complètement renversées, et qui avaient été cons- 
truites avec de gros blocs mal équarris; il n'y avait là qu'un simple 
hameau, sur un monticule actuellement couvert de broussailles. 

KHIRBET DROUSIA. 

A six heures , nous prertons la direction du nord , puis celle du 
nord-nord-esl. 

A six heures vingt minutes, nous sommes en présence de ruines 
beaucoup plus considérables, appelées Khirbet Drousia^ Um;^ ^j^- 
Ce sont celles d'une petite viile, qui s'élevait en amphithéâtre et 
formait un demi-cercle très-allongé sur les pentes orientales d'une 
montagne. Au milieu de plusieurs centaines de petites maisons ren- 
versées, on distingue plusieurs enceintes plus grandes, dont les 
arasements seuls subsistent encore , et qui paraissent être les restes 
de monuments publics. L'une d'entre elles, longue de vingt-cinq 
pas sur vingt de large, est construite avec de beaux blocs, et elle 
est divisée en plusieurs compartiments; des débris de voûtes en 
blocage semblent dénoter l'époque romaine. Autour, gisent des 
fragments d'entablement élégamment sculptés. 

Dans les flancs de la montagne sont creusées d'anciennes car- 
rières. J'y observe aussi deux salles à coupole , dont l'une est percée 
intérieurement d'un grand nombre de petites niches, soit car- 
rées, soit triangulaires, et pratiquées à égale distance les unes des 
autres. 

Dans la vallée, deux puits antiques, bâtis avec de gros blocs irré- 
guliers, fournissent encore de l'eau aux bergers qui mènent paître 
leurs troupeaux au milieu des débris de cette ville abandonnée. 

KHIRBET DJE?iNABEH. 

A sept heures dix minutes, nous suivons, en quittant ces ruines, 
dans la direction du nord-nord-est, une vallée que bordent des 
montagnes couvertes d'épaisses broussailles. 



CHAPITRE LIV. — KHIRBET YARMOUK. 371 

A sept heures quarante-cinq minutes, cette vallée s élargit en 
une belle plaine, oà ondulent de magnifiques moissons, qui atten- 
dent qu'on les coupe. 

A huit heures, nous laissons à notre gauche, sur un monticule, 
les vestiges d'un vdlage antique, appelés Khirbet Djennabehy k^j^^x^ 
AjVi». L'emplacement qui! occupait est maintenant en partie 
cultivé; le reste est envahi par des broussailles. Au bas est une 
ancienne citerne, creusée dans le roc. 



TELL ZAKARI\. 



A huit heures vingt minutes, nous traversons un petit oned dont 
les rives sont ornées d'agnus castus, et qui serpente au pied du TeU 
Zakaria, L^b) Jj. Cette colline, qui se dresse à notre gauche, est 
de forme oblongue et d'aspect blanchâtre; elle est dépourvue de 
végétation, à part certains endroits, où elle est tapissée de brous- 
sailles. 



KAKARIA. 



A huit heures quarante minutes, nous arrivons k Zakatia^ L^b), 
village de cinq cents habitants, sur un monticule dont les pentes 
sont plantées d'oliviers, de figuiers et de vignes, qu'environnent 
des haies de cactus. Cette localité est vraisemblablement celle que 
mentionne Sozomène \ dans la région d'Eleuthéropolis , sous le nom 
de Xa^àp Za^OLpioL. 

Un oualy ombragé par un palmier y contient les cendres d'un 
santon qu'on appelle Neby Zakaria. 

KIIIRBRT YARMOIIK. 

Au delà de Zakaria, nous commençons, dans la direction du 
nord-est, l'ascension d'une montagne toute couverte d'oliviers et 
débroussailles, qui croissent au milieu d'âpres rochers. 

' Histoire ecclésiastique , IX, vvii. 

9/i. 



372 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A neuf heures , nous en redescendons les flancs opposés. 

A neuf heures dix-huit minutes , nous suivons vers l'est une val- 
lée riche en sources et qui dans Thiver doit être très-marécageuse. 

A neuf heures quarante-quatre minutes, nous gravissons le Dje- 
bel Yariiiouk. Les pentes inférieures sont cultivées en céréales; 
•plus haut, on s'avance à travers un fourré de broussailles et de 
plantes épineuses. La montagne s'élève comme par étages succes- 
sifs , que soutiennent d'anciens murs d'appui. Des 'débris d'habita- 
tions renversées et d'innombrables petits fragments de poterie 
sont de tous côtés épars sur le sol. Quant au plateau supérieur, 
qui formait comme l'acropole de la ville dont le Khirhet Yarmouk, 
iâyêj4 ivj^, offre les vestiges, il était environné d'un mur circulaire, 
dont les substructions sont encore visibles. Les ruines y abondent 
parmi des touffes de lentisques et de hautes herbes. De là on jouit 
d'une vue très-étendue; car on domine d'au moins trois cents mètres 
les vallées voisines. 

Le Khirhet Yarmouk est l'antique larmouth^ en hébreu nio*?!, en 
grec \ep^(iov6 et tpijxovd, en latin Jarimuth etJerimothy qui est citée 
pour la première fois dans le livre de Josué, à l'occasion de la ligue 
des cinq rois amorrhéens contre les Gabaonites, pour les punir de 
leur défection. 

3. Misit ergo Adonisedec, rex Jérusalem, ad Oham, regem Hebron, et ad 
Pharam, regem Jerimoth, ad Japhia quoque, regem Lachis, et ad Dabir, regem 
Eglon , dicens : 

U. Ad me ascendite, et ferte praesidium, ut expugnemus Gabaon, quare 
transfugerit ad Josue et ad filios Israd ^ 

Le roi d'Iarmouth, Pharam (en hébreu Piram), fut, comme on 
le sait, vaincu à Bethoron et ensuite mis à mort, avec les rois ses 
alliés, dans la caverne de Makkédah. 

Dans un autre passage du livre de Josué, larmouth est signalée 
parmi les villes appartenant à la tribu de Juda. 

33. In campestribus vero : Estaol, etSarea, et Asena. . . 
' JoMé, c. X, V. 3, 4. 



CHAPITRE LIV. — KHIRBET YARMOUK. 373 

35. Et Jerimoth, et Adullam, Socho et Azeca ^ 

Si. elle est comprise au nombre des villes de la Chéphélah, cela 
ne contredit pas , comme on pourrait d'abord le croire , Tidentifi- 
cation que , à rexemjde d'autres voyageurs, nous faisons de cette ville 
avec le Khirhet Yarmauky qui est situé sur une montagne; mais cela 
prouve .uniquement que plusieurs places mentionnées avec celles 
de la Chéphélah dépendaient du district ainsi nommé, sans être 
elles-mêmes dans la plaine, dont elles étaient seulement voisines. 

Le, livre II d'Ësdras nous apprend qu'Iarmouth fut réhabitée au 
. retour de la captivité. 

95. ... De filiis Juda habitaverunt in Cariatharbe. . . 
99. Et in Remmon, et in Saraa, et in Jerimuth^. 

Dans YOnomasticon^ au mot taêer?, nous lisons : 

ïaêelSf isfôXis iiv dveîXev iriavvsy (^uXiis louSay cjs dirb S' atifJLsiGûv ttXev- 
BeponéXeoûs isrepi rilv ÈaOaoX xcifAtiv. 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, change le mot Ia&r$ en 
Jarimuth : 

Jarimuth, civîtas quam subvertit Jesoa, in tribu Juda, quarto distans ab 
Eleutheropoii lapide, juxta viliam Esthaol. 

Ailleurs, à propos du mot tepjxoti^, Eusèbe s'exprime ainsi : 

upyuovsy (pvXrif loviaf xcifAV vSv êerrtv lepfÂO^oJs dirb avfietùnf i ËXev0epo- 
'jtà'keùH dvt6vrù)v eU Atktav, 

Ce passage est reproduit fidèlement par saint Jérôme; seule- 
ment ï&piLoyés devient chez lui Jermucha : 

Jermus, in tribu Juda. Est autem usque hodie villa Jermucha in décime ab 
Eleutheropoii lapide ascendentibus iEliam. 

Dans ces deux cas, il s'agit, selon toute apparence, de la même 
ville, c'est-à-dire de l'Iarmouth biblique, bien que, dans le premier 
cas, Eusèbe et saint Jérôme la placent à quatre milles, et, dans le 
second, à dix milles d'Éleuthéropolis. Ce qui prouve que, dans le 
premier de ces passages, le chiffre de quatre milles est erroné et 

* Josué, c. XV, V. 33, 35. — ' Esdras, 1. II, c. xi, v. a5, 99. 



374 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

beaucoup trop faible , c'est que ces deux écrivains s'accordent à dire 
que cette localité était voisine d'Esthaol; or ils affirment l'un et 
l'autre ailleurs, à propos d'Esthaol, que cette dernière ville était 
elle-même à dix milles d'Ëleuthéropolis, vers le nord. Le second 
passage me paraît donc le seul admissible; car notre Kbirbet Yar- 
mouk est à trois bonnes heures de marche de Beit*Djibrin , l'an- 
cienne Éleuthéropolis, sur la route de Jérusalem. 

Remarquons en outre que , déjà à l'époque d'Eusèbe et de saint 
Jérôme, larmouth avait chaogé la désinence primitive de sa déno- 
mination pour en prendre une semblable à celle du nom arabe qui 
reste attaché à ses ruines. En effet, du mot ï$pfjLO)(fjâs , en latin Jer- 
mucha, les Arabes ont fait, à leur tour, Yarmouk. 



KHIRBET ?iEB\ BOULOS. 



A dix heures vingt minutes, nous redescendons dans la même 
vallée dont j'ai parlé plus haut, et nous la suivons dans la direction 
de l'est. 

A dix heures trente-cinq minutes, nous apercevons à notre 
gauche les ruines d'un village antique ; elles s'étendent autour d'un 
oualy dédié à NebyBouhSy et elles sont désignées elles-mêmes pour 
cette raison sous le nom de Khirhet Neby Bauhs^ ^yt (s^ 'i/^- 

Ce sanctuaire musjulman a peut-être remplacé un sanctuaire ou 
même un petit monastère chrétien consacré à saint Paul, dont le 
nom lui sera demeuré. Dans tous les cas, le mur qui l'environne, 
à en juger par ce qui reste encore debout, est en partie construit 
avec des blocs antérieurs à l'époque musulmane. 

Près de là, est un réservoir qui est très-probablement antique, et 
qui mesure dix-huit pas de long sur dix de large. 



BEIT-NETTIF. 



A dix heures cinquante-cinq minutes, nous continuons à mar- 
cher dans la m<^mc direction. 



CHAPITRE LIV. — BEIT-NETTIF. 375 

A onze heures deux minutes, nous atteignons les premiers 
jardins ide Beit-N^ttif; ils sont plantés de vignes, d'oliviers et de 
figuiers. Après avoir gravi les pentes de la montagne dont ce vil- 
lage occupe te plateau, nous dressons nos tentes dans un verger. 

Beit-Nettif, vjuxj ouu , renferme un millier d'habitants. Les mai- 
sons sont très-grossièrement bâties. L'une d'entre eHes, qui est 
affectée à la réception des étrangers, el'-medhafêh (l'hôtellerie), est 
en forme de tour carrée. Au-dessus de la porte d'entrée, un grand 
bloc servant de linteau appartient à un ancien monument détruit 
et est orné d'élégantes moulures. Beaucoup d'autres pierres égale- 
ment antiques sont encastrées çà et là dans des habitations parti- 
culières. Deux puits, plusieurs citernes et un certain nombre de 
silos et de magasins pratiqués dans le roc, et qui servent encore 
aujourd'hui aux besoins des habitants, doivent aussi dater de l'an- 
tiquité. 

A quelques centaines de mètres à l'est du village et sur le même 
plateau où il est situé, le cheikh me fait observer les arasements 
d'un édifice rectangulaire, bâti en belles pierres de taille et qui 
renferme intérieurement deux citernes creusées dans le roc. C'é- 
tait, à l'en croire, une ancienne prison, et il en désigne ks restes 
sous le nom d'El-HiAa; conjecture fort problématique. Dans tous les 
cas, ils accusent une date antérieure à l'invasion musulmane. 

Dans la Bible il est question d'une ville appelée Nelophahy en 
hébreu nçtoa, en gjrec N6Tû)(pà, en latin Netupha^ parmi les villes qui 
sont énumérées dans le catalogue des Juifs qui, après l'exil, re- 
vinrent en Palestine, sous la conduite de Zorobabel. 

Yiri Netupha, quinquaginta sex^ 

Filii Bethlehem et Netupha, centuiu octoginta octo^. 

" Comme Netophah^ en latin Nelupha^ est mentionnée dans ce der- 
nier verset avec Bethlehem, on en a conclu qu'il fallait la chercher 
dans le voisinage de celle-ci, et que dès lors il était impossible de 

' EsdraHy 1. I, c. ii, v. aa. — * Esdras, 1. Il, c. vu, \. a6. 



376 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

l'identifier avec le village actuel de Beit-Nettif, malgré la ressem- 
blance singulière des noms, un intervalle de 'quatre heures dé 
marche environ séparant Beit-Nettif de Bethléfaem. 

Mais cette raison ne me paraît pas suffisante pour s'opposer à 
cette identification ; car, dans le même chapitre du livre II d'Esdras , 
au verset s5, les enfants de Gabaon sont cités immédiatement 
avant ceux de Bethléhem. Or trois heures de marche au moins 
forment entre ces deux points une distance trop grande pour qu'on 
puisse les dire voisins ; toutefois , ils sont mentionnés à côté Fun 
de Tautre, comme s ils étaient plus rapprochés. 

Nous lisons dans le livre I des Paralipomènes , que deux des 
principaux officiers de David, Maraï et Holdaï, étaient natifs de 
Netophah , ce qui prouve que , sous le règne de ce prince , cette ville 
existait déjà. 

i3. Decimus, mense decimo, Marai, et ipse Netophatites, de slirpe Zarai, 
et in turma ejus viginti quatuor millia. 

i5. Duodecimus , mense duodecimo, Holdai Netophatites, de stirpe Gotho- 
niei, et in turma ejus viginti quatuor millia ^ 

D'après le même livre des Paralipomènes, Netophah devait avoir 
alors une certaine importance, puisqu'elle avait dans sa banlieue 
et dans sa dépendance plusieurs villages, dont l'un était assigné 
comme résidence aux Lévites. 

Et Obdia, filius Semeiœ^filii Galal, filii Idithun; et Barachia, filius Âsa, filii 
Elcana, qui habitavit in atriis Netophati^. 

Un autre passage du livre II des Paralipomènes nous apprend que 
les Lévites qui habitaient cette banlieue chantaient dans le temple 
de Jérusalem : 

Gongregati sunt autem filii cantonim de campestribus circa Jérusalem et de 
villîs Netuphati *, 

Eusèbe et saint Jérôme ne parlent pas de cette ville dans l'Ono- 
îfiasticon, 

* Paralipomènes, I. I, r. xj^vii, v. t3, * Paralipomènes, 1. 1, c. ix, v. 16. 

i5. ' Ibid. 1. II, c. xn, v. 28. 



CHAPITRE LIV. — BEIT-NETTIF. 377 

Dans la Miehna il est fait mention de l'huile de Netophah \ et, 
ailleurs, des artichauts de la vallée de Beth-Netophah^. Cette vallée 
est très-probablement celle qui s'étend au pied des hauteurs que 
couronne le village de Beit-Nettif. 

« 

' Miehna, Peah, vii, SS 1,9. — ' HM. SehmiA, tx, S 5. 



378 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE CINQUANTE-CINQUIÈME. 

KHIRBET BEIT-IKA. KHIRBET EL-KHAN. a'lUR ES-SIFLA OU BT-TAHTA. 

a'lLAR EL-FOUKA. BEIT-a'tHAB. KHIRBET CHEIKH HOUBIN. 

KHIRBET KEFR SOUM. KHIRBET SIDI BOU-a'dAS. KABOU. EL- 

HOUSAN. OUELEDJEU. BETTIR. 



KHIRBET BEITHKA. 



Le 2 1 juin, à quatre heures vingt-cinq minutes du malin, nous 
descendons de Beit-Nettif, dans la direction de Test. 

A quatre heures quarante- cinq minutes, nous commençons à 
traverser une fertile vallée, que dorent des blés magnifiques, qui 
attendent la faux du moissonneur. 

A cinq heures, nous arrivons au Khirhet Beit-Ika^ ^^^^^^ *^j^ . 
restes d'un village qui était assis sur les dernières pentes d'une 
montagne aujourd'hui hérissée de broussailles. Les débris d'un 
assez grand nombre de petites maisons renversées jonchent partout 
le sol. Quelques-unes de ces habitations, comme l'attestent les 
parties qui subsistent, avaient été construites avec de gros blocs, 
les uns taillés, les autres à peine équarris. 



KHIRBET EL-KHAN. 



A cinq heures vingt minutes, nous repartons vers l'est^nord-est, 
en remontant, au milieu d'une région sauvage et très -accidentée, 
le lit d'un ravin sinueux , que bordent , à droite et à gauche , des 
montagnes toutes couvertes de lentisques et de caroubiers nains. 
Ce ravin s'appelle Oued el-Khan, ^jUl :>\^ , ou A'kabel el-Khan^ àxxs. 
^\it (la montée du Khan). A cinq heures quarante-quatre minutes. 



CHAPITRE LV. — A^LLAR ES-SIFLA. 379 

)a pente devient plus rapide. Le rocher qui fait ie fond du ravin 
a été en cet endroit aplani et taillé en escalier; les degrés sont 
peu élevés , afin de permettre aux animaux de les monter ou de les 
descendre plus facilement. Cet escalier date probablement d'une 
très- haute antiquité. Un peu plus loin, j'en rencontre un second, 
semblable au précédent et pratiqué pareillement dans le roc. Le 
ravin se resserre de plus en plus. 

A cinq heures cinq uante-- cinq minutes, nous passons à côté 
d'une citerne antique, qui recueille Teau des pluies au moyen de 
plusieurs rigoles ménagées sur des flancs rocheux. 

A cinq heures cinquante -huit minutes, Yotwd commence à s'é- 
largir, et, à six heures vingt-cinq minutes, parvenus au terme de 
notre ascension, nous avons sous les yeux les ruines d'un village, 
appelées Khirbet el-Khan, ^lil Hjj^ . Je remarque d'abord un tertre 
circulaire, qui me parait factice, et qui mesure sept mètres d'élé- 
vation et cinquante-deux pas de tour. Au bas est un hirhet taillé 
dans le roc, long de dix-neuf pas sur neuf de large; un petit esca- 
lier permet d'y descendre. Il est actuellement à moitié comblé, et 
un vieux figuier y a pris racine et y épanouit ses rameaux. 

Près de ce réservoir gisent les débris d'une dizaine d'habitations 
détruites. Deux constructions un peu plus considérables avaient 
été bâties avec de gros blocs assez mal équarris; d'autres pierres 
plus petites remplisjsent les vides des joints. L'épaisseur des murs 
était d'un mètre. Fautril voir là les restes d'un khan, comme le 
veut la dénomination donnée à ce kkirhei? La chose est possible. 
Des touffes de caroubiers, de lentisques et d'herbes épineuses re- 
couvrent et environnent ces ruines, qui, sans être antiques, doivent 
être cependant fort anciennes. 



A LLAR ES-SIFLA OU ET-TAHTA. 



A six heures cinquante minutes, nous opérons, vers le nord- 
est, la descente de la montagne que couronne le Khirbet el-Khan, 
et, à sept, heures quatre minutes, nous atteignons le fond d'une 



380 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

vallée appelée Oued eULvmùuny {^^-^ ^l^ , qui est eo grande partie 
oeeupée par des jardins. Nous abreuvons nos chevaux à une source 
excellente, qui sort d'un canal antique pour aller arroser de riches 
vergers. Ceux-ci sont également fertilisés par une seconde source 
intarissable , dont les eaux se promènent en ruisseaux murmurants 
à travers cette fraîche oasis, plantée d'orangers, de grenadiers, de 
figuiers, d'oliviers, de vignes, et surtout de cette espèce de citron- 
niers que les Arabes désignent par le mot Innotm, d'où est venu à 
la vallée le nom diOued eULimoun. Sous l'épais ombrage de ces 
beaux arbres le soleil ne pénètre jamais. En parcourant ce bois 
odorant, j'y rencontre des ruines assez considérables, entre autres 
celles d'une ancienne église , orientée de l'ouest à l'est, et de forme 
rectangulaire. Elle n'avait qu'une seule nef, qu'éclairaient, à droite 
et à gauche, trois fenêtres cintrées; sa longueur était de vingt- 
cinq pas, et sa largeur, de quatorze. Les voûtes sont écroulées, et 
l'intérieur de l'édifice est maintenant envahi par de gigantesques 
cactus, des figuiers, des vignes grimpantes et des broussailles. Les 
murs extérieurs sont seuls en partie debout : épais d'un mètre, ils 
sont construits avec des pierres d'un appareil moyen et peu régu- 
lier, et le vide qu'elles laissent entre elles est rempli au moyen de 
menus matériaux. 

 côté de cette église , de grandes voûtes cintrées , dont quelques- 
unes sont légèrement ogivales, appartiennent probablement à un 
couvent ruiné. 

Un peu plus loin s'élevait un village, aux trois quarts renversé : 
il n'en subsiste plus que quelques petites maisons, consistant eu 
une seule pièce voûtée. 

Ces diverses ruines m'ont été désignées sous le nom èiA'Uar ei- 
Sijla, >iJuJi\ ji<A, ou A'ilar et-Tahta, Ur^Jl^^ (Allar la Basse), par 
opposition à A'ilar el-Fouka (Ailar la Haute), dont je vais parier 
tout à l'heure. 



\'llar el-fouxa. 



A huit heures dix minutes, nous quittons, non sans regret, cette 



CHAPITRE LV. — BEIT-A'THAB. S81 

r délicieuse vallée , pour nous diriger vers le nord-est. 'Nous traver- 
sons de superbes bosquets d'oliviers, et nous atteignons bientôt, 
.après une courte ascension, les premiers jardins à'A'llar el-Foukay 
UyUI j^U . Disposés en terrasses, que soutiennent de petits murs 
d appui, ils abondent également en grenadiers, en figuiers, en 
orangers et en citronniers. Quelques légumes croissent entre ces 
arbres. 

A buit heures vingt -cinq minutes, nous passons à côté d'une 
belle source, YA'inAHlar eUFouka^ UylJl ^^U (jj^x; sortant d'un canal 
antique , elle se répand par de nombreuses rigoles dans les vergers 
qu elle domine. 

Poursuivant notre ascension, qui devient de plus en plus 
pénible, nous parvenons, à huit heures trente minutes, à Allar 
el-Fouka. Ce village se réduit actuellement à une vingtaine d'ha- 
bitations, dont la moitié tombent en ruine et sont déjà aban- 
données. 

Nous continuons à .monter toujours par un sentier des plus 
abruptes, et, à huit heures quarante-cinq minutes, nous arrivons 
au sommet de la montagne sur les flancs de laquelle le village est 
situé. 



BEIT-A THAB. 



Une fois descendus vers le nord , nous commençons presque aus- 
sitôt, au delà d'une petite vallée, à gravir une nouvelle montagne, 
dans la direction du nord- nord-ouest, et ensuite de l'ouest. Le 
sentier est tellement escarpé et glissant, sur les pentes rocheuses 
où nous cheminons, que nos chevaux, bien que débarrassé^ de 
leurs cavaliers, ne peuvent s'avancer qu'en étant tirés très -forte- 
ment par la bride. 

A neuf heures vingt-neuf minutes, nous faisons halte à Beit- 
A'tbabf c^lkft) o%^. Ce village est le chef-lieu du district connu sous 
le nom A'El-Arkauby v^^^' ^ ^t renferme six cents habitants. La 
maison du cheikh et d'autres maisons voisines sont bâties sur l'em- 
placement d'un ancien bordj ou citadelle , dont quelques magasins 



382 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

voûtés existent encore et me paraissent antérieurs à Tépoque des 
croisades. 

Gomme la source qui alimente d'eau le village de Beit-A'thab 
est au bas de la montagne où il est situé , les habitants prétendent 
qu'un souterrain, maintenant bouché, menait du 6ofY^' jusqu'à cette 
source. «rDe cette manière, disent-ils, en cas d'attaque de la part 
de l'ennemi, les défenseurs du fort, et par suite la population de 
la petite ville à laquelle a succédé le village actuel , pouvaient sans 
danger s'approvisionner d'eau, n 

Je ne garantis pas, bien entendu, l'existence de ce souterrain: 
car l'imagination arabe se plaît volontiers à supposer de semblables 
communications, souterraines et mystérieuses, qui le plus sou- 
vent sont des allégations purement gratuites. 

De la terrasse d'une maison qui occupe le point culminant du 
village , plusieurs habitants m'indiquent le nom de toutes les loca- 
lités environnantes que l'on découvre de là. L'une des plus rappro- 
chées est celle de Beil el-Haoua, I^)w;aa^ , ou Deir eUHa(mayj^,:> 
\y^ , village de quatre cents âmes, qui s'élève, vers le nord-ouest, 
sur une montagne, à trois kilomètres de distance à peine. 

Des vieillards, que j'interroge sur les traditions qui se rapportent 
à quelques-uns des villages qui me sont mentionnés, m'apprennent 
(^Achoua s'appelait jadis Achoual ou AchUmaU YEchthaol de l'Ecri- 
ture sainte, et qu'entre ce village et celui de Sara a, la Ttora'k de 
la Bible, célèbre pour avoir été la patrie de Samson, se trouve, 
près du hameau d'A'rtouf , un oualy consacré au Cheikh Gherib et 
connu également parmi eux, depuis longtemps, sous le nom de 
Kabr Chamchoun (tombeau de Samson). Je m'empresse de recueillir 
ce renseignement inattendu, qui me semble très-précieux; car il 
est entièrement conforme à une donnée positive de la Bible, qui 
fixe le tombeau de cet homme extraordinaire précisément entre 
Echthaol et Tsora'h , par conséquent dans un endroit qui s'accwde 
très-bien avec la position de ïouahf dont il s'agît. J'avais d^, en 
visitant Achoua' et Sara a, passé à côté de ce sanctuaire musulman: 
mais, ignorant aloi's la tradition qui le concernait, j'avais pour- 



CHAPITRE LV. — KHIRBET KEFR SOUM. 383 

suivi ma route sans Texaniiner. Je forme aussitôt le projet, que 
j exécutai dans une exploration subséquente, de retourner auprès 
de cet (malyy afin.de m'assurer si le tombeau du Cheikh Gherib na 
pas effectivement succédé à une sépulture antique. Je reviendrai 
donc plus tard sur ce sujet. 



KHIRBET GHBIKH HOUBIN. 



A dix heures cinquante minutes, nous noys remettons en marche 
vers Test. Après une descente très-rapide et une ascension non 
moins roide, nous parvenons, à onze heures quarante minutes, au 
Khirbei Cheikh HmdnUy (j;»^^^ ^ mjj^ . Autour d'un oualy ainsi 
nommé, danç l'intérieur duquel je remarque un fût mutilé de 
colonne antique, sont groupés les débris d'une trentaine d'habita- 
tions musulmanes, qui occupent probablement la place d'un ancien 
village, sur les pentes d'une montagne rocheuse. 



KHIRBET KBFR SOUM. 



A onze heures cinquante-cinq minutes, nous cheminons péni- 
blement vers l'est-nord-est , sur un sol hérissé de pierres et de ro- 
chers, et des plus tourmentés. 

A midi vingt-cinq minutes, nous rencontrons, au sommet d'une 
haute colline , les restes d'un autre village , appelés Kkirbet KêfrSaumy 
y%yào yS^ â^j^ . De nombreuses maisons renversées, qui avaient 
été bâties presque toutes avec de menus matériaux mal taillés, 
avoisinent un ouaJy qu'ombrage un mûrier plusieurs fois sécu- 
laire. 

Un édifice plus considérable , construit en partie avec des blocs 
antiques, dont quelques-uns sont à bossage, a servi de mosquée, 
comme le prouve le mihrab qu'on y a pratiqué; mais il est peut- 
être antérieur à l'établissement des musulmans, qui l'auront 
simplement approprié à leur culte. Non loin de là, un birket gros- 
sièrement bâti affecte une forme demi-circulaire. 



384 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



KHIRBET SIDI BOU-A DAS. 



A une heure, nous poursuivons notre route dans la même di- 
rection. 

A une heure quinze minutes , nous traversons une vallée profon- 
dément déchirée , à laquelle succède une montagne très-âpre , que 
nous gravissons à travers des rochers de couleur grisâtre , fendillés 
et comme déchiquetés (de toutes parts. 

A une heure trente-cinq minutes, nous passons au milieu d'un khir- 
bet qu'on me désigne sous le nom de Stdi Bou-A'das, u^^^^ç^o^xm,. 
Il se réduit à un petit nombre de maisons renversées, près d'un 
sanctuaire musulman encore debout, consacré à un santon ainsi 
appelé. Quelques-unes des pierres de cet oualy paraissent prove- 
nir d une construction plus ancienne. 

Le sentier que nous suivons serpente, à la hauteur de plus de 
cinq cents mètres au-dessus de la Méditerranée , sur des plateaux 
nus ou hérissés d'énormes quartiers de roc , d'un aspect austère et 
sauvage. 

KABOU. 

A deux heures quinze minutes, mon guide me signale, à la dis- 
tance d'une heure de marche, vers l'ouest, des ruines nommées 
Khirbet BeitSakaia, [»\jum ij^u^^ iu»jÂ. . 

A deux heures trente minutes, nous descendons dans une vallée 
où nous trouvons une source trèsH^onsidérable , YA'in el-Kabou, 
yjiiiS (;^. Elle sort d'un canal antique, près d'une vieille mosquée 
appelée Djama' Cheikh Mahmoud el-Hadjemiy et ses eaux tombent 
en cascade dans un vallon, dont elles fertilisent les jardins et qui 
est planté de figuiers, de citronniers, d'orangers et de légumes. 
Ces vergers dépendent du petit village de Kabou, perché comme 
un nid d'aigle., au nord-ouest de la source, sur le sommet d'une 
montagne escarpée. 

Nous contournons du cô.té de l'ouest les pentes de cette mon- 



CHAPITRE LV. — BETTIR. 385 

tagne, en suivant un étroit sentier pratiqué sur le roc aplani, 
et qui date sans doute d une époque très-reculée. Il nous conduit 
vers les bords de l'Oued el-Kabou, qui est encaissé profondément 
à notre gauche. 

A trois heures quinze minutes, nous traversons quelques ruines 
peu importantes, dont mon guide ignore le nom ; ce sont celles d'un 
simple hameau arabe, actuellement renversé, et qui a pu succé- 
der à un autre plus ancien. 

A trois heures trente-cinq minutes, nous franchissons l'Oued 
el-Kabou. 



EL-HOUSAN. 



Notre direction devient alors celle de l'est. Vers le sud nous 
apercevons, à la distance d'une grande heure de marche Je village 
d'El-Houmtiy ^imyÂ, situé sur une montagne. 



OUELEDJEH. 



Inclinant ensuite vers le nord-est, nous atteignons, à quatre 
heures quinze minutes, Oueleàjeh^ xaL^, dont j'ai déjà parlé. Les 
jardins de ce village sont assez fertiles en vignes, en figuiers et en 
légumes, grâce au travail de l'homme, qui corrige l'ingratitude 
d'un sol naturellement peu fertile. 



BETTIR. 



Nous suivons quelque temps, vers l'ouest- sud -ouest, l'Oued 
Oueledjeh, dont le lit est, en cet endroit, resserré entre deux 
murs, qui empêchent les eaux du torrent, quand il est grossi par 
les pluies d'hiver, de ronger les jardins qui le bordent; puis nous 
le franchissons, et, gravissant vers le sud les pentes de la mon- 
tagne de BeUivjj^^ nous faisons halte pour la nuit, à cinq heures 
trente minutes, au village de ce nom. Le sentier qui y mène est 
creusé en partie dans le roc vif et dénote un travail antique. Nous 

11. a5 



386 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

dressons nos tentes devant une petite mosquée, au milieu d'une 
plate-forme qu ombrage un gigantesque mûrier et où , tous les soirs, 
pendant la belle saison, les habitants de Bettir viennent respirer 
la fraîcheur. Les eaux d'une source intarissable et très- abondante 
circulent en murmurant auprès de ce sanctuaire, et tombent 
en cascade dans un birket rectangulaire, situé plus bas, d'où elles 
s'écoulent à travers des jardins disposés en terrasses. Le village 
renferme à peine trois cent cinquante habitants. A l'exception de 
la maison du cheikh, qui est assez grande, les habitations sont 
petites et mal construites ; les rues sont très-étroites. Sur plusieurs 
points , les rochers ont été taillés comme un mur vertical ou apla- 
nis horizontalement par la main de l'homme, à une époque peut- 
être très-reculée. 



CHAPITRE LVI. — KHIRBET BETTIR. 387 



CHAPITRE CINQUANTE-SIXIÈME. 

KHIRBET BETTIR OU KHIRBET EL-YEHOUD, JADIS BETHER. a'iN EL-HANÎEH. 

KHIRBET aKn EL-LEHl, L'ANCIENNE EN HAK-KORE RAMATH LEHI. 

KHIRBET a'ÏN YALO. HALHAH, PEUT-ItRE AUTREFOIS MALGHAIA. 

GHERAFAT. -^ — BEIT SAFAFA. RETOUR X JERUSALEM. 



KHIRBET BETTIR OU KHIRBET EL-YEHOUD. 

Le 2 3 juin , à cinq heures du matin , je vais examiner, sous la 
conduite d'un villageois, \es ruines dite.& Khirbetel-Bettir y jajù^S *o^^ 
ou Khirbet elrYehoudy :>y^\ i^^- Ces ruines avoisinent, vers Touest- 
nord-ouest, le village actuel de Bettir, Passant devant la fontaine 
que j'ai signalée, puis tournant à louest et ensuite au nord-ouest, 
nous parvenons en quatorze minutes, par un sentier très-roide et 
pratiqué dans le roc, sur le plateau d'une espèce de péninsule que 
couronnent les débris d'une ancienne acropole, jadis fortifiée. Cette 
péninsule, qui surplombe au-dessus de l'Oued Bettir ou d'une se- 
conde plate-forme inférieure, ne se rattache que vers le sud à la 
montagne à laquelle est adossé le village. Son pourtour peut être 
évalué à neuf cents mètres. Déjà défendue par les remparts naturels 
des rochers qui l'environnent, rochers taillés à pic par l'homme, là 
où ils étaient plus facilement accessibles, elle était en outre pro- 
tégée par un mur construit avec de gros blocs bien équarris , dont 
quelques assises seules se voient encore çà et là , mais dont la ma- 
jeure partie a. été enlevée ou demeure ensevelie sous des mon- 
ceaux de décombres. Il est donc impossible de méconnaître qu'il a 
existé jadis en ce lieu une forteresse. Le plateau inégal qu'elle 
occupait et qu'enfermait cette enceinte, fortifiée à la fois par la 
nature et par l'art, e>st actuellement livré à la culture ou envahi 

a5. 



388 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

par des broussailles. De nombreux tas de pierres provenant de cons* 
tructions renversées ont été amoncelés sur divers points, afln de 
laisser plus de place aux oliviers et aux figuiers qu'on y a plantés. 
Au point culminant, on remarque les traces d'une tour, dont les 
fondations sont sans doute antiques, mais qui parait avoir été re- 
maniée à une époque postérieure. De là, on aperçoit El-Kabou 
à l'ouest, El-Housan au sud, et les ruines de Kiriet es-Sa^ïdeh 
au nord. 

Dans le flanc oriental de cette sorte de promontoire avancé, 
trois excavations pratiquées dans le roc et rapprochées les unes des 
autres sont regardées par les uns comme d'anciens tombeaux, par 
d'autres comme des citernes. Je les ai trouvées remplies de pierres, 
ce qui ne permettait pas de les parcourir tout entières ni de s'en 
rendre un compte exact. Mon guide m'affirmait qu'elles pénètrent 
profondément dans le cœur de la montagne ; mais je crois que cette 
assertion est fausse , et qu'elles n'ont qu'une étendue assez restreinte. 

Au-dessous de ce premier plateau , un second vers le nord do- 
mine immédiatement l'Oued Bettir ; il formait probablement la basse 
ville, dont le précédent était l'acropole. Ces deux plateaux étaient 
alimentés d'eau par la source, extrêmement considérable, du village 
actuel de Bettir, qui est lui-même d'un difficde accès et pouvait 
être aisément défendu. Le site qu'd occupe faisait partie sans au- 
cun doute de la ville antique dont il a conservé le nom. Par consé- 
quent, il ne faudrait pas conclure que jamais le plateau supérieur 
n'a pu servir d'assiette à une citadelle parce qu'il manquait d'eau, 
attendu que, en admettant même qu'il n'eût pas de citernes, ce qu'il 
est impossible d'affirmer, celles qu'd avait ayant pu être comblées, 
il existait dans un voisinage très-rapprocfaé une source inépuisable, 
dont il était très-facile d'interdire l'accès à l'ennemi, à cause de 
l'escarpement du sentier qui y conduit J'incline donc à penser, 
contrairement aux conclusions de Robinson , et d'accord en cela avec 
plusieurs autres voyageurs, qu'il faut reconnaître à Bettir, au Khir* 
bet Bettir ou Khirbet ei*Yehoud et dans la plate-forme inférieure 
que j'ai signalée, la Beiher de l'antiquité, rendue si célèbre, à J'é- 



CHAPITRE LVI. — KHIRBET BETTIR. 389 

poque d'Hadrien, par la résistance héroïque et acharnée que les 
Juifs y opposèrent, pendant trois ans et demi, sous la conduite du 
fameux Bar-Gocheha, à tous les efforts des Romains. 

Avant ce grand événement, le nom de celte localité n'est nulle 
part mentionné, ni dans le texte hébreu de la Bible, ni chez Thi»* 
torien Josèphe. 

Nous lisons seulement dans le Cantique des Cantiques un passage 
où il est question des montagnes de Bether. 

1 6. Dilectus meus mihi, et ego illi, qui pascitur înter lilia , 

17. Donec aspirei dies et inclinentur umbrse. Revertere; similis este, di- 
lecte mi, capreœ, hinnuloque cervorum super montes Bether. 

(rMon bten-aimé est à moi, et je suis à lui, et il se nourrit parmi les lis, 
(T Jusqu'à ce que )e jour commence à paraître et que ies ombres se dissipent 

peu à peu. Reviens, mon bien-aimé, et sois semblable à un chevreuil ou à un 

faon de biche qui court sur les montagnes de Bether. y> 

La Bible, du reste, ne nous indique pas où il faut chercher ces 
montagnes, mais rien n'empêche de penser qu'il s'agît ici des hau- 
teurs escarpées et sauvages de Bettir, qui auraient dû leur nom 
précisément à leur âpreté et aux déchirures profondes qu'on y 
observe. En effet, le mot Bether^ en hébreu nnn, vient de la racine 
im, au pihel nna, qui signifie cril a déchiré, il a fendu. if» 

Je signalerai également le verset suivant des Septante : 

KovXbv, xa\ Taràfif xa) QcjêrjSf xa\ Kapèfi, xaï Tàkèfiy xa\ QeOrIpy xai 
Mapoj(fif, vféXeis &vSexa xai al xSfiat œùrSv^, 

Or, dans ce verset de la traduction des Septante, qui ne se trouve 
pas dans le texte hébraïque, à la place du mot Qedripj certaines 
éditions, et probablement les meilleures, portaient, à ce qu'il paraît. 
Bcudvpi car voici comment saint Jérôme reproduit ce même verset 
dans son Commentaire sur le prophète Michée : 

LegimusjuxtaSeptuagintaduntaxat Interprètes in Jesu Nave, ubi tribus Judœ 
* Jastté, c. XV, V. 69. 



390 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

urbes et oppida describuntur, inter caetera etiam hoc scriptum : Thacco, et 
Ephratha, hœc est Bethléem, et Phagor, et iËtham, et Culon, et Tami , et Soris, 
et Garœm , et GalJim , et Bœiher, et M anocho , civitates undecim et viculî eanim ^ 

Si cette leçon de Boud^/p, Bœiher ^ doit être admise, ainsi que 
tout autorise à le croire, la ville qui nous occupe maintenant serait, 
selon toute apparence, désignée dans ce verset, et, dans ce cas, 
elle aurait existé déjà avant l'arrivée des Hébreux dans la Terre 
promise. 

D ailleurs Bether n'est mentionnée nulle autre part dans les 
Livres saints. Ce nom ne reparaît dans l'histoire que lors de la 
dernière grande insurrection des Juifs, sous l'empire d'Hadrien. On 
sait en effet que, à cette époque, ce peuple tenta en Palestine un 
suprême effort pour reconquérir son indépendance. Un homme 
audacieux, nommé Bar-Goziba, qui se faisait passer pour le Messie 
et appeler Bar-Cocheba (fils de l'Etoile), comme s'il était l'étoile de 
Jacob annoncée par Balaam ^, rassembla un grand nombre de par- 
tisans et s'empara de Jérusalem ainsi que de beaucoup d'autres 
villes et de places fortes. Il devint bientôt assez puissant pour usur- 
per la souveraine autorité et pour faire battre monnaie. Ce qui 
contribua singulièrement à accroître les forces et la confiance de son 
parti, c'est qu'il fut reconnu publiquement pour le Messie par le 
célèbre Akiba lui-même, l'un des plus savants docteurs de ce temps, 
dont l'opinion entraîna celle des masses. L'insurrection prit alors 
des proportions formidables, et le général romain Titus Annius 
Rufus, qui commandait en Judée, fut vaincu en plusieurs rencon- 
tres. Hadrien , qui avait d'abord méprisé cette révolte, comprit qu'il 
fallait compter avec elle, et il envoya en Palestine Julius Severus, 
qui venait de se distinguer dans la Grande-Bretagne. Celui-ci, sans 
engager d'action générale, commença par enlever successivement 
aux insurgés chacune de leurs places fortes. Jérusalem tomba bien- 
tôt en son pouvoir. Bar-Cocheba , s'étant retranché dans Bether ou 
Bethar, y fut assiégé par les Romains, qui ne parvinrent à s'em- 
parer de vive force de cette ville qu'au bout de trois ans et demi 

* Commentaire sur le prophète Michée, c. v. — * Nombres, c. xiiv, y. 17. 



CHAPITRE LVI. — KHIRBET BETTIR. 391 

d'efforts incroyables, l'an i36 de l'ère chrétienne. A en croire les 
rabbins, elle renfermait une population énorme, et comptait plu- 
sieurs centaines de synagogues et d'écoles. Maîtres de la place, les 
Romains y ûrent un effroyable massacre de ses défenseurs, qui fu- 
rent égorgés par centaines de mille; le sang coulait à flots dans les 
rues et ruissela, disent les talmudistes, jusqu'à la mer, en torrents 
tellement impétueux , qu'il entraîna des pierres d'un poids considé- 
rable et continua sa course à travers la mer l'espace de quatre 
milles ^ il est inutile de faire remarquer que tous ces détails, re- 
latifs tant à l'étendue de Bether qu'au chiffre prodigieux des mal- 
heureux habitants qui y furent égorgés, sont empreints de la plus 
grande exagération; aussi faut-il bien se garder de les prendre à la 
lettre. 

Quelques critiques, se fondant sur divers passages des talmu- 
distes, qui placent cette ville à quatre milles de la mer, l'identi- 
ûent avec la mutatio BeUhar^ signalée, dans l'Itinéraire de Bordeaux, 
comme étant à vingt milles de Diospolis, au nord, et à seize milles 
de Gésarée , au sud , et mentionnée également dans l'Itinéraire d'An- 
tonin, sous le nom de BetarOy à trente et un milles de Gésarée et à 
vingt-huit milles de Diospolis. Ges derniers chiffres sont trop élevés, 
mais il ne résulte pas moins de ces deux Itinéraires que c'est entre 
Gésarée et Diospolis qu'il faut chercher la Betthar de l'un , la Betaro 
de l'autre, par conséquent fort loin de notre village de Bettir. 

D'un autre c6té , nous lisons dans Ëusèbe : 

AxiÂOUTOVTOS Se 70V tsoképuovy hovs bxTonuuSauitov rns liyefiovlas ASpiatvov y 
xaroL BlOOnpot, ^6hvy #ri5 ifv bxvpcinchvf tSv Xepoao^iixav où a^6Spa 'a6pp(û 

* 

Stec/lcjora ^ . . . 

trLa guerre ayant pris tout son développement, la dix-huitième année de 
Tempire d'Adrien, dans la ville de Bitther, qui était très-forte et située non 
loin de Jérusalem . . .-n 

Gomme cet écrivain ne nous dit pas si cette ville était au nord 

* Gemar, Hieros. Gittin, fol. 67, i. — ^ Eusèbe, Histoire ecclésiantique y IV, 

Eeha Rabbati, fol. 7S. vi. 



392 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

ou au sud de Jérusalem, et qu'il se contente de nous apprendre 
qu'elle était peu distante de la capitale, Robinson^ émet Topinion 
qu'elle pourrait bien être la même que Bethel , appelée Betthar dans 
l'Itinéraire de Bordeaux et marquée à douze milles au nord de Jé- 
rusalem. Il s'appuie sur la permutation, si fréquente dans toutes les 
langues, de / et de r, et sur le passage suivant de saint Jérôme : 

Capta urbs Bethel, ad quam multa millia confugerant Judœorum; aratum 
templum, in ignominiam gentis priscœ, a Tito Annie Rufo^. 

La mention de Titus Ânnius Rufus prouve, en effet, que saint 
Jérôme parle ici d'événements accomplis sous Hadrien. 

Mais cette conjecture de Robinson, toute plausible quelle est, 
me parait devoir être rejetée pour plusieurs raisons. D'abord le 
même saint Jérôme, en traduisant le passage de VOnonkisHcon 
relatif à Boudrfk, située à douze milles au nord de Jérusalem, n'a- 
joi)te nullement que cette ville ait été lé théâtre de la dernière 
catastrophe des Juifs; ce qu'il n'eût pas, je crois, manqué de faire ^ 
s'il avait identifié réellement Bether avec Bethel. Je pense donc 
avec le savant Tillemont' que, dans la phrase de ce Père de l'Eglise 
alléguée par Robinson, au lieu de B^hely il faut lire Beiker. 

En second lieu, le site de Bethel, aujourd'hui Beitin, est beau- 
coup moins fort naturellement que celui de Bettir, plus rapproché 
en outre de Jérusalem de quelques milles, ce qui répond mieux au 
texte d'Ëusèbe , qui nous apprend que BiBdnp {BùAery d'où l'arabe 
actuel Bettir) était une ville très-forte, àyypodTéLTïi , et peu dis- 
tante de Jérusalem , 'swv \zpo<Jokù\kJOi)v ov <j(p68pa isôpptû StSf/lSJaan 
Bettir est, en effet, à sept milles à l'ouesl-^ud-ouest de Jérusalem, 
et situé sur une montagne escarpée. On n'y parvient qu'en suivant 
un étroit sentier, pratiqué , en quelques endroits , dans le roc vif. 
Ce village est lui-même dominé, comme je l'ai dit, par une sorte 
de péninsule rocheuse, très-facile à fortifier et à défendre, et qui 
garde encore les vestiges des anciens remparts qui l'entouraient. 

^ BibUealRe8earch€smPale»ime, t. III. ' Comment, sur Zacharie, c. viii, v. 1 9. 

p. ÎJ70. ' Htfttmredes Empereurs, t. IL p. 809. 



CHAPITRE LVl. — KHIRBET BETTIR. 39S 

Or quel est le nom qui sattache encore maintenant à TempUcc- 
ment de cette antique acropole? Celui de Khirbet Bettir ou Khirhet 
eUYehoud (ruines de Bettir ou ruines des Juifs). N'y a-t-il pas là 
une association d'idées et de souvenirs bien frappante? Cette for- 
teresse, appelée Bettir^ nom qui rappelle de si près la Bether ou 
Bethm- des talmudistes et la Biuher d'Ëusèbe, est en même temps, 
comme son autre dénomination l'indique, le tombeau en quelque 
sorte de la nation juive, car c'est là que la ruine de ce peuple fut 
consommée. Peut-on dès lors douter que ce plateau escarpé de 
toutes parts, que la nature et l'art avaient rendu imprenable; et 
auquel la tradition a maintenu les deux désignations dont j'ai parlé , 
ne soit bien effectivement l'asile où Bar-Cocheba s'était réfugié 
comme dans un poste inexpugnable , aûn d'y défendre le plus long- 
temps possible, contre la puissance romaine, les derniers restes de 
la nationalité juive ? 

En troisième lieu , nous savons , par un autre passage de saint 
Jérôme, que, après la prise de Bether, les malheureux prisonniers 
juifs qui n'étaient point tombés sous le fer de l'ennemi furent vendus 
par milliers à l'endroit où Abraham avait jadis fixé sa tente près 
d'Hébron, et où se tenait chaque année un marché très-fréquenté ; 
ceux qui ne trouvèrent point d'acheteurs furent de là transportés 
en Egypte : 

Legamus veteres historias et traditiones plangentium Judœorum, quod in 
tabernaculo Ahrahœ, ubi nunc per annos singulos mercatus celeberrimus exer- 
cetur, post ultimam eversionem quam sustinuerunt ab Hadriano, multa homi- 
Dum millia venundata sint, et qaœ vendi non potuerinl, translata in iËgyptnm, 
tam naufragio et famé quam gentium cœde truncata ^ 

Ce Père dé l'Eglise, dans son Commentaire sur le prophète Jé- 
rémie, rapporte le même fait : 

Alii vero quod ultima captivitate sub Hadriano, quando et urbs Jérusalem 
subversa est , innumerabilis populus divers» œtatls et utriusque sexus in mer- 
catu Terebinthi venundatus sii^. 

' Commentaire sur Zacharie, c. xi, v. A. — * Commentaire sur Jérénûe, c. xxxk 



394 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Dans la Chronique pa8C€de nous lisons pareillement : 

HXOev KSpiavhs ek lepoaéXvfiOLy xal SXaSe tous tovSalovs alyjuikùirtovs y xai 
direXOàfv eh tYjv Xeyofiévriv TepéSivOov ^poéaltiaev vfavrfyvpiv xa\ tifénpaxev 
cahovs eh Tayrjv imrov Sxcu/lovj xcà toits vTro\ei<p6évras IXaëev eh Tellcafy xai 
àce7 i(/ltiaev vfavrfyvptVy xai iirGiXriarev aùrovSy xaï iojs rov vvv li vfavtfyvpts 
êxeivri Xéyerou kSpiavri^. 

(T Adrien se rendit à Jérusalem, prit les captifs juifs, et, se dirigeant à Ten- 
droit appelé le Tërébinthe, il y tint un marché, où il vendit chacun des prison- 
niers le prix d*un cheval. Ceux qui restèrent furent transportés par lui à Gaza. 
Là il établit un marché, où ils furent vendus; et, jusqu^à ce jour, ce marché 
s'appelle marché â! Adrien, ^ 

Celte vente des prisonniers juife au marché du Térébinthe, 
non loin d'Hébron, prouve, à ce qu'il me semble, que Bether était 
située dans les montagnes de la Judée et non point sur les bords 
de la Méditerranée, comme le veut la tradition rabbinique que j'ai 
rappelée; autrement, ce transport de tant de milliers de captifs 
au marché du Térébinthe serait invraisemblable, attendu quils 
auraient pu être vendus imimédiatement dans Tune des villes du 
littoral. Il est, au contraire, très-facile à admettre, si Ton place à 
Bettir, éloigné seulement de six heures de marche d'Hébron, la ville 
de Bether. La distance est presque double à partir de Bethel, que 
Robinson identifie avec cette forteresse. 

Mais , me dira-t-on , comment accorder avec Topinion de ceux 
qui reconnaissent Bether dans .Bettir l'assertion des talroudistes 
qui prétendent que cette ville renfermait plusieurs centaines de 
synagogues et d'écoles, et une population innombrable? Jamais 
en eflet Bettir, en y comprenant le village actuel, le plateau supé- 
rieur du Khirbet el-Yehoud et le plateau inférieur qui s'étend vers 
l'Oued Bettir, n'a pu contenir même la dixième partie d'une sem- 
blable multitude. En outre, les talmudistes prétendent que Bether 
était à quatre milles de la Méditerranée; et Bettir en est au moins 
à trente-cinq milles. 

^ Chronique pasrak , p. 953. 



CHAPITRE LVL — KHIRBET BETTIR. 395 

A celte objection je réponds que Texagération des talmudistes*. 
relativement au chiffre de la population de Bether, à celui de ses 
synagogues et de ses écoles et à la quantité énorme d'habitants 
qui furent massacrés dans ce siège, est si outrée et si palpable, 
qu elle ne peut avoir la valeur d'un document historique. Dion Gas- 
sius\ à la vérité, évalue à cinq cent quatre-vingt mille le nombre 
des Juifs qui furent tués par les Romains dans cette guerre; mais 
c'est là le chiffre total de toutes les victimes de cette insurrection , 
partout où des combats furent livrés et où des villes et des villages 
furent emportés d'assaut. 

Quant à la distance de quatre milles qui séparait Bether de la 
mer, elle est loin d'être donnée la même par tous les talmu- 
distes, car, selon le Talmud de Jérusalem^, Bether était située à 
quarante milles de la Méditerranée. Il paraît également résulter 
d'un passage de la Michna^ qu'elle était dans le voisinage de Thécoa. 
On voit par là que les indications du Talmud , en ce qui concerne 
la position de Bether, sont très-différentes, puisqu'elles varient de 
quatre à quarante milles pour l'intervalle qui s'étendait entre cette 
ville et la mer. 

En résumé, la grande ressemblance des noms, la position extrê- 
mement forte du Khirbet Bettir, le témoignage formel d'Ëusèbe , qui 
affirme que Bitther était très-rapprochée de Jérusalem, la vente 
des malheureux captifs au marché du Térébinthe, près d'Hébron, 
tout semble prouver qu'il faut chercher cette ville dans les em- 
placements réunis du village de Bettir, du Khirbet Bettir et du 
plateau inférieur que ces dernières ruines dominent. Là s'est, je 
pense, accomplie la terrible catastrophe qui a écrasé pour ja- 
mais, la nationalité judaïque, dont les débris, toujours vivants 
et profondément vivaces quoique dispersés, sont depuis long- 
temps épars à travers le monde. Cette catastrophe est elle-imême 
attestée par le nom de Khirbet eUYehùud, que porte aussi le Khir- 
bet Bettir. 

* Dion Cassius, LXIX, xiv. — * Thaanith, iv. — ^ Première partie, HaUah, iv, 
S 10. 



396 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



A^ÏN EL-HANÎEH. 



A six heures, je redescends de cette hauteur célèbre vers Bettir, 
et de là jusqu'au fond de la vallée. 

A six heures trente minutes, laissant à ma gauche Oneledjeh, et 
suivant le torrent de ce nom, dans la direction de Test, puis du 
nord-est, j arrive, à six heures cinquante minutes, auprès de YK*m 
el-Hanieh. Tai décrit ailleurs cette source dans le chapitre v du 
tome I de cet ouvrage , et j'ai discuté alors la tradition qui la con- 
sidèi*e, faussement à mon avis, comme étant la fontaine où saint 
Philippe baptisa l'eunuque de la reine d'Ethiopie, et qui, d'après les 
témoignages les plus anciens , entre autres celui de saint Jérôme , 
doit être identifiée avec l'Ain ed*Diroueh , près des ruines de Beth- 
Sour. 



KHIRBBT kïfi EL-LBHI. 



Après une halte de quarante minutes dans ce lieu charmant, je 
traverse l'Oued el-Hanîeh, et je gravis, vers le nord-nord-ouest, 
les pentes assez escarpées d'une montagne cultivée par étages suc- 
cessifs , sur les flancs de laquelle un fellah m'avait indiqué les restes 
d'un ancien village , aL^^eiés Khirbet A'in el-Lehiy ^\ (j^^ aj^i ou 
el-Lekhi, ^\ , car j'ai cru saisir, en interrogeant un autre fellah , 
cette seconde prononciation. 

A sept heures quarante-cinq minutes, je parviens à une source 
abondante, qui découle d'un petit canal antique dans un 6»r£«r demi- 
circulaire; de là elle se répand dans des jardins plantés de vignes, 
de divers arbres fruitiers et de légumes. Plus haut, sont d'autres 
jardins , dont les murs sont fermés avec des matériaux provenant de 
constructions antiques, et où l'on distingue encore, au milieu des 
arbres qui y sont cultivés, les débris d'un ancien village presque 
complètement rasé. Je remarque aussi plusieurs tombeaux antiques 
creusés dans le roc, donl les entrées sont obstruées. L'un est ouvert 
et se compose d'un voslibiile et d'une chambre sépulcrale, faite 



CHAPITRE LVI. — KHIRBET A'ÏN EL-LEHI. 397 

jadis pour renfermer deux cadavres sous deux arceaux cintrés. 
Il a dû également servir de sépulture, à l'époque chrétienne, ou 
peut-être de retraite à un ermite; car au-dessus de la baie d'entrée, 
une croix a été sculptée dans le roc. 

Le nom de Khirbet A'in el-Lehi ou eULekhi me feit penser tout 
naturellement à celui d'un lieu célèbre, appelé dans la Bible Ra- 
math Lehi (la hauteur de la Mâchoire), où une souixe miraculeuse, 
dite£^n hak-Kore^ désaltéra Samson, qu'avait épuisé l'une de ses 
luttes contre les Philistins. 

Nous savons, par le livre des Jdges, que cet endroit était dans 
la montagne de Juda , et probablement peu éloigné «de la roche 
Ëtam. En effet, Samson, après avoir incendié les moissons des 
Philistins, s'était retiré dans une caverne du rocher de ce nom. 

8. Percussitque eos [Samson] ingenti plaga, ita ut stupentes suram femori 
imponerent. Et descendens habitavit in spelunca petrœ Etam. 

9. Igitur asceadentes Phiiisthiim in terram Juda castrametati sunt in loco 
qui postea vocatus estLechi, id est Maxilia^ 

Pour se venger des dévastations de Samson, les Philistins montent 
dans le pays de Juda, et comme il s'était réfugié dans la caverne 
d'Étam , ils vont eux-mêmes camper dans un endroit qui s'appela 
ensuite Lehi ou Lechi^ c'est-à-dire Mâchoire, et où leur armée fut 
dispersée. 

Ceux de la tribu de Juda disent aux Philistins : «r Pourquoi êtes- 
vous montés contre nous? — C'est pour lier Samson, répondent 
ceux-ci , et pour lui rendre le mal qu'il nous a fait, v 

Alors trois mille hommes de Juda se dirigent vers la caverne 
d'Etam, lient Samson avec deux cordes neuves et le conduisent 
ainsi enchaîné auprès des Philistins, afin de le leur livrer et de s'af- 
franchir eux-mêmes des ravages de ce peuple. Mais l'Esprit du Sei- 
gneur s'empare soudain de Samson : il rompt ses liens, et, trouvant 
sous sa main une mâchoire d'âne qui gisait à terre , il s'en saisit 
comme d'une arme et s'en sert pour tuer mille Philistins. Puis il 

* Juges, c. XV, V. 8, 9. 



398 DESCRIPTION DB LA JUDÉE. 

rejette cette mâchoire, et appelle pour cette raison le théâtre de sa 
victoire Ramath Lehi (dans la Vuigate Ramathlecki) y c'est-à-dire «la 
hauteur de la Mâchoire, v 

La Bible raconte ensuite la manière miraculeuse dont Dieu 
étanche la soif du héros, en faisant jaillir une source d'eau vive 
d'une des dents molaires de cette même mâchoire. C'est ainsi , du 
moins, que la Vuigate interprète le texte hébraïque : 

Apeniit itaque Dominus molarem dentem in maxilla asini, et egressœ sunt 
ex eo aquœ ^ 

Dans ]a version des Septante, nous lisons : 

Ka\ ë^^tf^sv à Sebs rbv hùacov rbv iv rfi mayàvi , xxà i^^XBev é^ aàroS 

Voici le texte hébreu correspondant : 

On traduit généralement ce texte de la manière suivante : 

Alors Dieu fendit une des grosses dents de cette mâchoire, et il en sortit de 
Teau. 

Mais on peut aussi, je crois, le rendre différemment : 

Alors Dieu fendit le rocher qui est à Lehi, et il en sortit de Teau. 

■ 

Voici, en effet, le passage de l'historien Josèphe où le même 
fait est rapporté : 

Upbs oSv ràs Ixsreias imxkaaOeU i Sebs ^mnyijv xand rivos xsérpas oufh- 
mv YiSeiav kcù ^oXkrjv ^. 

trDieu, fléchi par les prières de Samson, fait jaillir d*un rocher une eau 
douce et abondante. i? 

Comme c'est d'après le texte hébreu évidemment que Josèphe 
raconte ce miracle de la manière qui précède, il en résulte qu'il 
entendait ce verset autrement que l'auteur de la Vuigate. Pour lui , 

* Juges, c. XV, V. 19. — * Antiquitéê judaïques , V, viii, S 9. 



CHAPITRE LVl. — KHIRBET VÏN EL-LEHI. 399 

I 

les mois biirkhi ne signifient pas crdans la mâchoire, i) mais (tdans 
l'endroit appelé Mâchoire ou hekiyrt et, par suite, le mot Aon^ 
maktech ne peut avoir ]e sens de crdent molaire,^ mais il a celui de 
«f rocher, t) 

Pour mon compte , j'incline à adopter cette interprétation , qui 
me semble plus rationnelle. Quant à la traduction des Septante, 
elle est un peu vague sur ce point , et Ton ne voit pas trop si les 
mots èv 7^ aiayàvi doivent s'interpréter par : crdans la mâchoire, i) 
ou crdans l'endroit nommé Mâchoire,?) et, de la différente manière 
de comprendre ces mots dépend le sens qu'il faut donner à t6v 
XdxKoVy qui précède. ' 

Quoi qu'il en soit, la source miraculeuse dont il est question 
dans ce passage de la Bible, qu'elle ait jailli d'un rocher ou d'ail- 
leurs, source que les Livres saints désignent sous le nom d'E'n hak- 
KorBy crfons invocantis?) (la source de celui qui invoque), me parait 
être celle qui s'appelle aujourd'hui A'in eULehi^ et la montagne sur 
les flancs de laquelle se trouve le Khirbet A'ïn eULehi est, à mes 
yeux, le Ramath Lehi du livre des Juges. Les noms sont identiques, 
et, en outre , il semble résulter de ce même chapitre que cette loca- 
lité n'était pas fort distante d'Etam. Or l'A'ïn el-Lehi n'est distante 
de YA'ïn A'tan, regardée généralement comme étant située sur l'em- 
placement d'Ëtam, que d'un intervalle de deux heures de marche 
au plus. Je suis donc très-disposé à reconnaître dans cette fontaine 
celle qu'a rendue célèbre l'histoire de Samson, au lieu de la cher-^ 
cher, conformément à une tradition assez ancienne, mais peu en 
harmonie avec les données de la Bible, dans TA m Lehi e^-Safer, 
dont j'ai retrouvé le canal près de Beit-Djibrin. Comment supposer, 
en effet, que les Philistins, voulant se saisir de Samson retiré dans 
la caverne d'Ëtam, aient établi leur camp à une distance si grande 
de l'ennemi qu'ils voulaient surprendre, et que les Juifs, après 
avoir lié Samson, l'aient traîné enchaîné jusqu'aux portes de Beth- 
Gabra, plus tard Ëleuthéropolis, actuellement Beit-Djibrin ? Six 
heures de marche, au moins, séparent ces deux points. D'ailleurs; 
si l'événement raconté par la Bible s'était passé près de Beit-Djibrin, 



400 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

I 

cesi-à-dire sur le seuil seulement des montagnes de la Judée, 
récrivain sacré n'aurait pas dit que les Philistins létaient nunués 
dans la terre de Juda, puisque Beth-Gabra devait faire partie 
de la Chéphélah, c est-à-dire de la grande plaine occupée par ce 
peuple , et non de la montagne de Juda. 



KHIRBBT aIn TALO. 



 huit heures dix minutes, je quitte le Khirbet A m el-Lehi, 
et, me dirigeant vers l'est, j'atteins, vere huit heures trente mi- 
nutes, YA'in Yaloy qu'a voisinent des ruines dites Khirbet A'm YaJo, 
^^. (:^ ^>^ ; je les ai déjà décrites. 



MALHAH. 



A' neuf heures, je franchis l'Oued Malhah, autrement appelé 
YOued eUOuardy à cause des belles plantations de rosiers qui le 
bordent; puis je gravis, vers le nord*est, les flancs d'une montagne 
par un sentier étroit et difficile, pratiqué par intervalle en forme 
d'escalier, qui me conduit à un petit village du nom de Malhaky 
sJX%. Il renferme au plus deux cents habitants. Quelques critiques 
l'identifient avec l'antique Malckaia^. Près d'une mosquée > je re-^ 
marque les restes d'une vieille construction , appelée EUBordj (la 
Tour, le Château). Sans être antique, elle passe pour antérieure à 
l'époque des croisades. 

Les habitants de Malhah n'ont pas d'eau sur leur montagne ; ils 
sont contraints d'en aller chercher pour leurs besoins à l'A'ïn Yalo, 
distante de leur village d'au moins vingt minutes de marche. 



GHCRAFAT. 



A neuf heures vingt-cinq minutes , nous descendons dans une 
vallée plantée d'oliviers, en inclinant vers le sud- est. 

' Vajiera Rakha, xxvi. 



CHAPITRE LVI. — RETOUR A JÉRUSALEM. 401 

A neuf heures quarante-deux minutes, nous laissons à notre 
droite une haute colline , cultivée en vignes et en rosiers , et bientôt 
nous commençons une nouvelle ascension à travers d*âpres ro- 
chers. 

A dix heures dix minutes, nous parvenons à un hameau nommé 
Cherafaty i;;»!»!^, et composé uniquement d'une vingtaine de mai- 
sons. Plusieurs d'entre elles offrent l'apparence d'une grande an- 
cienneté. Faute d'avoir eu soin d'entretenir une assez grande citerne 
antique, les habitants sont obligés, comme ceux de Malhah, de 
s'approvisionner d'eau à l'Alin Yalo. 

BBIT SAFAFA. 

Notre direction, en descendant de Gherafat, est celle du nord- 
est. 

A dix heures vingt minutes, nous passons à BeiiSafafay \iM^ oh^ , 
petit village d'une trentaine de maisons, situé sur un monticule. 
Quelques-unes sont très-solidement bâties et fort anciennes , d'au- 
tres tombent en ruine. Les habitants manquent pareilledient 
d'eau. 

RETOUR A jiRCSALEV. 

Nous poursuivons notre route, vers le nord-nord-est, à travers 
un plateau pierreux et naturellement peu fertile, et, à onze heures 
vingt minutes, nous rentrons enfin à Jérusalem, après celte longue 
et minutieuse exploration , poussée jusqu'aux confins extrêmes de 
la Palestine vers le sud. 

J'avais parcouru en tout sens la plaine entière des Philistins, 
tout le désert de Bir esSeba (Bersabée) et à' El-Khalasah (Ëlnsa) , 
compris autrefois soit dans le territoire de la tribu de Siméoti, soit 
dans l'Idumée, et aussi une notable partie du massif occidental des 
montagnes de Juda. 

11 me restait» pour achever l'étude de la Judée, à explorer le 
massif oriental de ces mêmes montagnes; mais plusieurs raisons 

11. sC 



402 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

me forçaient de revenir préalablement à Jérusalem. D'abord toutes 
nos montures étaient épuisées de fatigue; Tun de mes bachibou- 
zouks était malade, par suite d'une insolation, et, en outre, le 
district d'Hébron commençait à s'insurger de plus en plus contre 
le nouveau pacha de Jérusalem. Mes deux cavaliers d'escorte, 
dans de pareilles circonstances, loin de pouvoir me faire respecter, 
étaient plutôt propres à indisposer contre moi les populations, qui 
voyaient en eux des hommes du pacha, et qui auraient pu leur 
faire un mauvais parti, une fois la lutte définitivement engagée. 
Aussi me pressaient-ils de les ramener dans la Ville sainte. 

Je renonçai donc pour le moment à l'exploration du district 
d'Hébron. Je voulais, en effet, étudier cette région d'une manière 
complète et méthodique et n'être point obligé d'en négliger cer- 
taines parties, dans la crainte d'exposer la vie des hommes qui 
étaient à mon service. 

En arrivant à Jérusalem, je trouvai la ville assez agitée, à cause 
des bruits qui y circulaient relativement à l'insurrection. Deux 
bachibouzouks, porteurs d'un ordre de l'autorité, venaient d'être 
massacrés dans un village. Pour étouffer le mouvement dès son 
origine, le pacha se décida alors à marcher en personne immédia- 
tement, avec tout ce qu'il avait de troupes disponibles et quelques 
pièces de canon, au-devant des insurgés, en se rendant droit à 
Doura, qui paraissait être le centre de la révolte. En même temps, 
il chercha à diviser les chefs de l'insurrection par des promesses de 
faveurs ou des menaces de châtiments. Sans entrer ici dans des 
détails qui seraient hors de propos, je me contenterai de dire que 
l'apparition soudaine des troupes du pacha et ses habiles négocia- 
tions firent bientôt rentrer les récalcitrants dans le devoir. Tout se 
borna à quelques escarmouches; les Arabes nomades s'enfuirent 
dans le désert, et les habitants des villages consentirent à payer 
l'impôt et durent livrer leurs armes. 

Pendant que ces événements s'accomph'ssaient, je résolus, pour 
ne pas rester inactif à Jérusalem, d'explorer au nord de cette ville 
le territoire de l'ancienne tribu de Benjamin, district qui était alors 



CHAPITRE LVI. — RETOUR À JÉRUSALEM. 403 

tranquille. C'est cette tournée de quelques jours qui va faire le 
sujet des premiers chapitres du tome suivant. Les autres seront 
consacrés à la description du district d'Hébron, que je pus visiter 
ensuite, et de toute la partie orientale de la Judée jusqu'au désert 
du sud. 



FIN DU TOME DEUXIÈME. 



TABLE DES CHAPITRES. 



Pag». 

CHAPITRE XIX. Dëpart de Jérusalem. — Deir el-Mousallabeh. — Khirbet 
eI-A*koud. — A*m Karim. — Satbaf. — Khirbet Bouktiari. — Khirbet 
el-Lou2. — A'ïn Djoura. — Oudedjeh. — Khirbet es-Sa'ïdeb. — Er-Ras. 

— Khirbet Beit-Sakaîa. — A'kkour. i 

CHAPITRE XX. Khirbet Deir Amer. — Khirbet Djeba'h. — Khirbet Beit en- 
Nis. — Khirbet Beit-Fadjous. — Kesla (Chesalon) — Khirbet Ahmed. — 
Achoua' (Echthaol) 8 

CHAPITRE XXI. A^rtouf.— Sara'a (Tsora'h). —Rafat.— Khirbet A^ Chems 
(Beth-Chemech ou Ir-Chemech). — Deir Aban. — Khirbet Zanoua' (Za- 
noah). — Beit el-Djemal (En-Gannim?) i5 

CHAPITRE XXII. Deir el-Bedaouîeh. — Khirbet Khreichoum(Tappouah?). — 
Oumm Djina. — Bir el-Limoun. — Khirbet Tibneh, jadis Timnah ou 
Timnathah. — El-Bridje. — A'moury. — Oued Serar. — Khirbet Beit- 
Far. — Khirbet Deir el-Mahsen. — Saïdoun 27 

CHAPITRE XXin. KhouldaL — Mansourah.— Khirbet Merebba'. — Chahmeh. 

— Kathrah ( Gederah). — Merharah. — A'ker (E'kron) 34 

CHAPITRE XXIV. Origine des Philistins 45 

CHAPITRE XXV. Zemouka. — Kebeibeh. — Neby Roobin. — Maiumas lamniœ 

ou lamnia maritime. — Yebneh (Yabneh ou lamnia) 5â 

CHAPITRE XXVI. Beit ech-Chit. — Khirbet es-Saloudjeh. — Yazour (Hatsor- 
Hadattah ou Asor Nova. — Barka (Bene-Berak). — Asdoud (Achdod ou 
Azot). — Minet Asdoud (Azot maritime). — Résumé de lliistoire d'Azot. 66 

CHAPITRE XXVn. Khirbet Souk Rheir. — Bathameh ech-Charkieh. — Batha- 
nieh el-Gharbieh. — - Khirbet Berdara. — Beit^-Daras. — Saouafir ech- 
Chemalieh. — Saouafir el-Gharbiefa. — Saouafir ech-Charkieh (Chaphir). 
-^ Khirbet Karkaia (Caicapha). — Khirbet Roumelta. — Khirbet 
Djeladieh. — Retour à Saouafir ech-Charkich 79 



406 TABLE DES CHAPITRES. 

CHAPITRE XXVIII. Tell et-Tourmous. — Kasthineb. — Ei-Mesmîeh.— Tineh. 

— El-Khimeh. — Denebbeh. — Khirbet el-Mensteh. — Khirbet Cheikh 
Sidi Daoud. — Khirbet Bathen et-Thouïleh. — Khirbet Demdein. — Khir- 
bet es-Samerâ. — Tdl e»-Saf)eh, Tantiqae Mitspeh de la triba de Juda, 
la Blanche-Garde de Tëpoque des croisades. — Tumulte cause par un 
vieux derviche. — Histoire de Tell es-Safteh 87 

CHAPITRE XXIX. Khiirbet es-Safteh. — Khirbet Deir el-Bothoum. — Deir el- 
Mokhalles. — Khirbet eUAtrabeh. — Un mot sur les Horim. — Analogie 
des vastes excavations souterraines du district de Beit-Djibrin avec celles 
d*EI-Haouria, dans la régence de Tunis. — AMjour. — Khirbet Soufia. 

— Deir Doubban. — A'rak ed-Deir Doubban. — Khirbet el-A'rak. — 
Khirbet Zaker. -r- Khirbet Tene&teh. — Ra'na. — Dikrin. — Khirbet 
Dikrin, probablement Tancienne Gath, i*une des cinq métropoles des 
Philistins. — Discussion à ce sujet 97 

CHAPITRE XXX. R^umé de Thistoire de Galh 11& 

CHAPITRE XXXI. Barkousia. — Bela^. — Soummeiiel-Khalil. — El-Djisr. — . 
Tell el-Menchteh. — A'rak el-Menchîeh. — Falondja. — Keratîeh. — 
Hatta 191 

CHAPITRE XXXII. Beit-A'ffa. — Djoules. — Koukabeh. — Beit-Thimeh. — 
Khirbet Kamas. — Khirbet Yarzeh (Jourza). — Hamameh, peut-être 
Kariathamaum. — EI-Medjdel (Migdal-Gad) ia6 

CHAPITRE XXXIII. A^skoulan et-Djedida. — Djoura. — Description des ruines 
d'A'skouIan, Tantique Ascalon. — Nahr Eribiah ou Nahr A'skoulan. — 
Khirbet Amans. — Khirbet Ounmi ech-Choukof. — Autres ruines sans 
nom. — Oualy ech-Cheikh Haoued. — Où était situé le Maiumas Asca- 
ionis ? 1 33 

CHAPITRE XXXIV. Résumé de l'histoire d'Ascalon i53 

CHAPITRE XXXV. NaMia. — Barbarah. — Ed-Deir. — Beit-Djerdja. — Deir 
Esneid , peut-être jadis Achnah. — Dimreh. — Beit-Hanoun. — Djebalia. 

— Beit-Lahia. — Nesleh. — Arrivée à Gaza 17a 

CHAPITRE XXXVI. Description de Gaza 178 

CHAPITRE XXXVII. Résumé sommaire deThistoire de Gaza 196 

CHAPITRE XXXVm. Excursion de Gaza à Tell el-AMjold. — Embouchure 
de rOued Rhazzeh, probablement le Besor de l'antiquité. — Oualy 
Cheikh Echlin. — Khirbet es-Sour, jadis Ânthédon. — Khirbet Cheikh 
Hassan, Tancien Maiumas Gazœ. — Oualy Cheikh Radhouan. — Retour a 
Gaza a 1 2 



TABLE DES CHAPITRES. 407 

CHAPITRE XXXIX. Deir ei-Belahh, le Darum de ]*ëpoque des croisades. — 
Khan Younès. Est-ee Tlenysus de lantiquitë? Raisons pour et raisons 
contre. — Khirbel Ma'an Younès, jadis Minois très-probablement 3s3 

CHAPITRE XL. Départ pour EI-A'rich. — Khirbet Bir Refah, jadis Raphia. — 
Oualy Cheikh Zouïedd. — Khirbet el-Bordj (Beth-Taphou). — Oued el- 
A'rich, leChihor de la Bible. — El-A'rich (Rhinocoloura). — Retour à 
Khan Younès , aSa 

CHAPITRE XLI. Nouvel examen de Khan Younès. — Beni-Seleh. — Khirbel 
Dmeti. — Khirbet Choubaneh. — Oaed Rhazzeh. — Quelques ruines 
sans nom. — Retour è Gaza sS i 

CHAPITRE XLII. Khirbet Oumm el-Hadjar on Khirbet Nasra. — Khirbet el- 
Bridje (Thabatha?). — Khirbet Alrhaouï. — Oualy ech-Cheikh Neban. — 
Khirbet Oumm el-Djerar (Gërar). — Khirbet ez-Zeltaouïeh. — Histoire 
de Gërar. — Khirbet ei-Kharsa. — Khirbet Djedeideh. — Adjouar . . . . aSA 

CHAPITRE XLHI. Khirbet Sembea\ — Tell Djemma. — Khirbet Djemma. — 
Khirbet es-Slayeb. — Khirbet Armilta. — Khirbet Chellal. — Khirbet 
Djellal. — Tell el-Farah. — Khirbet Kouyefîreh. — Khirbet Rhalalet 
Rached. — Khirbet Asny. — Khirbet el-Khalasah, jadis Élusa. — His- 
toire d'Élusa. — Halte dans un douar des A'zasmeh 96/i 

CHAPITRE XLIV. Khirbet Martabah. —Khirbet el-Mefarrada.— Khirbet Bradj 
es-Seba*. — Khirbet Achkib (Akzib?). — Khirbet Bir e8-Seba^ jadis 
Béer Cheba^ ou Bersabëe. — Histoire de cette ville 37/1 



• 



CHAPITRE XLV. Khirbet Oumm el-Barrhout. — Khirbet Bou-Arkeik. — Djir 
et-Terrakat. — Khirbet Oued el-Ftis. — Tell ech-Cheriah.— Khirbet el- 
E'urk. — Khirbet el-Baha. — Khirbet Sahan. — Khirbet Koufleh. — 
Retour à Gaza a85 

CHAPITRE XLVI. Khirbet Beit-Dirdis. — Tell Dahab. — Houdj. — Nedjed.— 
Khirbet Oumm Thaboun. — Simsim. — Brir. — Khirbet Djelameh. — 
Tabaka ou .Takaba, jadis Tagaba. — Khirbet Djemmama. — Khirbet el- 
Hammam. — Khirbet Koufeir. —Khirbet Tell Nedjileh. — Khirbet Tell 
el-Hesy. — Khirbet A'djian, jadis E^glon. — Khirbet Oumm el-Lakis, 
lancienne Lakhich. — Faloudja. — A'rak el-Menchîeh. — Soukkarieh. 
— Khirbet Tennar ou Konithreh. — A'rak el-Kharab. — Khirbet Man- 
soura. — Zita. — Arrivée h Beit-Djibrin agi 

CHAPITRE XL VII. Description de Beit-Djibrin, jadis Betogabrâ ou Éleuthéro- 

polis. — Ses immenses cavernes artificielles 807 

CHAPITRE XLVIU. Environs de Beit-Djibrin. — A'rak Cheraf. — Khiribet el- 
Katt. — Khirbet el-Haler. — Khirbet el-Hasamîeh. — Tell Boumal. — 



â08 TABLE DES CHAPITRES. 

Pages. 

Khirbet A'rak Hala. — A'rak el-Fenecb. — Kbirbet ei-Bassal. — Kbir- 
bet Djedeideb. — Kenaïet A^n Lehi es-Safer. — Kbirbet Bedd es-Saou- 
meh. — Khirbet Mâr Hanna, jadis peut-être Morecheth-Gath. — A'rak 
Mâr Hanna. — Tell Mâr Hanna. — Khirbet Meracb, TancieiiDe Marechah 
OD Marësa. — A*rak Tell Mâr Hanna *. . 3i a 

CHAPITRE XLIX. Identité de Beit-Djibrin avec l'ancienne Betogabra de Ptolë- 
mée, la Betogabri de la Table de Peatinger. — Betogabra est dle-méme 
identique avec Éleuthéropolis. — Histoire de cette ville 33 1 

CHAPITRE L. Départ de Beit-Djibrin. — Dôuaïmeh. — Khirbet Beil^Baher.— 
Khirbet el-Koum. — Khirbet Simia. — Khirbet el-Merak. — Khirbet 
Deir Samit. — Khirbet Touach. — Khirbet Medjed. — Khirbet Hamra. 

— Khirbet Deir el-A^sal. — Khirbet Beit^Rhouch. — Khirbet en-Nassrany. 

— Khirbet Beit-Mirsim. — Khirbet Boudrhouch. '— Khirbet Mourran. . 3&i 

CHAPITRE LI. Khirbet ez-Za'ak. — Khirbet Breideh. — Khirbet Khouîelfeh.— 
Khirbet Oumm er-Rounimamin , jadis Rimmon. — Tribu des Doulam. — 
Tell Lekîeh. — Tell Hôra. — Khirbet Oumm el-Botheîn. -^ Bir el- 
Khouielfeb. — Khirbet Mtaa^ Khcuïelfeh. ~ Retour au Bir Mourran. ... 35 1 

CHAPITRE LU. Bir el-Bordj. — Khirbet el-Bordj. — Khirbet Oumm ech- 
Choukof. — Khirbet er-Raveh. — Khirbet Beit el-Haoua. — Khirbet 
Beit-Baher. — Khirbet TouL — Khirbet d-Kasr. — Douaîmeh. — Khir- 
bet Medjdeleh. — Retour à Douaîmeh 358 

CHAPITRE Lin. Khirbet Beit el-Ban. — Khirbet ei-Hamam. — Idna, jadis 
ledna. — Khirbet Beit-AaMam. — Khirbet Cheikh Berrad. — Deir Nak- 
khas ou Deir Nahhas , Fancienne Ir-Nahach. — Koudna . — Khirbet Chayeh. 363 

CHAPITRE LIV. Khirbet Soura. — Khirbet Kenia. — Khirbet Drousia. — 
Khirbet Djennabeh. — Tell Zakaria. — Zakaria, jadis Caphar Zacharia. 

— Khirbet Yarmouk, l'ancienne larmouth. — Khirbet Neby Boulos. — 
Beit Nettif, jadis Netophah ou Beth-Netophah 869 

CHAPITRE LV. Khirbet Beit-Ika. — Khirbet el-Khan. — Allar es-Sifla ou et- 
Tahta. — A'ilar el-Fouka. — Beit-AHhab. — Khirbet Cheikh Houbin. — 
Khirbet Kefr Soum. — Khirbet Sidi Bou-A*das. — Kabou. — El- 
Housan. — Oueledjeh. — Bettir SjS 

CHAPITRE LVI. Khirbet Bettir ou Khirbet el-Yehoud, jadis Bether. — A^n el- 
Hanîeh. — A*ïn el-Lehi , l'ancienne E'n bak-Kore Ramath Lehi. — Khir- 
bet A'ïn Yalo. — Malhah , peut-être autrefois Malchaia. — Cherafat. — 
Beit-Safafa. — Retour à Jérusalem 887 



FIN DE LA TABLE. 



ûliVriltlKS m. MI'MK AlTKIill. 



■wM U fliUhHi 4v l'Ilr «t> Fnuuna M *r nie rftr ftnMOk. Accnin|>t|iu>v iIh ilook'll 



luMIorl» Canairlu auqur nd urlH'at ■iop^mm f 



• i.luiFi" i-r«n.| iii-K'. ttiM a, Pum, i 






l'A Kl S, 



CHALLAMEL AINK. 1,1 II II A IIIK- £UITE F II 



K ti« REI.LRi:iUsse.